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Édition Semaine n° 47 / Novembre 2018

Chroniques du Promeneur gourmand

Restaurant Le Chiberta *

avec Guy Savoy

Le Chiberta, un nom et une enseigne dont l’histoire remonte aux années 30, à quelques mètres seulement de l’une des plus belles avenues au monde et à l’ombre de l’Arc de triomphe. Ayant eu les honneurs des plus grands de ce monde avec notamment un repas d’un président américain avec son homologue français dans la plus grande discrétion, Le Chiberta, l’un des beaux restaurants du Chef Guy Savoy, offre cette expérience au quotidien à chacun de ses hôtes, dans le meilleur raffinement.

 

 

 

À peine franchi le seuil de cette adresse prisée, l’accueil est immédiatement celui des plus grands établissements. Bienveillance et élégance de son directeur Thierry Belin ayant travaillé pour les plus grandes maisons et qui a rejoint pour Le Chiberta les chefs Guy Savoy, et en ces lieux, plus précisément Stéphane Laruelle. Il vous accompagnera avec son équipe du début jusqu’au terme de cette expérience gastronomique dans la plus grande distinction, ce qui n’exclut pas quelques traits d’humour toujours discrets et le plus grand professionnalisme dans chacune des nombreuses attentions prodiguées. Les salles invitent immédiatement à l’intimité, décorées de noir et de blanc, quelques touches de rouge profond résultant de l’heureuse décoration de l’architecte d’intérieur Jean-Michel Wilmotte, complice de longue date de Guy Savoy. Chaque salle a son caractère propre, qu’il s’agisse des deux premières en longueur avec leurs œuvres d’art contemporain signées Bertrand Lavier ou Gérard Traquandi et rythmant l’ambiance sobre des lieux, le carré-comptoir inspirant pour des déjeuners plus informels ou la plus grande salle du fond pour les repas confidentiels, sans oublier ces vitrines protégeant une belle collection de vins français aux noms prometteurs…

 

 

Nous prenons place à une table sobrement dressée et suffisamment distante des autres convives, nombreux en ce déjeuner de semaine. Une coupe de champagne rosé et une gougère aérienne permettront de découvrir agréablement la carte du Chiberta conçue par le chef Stéphane Laruelle en collaboration avec le chef Guy Savoy. Nous y découvrons des suggestions gastronomiques reposant sur l’héritage d’une tradition française incontestable, constellées d’ouvertures à des inspirations plus contemporaines comme ce thon en texture d’aubergines et coriandre dont le beurre blanc au saké offre une onctuosité crèmeuse et automnale parsemée de quelques notes grillées. Les lentilles vertes du Puy ont été, elles, sublimées par la truffe d’automne, des topinambours et une salade amère pour des associations évoquant une légère brume automnale agréablement délicieuse.

Les premières impressions sont souvent les meilleures et la cuisine pratiquée par Stéphane Laruelle accompagne immédiatement ses convives sur des chemins familiers – produits optimaux identifiables dans l’assiette et au gout - avec toujours, cependant, un itinéraire secret dont on découvre la richesse au fur et à mesure de sa progression. Quelques notes d’été indien à Paris suivront avec ce savoureux velouté d’artichauts et truffes que ne renieraient pas nos amis Romains alors que l’une des œuvres accrochées au mur ne cesse de jouer un effet hypnotique, circonvolutions lactées en réminiscences des effluves magiques de la truffe…

 

 

Les conversations vont maintenant bon train dans ce restaurant où repas d’affaires et touristes cohabitent, le service bat son plein sans que les sourires et l’efficacité n’en pâtissent. Une inoubliable composition vient soudainement rappeler la priorité en ces lieux : une généreuse assiette creuse où des filets de Rouget Barbet à la plancha sont idéalement préparés avec des pommes grenaille et fenouil en bourride, accompagnés d’un sabayon aïoli en une légère touche méditerranéenne. Saveur du poisson, jeu d’associations entre fenouil et ail, plat d’un rare équilibre et maîtrise. Morceau également d’anthologie que cette pintade des Landes avec son suprême au foie gras de canard et chou vert, une émulsion au jus de choucroute, évocation de feu de bois et de ces potées d’antan, la magie savoureuse d’une signature. Le Chiberta surprend et rassure, fait rare en gastronomie. Il faudra aussi céder à la tentation d’un morceau de brie de Meaux à la truffe et beurre de mascarpone, un délice…

 

 

Délices sucrées également que n’aurait pas reniées le peintre Jérôme Bosch avec ce tableau de couleurs d’agrumes où orange et pomelo jouent de leurs feux en différentes associations de textures parfumées de thé Earl Grey, exotisme également que ces perles du Japon au lait de coco sorbet et tartare de fruits exotiques, une ode acidulée pour une harmonie de saveurs. Il est déjà bien tard en cet après-midi, un repas au restaurant Le Chiberta vous emportera bien loin des réalités qui bruissent déjà à l’extérieur, c’est tout le talent de ce lieu magique à découvrir au plus vite.
 

 

Le directeur de salle Thierry Belin a suggéré pour ce repas une sélection de vins français : Faune 2017 « Moulin de Gassac » Famille Guibert, un Bourgogne Hautes Côtes de Nuits Domaine Guy et Yvan Dufouleur « La Vacherotte » 2016, un Médoc Château Castera 2010 et pour les desserts un Jurançon « Ballet d’Octobre » 2016.

Interview chef Stéphane LARUELLE

 


 

 

Quels enseignements tirez-vous de votre apprentissage de la haute gastronomie ? Quelle comparaison faites-vous avec ce qui est pratiqué aujourd’hui auprès des jeunes ?

Stéphane LARUELLE :
"J’ai suivi une filière classique complétée par l’École supérieure de cuisine française Ferrandi. Cet enseignement a été très formateur parce que reposant sur des bases essentiellement classiques, bases essentielles pour rejoindre par la suite les attentes des restaurants et celles des chefs. J’ai le souvenir de liens étroits avec ceux qui m’ont enseigné et d’un niveau extrêmement professionnel. Le bagage pratique, technique et théorique a ainsi été au cœur de cette formation de sept années d’études. Cela fait 20 ans que je suis sorti de l’école, mais j’étais encore à la charnière de cette période classique qui préexistait. La cuisine a été une vocation pour moi, initialement tournée vers la pâtisserie, puis la cuisine gastronomique. Aujourd’hui, à la différence des générations précédentes qui voyaient souvent dans la cuisine une voie de garage, les jeunes se dirigent de nos jours positivement vers ces métiers, avec un vif intérêt aiguisé par l’influence des médias et des émissions de télévision. Les écoles hôtelières ont littéralement explosé avec cette influence et la notoriété des chefs. On peut dire que le métier a été véritablement anobli, ce qui a joué pour la vocation des jeunes vers ces métiers. La formation pour ces métiers a également changé depuis mon époque et est passée de quatre à trois ans, ce qui a forcément quelques incidences sur le parcours. Il me semble que les bases sont un peu moins présentes dans leur cursus avec une priorité donnée à une cuisine moderne, qui fait de l’effet… Selon moi, il ne faut pas dans cet esprit oublier les bases traditionnelles qui demeurent le fondement de la cuisine gastronomique. À notre époque, nos jeunes cuisiniers sont pressés d’arriver à un résultat, or la cuisine exige toujours du temps. Il faut avant tout éviter la dispersion".

 

 

 

 



Comment avez-vous fait la connaissance du chef Guy Savoy et quelle image vous vient spontanément à l’esprit le concernant ?

Stéphane LARUELLE : "J’ai fait la connaissance du chef Guy Savoy lors de mon dernier stage à l’école. Je suis entré chez lui comme stagiaire pendant six mois, et n’en suis plus jamais reparti ! L’image, qui me vient spontanément à l’esprit le concernant, est celle d’un entraîneur et d’un capitaine d’équipe. Avec lui, nous ne sommes pas du tout dans un esprit militaire mais plutôt dans une grande équipe avec un maître d’apprentissage et une tête d’affiche qui sélectionne ses hommes et ses lieux en leur laissant une sphère d’autonomie. L’esprit d’équipe est très important avec Guy Savoy, personne ne travaille en solo, avec un grand respect de l’ensemble du personnel. Cette personnalité est capable de saluer tous les matins de la même manière le plongeur jusqu’au chef de cuisine. Travailler à ses côtés pendant trois années a eu une grande influence sur ma propre cuisine ; avec lui, on apprend à travailler vite et bien. La cuisine de Guy Savoy repose sur le produit, avec une qualité de préparation et de cuisson hors du commun. Pour résumer de manière sommaire, c’est un ou deux produits de base qui s’agrémentent d’un ou de légumes avec une cuisine très identifiable au goût. C’est une approche que j’apprécie beaucoup, en plus du charisme de la personne".
 

 

 

 


Quels ont été vos souhaits pour ces lieux en concertation avec Guy Savoy et quelle cuisine proposez-vous à votre clientèle internationale ?

Stéphane LARUELLE : "Notre clientèle se répartit en deux catégories, avec une prédominante du monde des affaires au déjeuner, et une dimension plus internationale en soirée. J’ai eu à cœur de retranscrire l’esprit Guy Savoy dans notre restaurant Le Chiberta avec une priorité donnée aux produits, une importance de la saisonnalité de ces derniers, une exigence des cuissons et des préparations, en évitant cette dispersion dont je vous parlais tout à l’heure. Je tiens à suivre cet esprit Guy Savoy, sans chercher bien entendu à le copier, mais plutôt à accompagner ses propres évolutions, car tout en gardant son identité culinaire, il a su faire évoluer son art en fonction des techniques nouvelles et des nouveaux produits disponibles".


Le caractère intimiste des lieux et l’équipe de salle font également du restaurant Le Chiberta un endroit apprécié à deux pas de l’Étoile.

Stéphane LARUELLE : "Les origines du restaurant Le Chiberta sont anciennes, il s’agissait initialement d’un restaurant basque dont le nom est rattaché à un golf de cette région. La priorité a été donnée à de petits espaces afin de garantir une certaine intimité avec un comptoir, un salon oenothèque, une salle plus fermée avec une dominante de noir, de blanc et de rouge. Nous avons souhaité préserver un certain espace entre les convives".

Le mot du directeur de salle Thierry Belin :

"Notre priorité demeure cette idée de partage que nous souhaitons donner à chaque client avec cette idée de se sentir dans un lieu intimiste, presque chez soi. Cette idée de bien-être et de contentement nous anime à chaque service. Cela implique bien entendu une adaptabilité selon le type de clientèle que nous recevons. Avec un repas d’affaires, nous nous devons d’être plus rapides et discrets. Avec des touristes, les attentes peuvent être un peu différentes, toujours selon la personnalité de chaque convive. C’est cette personnalisation qui est également au cœur de notre métier en salle. La dimension psychologique est très importante. La décoration de nos salles a donné une large place aux vins, majoritairement français, dont une sélection est présentée dans des vitrines décorant les murs du restaurant avec 240 références. Nous pouvons à chaque repas accueillir 75 places assises sans oublier bien sûr les événements où nous pouvons privatiser les lieux avec des buffets gastronomiques et cocktails dînatoires pour un plus grand nombre de personnes".

Le Chiberta - 3 rue Arsène Houssaye - 75008 Paris
+33 (0)1 53 53 42 00
www.lechiberta.com

 

Restaurant Blueberry -Paris 6e

Aux amateurs de cuisine extrême-orientale, Blueberry propose au cœur de Saint-Germain-des-Prés, une expérience revisitée. À partir de celle du chef Luu, c’est en effet une partition libre qui est proposée chaque jour dans ce restaurant aux murs blanchis et à la lumière tamisée.

 

 

Dès l’entrée, c’est le maki-bar qui accueille les nombreux hôtes habitués ou de passage avec ses trois cuisiniers occupés à la réalisation de recettes vivement attendues. Enfilades de petites pièces rappelant les riches heures germanopratines où chaque cave réinventait la vie de ce quartier animé. C’est toujours l’animation qui règne à cette adresse plébiscitée pour la saveur de ses plats réinterprétant les codes classiques de la cuisine japonaise, sans les dénaturer pour autant. Thomas Auger, son directeur, avec sa jeune équipe vous conseillera à faire votre choix dans une carte aux multiples tentations.

 

 

Le maki règne en roi en ces murs et après avoir dégusté l’une des soupes du chef aux herbes fraîches, vous aurez le plaisir esthétique et gustatif de découvrir de petits tableaux colorés sous la forme de makis aux noms redoutables de Rackham le Rouge ou encore d’Unagiiii …

Derrière ces appellations truculentes se cachent des recettes originales et parfaitement équilibrées. Imaginez un maki traditionnel où le thon mariné se trouve associé à un croquant morceau de tempura de gambas en son cœur, l’ensemble étant lié par des saveurs de truffe et de mayonnaise épicée et œufs de poisson volants, une recette tendre et de caractère, rassurante et élégante.

 

 

Autre tentation et sensation avec ces makis de jeunes anguilles grillées associées aux tempuras de gambas pour un plaisir gustatif qui se prolongera en bouche, bel équilibre renouvelé, ici, encore. La cuisine du Blueberry réussit ce défi de rejouer la partition de la cuisine japonaise sans pour autant en dénaturer l’esprit, une belle réussite visiblement connue et fort appréciée. Les amateurs de chirashizushi retrouveront également l’expérience d’un plat traditionnel, mais inspiré par la créativité du chef, avec sur son lit de riz vinaigré, une heureuse sélection de poissons crus et cuits, légumes, omelettes et purée froide, figues et fèves fraiches pour un ensemble harmonieux, ça et là relevé de quelques discrètes touches épicées.

 

 

La richesse de la cuisine extrême-orientale redonne en ces lieux vie à des recettes trop souvent dénaturées en occident, une belle expérience prolongée par des desserts également agréablement originaux comme ce tiramisu d’une légèreté surprenante à la crème de sésame noir et framboises fraîches, sans oublier ces mochis traditionnels fourrés à la crème de thé vert, un régal. Une adresse assurément à retenir et à partager!

6 Rue du Sabot, 75006 Paris
Téléphone : 01 42 22 21 56
www.blueberrymakibar.com

 

Dîner au restaurant Da Vittorio ***

 

 

Le restaurant triplement étoilé Da Vittorio accueille ses hôtes avec cette magie inimitable d'élégance et de gentillesse dans un décor sobre et raffiné camaïeu de teintes crème et rehauts de bleu gris, quelques touches de couleurs avec les lustres et appliques de la célèbre île de Murano. Nous sommes accueillis par Francesco Cerea, alors que ses deux autres frères, Enrico, surnommé Chicco, et Roberto, dit Bobo, officient en cuisine.

 

 

Cet homme prévenant aura toujours la délicatesse d'un geste ou d'un service pour rendre votre soirée exceptionnelle. Mises en bouche étonnantes de créativité avec ces chips et crème de parmesan, ces succulentes cerises surprises du jardin dont le noyau se métamorphose en foie gras... Étonnantes transformations également d'un cocktail classique, en l’occurrence un Bellini, sous la forme solide d'une mousse de pêche et écrevisses crues, une surprise délicieuse. Étonnement encore que ce thon cru taillé en spaghettis et que l'on enrobe généreusement de cette crème bagna cauda du Piémont et crumble de pistaches, un régal !

 

 

Le service compose maintenant un véritable ballet où chaque envie est devancée, une organisation sans failles alors que les deux chefs triplement étoilés s'affairent en cuisine avec une belle brigade. Les délices se poursuivront encore avec ses queues de scampis sur crème d'amandes et roveja, une association d'une douceur remarquable. Peut-on encore être surpris lorsque tant l'excellence est déjà atteinte ?

 

 

Certainement avec ce plat mémorable présenté sous la forme d'une coupe au nom malicieux l'œuf dans l'œuf. Une émulsion d’œufs de caviar présentés sur cuillère de nacre et associée aux œufs de caille, de saumon et à l'œuf de poule pour un plaisir confondant !

La gastronomie du restaurant Da Vittorio atteint ainsi des sommets que seul un risotto étonnamment déstructuré prolongera encore. Nous atteignons des sommets dignes de ces monts bergamasques qui nous entourent, une cuisine raffinée et toujours accessibles aux sens. Encore quelques belles découvertes avec cette morue de l'Antarctique cuisinée aux palourdes et olives taggiasche, excellence des produits sublimés par une technique atteignant la perfection.

 

 

 

 

Il faudra encore découvrir ces trésors sucrés dont le restaurant a le secret, une kermesse de douceurs avec ces clins d'œil et ravissements sucrés se jouant du palais tels ces petits cubes de pastèque marinés dans du Campari, ce dessert Creolo où émulsion de bananes, mangue en sauce et caracole, jouent des associations mutines avec cette mousse de noix de coco, citron et pink peppercorn sorbet.

 

 

Il restera encore quelques agréables surprises à cette table exceptionnelle avec ces mignardises déposées sur un impressionnant nuage de barbe à papa sans oublier le chariot de confiseries, signature de la belle et célèbre confiserie du nom également de Da Vittorio sise à Bergame-Alta, et qui à n’en pas douter rappellera bien des souvenirs aux enfants que nous sommes ! Ce sont les chefs encore présents à cette heure tardive qui viendront personnellement vous souhaiter une bonne nuit sous les étoiles de leur inoubliable et enchanteresse propriété.
 

 

 

 

Avec ce repas, les vins suivants furent proposés : Poggio alle Gazze Toscana 2016 Ten. Dell’Ornellaia, Curtefranca Chardonnay 2014 Az. Ag. Cà del Bosco, Trento Giulio Ferrari Brut Riserva del Fondatore 2007 F.lli Lunelli, A. A. Roen Vendemmia Tardiva 2016 Cantina Tramin.

Collation au restaurant Da Vittorio

A l'heure du déjeuner, lorsque le soleil est à son zénith, une pause gourmande et toujours gastronome attend l'hôte du Relais et Châteaux Da Vittorio entre une promenade dans le vaste parc et une agréable plongée dans la vaste et belle piscine du relais...

 

 

 

 

Accueilli avec le même professionnalisme que pour le restaurant triplement étoilé, c'est en terrasse sous les ombrages des tonnelles ou en salle qu'un agréable déjeuner vous sera proposé. Service élégant et prévenant, mises en bouche de tomates cerises confites à l'aubergine, petits cubes de pastèques rafraîchis au caviar, c'est une sublime fraîcheur qui se met en place alors que le soleil domine généreusement.

 

 

Pain maison aux trois farines reposé 36 heures, un verre de Bellavista Convento della Santissima Annunciata CurteFranca bianco cuvée 2013, c'est toute l'excellence Da Vittorio qui se manifeste alors avec cette impressionnante salade de la mer où poissons marinés, crevettes, écrevisses, gambas, poulpes, calamars sont présentés en une magnifique et gourmande composition avec ses légumes miniatures pour un enchantement de couleurs et de saveurs...Trois cuillères de mayonnaise, citronnelle et pistou accompagnent ces mets fins d'une fraîcheur irréprochable pour un jeu d'associations à la fantaisie de chacun !

 

 

 


Dessert léger, enfin, également sous le signe de ces couleurs qui siéent si bien à l’Italie en une palette digne d'un peintre où petits pots de sorbet et fruits déclinent les saveurs de l'été. Régal de la framboise, Passion, mangue, agrumes... Un déjeuner d’une saveur exquise laissant présager la douceur d’un merveilleux dîner à venir…

 

© Lexnews

DA VITTORIO Relais & Châteaux
Via Cantalupa 17 I-24060 Brusaporto ([IT] - Italie)
Tél. : +39 035 68 10 24
www.davittorio.com

 

Restaurant Le Beslay - Paris

Le Beslay, dans le XIe arrondissement, à deux pas de La Bastille et de La République, promet d’être une adresse conviviale et raffinée, et ce, quelques semaines après son ouverture en juin. Jouissant d’un design élégant, rappelant les belles tables milanaises, cette adresse bénéficie également des talents de son chef Antonella Finelli, d’origine napolitaine, ayant auparavant officié à La Grande Cascade, Le Divellec et Lucas Carton.

 

 

Impression de clarté et d’excellence en entrant dans ces lieux, accueillis par son sympathique directeur, milanais d’origine. Au mur, des photographies de Raymond Voinquel pour un look vintage garanti, mobilier aux matières chaleureuses de bois et de velours, beau travail sur l’éclairage et confort de tables espacées pour des conversations feutrées. C’est dans cet environnement agréable que nous prenons place face à la cuisine ouverte, le feu étant déjà bien lancé en ce déjeuner de semaine où habitués et déjeuners d’affaires se sont donné rendez-vous. Il faut dire que le restaurant est associé à un tout nouvel hôtel quatre étoiles Les deux Girafes qui s’avère lui aussi prometteur et attenant au restaurant.

 

 

Nous débutons ce repas avec des plats frais et savoureux, le chef travaillant essentiellement avec des produits bio et de saison comme pour cet œuf à la carbonara à la douce sensation crèmeuse et légèrement relevé par la saveur des lardons.

Bel assaisonnement également, tout en raffinement, pour ce carpaccio de bar sauvage aux framboises et pommes vertes acidulées, une composition florale pour des accords harmonieux et sans heurt. Il est manifeste que Le Beslay entend bien s’inscrire dans le courant d’une gastronomie à la fois accessible et recherchée, une création reposant sur le travail des techniques et du produit en un bel équilibre.

 

 

Ce sentiment se confirme avec ce délicieux médaillon de lotte au riz vénère et sauce Chorizo, cuisson parfaite et fraicheur. Redécouverte, enfin, des viandes savoureuses avec ce bœuf bio, pomme surprise, arrosé d’un jus de veau parfumé au poivre Timouth, un plat généreux dont l’excellence des produits enchante le palais. L’œil se plait d’aller de la décoration réussie à l’esthétique soignée des assiettes, sentiment d’être en un lieu convivial à partir d’une gastronomie épurée vers l’essentiel.

 

 

Le temps des desserts sera l’occasion de profiter encore de ce cadre bienveillant avec des compositions mettant en avant le plaisir du chocolat et de la crème ou encore ce Merveilleux où meringue, crème et fruits rouges concluent de bien belle manière cette expérience au Beslay !


Le restaurant travaille une carte de vins ouverte aux productions internationales tel ce vin d’Espagne agriculture biologique Menade Verdejo 2017 un vin frais à la belle acidité, sans oublier les valeurs sûres françaises tel ce Saint Estèphe Château Lilian Ladouys 2011 idéalement structurée et au fruité remarquable.

67 avenue Parmentier 75011 Paris
01 83 75 11 71

 

Restaurant Chez Georges

Le Jeu du Mail - Paris

 

 

 

@ Lexnews

 

L’histoire du restaurant chez Georges débute il y a plus d’un demi-siècle, en 1964 exactement. Depuis cette institution parisienne n’a pas pris une ride et demeure toujours aussi prisée. Rien n’a, en effet, changé, pas même la carte fidèlement écrite à la main et jalousement préservée des modes. Rien d’étonnant alors que même des Américains de passage en Europe aient gardé cette adresse parmi les lieux incontournables et souvent leurs enfants voire petits enfants perpétuent cette tradition fidèlement. Il faut avouer qu’à deux pas seulement de la si belle Place des Victoires, cette enseigne a belle allure avec sa façade sobre en bois, ses petits rideaux de dentelle préservant l’intimité des convives, et ces vieilles bouteilles héritées du siècle passé, fidèles témoins silencieux des hôtes de passage…

 

 

Il faut dire qu’ils ont été nombreux, et non des moindres, si l’on sait que le ministre de la Culture de l’époque, André Malraux, y avait ses habitudes, sans oublier Jean Cocteau et tant d’autres. Point de néons ici, encore moins d’écrans tapageurs de télévision et autres sonorisations. En ces lieux, la décoration, qui n’a pas changé d’un iota, demeure plus proche du XIXe que des designs futuristes des siècles à venir, banquettes de moleskine rouge, sol en mosaïque, moulures et stucs, petites appliques dispensant une lumière intimiste. Vous vous sentez agréablement l’heureux habitué des lieux, après avoir été accueilli avec attention par le chaleureux directeur Nicolas assisté d’une équipe prévenante, dynamique et efficace avec, au bar, Laurent, véritable mémoire des lieux depuis 28 ans…

 

@ Lexnews

Le personnel féminin est en livrée noire, élégance et sobriété s’accordent avec une attention de tous les instants pour Brigitte qui assurera avec efficacité et une gentillesse naturelle le service de notre table.

 

Nous découvrons cette fameuse carte emplie d’une belle écriture manuscrite pour y retenir une généreuse poêlée de girolles de saison au persil et ail et un savoureux saumon fumé de Norvège taillé à la main et présenté avec ses brioches toastées, un régal pour un produit savoureux. Un classique qu’il faut absolument avoir goûté. Les tables d’un blanc immaculé sont encore dressées à l’ancienne, quel bonheur que de profiter de cet héritage encore vivant où chaque détail contribue à l’art d’une gastronomie traditionnelle et goûteuse.

 

 

@ Lexnews

 

Tradition également que ce généreux foie de veau qui nourrirait bien deux convives avec ses frites-maison, une préparation à l’anglaise déglaçage au vinaigre et cuit à la perfection. Excellence aussi de cette lotte retenue pour sa qualité et l’équilibre de sa cuisson rehaussée d’une délicieuse émulsion de homard et fenouil. Nous comprenons pour quelles raisons la carte a conservé ces mets depuis ses origines, on ne change pas un tel héritage.

 

Des desserts également généreux accompagnent cette carte classique : baba au rhum, profiteroles, double-crème de marron… qui prolongeront encore ce déjeuner hors du temps Chez Georges en plein cœur de la capitale parisienne. Chez Georges, le temps a suspendu son cours, comme pour mieux prolonger ces heures précieuses !


 

 

 


Avec ce repas, un Croze Hermitage Domaine St Clair Denis Basset 2016, un généreux vin rouge de la vallée de Rhône.
 

1 Rue du Mail, 75002 Paris
Téléphone : 01 42 60 07 11

 

Restaurant Le Gabriel** - Chef Jérôme Banctel

La Réserve, Paris.

Alors qu’un soleil généreux inonde les Champs-Élysées, un lieu paisible à l’écart des foules attire inexorablement le promeneur gourmand. C’est au 42 Avenue Gabriel que nous avons rendez-vous, une rue discrète à l’image de l’enseigne qu’elle abrite, La Réserve, l’un des palaces parisiens les plus prisés ces dernières années.

 

 

Entre la rue du Faubourg Saint-Honoré et l'avenue Montaigne, la discrétion est en effet de mise en ces lieux, vastes trottoirs, haies protégeant des regards, et cet attentif regard ayant déjà capté votre arrivée et anticipant l’ouverture de la porte de cet ancien hôtel particulier. L’Hôtel a jadis appartenu au duc de Morny avant d’être aujourd’hui ce splendide hôtel, dénommé La Réserve, décoré par les soins du toujours talentueux Jacques Garcia et de Michel Reybier son raffiné propriétaire. Intérieurs intimistes, espaces à taille humaine, et une esthétique recherchée jusqu’en ses infimes détails, sans affectation, le fil directeur demeurant une élégance sûre mais discrète, sentiment d’un classicisme à la française qui aurait emprunté avec goût chaque détail aux siècles passés en une harmonie inspirée.

 

 

Mais l’heure est à la découverte d’une des attractions de ce lieu mythique, le fameux restaurant doublement étoilé un an après son ouverture du chef Jérôme Banctel. Nous sommes chaleureusement accueillis par Marco Tognon, le directeur de salle d’origine vénitienne et qui immédiatement accompagné du chef sommelier Aurélien Gil-Artagnan donnent la tonalité du déjeuner : élégance, ici aussi, de mise non sans une pointe d’humour toujours discrète, et une prévenance dans toutes les attentions. Décor style Napoléon III, dorure et couleur ébène, glaces et parquets marqueterie et offrant à l’hôte des lieux une ambiance unique faite de raffinement dans cette lumière dorée. Un verre de champagne Michel Reybier 1er Cru Brut présenté par Michihito Higashihara, l’assistant Chef Sommelier d’origine japonaise et quelques mises en bouche confirment immédiatement le sentiment premier qui se dégage dès les premiers pas faits à La Réserve, nous sommes en un lieu qui cultive l’excellence à dimension humaine.

 

 

Nous débuterons cette dégustation conçue par le chef Jérôme Banctel avec un clin d’œil à diverses références gastronomiques, un mushroom burger qui associe en un délicat burger un œuf confit au Miso, de la truffe d’Australie et champignon, quelques notes du pays du Soleil Levant que le Chef connaît si bien, légèreté et délicatesse de ces touches fraîches en plein cœur de l’été idéales avec le champagne plein de pétillance pour accompagner ce premier plat. C’est au service attentionné de Georgia, également italienne, que nous devons cette présentation d’un rêve de saumon de Norvège sous la forme d’un confit retenu pour l’excellence du produit accompagné de ravioles de caviar d’aubergine, pollen et miel de printemps. Longtemps, nous garderons en mémoire ce fondant inoubliable rehaussé par ces délicates touches sucrées salées du miel et du pollen, un plat qui sublime ce poisson souvent négligé pour sa trop grande diffusion. Chaque identité est respectée par l’art du chef Jérôme Banctel et lorsque les inspirations viennent du long cours, c’est toujours par une pointe discrète qu’elles s’invitent en cette harmonieuse préparation.

 

 

Avec l’artichaut Macau, c’est un autre plat mémorable qui a contribué à bâtir la réputation du chef, hommage à sa Bretagne natale. Tout l’art du chef est convoqué pour ce légume avec une préparation à la chaux dont les origines remontent au Moyen Âge. Le cœur en impression de fleur de cerisier et coriandre fraîche est habilement conjugué à une « essence » de saké Kuheiji Junmai-Daiginjo, un judicieux clin d’œil de notre sommelier… Nous comprenons pour quelles raisons la cuisine du Gabriel a si rapidement atteint des sommets avec cet art des préparations, techniques et inspirations, toutes convoquées pour sublimer des produits irréprochables dans les mains expertes de Jérôme Banctel et de toute sa brigade. Rien de trop, équilibre, audaces toujours maîtrisées et n’interférant jamais avec l’identité des mets présentés.

 

 

 

Ce grand art est confirmé par cette préparation du maquereau de Bretagne avec une fin de préparation en salle, remarquable, dans la grande tradition de la cuisine française naguère un peu abandonnée, et venant compléter la cuisson sous vos yeux ! Bois de cèdre et tomates à l’anchoïade apportent pour leur part de discrètes notes du sud-ouest pour une Bretagne aux frontières généreusement étendues… Bien en a pris au chef qui signe avec ce plat une composition à l’équilibre parfait, dont le goût affirmé de ce poisson riche se trouvant idéalement accompagné par le sucré du Gewurtraminer présenté. Nous sommes comblés par tant de réussite et le predessert sous la forme d’un délicieux calisson vanille citron, amandes décoré délicatement d’une meringue de l’épaisseur d’une feuille ainsi que cet aérien Grain de café de crème glacée au sirop de merisier et sucre galabé laisseront définitivement l’impression d’une symphonie gastronomique aux accords sublimement parfaits !

 

 

Avec ce menu, Michihito Higashihara a conçu ces accords avec les vins suivants : Champagne Michel Reybier 1er Cru Brut, Château Cos d’Estournel Blanc, Bordeaux 2013 Michel Reybier, Sake Kuheiji Junmai-Daiginjo, Alsace Gewurztraminer Grand Cru « Steingrubler », Domaine Albert Mann 2014. Madeira Boal 15 ans H.M Borges, et pour conclure un Calvados Lecomte 18 ans.

Interview Chef Jérôme Banctel, La Réserve, Paris 31/07/18

 

 

 

 

Quelles ont été vos influences majeures pour votre cuisine, dans l’enfance et au cours de votre formation ?

Jérôme Banctel : "Tout d’abord, je suis breton, cela ne veut peut-être rien dire, mais cela signifie également beaucoup de choses… Je suis né dans la campagne, au milieu des terres, avec le souvenir de grands-parents qui aimaient bien manger le week-end. J’ai eu une enfance très simple partagée entre la nature et le football qui me passionnait. J’ai gardé une mémoire très vive de ces journées passées sur le tracteur de mon grand-père près des chevaux, des vaches, au cœur de la campagne. C’est donc une enfance paisible loin des tumultes de la ville qui caractérise mes premières années. Ce sont également de précieux instants lors desquels j’ai appris à griller les châtaignes en hiver, à pêcher la carpe, la traite des vaches, le cidre avec les pommes pressées… c’est à cette période que s’est gravée dans ma mémoire l’importance des produits, leur choix, leur goût, leur aspect esthétique. Vers l’âge de 12-13 ans s’est posée la question de savoir si j’allais m’orienter professionnellement vers le sport ou la cuisine. Mes parents m’ont influencé plutôt vers la cuisine avec une école hôtelière et cette découverte de ce que l’on pouvait faire d’un produit à partir de techniques patiemment acquises au fil des années. J’ai gardé dans mes souvenirs cette cuisine simple, de terroir, avec ces repas en famille du dimanche midi, semaine après semaine. J’ai souvenir de ces macédoines à partir des légumes du jardin, ces volailles succulentes et autres rôties. Encore aujourd’hui, cette expérience perdure, à savoir partir d’un produit brut et réfléchir à tout ce qu’on peut réaliser à partir de lui. Mon souvenir le plus vif surgit avec votre question lorsque une fois par an ce qu’on appelait alors le « tueur en campagne » venait abattre un cochon ou un bœuf qui donnait lieu à une extraordinaire réunion de toutes les générations. C’était pour moi un rituel et j’assistais à toutes ces transformations d’un animal dont aucune partie n’était gâchée. C’était un vrai moment de partage qui n’existe plus aujourd’hui où tout est fait, caché dans les abattoirs. Et c’est vrai qu’en me posant cette question, vous me ramenez à quelque chose qui ne m’était plus présent à l’esprit, mais qui me nourrit encore inconsciemment dans ma cuisine".
 

 

 

 

Quelle expérience tirez-vous de cet apprentissage technique acquis au fil de votre formation ?

Jérôme Banctel : "Lorsque vous sortez de l’école hôtelière, vous avez appris les bases, et il faut alors les mettre en application auprès de maîtres qui vont vous conduire à ce que vous deviendrez après. Ce sont les années les plus difficiles ; pour moi, cela a duré 12 ans. C’est un apprentissage très long où l’on acquiert des gestes, des expériences et techniques que l’on met en pratique avec surtout, tous les jours, cette exigence d’être dans l’excellence. Vous apprenez à désosser, ficeler, cuire, confire… avec toute une série d’erreurs, d’égarements qui conduisent, si tout va bien, à cette réussite. Et j’insiste beaucoup auprès des jeunes qui m’entourent dans la brigade sur cet aspect souvent sous-estimé, voire négligé, mais qui pour moi demeure l’essentiel de notre métier. Je répète sans cesse que la transmission par le travail est la pierre angulaire de notre métier. C’est cette idée d’exemple que j’aime, et j’espère le donner suffisamment en arrivant en même temps qu’eux le matin, et ce jusqu’au soir. Je ne suis pas pour ces systèmes de transcription à partir de fiches techniques où le chef apparaît seulement de temps à autre. J’ai travaillé avec Michel Kéréver, Bernard Pacaud qui étaient là tout le temps. J’ai appris avec des gens qui étaient présents dans leur cuisine, et c’est ce que je veux également transmettre aux plus jeunes. Le travail, mais aussi des rencontres qui comptent beaucoup, sans oublier le petit facteur chance… J’en reviens à mon leitmotiv de la réussite par le travail, lorsque j’ai travaillé au Crillon, je pense qu’il y avait bien 60 autres cuisiniers meilleurs que moi, mais aujourd’hui je ne sais pas ce qu’ils sont devenus… Une mode médiatique ne dure qu’un temps, alors qu’un chef qui a longtemps œuvré en cuisine en fonction des critères que je rappelais précédemment ne pourra que s’inscrire dans la durée".

La cuisine française demeure au cœur de vos créations même si certaines influences notamment du Japon ont pu également s’introduire.

Jérôme Banctel : "Je fais de la cuisine française à partir d’un produit et d’une technique qui ne doit pas se voir, j’ai horreur des artifices. Il est vrai que j’ai beaucoup voyagé au Japon, pays que j’aime beaucoup et si j’apporte quelques touches discrètes, je ne fais pas pour autant de la cuisine japonaise. Je ne m’interdis pas de reprendre un produit de ce pays et de l’utiliser en tant que tel dans ma cuisine, mais non de rechercher son emploi dans la cuisine japonaise traditionnelle. J’aime les choses instantanées et tout ce qui met trop de temps et qui ne sert à rien, je l’enlève ! J’aime bien les bases bien élaborées avec des grammages et non des taillages".

 

Les produits ont vos priorités. Quel rapport entretenez-vous avec eux ?

 

Jérôme Banctel : "C’est en effet la base sur laquelle on ne peut pas transiger. Ma réflexion pour créer et faire évoluer un plat demeure exclusivement centrée sur le produit. Je pars de ce produit, je le regarde, je le fais tourner dans tous les sens, et bien sûr, j’essaie de le sublimer. Je n’aime pas trop les associations hasardeuses qui conduisent la plupart du temps à noyer le produit". Tous mes fournisseurs sont des personnes avec qui j’ai des relations de longue date, parfois 20 ans. Ils ont tous en commun ce rapport bien particulier avec les viandes, les poissons, les légumes, les fruits. Petits producteurs et grosses enseignes sont associés selon les besoins pour parvenir à avoir dans la journée trois ou quatre arrivages de produits, ce qui est un grand luxe que seule une capitale peut offrir. J’ai donc cette base régulière de fournisseurs et ponctuellement de produits qui me sont présentés pour leur caractère exceptionnel".


 

 

 

Vous avez gagné deux étoiles un an après l’ouverture de votre restaurant, comment voyez-vous votre réussite ?

Jérôme Banctel : "J’adore mon métier, c’est une véritable passion et j’ai la chance d’avoir une famille qui me laisse vivre cette passion me prenant 16 heures dans ma journée… C’est le quotidien qui me nourrit, mais aussi le lieu où nous nous trouvons, je suis arrivé à La Réserve en 2013, lorsque rien n’était créé. On m’a indiqué l’endroit où serait réalisée ma cuisine, nous avons tout imaginé à partir de plans qui, petit à petit, se sont métamorphosés en véritable décor, et la magie a opéré, la pression également ! Jacques Garcia et mon propriétaire Michel Reybier ont fait un travail fantastique et je pense que la réussite s’est faite à partir de ces deux personnes. Ce lieu intimiste avec de petites pièces m’a immédiatement plu. Un 34 couverts pour un restaurant gastronomique est idéal, nous sommes loin des tailles des grands palaces, ce qui nous permet d’être beaucoup plus à l’écoute de nos hôtes. Ma cuisine technique, à partir du produit, entre parfaitement en adéquation avec cette idée intime de l’excellence. Je ne suis pas adepte des fulgurances, et un de mes plats signatures tel l’artichaut m’a pris 7 mois à concevoir et à réaliser avec mon équipe, tout simplement parce que nous sommes allés là où personne ne s’était dirigé jusqu’à présent en ayant recours à des procédés issus du Moyen Âge. C’est cette tension pour se surpasser qui me motive, sur la régularité".

42 avenue Gabriel 75008 Paris - France
Telephone: +33 1 58 36 60 60 hotel@lareserve-paris.com
www.lareserve-paris.com

 

Restaurant L’Ascension Paris 9e

À quelques pas de la place Clichy, une adresse gastronomique pleine de promesses vient d’ouvrir. Le quartier vit encore aux heures estivales et c’est sous un air de vacances que nous découvrons ce lieu élégant et raffiné, dont la décoration a été totalement conçue par le chef après un long voyage autour du monde. Un tour du monde, après un « autre monde » celui de la haute gastronomie puisque le chef Amar Challal a auparavant, notamment, travaillé pour le chef étoilé Yannick Alléno.

 

 

C’est après cette longue pause emplie de découvertes que Amar Challal a décidé de se lancer dans une nouvelle aventure, celle d’ouvrir son premier restaurant. Une adresse toute neuve, donc, mais déjà pleine de promesses et prisée d’habitués déjà conquis. C’est aux sources des civilisations du monde entier qu’il a nourri ce congé en parcourant le monde des hautes montagnes du Chili jusqu’à l’Himalaya, cette personnalité attachante étant visiblement attirée par les hauteurs.

 

 

Pour cette nouvelle adresse, ce n’est point de la cuisine fusion qu’il propose, mais un retour aux mets et préparations élégantes, directement hérités de la cuisine gastronomique dont il provient, mais plus accessible. Le raffinement prévaut dans tous les aspects de L’Ascension, qu’il s’agisse de l’accueil élégant et prévenant de Tomy qui vous mènera à votre table ouverte sur la rue de Clichy avec ces grandes baies de lumière, alors que les murs de brique peints en vert sont un rappel de l’Amérique du Sud qui charma tant notre chef globe-trotter dont de belles photos de son voyage ont été accrochées.

 

 

Pierres et poutres apparentes, fer forgé et couleur bronze sont autant de notes esthétiques repensées selon un look ouvert sur la modernité et l’internationale en un bel équilibre… Les lieux sont intimes, point de promiscuité, mais des tables généreuses et de confortables banquettes en velours pour découvrir une carte volontairement réduite et évoluant très régulièrement pour mieux privilégier des plats de saison aux produits recherchés avec passion auprès des meilleurs fournisseurs et du marché. Belles entrées pour cette soupe de petits pois et blanc-manger au caramel d’agrumes afin de goûter encore à la saveur des légumes de l’été.

Assaisonnement également idéal pour ce bar en ceviche, lait de coco, citron vert et coriandre, relevé d’un filet d’huile d’olive pour mieux souligner l’équilibre des saveurs associées, sans heurt. Des entrées pleines de couleurs de l’été encore présent qui réjouissent le palais avec leur accord mets vin idéalement choisi.

 

 

 

Alors que le restaurant n’a ouvert que récemment, des habitués ont déjà élu résidence en ces murs, les mondes du théâtre et du cinéma – le Casino de Paris n’est qu’à quelques pas de là – ont déjà retenu les lieux pour la qualité de sa cuisine et la gentillesse de son chef et de son équipe. Belles assiettes également pour les plats avec cette poitrine de veau aux légumes glacés, un plat généreux qui rassérène avec ces accords fondants et croustillants pour une préparation parfaite qu’accompagne un goûteux bourgogne Joseph Faiveley pinot noir 2016. Belle réalisation, aussi, pour ce lieu noir cuisiné à la crème et au vin blanc avec ses épinards du jour et champignons, une sauce et une préparation sans faute pour des accords doux et élégants. La salle est enjouée par cette belle cuisine, une ambiance décontractée et radieuse à l’image de la gentillesse du chef.

 

 

 

 

Pour conclure agréablement ces instants toujours précieux dans la capitale, les douceurs sucrées de L’Ascension prendront la forme d’un délicieux millefeuille aux framboises fraîches ou encore une rafraîchissante version du dessert anglais Eton-Mess aux fruits rouges et sorbet mandarine… Après ces joyeuses et savoureuses découvertes et rencontres, nous ne nous pouvons que nous promettre de revenir découvrir les prochaines suggestions culinaires du chef Amar Challal. Une adresse élégante, promise assurément à un bel avenir. À découvrir au plus vite !
 

 

 

 

Avec ce repas, Tomy a proposé la sélection de vins suivants : Reuilly, Dyckerhoff, Chardonnay Viognier Laurent Miquel 2017 et un Bourgogne Joseph Faiveley pinot noir 2016.

67 rue de Clichy 75009 Paris
Tel:+33 (0)1 42 40 28 47 E-mail:contact@lascension.fr
www.lascension.fr

 

Apothéose culinaire au restaurant Quadri* - Venise

Décor de théâtre, Piazza San Marco, sa basilique et son campanile. C’est, en effet, un décor presque irréel qui accueille l’hôte du Quadri tant ces images pourtant familières composent du 1er étage où ce tient l’antre sacré demeure une expérience unique. Quelques marches gravies pour y parvenir et le promeneur vénitien entre dans ce Saint des Saints, le restaurant Quadri appartenant à la famille Alajmo avec le chef Silvio Giavedoni aux commandes des cuisines.

 

 

 

Décoration raffinée par Philippe Starck parvenant à repenser totalement les lieux tout en préservant son âme héritée des siècles passés, décoration selon l’esprit des tentures vénitiennes avec quelques clins d’oeil tels ces discrets portraits des frères Alajmo que l’on reconnaît, ici ou là et ces grands miroirs de bois bruts rythmés par des animaux naturalisés, cabinet de curiosités digne du Siècle des Lumières. Les fenêtres donnent sur l’un des plus charmants spectacles qui soit avec la place Saint-Marc pour soi, l’exclusivité de l’excellence.

 

 

 

 

Une équipe dynamique, prévenante et non dénuée d’un certain humour se met en place, Marco Cicchelli, Matteo Gianolla et le sommelier Ignazio Russo. De fines mises en bouche sont alors présentées dans le raffinement et la couleur, verres de Venise, quelques notes de As Time Goes By en fond musical, Ignazio déploie tout son art pour suggérer une véritable symphonie de vins qui accompagnera ce menu en quatre actes, Goldoni n’est pas très loin…

 

 

Nous commencerons ces agapes toutes vénitiennes du célèbre Quadri par un carpaccio d’asperges et œufs mimosa revisités au thon, carpaccio de betteraves sauce ail noir et cette fondante focaccia vénitienne à la morue et petits escargots de mer pour un premier acte tout en nuances et subtiles propositions. Pour le deuxième acte, le choix du chef s’est porté sur un risotto d’asperges et poivron vert associé à un nuage de betteraves, une douceur crémeuse rassurante, alors que la petite soupe de poissons et raviolis métamorphose comme par magie les saveurs de la lagune.

Surprenantes tagliatelles de fromage cacio, enfin, assaisonnées de sauce aux oignons, câpres et café, viennent clore ce deuxième acte en d’inoubliables réminiscences vénitiennes. Troisième acte, crescendo ! Mémorable homard et crème de pistaches, langoustines frites à l’origan et superbe filet de Saint-Pierre, artichauts, chips au riz blanc sur une crème de tournesol, sans oublier ces succulents artichauts de l’île vénitienne toute proche, St Erasmo. Un festival de saveurs maîtrisées, jeux de miroirs entre mémoire gustative et associations visuelles, magie théâtrale transposée au goût qui confirme toute l’excellence de la cuisine du Quadri.

 

 

Le Quadri propose, en effet, une cuisine vénitienne repensée au XXIe siècle avec une force d’équilibre et de subtiles audaces, une harmonieuse polyphonie culinaire mise parfaitement en écho avec les vins suggérés. Un prédessert sous la forme originale d’un apéritif framboises fraîches écrasées, vodka et gingembre offre une pause rafraichissante avant de découvrir ces desserts aussi délicieux que créatifs tels cette tartelette aux deux prunes, ce fin sorbet fraise et sureau, sans oublier ces cannolo de ricotta et marmelade de poivron aux fèves de tonka et cacao et pour conclure cette originale pipette de tiramisu, clin d’œil à la créativité des frères Alajmo…

 

 

 

 

Par cette association subtile d’un service prévenant et raffiné, d’un cadre exceptionnel donnant sur l’un des lieux les plus emblématiques de Venise et d’une haute gastronomie, d’une subtilité originale et fidèle à l’excellence de la fête vénitienne, l’expérience du Quadri demeure pour ses hôtes assurément unique !


 

 

 

Le talentueux sommelier Ignazio Russo propose des associations originales de vins italiens : Franciacorta Dosaggio zero 2014 Arcari e Danesi, Lambrusco di Sorbara Charmat Naturale Gino Friedmann 2016 Cantina di Carpi e Sorbara, Vitovska 2015 Zidarich, Timorasso Costa del Vento 2015 Vigneti Walter Massa, Cerasuolo d'Abruzzo 2016 Valentini et ce mémorable Raspberry dream cocktail.

Piazza San Marco, 121 30124 Venezia (VE)
tel +39 041 5222105 quadri@alajmo.it
www.alajmo.it

 

Le V*** – Christian Le Squer

Hôtel Four Seasons Georges V Paris

En ce milieu de journée, le soleil a envahi l’avenue George -V, cette compagne inséparable des Champs Élysée ; c’est une intrusion sans réserve d’une douce et joyeuse lumière qui éclaire les vitrines des enseignes de luxe et irradie les arbres qu’un léger souffle de vent fait vibrer. En quelques pas, nous franchissons le seuil d’une adresse mythique à Paris, le George V, qui plonge immédiatement ses hôtes en un autre univers, espaces feutrés où règne une douce euphorie, celle d’un temps suspendu si cher au poète. Décorations florales toutes plus flamboyantes les unes que les autres, langues de tous les pays qui s’entrecroisent, vu et être vu, incognito aussi comme ce célèbre homme d’affaires discrètement que nous apercevrons quelques minutes plus tard installés à l’une des tables du V.

 

 

Il nous faut auparavant passer les célèbres portes en fer forgé du Cinq marquant de leur majesté l’entrée de ce temple de la gastronomie. Moquettes épaisses et fleurs encore - qui s’en lasserait ! - lustres et appliques diffusant une lumière chaleureuse, chaises Louis XVI dorées répondant aux ors discrets des moulures, réminiscences revisitées du classicisme, tout est raffinement dans l’un des plus prestigieux palaces au monde. Nous sommes accueillis par le chaleureux directeur Éric Beaumard qui veille avec un amour maternel sur ses précieux vins qu’il sait mettre en valeur de manière unique avec l’une des plus belles cuisines, celle du chef triplement étoilé Christian Le Squer. L’excellence est aux commandes et toute une équipe s’active pour vous accueillir dans les règles de la gastronomie internationale avec une aisance et une facilité qui ne cèdent qu’à la prévenance et à la gentillesse. Coupes de champagne proposées par l’aimable Pierre Sauvager, 1er Assistant de Direction du restaurant, mises en bouche qui réjouissent le palais telles ces tartelettes comté et noix, stimulent les papilles avec ces cerises aux saveurs surprises annonçant les beaux jours. La salle est comble en ce milieu de semaine, affaires, tourisme international, discrétion oblige seuls quelques accents éloignés témoignent de cette diversité.

 

 

 

 

En ouverture, les fameuses langoustines bretonnes raidies, mayonnaise tiède et galettes de sarrasin croquantes, enchantent par leur légèreté marine, sublimation de saveurs iodées soulignées par le caractère du sarrasin. Christian Le Squer cultive le raffinement de son enfance bretonne, ces senteurs inoubliables un matin de marée au creux de quelques rochers abandonnés par les ondes, mêmes sensations avec cette inoubliable Araignée de mer décortiquée dans sa carapace qu’une émulsion crémeuse au corail magnifie, tout en douceur, accords parfaits, goûts réunis. Le printemps est déjà bien installé au Cinq et ces asperges vertes truffées mousseline au Château Chalon offrent un mariage crémeux et alerte entre le végétal dont la chlorophylle s’est exprimée au soleil et ce vin jaune historique du Jura Château-Chalon. Porcelaine fine, couverts scintillants d’argent, cristaux étincelants, pas feutrés sur la moquette en un ballet aux gestes chorégraphiés, ces instants d’excellence sont rares et précieux, le Cinq sait les rendre inoubliables.

 

 

 

Vient le temps du mythique Bar de ligne, caviar et lait Ribot du Chef Christian Le Squer ; un mets qui repose sur une alchimie redoutable, cette technique irréprochable de taille et de cuisson, l’équilibre entre un produit choisi pour sa qualité optimale sublimé par cette association entre le caviar et le lait Ribot, exquis clin d’œil entre saveurs iodées et crémeuses. Une subtilité et une générosité de réminiscences partagées uniques. C’est à peine si le regard parvient à s’écarter de cette symphonie de saveurs orchestrées en cuisine par le Chef assisté d’une équipe jeune et dynamique. Ravissement et surprise, également, avec cette anguille de la Somme à peine fumée et présentée laquée sur un pain brulé avec sa réduction de jus de raisin, une réinterprétation très habile d’un classique de la gastronomie française qui ne pourra que séduire les gastronomes venus de l’extrême orient, ils sont nombreux en ce déjeuner, mais également les palais occidentaux agréablement surpris par ces saveurs franches et de caractères. Les noix de ris de veau gratinées font également partie de ces plats qui restent gravés dans les mémoires, une association fondante et charnue soulignée par le jus d’herbes fraîches, souvenirs de plats d’antan, ici sublimée par l’excellence de la haute gastronomie. Arrivés à un tel niveau d’apothéose, les sens sont comblés mais jamais saturés. Légère et suggestive, la cuisine de Christian Le Squer accompagne son hôte jusqu’aux plus belles associations, sans vertiges superflus.

 

 

Une belle aisance que viennent confirmer les desserts proposés par le chef pâtissier Maxime Frederic avec des fraises des bois macérées en une réduction de houblon et que souligne un croustillant de fin feuilletage pour une création aérienne et délicate. Même sublimation du fruit avec cet étonnant Croquant de pamplemousse, confit et cru ; l’agrume a abandonné l’acidité pour ne retenir que ses saveurs gorgées de soleil, un dessert qui ponctue en apothéose le délicat parcours entrepris depuis le début de ce repas. Mignardises, cafés et même clin d’œil à la Bretagne chérie avec ce Kouign Amann allégé… le temps est vraiment suspendu au Cinq de l’Hôtel George V…

 

 


La prestigieuse et renommée cave d’Éric Beaumard se fait l’écho des associations raffinées mets et vins avec pour débuter un Vouvray sec 2015 Domaine Philippe Noireau riche et équilibré, un Condrieu 2016 Domaine André Perret aromatique et plein de promesses, un superbe Riesling 2011 Berg Schlossberg Weingut George Breuer, frais et élégant à souhait, un Bourgueil 2014 Les Marsaules Domaine du Bel Air, richesse et harmonie des tanins, un mémorable Nuits-Saint-Georges 2011 Premier Cru Les Chaboeufs Domaine Feuillet, de la rondeur et du fruit, sans oublier un Jerez Manzanilla avec quelques beaux fromages du plateau du V Comté affiné et Beaufort des alpages sans oublier ces vins de dessert Moscato Roso 2016 Franz Haas et un Sauternes 2006 Château de Fargues, idéal avec le croquant de pamplemousse…
 

Interview Christian Le Squer Paris, 31/05/18.

 

 

 

Quelle mémoire gardez-vous de votre Bretagne natale et en quoi celle-ci a-t-elle compté pour la passion et le métier que vous exercez ?

Christian Le Squer  : "Ma Bretagne, c’est une partie iodée dans laquelle j’ai pu grandir avec cette chance incroyable d’être entre la terre et la mer. J’ai profondément gardé ce côté naturel des matières premières, ce goût fort et iodé dans les dunes, enfant, et cette sensation du crachin sur la peau. Ce sont les premiers goûts de ma mémoire. J’ai vécu également à côté des fermes, ce qui a beaucoup compté pour la suite. Nous faisions nos yaourts nous-mêmes, avions du bon beurre avec toutes ces matières premières naturelles qui se partageaient entre mer et terre. C’était l’époque bénie où chacun avait un potager et j’ai encore le souvenir de ma mère allant chercher de la salade avant que le soleil ne se lève avec la rosée du matin… Souvenir de tous ces petits détails comme ne jamais rentrer une tomate au réfrigérateur, bonheur des produits non dénaturés. À l’image d’un parfumeur qui prépare son nez, mon palais est né avec ces beaux produits. C’est cela que je garde de la Bretagne".

 


Il est coutume parmi les grands chefs de la gastronomie internationale d’entendre ces dernières années leur priorité donnée aux produits, quel rapport entretenez-vous avec eux ?

Christian Le Squer  : "Je crois que le luxe d’aujourd’hui et de demain pour différentes raisons va être la traçabilité et le bon goût de nos produits. Je pense que dans tous nos métiers, pour des raisons de santé et de vraies saveurs, nous avons à cœur de ne plus tricher même si les très belles matières sont très difficiles à obtenir. Cela vous encourage à tailler de manière optimale, cuire de la plus belle façon afin de valoriser ce produit et non de l’étouffer. Nous faisons ainsi très attention à cette approche car c’est déjà la cuisine de demain. C’est un nouveau monde qui arrive, car si ces belles matières sont déjà rares, il sera encore plus difficile à l’avenir d’avoir un beau poisson, un beau légume ou un beau fromage. Je pense que nous reviendrons à ces exigences de qualité, car nous sommes de plus en plus attentifs à cette dimension".

 

 



La rencontre de la technique et du palais compte beaucoup dans votre cuisine, comment souhaitez-vous qu’elle soit perçue par vos hôtes ?

Christian Le Squer  : "Il me semble que lorsque l’on décide de venir dans un trois-étoiles, vous allez à la rencontre d’un cuisinier qui est à la fois un technicien et qui s’est créé un palais. Cette technicité ne doit pas être visible ou perceptible, ce qui n’empêche pas tous ces gestes incontournables de la main dans notre métier. J’aime à dire que nous sommes des artisans de la main pour arriver à une qualité optimale de goûts et des saveurs. Aujourd’hui, je ne me considère plus comme un chef de cuisine, mais plutôt comme un palais de cuisine, à l’image de la haute couture ou du nez d’un parfumeur. Je suis toujours en mouvement culinaire, créant des collections grâce à une recherche et un développement afin d’arriver à ce degré culinaire. Cela ne peut s’obtenir, en ce qui me concerne, que grâce à une bonne hygiène de vie. Je mange très sainement et lorsque je suis en week-end, je laisse reposer mon palais qui habituellement est sur-sollicité avec ces recherches quotidiennes pour goûter, assembler… Dans le même esprit, je pratique le sport au quotidien, notamment la natation, car j’estime que pour être cuisinier, il faut être en forme. J’ai également cette chance de beaucoup voyager et de faire de nombreuses expériences culinaires. J’étais, il y a peu, à Singapour et m’apprête à partir pour Tokyo. Avec ce mixage de cultures culinaires extraordinaire lorsque je reviens en France, j’ai également plaisir à manger français, ce qui est très important, tout en rapportant ces multiples expériences dans ma mémoire".

Les lieux ont assurément également leur importance, quelle part prennent-ils dans la création de vos recettes et des menus que vous proposez ?

Christian Le Squer  : "De nos jours, on ne vient plus manger dans un lieu mais découvrir une cuisine de chef. Le chef crée un lieu quel que soit l’arrondissement de la ville considérée. Les lieux vont entourer cette expérience avec un cadre, un luxe et tous ces métiers qui gravitent dans un palace. Ici, au Cinq vous avez toute cette diversité : boulanger, pâtissier, poissonnier, fleuriste, sommelier… c’est une manière de proposer à nos hôtes un véritable art de vivre à la française en un seul lieu".
 

 


Quelle vision avez-vous de l’évolution de la planète et notamment de la nutrition qui a tendance à s’appauvrir en qualité et à augmenter en quantité ?

Christian Le Squer  : "Il y a un changement total de génération qui est très attentive à la planète et à la manière de se nourrir, capable de manger un hamburger tout en aspirant à reconnaître la qualité d’un bon produit. On se retrouve aujourd’hui avec beaucoup plus de sensibilité sur tous les circuits courts. Je ne suis pas trop inquiet car il me semble qu’un grand nombre de personnes va dans ce sens. En ce qui me concerne, j’ai pris la cause de la mer, et tout dernièrement j’ai été ramasser des mégots de cigarettes sur la plage car j’estime que si nous ne faisons pas attention aujourd’hui à l’acidité des eaux, quels poissons mangerons-nous demain ? Le mercure et les microfibres s’intégrant dans ces poissons posent véritablement une question globale d’environnement. Il y a un travail énorme à accomplir mais je crois que cette prise de conscience existe aujourd’hui. On respecte mieux tous ces métiers que l’on avait oubliés, cette petite maraîchère qui vous propose de beaux légumes au marché par rapport à un industriel. L’alimentation est de plus en plus perçue dans une optique de santé et de forme, nous n’avons pas envie d’empoisonner nos enfants. Regardez les investissements qui sont faits aujourd’hui dans les vignes alors qu’auparavant nous étions dans l’abattage. Les industriels et les grands groupes œuvrent également en ce sens. Nous avons pris conscience que la terre est un patrimoine, que 80 % des déchets qui polluent la mer sont d’origine terrestre. C’est une anecdote mais nous avons décidé ici de ne plus mettre de paille afin d’éviter que tout cela ne se retrouve à terme dans les océans. Nous allons avoir des formations dans le développement, les déchets, rejoignant cette prise de conscience de chaque foyer. Cela va prendre du temps, mais il me semble que l’on peut à juste titre être optimiste quant à cette approche".

Restaurant Le Cinq 31 avenue George V 75008 Paris, France
Tél : +33 (1) 49 52 71 54 Email: lecinq.par@fourseasons.com
www.restaurant-lecinq.com

 

Restaurant Marcello Paris 6e

Qui se souvient encore de Dom Jean Mabillon, ce moine bénédictin dont Paris n’a retenu que le nom en guise de station de métro et d’une rue longeant le Marché Saint-Germain ? Et pourtant le religieux fut un intellectuel qui compta au XVIIe siècle notamment pour les historiens avec une méthode inédite, la diplomatique, pour l’étude des documents et qui terminera ses jours à Saint-Germain-des-Prés. Il repose avec Descartes dans l’église à quelques mètres du restaurant Marcello où nous avons rendez-vous.

 

 

 

 

Surprise en découvrant ces lieux avec cette cour en retrait de la rue paisible Mabillon, en contrebas de plusieurs mètres, pavés et vieilles fontaines composant un décor bucolique d’un charme fou, lieu rare et prisé en ce cœur même de la capitale. Silence extraordinaire, lieu inspiré qui marque la bordure de l’ancien préau de la foire Saint-Germain, une foire dont les origines remontent au Moyen-âge et accordée aux religieux de l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés par Louis XI. Une halle recueillait en cet endroit des centaines de marchands, artisans et même comédiens jusqu’à la Révolution. Nous déjeunerons donc en plein cœur de ces augustes vestiges, accueillis par le dynamique directeur Emmanuel Bellanger.

 

 

Nous prenons place à l’une des petites tables installées en terrasse entre la fontaine et l’ange veillant sur les convives. Assis, nous remarquons ces marches de pierre, usées par le temps, qui témoignent des siècles qui ont passé, assurément ces lieux ont une âme…

Le Marcello est né de l’idée d’un délicieux mariage entre un café de Turin et un bar de Brooklyn, de 8 h à minuit dans le 6e arrondissement de Paris, on peut y boire et manger, l’esprit de la fête est ainsi perpétué.

 

 

Nous commencerons par un Aperol Spritz, pour un petit air vénitien, et une sélection d’antipasti d’une fraîcheur impeccable avec cette friture de calamars, poulpes et courgettes, ces petites pizzettas Margherita avec une focaccia-maison et mozzarella qui enchantent le palais alors que c’est à peine si l’on distingue les bruits de la ville à quelques pas…

Le service est prévenant en cette heure d’affluence, les lieux sont connus et la terrasse déjà comble. Suivent de succulents gnocchis de ricotta faits maison avec sauce gorgonzola, endive rouge et graines de courges qu’accompagne idéalement un verre de Plato de Toscane, un vin élégant et léger en bouche. Les Polpette de bœuf au sarrasin grillé et sauce tomate fraiche invitent, elles aussi, au voyage au-delà des Alpes sur un air estival.

 

 

Quelques gouttes de pluie parisienne n’interrompront ni ce voyage, ni le plaisir de ce repas tout parisien grâce à l’immense store venant à propos protéger les convives. Le temps n’a pas de prise au Marcello, les minutes et les heures défilent à l’improviste.

Quelques douceurs italiennes encore avec cet Affogato, glace vanillée arrosée d’un expresso et Semifreddo pistache, framboises fraîches et coulis pour terminer ce repas comme il avait commencé, dans la quiétude d’un lieu élégant et discret, enchanteur et prévenant, une adresse à garder et partager entre amis.

8 Rue Mabillon, 75006 Paris
Téléphone : 01 43 26 52 26
www.marcello-paris.com

 

Il Pagliaccio **

Chef Anthony Genovese - Roma

 

Pour parvenir au Il Pagliaccio, le célèbre restaurant deux étoiles du Chef Anthony Genovese, c’est toute l’histoire la plus ancienne de la ville éternelle que l’on aborde avec les traces du pomoerium, l’une des églises les plus antiques, avec le Panthéon, un concentré de ce que Rome compte de plus vénérable, surtout lorsque l’on arrive dans ce haut lieu gastronomique par une belle journée ensoleillée. Il Pagliaccio se traduit par clown en français, mais fait référence surtout au personnage bien connu de la commedia dell'arte, serait-ce à dire que le chef Anthony Genovese ne se prend pas au sérieux ?

 

 

Une bonne dose d’humour et de détachement caractérisent en effet cet homme qui, s’il sait prendre distance avec les choses, prend néanmoins avec un sérieux brio les exigences de la haute gastronomie, un art qui ne souffre d’aucune concession à la facilité ou aux modes. En ces lieux discrets, l’accueil du directeur de salle Matteo Zappile assistée de Laura Braggion au restaurant Il Pagliaccio donne la tonalité du haut degré d’exigence qui règne en ces lieux : professionnalisme, cordialité sincère sans familiarité, avec l’élégance d’une décoration propice à mettre en valeur la cuisine dispensée par le Chef depuis 2003 à Rome. Nous prenons place à une belle table ronde d’angle permettant d’observer d’un côté la belle façade baroque de l'église Santa Lucia del Gonfalone qui abrite depuis des siècles l'Archiconfraternité de la Gonfalone, des pénitents blancs dont l’origine remonte au XIIIe s. , et de l’autre ce raffinement de la salle qui cultive un minimalisme avenant.

 

 

A partir de là, une scénographie à la fois orchestrée avec naturel et relevant du rêve se met pour chaque hôte en place. Le sommelier Luca Belleggia aura également pour sa part tôt fait de percevoir vos goûts et d’anticiper vos hésitations, et proposer un programme digne de ce qui se réalisera parallèlement aux cuisines. D’admirables mises en bouche suffisent à comprendre que c’est toute une histoire qui se trouve ici aux reines d’un des meilleurs restaurants de Rome et d’Italie avec un nid de cheveux d’ange au mulet et bille de vodka, une petite salade de pois chiche rafraichie, cube de parmesan affiné, tartelettes de lentilles et petites brioches vapeur en un joli clin d’œil aux saveurs du monde, le chef Genovese a en effet parcouru le monde pour nourrir son inspiration. Un consommé d’oursin, choux de Bruxelles et cèpes offre pour suive une belle expérience de saveurs subtiles, sans heurts, à l’image de l’ambiance qui règne dans la salle du Il Pagliaccio.

 

 

Nous avons le sentiment d’être enveloppés par une douce protection, une cuisine qui ne cherche pas à convaincre mais à transmettre un partage sans réserve. Ce que vient confirmer ce délicieux calamar rôti et rhubarbe, une réminiscence des heures tendres de l’enfance.

Quel chef italien ne garde pas, il faut l’avouer, un souvenir ému de la manière bien particulière de préparer les spaghetti et Anthony Genovese nous fait quant à lui partager une émotion bien particulière avec cette recette traditionnelle de son enfance revisitée avec de la morue et une infusion d’eau de tomates qui parfume idéalement et sans heurts ce plat généreux.

 

 

Nous avons l’impression que le temps s’est arrêté entre ces murs et si quelques sons de cloche ou de vie provenant de l’extérieur parviennent de temps à autre à nos oreilles, c’est comme de manière feutré, en d’autres espaces et d’autres lieux. La cuisine du Chef Anthony Genovese sait capter tous les sens et notre ravissement. Suit encore un beau tribut à l’art de la pasta avec ces cannelloni de poulpes aux courgettes préparées en différentes cuissons, en un ensemble très doux et structuré. Les rougets laqués avec gratin de fenouil et sel trois saveurs feront eux aussi partie des plats mémorables, surtout lorsque le sommelier eut l’heureuse initiative de les associer à un saké pétillant, innovant et réussi !

 

 

Un petit clin d’œil de l’humour du Chef pour ce porc sucré-salé accompagné d’un chutney aux pommes et d’un marshmallow pour ces joyeuses réminiscences enfantines ! La daurade préparée au lait infusé d’herbes est elle aussi un parfait exemple du degré d’excellence atteint au restaurant Il Pagliaccio, un équilibre parfait entre la qualité du produit, la préparation rigoureuse, la créativité et l’inventivité des associations toujours structurées. Nous sommes sur un petit nuage ce que vient d’ailleurs confirmer ce prédessert en forme de mousse et de nuages de fromages avec ses noisettes caramélisées.

 

 

 Viennent alors les doux moments de l’art de la pâtisserie savoureusement préparés par le Chef pâtissier Thierry Tostivint. Une tartelette aux fruits rouges et mûres, accompagnée d’une glace orientale shochu poursuit l’heureuse ligne initiée depuis le début de ces agapes, sans excès de sucre, pour laisser libre cours aux associations des fruits et saveurs. Quelques petits fours – une tartelette au citron pour la gourmandise notamment – un café italien bien entendu, et une délicate Grappa, concluent avec excellence ce repas mémorable passé en compagnie du sympathique Chef Anthony Genovese et de toute son équipe du Il Pagliaccio.
 


Le sommelier Luca Belleggia saura a conseillé pour accompagner ces mets un Giulio Ferrari “Riserva del Fondatore” 2005, Ferrari ; “Mareneve” 2016 Federico Graziani, un original saké pétillant “Hitotoki” Sparkling Sake, un “Petra” 2013 Cantine Petra et enfin une délicieuse Grappa “Poggio alle Mura” riserva Banfi

 

Rencontre avec le Chef Anthony Genovese à Rome dans son Restaurant
 


Comment êtes-vous venu à la cuisine ?

Anthony Genovese : "C'est une question à laquelle il est toujours difficile de répondre. Je suis né en France, fils d'émigrés venant d'une région très pauvre du sud de l'Italie, une région avec très peu de produits. Il n'y a pas eu de véritable déclic mais un amour très jeune pour la cuisine, le fait même de cuisiner. Dès l'âge de 10 ans, j’aimais déjà toucher, pétrir, rester en cuisine…mais, par la suite, j’ai été néanmoins très mauvais à l'école hôtelière ! (rires). J'ai commencé à Monte-Carlo où on a remarqué mes qualités et qui m'ont valu d'être envoyé au restaurant doublement étoilé du Château Éza sur la Côte d'Azur. C'est en ce lieu que j'ai eu un véritable coup de foudre et une réelle prise de conscience de ce qu'est un produit brut, la manière dont on le traite avec respect, voir le plat fini, ce qui a été une émotion énorme.

 

 

C'est vraiment cette expérience qui m'a conforté dans mon choix de travailler dans la haute gastronomie. J’ai également travaillé à ce grand restaurant qu’est l’Enoteca Pinchiorri à Florence, trois étoiles au Michelin".
 

C'est donc à partir de ces fondations reposant sur un héritage structuré des bases et de la technique que toute votre cuisine s'est bâtie et que l'on retrouve dans toutes vos créations ?

Anthony Genovese : "Absolument, je crois qu'un cuisinier doit connaître les bases de la grande cuisine, tel Escoffier, savoir-faire un consommé, un fonds, une sauce Grand Veneur… Oui, du Escoffier ! Car c'est très joli de mettre des petites pinces avec des herbes, des fleurs, etc. mais tout cela est lassant pour ne pas dire agaçant ! Je suis certes un peu sévère, mais j'estime qu'un cuisinier doit savoir tenir une casserole dans les mains, tourner une viande, l’arroser, la glacer, reconnaître la cuisson simplement au regard, tout cela est très important. Il ne s'agit pas d'un refus de la modernité, nous avons aujourd'hui l’ABS dans nos voitures, mais il s’agit de ne pas oublier les bases au profit de feux d’artifice factices. J'ai toujours un peu peur lorsqu'on me présente un cuisinier souhaitant rejoindre notre équipe avec un CV alignant une liste de chefs prestigieux du monde entier. Je me souviens qu'à mon époque, on nous recommandait de ne faire que deux ou trois maisons dont une un peu plus moderne, c'est tout ! Je crois que cette question est quelque chose de très actuel".

Une tendance que l’on retrouve partout, y compris dans la musique classique où les musiciens passent d’un ensemble prestigieux à un autre internationalement.

Anthony Genovese : "Exactement, il ne s'agit pas de fermer les fenêtres sur le monde, mais il ne faut pas non plus oublier l'identité ; Identité qui se trouve d'ailleurs de plus en plus revendiquée par certains chefs en France mais aussi en Italie".

Quelles sont vos influences plus personnelles qui nourrissent votre cuisine au quotidien ?

Anthony Genovese : "Je suis très curieux de nature, j'adore également aller au musée voir la peinture, j'adore aussi lire, aller au cinéma ce qui me permet de me détacher de la cuisine. L'Orient nourrit aussi mes inspirations avec ses senteurs, cela m'influence énormément. Chaque semaine, nous allons une fois au marché ce qui peut sembler un peu trivial, mais demeure très important pour moi. Nous nous baladons et c'est le moyen, le moment privilégié de faire des découvertes. Je n'ai jamais aimé la cuisine au dosage rigoureux, je préfère plutôt une inspiration au jour le jour. Pour citer un grand maître que j'adore, M. Gagnaire, la cuisine se doit d’être faite avec le cœur et non simplement avec le cerveau. La cuisine ne saurait être figée, et si aujourd'hui je suis détendu ou au contraire énervé, mon produit va être transformé ; un plat est en éternel mouvement, et cela reste essentiel pour moi, je ne le perds jamais de vue ou de « cœur ». J'essaie d'éviter au maximum les catalogues de produits que l'on me propose, je préfère aller voir mon poissonnier, mon boucher, mon marchand de légumes et toucher les produits. J'y vais souvent personnellement, j'ai donc un très bon rapport avec chacun d’eux. C'est pour moi très important et il ne faut pas oublier que nous sommes des artisans du goût et non des artistes ! Voir en un cuisinier, un artiste sous les feux de la TV, cela m'énerve un peu (rires)…"

Qu'est-ce qui nourrit au quotidien votre cuisine ?


Anthony Genovese : "J'ai envie de vous répondre spontanément l'amour de mon métier ! J'ai beaux avoir plusieurs années derrière moi, c'est toujours la même passion ! J'aime en parler, écouter mon équipe, lorsqu'ils rient ou s'interrogent, je me revois à leur âge. J'aime bien les taquiner pour les pousser en avant, c'est une véritable collaboration.

 

 

Je n'ai jamais été un chef patron. Je crois que les médias ont créé des situations où de jeunes chefs ont été mis en avant très artificiellement, c’est très dangereux pour eux et pour la gastronomie. Nous sommes dans une machine à épater avec des jeunes qui quelques années après sont obligés de fermer leur restaurant, on assiste à la même chose pour des chanteurs lancés par la télévision. Il y a maintenant une impatience qui devient la règle, et à l'âge de 26 ans bien des jeunes ne supportent plus leur patron et veulent ouvrir leur propre restaurant. Mais les déconvenues arrivent très vite par la suite. Il est impossible de faire ce métier sans la passion, même si cela n'est pas toujours facile, et c’est bien pour quoi d'ailleurs j'ai choisi le nom de mon restaurant Il Pagliacio, le clown !"

 

 


 

Mais, un Clown, un Il Pagliaccio dans les étoiles avec les pieds sur terre ! que Lexnews remercie pour son accueil délicieusement chaleureux.

Ristorante il Pagliaccio | via dei Banchi Vecchi 129a, Roma – T. +39 06/68.80.95.95
www.ristoranteilpagliaccio.com

 

La Table du Connétable

Auberge du Jeu de Paume

 

 

Le duc d’Aumale, Henri d’Orléans cinquième fils du roi Louis-Philippe 1er, rêva de restaurer la gloire d’un lieu endormi par la tempête révolutionnaire. Rebâtir un château, au XIXe siècle qui ferait revivre les gloires d’antan, du château Connétable, du Grand Condé, tels furent en effet le rêve, le défi, l’œuvre de toute une vie de ce duc qui aujourd’hui encore enchante et vous convie à sa table. La Table du Connétable au XXIe siècle a hérité de ce rêve devenu réalité en offrant chaque jour à ses hôtes l’excellence de la gastronomie sous la direction de son jeune, Chef Julien Lucas, honoré par une étoile et qui a à cœur depuis son arrivée récente à Chantilly de valoriser la cuisine française et le patrimoine régional de l’Oise et de la Picardie.

 

 

Nous sommes à Chantilly, en plein cœur du Domaine, entre les Grandes Écuries et le Château, un lieu accolé à l’ancienne salle du Jeu de Paume… Ici, l’Histoire vous entoure avec bienveillance mais sans affectation, un doux rêve d’antan avec un accueil chaleureux, sympathique et dynamique, l’obséquiosité demeurant inconnue en ces lieux pratiquant pourtant l’excellence au quotidien. C’est dans ce cadre raffiné de l’Auberge du Jeu de Paume que nous entrons, un Hôtel cinq étoiles laissant place à une succession de salles joliment décorées jusqu’au saint des saints, la fameuse Table du Connétable, valeur montante de la gastronomie française et internationale.

 

 

Dans une décoration tout aussi chaleureuse réinterprétant ces antiques auberges avec leurs robustes lampes en fer forgé et leurs lourdes tentures, les notes de modernité éclairent une salle meublée de fauteuils Louis XVI recouverts de tissus couleur lie de vin. Nous apercevons les cuisines de notre table, cuisines dont les miroirs ont été remplacés par du verre, et où à cette heure de dîner toute l’équipe dirigée par le Chef en personne s’active avec la sérénité de personnes sûres de leur art pour offrir des mises en bouche inventives et ludiques.

 

 

 

Original en effet cette réinterprétation de la brioche picarde, un gâteau battu accompagné d’algues de la baie de Somme en un heureux sucré salé, une mise en bouche accompagnée d’un vin de champagne rosé Louis Roederer 2012. Fin et raffiné également ce dôme d’un blanc immaculé de topinambours avec son émulsion de truffes noires en plein hiver brumeux.

 

 

Le service de salle s’associe à la bonne humeur du restaurant, chaque geste est précis, les conseils avisés sous la direction du sympathique directeur de salle Nicolas Digard. Le foie gras poêlé à l’orange et jus à la gentiane accompagné d’endives braisées réserve de belles surprises gastronomiques dans sa juste préparation et sa cuisson idéale, un plat au parfait équilibre. C’est la saison des Saint-Jacques de plongée, et avec ce gâteau de Cresson de Fontaine c’est un ravissement de saveurs subtiles qu‘une bisque de crustacés vient souligner généreusement. L’ambiance agréablement enjouée règne en ces lieux de gastronomie qui honore en la plus belle des traditions françaises, le chef Julien Lucas ayant travaillé avec les plus grands : Alain Ducasse, Bernard Loiseau, Joël Robuchon…

 

 

Nous sommes au cœur de la saison de la chasse en ce vaste domaine de Chantilly prédestiné, aussi le choix se porta sur ce savoureux Chevreuil butternut en croute de sel avec sa sauce poivrade, cette écrasée étant terminée en salle devant votre table, une belle initiative qui perpétue le service de salle. Saveurs également des associations rondes et généreuses avec cette lentille de la Brie associée au Bar de ligne et magnifiée par différentes préparations (légèrement grillée, en écrasé,…). Les discussions vont bon train dans ce lieu à la fois raffiné et chaleureux. L’art du fromage, heureuse initiative, demeure à cette Table du Connétable également honoré dans la plus belle tradition française avec un très beau chariot proposant les plus belles sélections affinées par les frères Marchands : Tome marbrée aux bourgeons de sapin, Mont d’Or crémeux à souhait, Stichelton anglais…

 

 

 

 

Ravissement également des instants sucrés avec un délice de Chocolat Grand Cru associé de manière originale à l’endive de Picardie, des accords singuliers réussis, alors que les Agrumes sur une meringue française jouent également les associations originales avec le Géranium et la vanille, une belle expérience gustative.

 

Au terme de cette belle soirée passée à la Table du Connétable, on se dit que ce talentueux et généreux Chef Julien Lucas a un bel avenir devant lui, une passion qui l’anime et rayonne avec une cuisine rendant hommage au clacissisme français et mue par une singularité créative toute personnelle.

 


Amélie Allot, la talentueuse sommelière, sera vous recommander de belles sélections de vins français tels ces Vouvray Vincent Carême 2015, ce vin fin et élégant Viré Clessé Challand Marie 2013, Bourgueil « Les Perrières » Breton 2011 et ce remarquable Pomerol Château Gazin 2011.

4, rue du Connétable 60500 Chantilly - France
Tél : +33 3 44 65 50 00 info@aubergedujeudepaume.fr
https://aubergedujeudepaumechantilly.fr

 

Restaurant L’Assiette

Paris XIVe

Il faut découvrir cet endroit, quelque peu secret mais connu des nombreux initiés avertis, niché dans une petite rue discrète en plein cœur du 14e arrondissement et qui accueille la cuisine et l’art du chef David Rathgeber. Le lieu ne peut que convenir puisqu’il abritait jadis en effet une ancienne charcuterie dont la décoration a été heureusement préservée des ravages de la modernité internationale, point de bois peint, encore moins d’écran de TV diffusant un flot d’inepties, mais un comptoir en marbre veiné, des vitres gravées à l’acide, un plafond décoré, miroirs et plancher à l’ancienne offrant au lieu une intimité vite renforcée lorsque le chef vous saluera aimablement de sa cuisine ouverte –rien n’est caché en ces lieux - et que le sympathique responsable de salle Patrick Rihouey s’enquière de votre préférence de table. De nombreux habitués ont déjà commencé leurs agapes, l’adresse est connue, il vaut mieux réserver !

 

 

Confortablement assis, nous remarquons alors ces gravures gastronomiques d’Alain Huchet d’un humour certain. Il faut dire que David Rathberger, assisté de Mathilde Maroussie, ont insufflé à ces lieux un bel équilibre reposant sur une cuisine sans concessions quant à la qualité du produit et de sa manière de le sublimer à l’école des plus grands. Soulignons d'emblée que David Rathgeber a travaillé notamment pour Alain Ducasse, Philippe Groult et Christian Le Squer… Il a retenu de cette expérience la quintessence de la gastronomie en en écartant le faste et les paillettes. Il n’hésite d’ailleurs pas à souligner qu’il entend donner la priorité aux choses simples et bonnes, sans artifices. Ses souvenirs d’enfance, originaire de Clermont-Ferrand, sont faits de gibier, spécialités charcutières, pâtés, terrines, potée et autres civets…

 

 

Sur la table est posée dès votre arrivée cette assiette, attendue des gourmands habitués, de morceaux de jambon avec son beurre et pain de campagne, une bien agréable manière de faire son choix dans la carte régulièrement revisitée par le chef selon les saisons et les produits. Nous commencerons par un mémorable tartare de crevettes bleues – une entrée devenue signature et que le chef ne peut évincer de la carte sans protestations de ses hôtes !, assaisonné de main de maître avec cet équilibre entre le fondant et les saveurs marines, un plat remarquable qui ferait honneur sur bien des tables gastronomiques.

Les boulettes de pied de cochon accompagnées de leurs petits poireaux en pied et une sauce tartare offrent également un plaisir franc et goûteux qui réjouit le palais instantanément. Décidément l’Assiette opère un charme discret mais immédiat, point de chichi ici, mais un gourmand plaisir assurément.

 

 

Il faut dire que la prévenance du service fait également partie de cette réussite. Patrick Rihouey sait s’enquérir de vos souhaits, discret mais l’œil à tout, le rythme va bon train alors que le sommelier Medhi Zerizer lui aussi un habitué des grandes tables saura vous conseiller des vins idéalement en accord avec les mets proposés par la cuisine, tel ce Domaine Escaravaille 2016 La Galopine Blanc, un vin élégant entre acidité et rondeur sachant souligner la finesse des plats. La seiche à la carbonara avec son anguille fumée fera, elle aussi, partie des surprises avec une préparation métamorphosant le céphalopode en mémoire gustative d’un autre registre…

 

 

Saveurs délicates également pour ces poulpes et poitrine de cochon rôtie au vieux vinaigre le tout associé à de petits oignons et coques, une timbale d’une fraîcheur et saveur remarquables. Les conversations sont animées en ce lieu intime qui invite à prolonger ces instants précieux, de même que ces desserts tous fait maison avec une préférence pour cette redoutable crème caramel au beurre salé servie en son petit pot de grès, mémoire d’enfance revisitée ou encore pour ce délicieux baba au rhum à la crème légère et aérienne. Ces dernières notes termineront agréablement cette plaisante expérience passée à L’Assiette, une expérience sincère et reposant sur une tranquille assurance de la gastronomie.

 

 

181, Rue du Château 75014, Paris
Tel 01 43 22 64 86
http://restaurant-lassiette.paris

 

Restaurant Pacifico Roma – Hotel

 

 

C’est un air d’exotisme qui envahit l’hôte du Pacifico à peine franchi le seuil de l’Hôtel qui l’abrite. A quelques mètres de la célèbre Piazza del Popolo, le chef internationalement réputé, d’origine péruvienne, Jaime Pesaque, apporte en effet en ces lieux tout romains un vent d’outre-Atlantique aux carrefours de l’Amérique du Sud et de l’Asie…

 

 

On oublie bien souvent que le Pérou a connu une influence de l’Asie depuis plus de 500 ans, un entrecroisement des cultures gastronomiques que le Chef, Jaime Pesaque, a souhaité faire partager à sa clientèle romaine et internationale dans un restaurant tendance, en plein cœur de Rome. Les lieux sont réputés et c’est une vive effervescence qui se manifeste dès le début de soirée de ce samedi romain où il fait bon d’être vu dans ces murs bordant la belle piscine de l’Hôtel. La décoration laisse la part belle aux teintes bleu-gris rehaussées d’or, petits sièges et banquettes privilégiant la prolixité des hôtes d’une même table pour honorer la cuisine du Chef se partageant idéalement entre convives.

 

 

L’ensemble de la vaste salle bénéficiant d’un éclairage réduit que de multiples miroirs renvoient pour un effet réussi. L’animation gagne rapidement et les spécialités du Chef se succèdent en autant de petits plats appétissants et colorés tel ce Ceviche puro composé de loup de mer, oignons rouges, maïs, aji limo et autres saveurs parfaitement assaisonnées.

 

Le Tiradito lima limón ouvre lui aussi la porte des grands espaces où la sériole, le lait de tigre (marinade servant à préparer le poisson cru) et le quinoa grillé offrent des saveurs à la fois de caractère et de douceur. Le palais est agréablement surpris, s’attendant à des saveurs plus heurtées, mais le chef Jaime Pesaque n’a pas son pareil pour adapter et proposer sa cuisine aux Européens.

 

 

Les influences sont nombreuses dans ses préparations aux carrefours des grandes civilisations, bonheur de contrastes géographiques entre montagnes, côtes, jungle et plaines… Alessio, en salle, saura quant à lui, vous guider avec élégance et prévenance tout au long de ce parcours singulier et atypique, aussi n’hésitera-t-il pas également à vous recommander ces délicieuses langoustines ou encore ces Taco Tataki idéalement préparés par la cuisine du Pacifico.

 

 

Ces mets invitent au partage des discussions et des petits plats que l’on s’échange sans façon pour une expérience multipliée de saveurs tout comme ce plat associant poulpe, sauce kalamata aux olives noires, purée de pommes de terre, aji amarillo, avocat et oeufs de caille en une agréable et singulière association.
Nombreuses seront encore les découvertes au Pacifico, notamment ce plaisir de terminer avec un café la soirée au bord de la piscine avant de traverser de nuit l’incomparable Piazza del Popolo…

 

Alessio a recommandé pour ce repas un Baglio Di Pianetto Ginolfo 2012, un Baglio Di Pianetto Salici 2011 Merlot et un Baglio Di Pianetto Rais Moscato

 

 

Palazzo Dama Lungotevere Arnaldo da Brescia 2
Tel: 06 3207042
http://wearepacifico.it

 

Restaurant Quai Ouest

Saint-Cloud

Embarquement pour Cythère ? C’est un peu cette magie qui gagne l’hôte du prisé restaurant Le Quai Ouest, ce vaisseau amarré sur les quais de la Seine à Saint-Cloud… Plaisirs d’un lieu qui dépayse instantanément à peine entré en cette vaste salle qui abrita naguère des ateliers de réparation maritime, autre temps, autre… Mais point de nostalgie ici avec le dynamique et très aimable directeur Loïc Peltier, manifestement amoureux de cet endroit atypique et décoré avec une élégance festive de bon goût.

 

 

 

 

Entre guinguette et bistronomie tendance, Quai Ouest cultive une ambiance franche avec son plancher en bois brut, ses vieux pavages hérités des temps passés, des lampions qui jouent avec la brise apportée par la Seine, omniprésente et accaparant tous les regards. Une fière cheminée prodigue un feu l’hiver alors qu’une terrasse ravira les amoureux du grand air à la belle saison. Nous prenons place à l’une des petites tables, également tout de bois, disposées le long de la baie dominant d’un côté la Seine en direction de la Défense avec ses tours dressées comme un jeu de Lego pour grands enfants, et de l’autre, l’île Seguin avec depuis quelques années son architecture dédiée à la musique…

 

 

 

 

Nous débutons notre déjeuner sous le soleil parisien avec de belles entrées fraîches et goûteuses comme ce délicieux saumon mariné à l’aneth, cette salade d’avocat, crevette, pamplemousse ou encore ces croustillants de gambas et basilic à partager entre deux regards sur les embarcations croisant sur la Seine…

 

Impression de vacances avec ces petits lampions que l’on imagine brillant de tous leurs feux le soir alors qu’un service jeune et prévenant s’active déjà en salle où de nombreux convives, déjeuners d’amis ou d’affaires, convergent venus des entreprises voisines de Saint-Cloud, Paris, La Défense et autres des villes avoisinantes.

À l’évidence, très appréciée, l’adresse se partage y compris le week-end pour des brunchs ou repas familiaux avec ce « coin spécial enfants » bien venu.

 

 

Nous comprenons cet enthousiasme également avec ces plats francs et de qualité tel ce cabillaud rôti à la sauce vierge aux olives et purée maison ou ce classique foie de veau cuit au balsamique, échalotes confites et haricots verts printaniers… Beaux produits mis en valeur par une préparation sans artifices, des plats jouant la carte de souvenirs d’enfance, souci des détails comme ce pain croustillant, ces tables bien dressées…

 

 

 Le soleil est au beau fixe et on se dit qu’un tel déjeuner pourrait durer une journée avec notamment ces desserts gourmands telles cette tarte meringuée maison ou cette île flottante comme un clin d’œil aux îles voisines … Un café au soleil en terrasse, c’est possible au Quai Ouest, où de nombreux convives avaient choisi de déjeuner comme sur l’arrière-pont d’un navire de croisière, c’est un peu les vacances en ce restaurant idéalement conçu comme un moment de convivialité, de déjeuners réussis et de rêves. une belle expérience à renouveler en soirée par une belle journée d’été !

 

 

(Le restaurant propose un service voiturier, mais peut facilement également être rejoint par le Tram à partir de la Défense, par la gare de Saint-Cloud, par une passerelle venant du jardin Albert-Kahn ou encore plus original directement en bateau, le restaurant possédant un ponton…)

121 avenue André Morizet, 92100 Boulogne-Billancourt
www.quaiouestrestaurant.com

 

Restaurant Magnolia

Grand Hotel Via Veneto

 

 


Que l’on parvienne au restaurant Magnolia depuis l’intérieur du Grand Hotel Via Veneto ou par l’élégante entrée depuis la via Sicilia, l’opulence et le ravissement toucheront l’hôte de ce restaurant étoilé dirigé par le Chef Franco Madama. La salle située en contrebas laisse l’impression d’un lieu protégé de toute indiscrétion, les voutes du plafond préservant les conversations et la décoration rehaussée par des murs ocres et noir offrent le plus charmant des décors pour une expérience culinaire reposant sur les accords visuels et gustatifs.

Le Chef Franco Madama aime en effet bâtir en ces lieux tout un réseau de correspondances visuelles et gustatives qui touche à l’intimité d’une inspiration nourrie par l’art et la culture dans laquelle son art prend toute son étendue.

 

 

Réputé pour ses plats, véritables tableaux gustatifs, où la couleur, les formes et les associations enchantent tous les sens, le Chef Franco Madama ouvre pour nous les agapes avec des mises en bouche alertes sous la forme de tortello aux tomates, herbes, prosciutto Barrique et parmesan. Incontournable, le risotto cocco invite en une association de saveurs forestières et exotiques la noix de coco, les chanterelles, la salicorne e et le poivre. Les filets de turbot sur une crème de topinambours et plancton accompagnés d’artichauts de Jérusalem composent un tableau aussi délicieux à déguster qu’à regarder avec ces notes blanches et vertes. Chaque produit est choisi avec le plus grand soin, un poisson à la préparation impeccable, des champignons savoureux, un sentiment de retrouver une mémoire gustative reposant sur des classiques avec cette touche d’originalité pour la sublimer. L’ambiance en salle est alerte, les conversations vont bon train, signe qui confirme l’excellence des lieux.

 

 

Le service prévenant sous la responsabilité de la souriante Claudia est toujours prêt à devancer votre souhait de ce savoureux pain biologique fait maison, ou d’un verre de ces vins italiens, parfaits avec ces créations. Aux amateurs de viandes idéalement savoureuses, on ne saurait que recommander ce contrefilet de bœuf Manzo associé aux pommes de terre et émulsion de gingembre pour un plat équilibré et structuré tout en regrettant de ne pas avoir assez d’appétit pour découvrir les fameuses spaghetti alla carbonora, une des autres spécialités très prisées du chef, ce sera – c’est promis -pour une prochaine visite !
Les desserts sont également très créatifs au Magnolia, un bonheur du goût et des yeux une nouvelle fois, avec ces « rochers » de bergamote, citronnelle et pistache ou encore cette mousse de caramel orange et cacahuètes, des saveurs généreuses qui ponctuent agréablement et sans fausse note ce dîner au Magnolia.
 

 


Lors de ce dîner, les vins suivants furent suggérés avec les plats : Bellavista Grand Cuvèe, Pinot Grigio Franz Haas, Chianti Classico Candialle La Misse.

 

 


Interview Chef Franco Madama

 


De quelle région venez-vous d’Italie ?

Franco Madama : "Je suis originaire de Bologne. C'est une région où nous avons de riches vallées produisant la plupart des produits majeurs d'Italie. Une autre aspiration importante me vient également de l'Émilie Romagne réputée pour ses voitures de sport et la vitesse ! L'essentiel de mes influences dans ma cuisine provient en effet d'Italie. Je souhaite que tous mes plats soient d'une certaine manière une autre langue italienne… (rires). Tous ces plats traditionnellement hérités de la culture italienne servent de base à mes créations à partir desquels je propose des réinterprétations telle que ma version des spaghettis carbonara. Nous sommes ici à Rome dans le Latium et je tiens compte dans ma cuisine des influences de la mer et des montagnes pour mes plats, sans oublier la Toscane. Je veille à choisir personnellement tous les produits pour ma cuisine, produits principalement italiens".
 

Quel type de cuisine tenez-vous à offrir à vos hôtes ?

Franco Madama : "En priorité, je tiens à mettre en avant le goût italien dans les plats que je propose en une interprétation créative et esthétique qui me tient particulièrement à cœur. Il y a cinq ans, le simple fait de créer de la cuisine ne me satisfaisait pas. Je souhaitais ajouter une autre dimension, plus artistique. Les créations reposent essentiellement sur le regard, à l'image d'un peintre. Les motifs d'inspiration sont à rechercher dans la nature, les montagnes ou près de la mer. Cela par les yeux et le regard pour influencer l'esprit afin de parvenir à la technique et au final au goût. L'influence des grands artistes compte également beaucoup pour moi, il ne faut pas oublier que nous sommes à Rome et que partout dans cette ville, dans les églises ou les musées, sans oublier, bien sûr, cet hôtel lui-même riche en œuvres d’art, sources d’inspiration artistique directes".

 

 


Quelles sont vos priorités pour le choix des produits ?

Franco Madama : "Je fais évoluer ma carte en fonction du changement des saisons. La dimension écologique compte beaucoup dans ce choix en privilégiant également les produits régionaux en fonction des producteurs avec qui j'entretiens des relations personnelles. Pour moi, tous mes fournisseurs doivent avoir la même exigence que celle que j'ai pour ma propre cuisine".


 


Une étoile a récemment récompensé votre restaurant.

Franco Madama : "Cette récompense a en effet beaucoup compté et est venue récompenser tout le soin que j'apporte à la réalisation et à la présentation de mes plats avec mon équipe, équipe qui compte également beaucoup pour moi. Le restaurant Magnolia a connu une nouvelle histoire avec mon arrivée. Chaque mois, nous travaillons en équipe à de nouvelles idées, notamment en ce moment, à une cave à vin bien particulière… Le sourire et le regard émerveillés de mes hôtes sont également une autre récompense que j'apprécie énormément chaque jour de la cuisine du Magnolia. Je ne compte plus les nombres de fois où une table me demande d'être pris en photo avec eux ! (rires)".
 

Vous êtes réputé pour votre approche esthétique associée à la technique qui marque profondément votre cuisine.

Franco Madama : "J'ai souhaité très tôt offrir une présentation avant-garde pour mes créations. J'aime transformer la forme d'un produit en une autre forme, ce qui crée la surprise et d'autres associations gustatives. Je conçois mes plats comme des œuvres d’art non seulement pour le goût mais également pour le regard. En parcourant des yeux un plat, ce sont des promenades dans la campagne ou au bord de mer, et à chaque fois une expérience sensorielle nouvelle où le regard et le goût sont est sollicités. C’est une des priorités de ma cuisine, et que nos hôtes apprécient…"

via Vittorio Veneto, 155 00187 Roma, Italy
Tel. +39 06 48 78 81 reservations@ghvv.it
www.ghvv.it

 

Brasserie Le Wepler

Place de Clichy - Paris

 

Place Clichy, heure du déjeuner, mouvement désordonné de touristes, promeneurs et employés tournoyants autour de la statue du général Moncey, sauveur de la capitale alors que les troupes étrangères au lendemain de la défaite de Napoléon menaçaient de forcer les barrières de la ville. Un siècle auparavant, une photographie laisse cette même impression d’un chaos bien organisé, une foule juste peut-être un peu moins nombreuse cependant.

 

 

Il faut dire qu’à l’image de l’architecture des lieux dessinés tant par le hasard des inspirations que par le fruit d’une conception d’ensemble, la place est à l’intersection de quatre arrondissements (18e, 17e , 9e et 8e ), ce qui n’est pas sans ajouter au cosmopolitisme de l’endroit et la promesse d’y trouver un agréable lieu de déjeuner. Et en effet, aujourd’hui, il est une institution, cœur qui bat de cette place Clichy, ayant bravé les intempéries et le temps, et qui arbore toujours aussi fièrement son enseigne depuis maintenant deux siècles : Le Wepler, comme on le nomme d’après le nom de son fondateur, un homme qui sut saisir l’opportunité fiscale pour y installer un estaminet appelé à un bel avenir.

 

 

Blanche et Pigalle ne sont qu’à quelques pas, c’est alors l’époque de la bohème et des vies dissolues dans lesquelles fleuriront les plus grands artistes du XXe siècle : Picasso, Braque, Utrillo, Toulouse-Lautrec, Modigliani, Apollinaire, Céline sans oublier le trublion Henry Miller… Lorsque l’on entre, aujourd’hui, dans ces lieux chargés de tant d’Histoire et d’histoires, il est agréable d’y être accueilli, après un récent changement de propriétaire, par le sympathique directeur Philippe Deana. Philippe Deana incarne à lui seul cet héritage d’excellence et de partage, parfois en ces lieux oublié comme des parenthèses, mais aujourd’hui bien présent avec cette ambition partagée avec le personnel d’avoir conscience de cette tradition et de ce nom emblématique à perpétuer après la reprise de la brasserie par le groupe Joulie l’année dernière.

 Albert vous conduira avec une amabilité non feinte à votre table, entre lustres préservés des siècles et banquettes de moleskine rouge… Face à nous, un poème de Baudelaire, L’Étranger avec ses si beaux nuages, là-bas ces si beaux nuages, qui donnent le la de ce déjeuner ouvert par une belle et généreuse assiette de crevettes, grises et roses, écrevisses, bulots accompagnés de trois mayonnaises, et deux variétés de pain.

 

 

Il faut dire qu’au Wepler, on ne fait pas aujourd’hui les choses à moitié, les plats sont aussi généreux que gouteux comme en témoignent également cette choucroute Wepler qui pourrait nourrir deux personnes sans faiblir avec son échine, sa Frankfort et saucisse de Morteau et poitrine fumée.

Le poisson n’est pas en reste avec cette belle pèche du jour, un bar entier à la plancha accompagné d’un beurre blanc citronnelle et d’une délicieuses mousseline de panais, un régal assuré, même si l’on ose cette tentante gourmandise que de les associer avec ces frites maisons qui font courir tout Paris pour leur saveur.

 

 

Ce jour-là, un reportage télévisé leur sera même réservé, c’est dire ! Il règne en ces lieux une effervescence de bon aloi, le monde du cinéma – Truffaut a longtemps côtoyé les lieux – et de la littérature avec le prix Wepler aiment à y retrouver ces rêves d’antan, les amoureux d’un Paris révolu ressuscitent en ces lieux, le temps d’un déjeuner ou d’un dîner convoquant ainsi les heures de gloire de Montmartre. Un Mâcon Villages du Domaine Michel 2016 accompagne idéalement ces mets avec son caractère vif et son équilibre, une robe or étincelante qui joue avec les reflets des lustres du Wepler ! Plus aucun nuage, si merveilleux soient-ils, mais un horizon azuréen de plaisir et de bonheur partagés, ce sentiment que ces cimaises et ces boiseries ont choisi de transmettre une part de cet héritage séculaire de la fête accumulée entre ces murs. Encore quelques agréables moments avec ces desserts faits maison, cet original Tiramisu à la mangue et ce millefeuille monté minute avec son feuilletage léger et fine crème. Il n’est point nécessaire de faire des milliers de kilomètres pour voyager, l’expérience d’un bien agréable repas au Wepler, c’est déjà s’évader du quotidien en plein Paris…

14 Place de Clichy – 75018 PARIS
Tél +33 1 45 22 53 24 – restaurant@wepler.com
www.wepler.com

 

Penati al Baretto *

Paris

 

À un pas de l’Étoile, et de l’une des plus célèbres avenues au monde, se tient un lieu aussi discret que raffiné : le restaurant étoilé du fameux chef italien Alberico Penati, qui après un parcours international auprès des plus prestigieuses adresses gastronomiques, a ouvert son établissement en France à Paris même, dans ce qu’il considère comme le temple de la gastronomie. Un nom à retenir donc : Le restaurant Penati al Barretto au 9 exactement de la discrète rue Balzac. On entre en ces lieux par le raffiné hôtel cinq étoiles de Vigny, une entrée qui donne le la en matière d’intimité, d’élégance et de discrétion.

 

 

 Une vaste salle décorée avec goût, boiseries, moquette épaisse et tables blanches et banquettes confortables, laisse l’impression d’être transporté instantanément à Milan ou à Florence, partout chante, ici, dans cette intimité joyeuse et élégante, l’accent italien, un dépaysement en plein cœur de la capitale parisienne appréciable ! Constantino, l’aimable responsable de salle, vous accompagnera avec prévenance à votre table, quelques cadres sur les cimaises rappellent les grandes gloires italiennes du monde des arts et des affaires, nostalgie en noir et blanc… Mais point de nuages en ces lieux où règnent le sourire et l’amabilité tout italienne, Fabrizio vous apportera un Aperol Spritz comme un air vénitien à Paris, décidément le restaurant Penati a le chic de vous faire oublier en un clin d’œil que vous êtes dans les latitudes nordiques pour ce chef né dans la Lombardie des lacs. Quelques morceaux de parmesan affiné, une sélection de pains et gressins italiens accompagnés de tapenade et crème d’anchois laissent augurer un repas placé sur le signe de l’excellence de ses produits, un choix radical et sans concessions imposé par le chef Penati du début jusqu’au terme de son menu.

 

 

 La salle se remplit rapidement à cette heure du déjeuner, où de nombreuses tables d’affaires ont élu résidence. Constantino présente avec une fierté justifiée une superbe brassée d’asperges vertes de saison, sauvages ou cultivées selon les gouts, et que nous retrouverons dans ce mémorable velouté asperges vertes et gambas délicatement assaisonnées, un régal de fraicheur printanière. C’est également cette même fraicheur qui s’offre avec cette chicorée rouge de Trévise accompagnée de ses seiches à la plancha, sauce gorgonzola et noix où chaque produit offre ses saveurs optimales en des associations croquantes et onctueuses, plaisir d’un goût retrouvé…

 

 

Après quelques dégustations, nous comprenons pourquoi la cuisine du chef Penati a traversé les Alpes, et même la Manche pendant 25 ans, pour finalement élire résidence dans la capitale française. Un même souci d’élégance et de raffinement du goût unit cet esthète à la culture française. Fabrizio, l’assistant-sommelier, est au même diapason en faisant partager sa passion pour les plus beaux crus de son pays tel ce vin de Lombardie Lugana Lago di Garda, un vin blanc sec d’un fruité idéal avec ces entrées. L’art de la pasta est ici érigé au plus niveau pour ses linguine aux saint-jacques et tomates où seule l’onctuosité s’exprime, sans acidité, alors que les tagliatelles au ragout d’agneau et sa sauce exquise aux champignons des bois offrent une rassérénante réminiscence de ces plats d’antan. Avec ces plats, un généreux Granato 2006 des Dolomites – Frioule exprime toute la rondeur de ses arômes, sans tanin excessif, un bel équilibre.

 

 

Encore de remarquables émotions avec des desserts généreux telle cette version de la polenta bergamasque originale avec ses associations de mousse et chocolat ou encore ce tiramisu Penati, morceau d’anthologie à déguster à tout prix : léger et savoureux, café, chocolat et mascarpone réalisent un heureux mariage onctueux qu’accompagne un vin Santo de Toscane et une délicieuse grappa de Moscata (Capovilla) Veneto. Tout est réglé à la perfection, service prévenant, produits optimaux, cuisine raffinée, il faudra quelque temps d’acclimatation pour « atterrir » en douceur en sortant de ce havre de paix et retrouver la foule des Champs Champs-Élysées, nous sommes revenus d’Italie, merci pour ce voyage !

Interview Alberico Penati jeudi 22 mars 2018.

 

 

Vous êtes originaire de Casatenovo en Brianza, au nord de Milan, en quoi cette région a-t-elle influencé votre vocation et votre cuisine ?


La région dans laquelle je suis né, à savoir celle des lacs, a toujours été orientée vers le tourisme et l’agriculture. C’est un pays de chefs et de serveurs ! Il était donc très naturel pour moi de me diriger vers ce métier. Il faut savoir que cette région qui entoure notamment le lac de Côme offre les plus beaux hôtels historiques avec des demeures prestigieuses des siècles passés. La nature y est très diversifiée entre lacs et montagnes sans oublier les plaines et bien entendue les produits de toute première qualité. J’ai par la suite beaucoup voyagé en Italie à Rimini, à Milan, à Venise, c’était l’époque des grandes brigades dans les hôtels de luxe. C’est dans ces lieux que j’ai appris une certaine méthode de travail, de penser, une philosophie de la gastronomie. Puis, j’ai décidé de faire un stage chez Troisgros et je me rappelle que c’était en 1981 avec l’arrivée de François Mitterrand au pouvoir en France ! Je me souviens encore de Madame Troisgros alors très préoccupée sur ce qui allait advenir de la gastronomie de luxe. M’interrogeant sur ce que j’en pensais, je me souviens lui avoir répondu qu’il y avait des bandits tant à droite comme à gauche ! Au-delà de cette anecdote, cela a été pour moi une belle expérience et cela a beaucoup changé ma manière de penser la gastronomie. Puis, en 1983, j’ai été appelé par le chef Angelo Paracucchi pour ouvrir le restaurant Carpaccio. C’était un grand homme qui connaissait l’évolution des techniques, la manière de cuire, la cuisson courte, sans fonds. C’est, ainsi, à Paris que j’ai appris à métamorphoser ma cuisine vers des plats plus fins, plus élégants.


Quel rapport entretenez-vous avec les produits ? Avez-vous des préférences, des coups de cœur, comment jugez-vous l’évolution de ces derniers par rapport à ce que vous avez pu connaître dans votre Italie natale ?


Ma cuisine est en effet essentiellement orientée sur la qualité des produits. Je concentre toute mon attention aux fournisseurs avec lesquels je travaille. Je ne cherche pas des produits bons, mais des produits réellement exceptionnels ! Je me considère comme un artisan, et je cherche les artisans qui dans les autres domaines offrent le meilleur : les plus beaux poissons, quel que soit leur prix, je fais arriver par exemple des gambas rouges directement de Sicile, elles sont bien entendues refroidies à bord, mais arrivent de toute fraîcheur dans mon restaurant. Et c’est la même chose pour les légumes qui viennent essentiellement d’Italie afin de retrouver ce goût du soleil avec des tomates mûres qui sont la base de notre cuisine, de même qu’une huile d’olive optimale. Tous ces produits doivent être vrais. À la base de tout cela, il doit y avoir la passion, ce n’est pas un métier que l’on fait du matin au soir, tous les jours de la semaine, sans émotion et ferveur. La technique est également très importante, car les produits même optimaux ont changé et non plus le goût qu’ils avaient auparavant. Il faut donc compenser cette évolution avec un art de les préparer et de les assaisonner. Cela passe par une étude de chaque produit, nous faisons toujours des essais.

 


Sans aller jusqu’à la cuisine moléculaire ?


Ah non, cela je déteste ! Vous savez pourquoi ? J’estime que cette cuisine ne respecte pas le produit car elle le déconstruit totalement. J’estime qu’il ne faut pas inventer des choses là où un produit existe et est le fruit du travail d’artisans qui ont fait des sacrifices pour les produire. La matière est la technique sont mes priorités, mais la cuisine moléculaire, cela non, ce n’est pas mon affaire !


Vous avez travaillé dans les plus grandes cuisines d’hôtels de luxe à l’international notamment 25 ans à Londres, comment regardez-vous cette expérience maintenant que vous dirigez votre propre restaurant étoilé au cœur de la capitale française ?


Je pense qu’à la base il faut être certain de ce que vous souhaitez faire. J’ai toujours souhaité réaliser une cuisine qui laisse non pas seulement une émotion mais bien un souvenir singulier. J’ai beaucoup de clients internationaux qui m’ont connu dans les différentes adresses où j’ai cuisiné et qui viennent me voir lorsqu’ils sont de passage à Paris. C’est l’occasion d’échanges, de partage avec cet esprit international si important. Mais c’est en France que j’ai trouvé la meilleure réception pour la cuisine que j’ai toujours souhaité développer, cette curiosité et connaissance qui permettent de mieux apprécier ce que je réalise aujourd’hui dans mon restaurant près des Champs-Élysées et qui est un lieu discret à l’allure italienne, classique, dans le style milanais.

9 rue Balzac 75008 Paris
Téléphone: +33 142998000 Email: info@penatialbaretto.eu
www.penatialbaretto.eu

 

Bistrot Belhara

Paris VIIe

Au 23 de la rue Duvivier dans le VII arrondissement de Paris, dans cette rue calme et discrète, il est une table avec laquelle il faudra compter pour l’excellence de sa cuisine, la tranquillité de ses espaces et la prévenance de l’équipe qui s’affaire en ces lieux avec pour seul objectif la satisfaction de ses hôtes. C’est presque surpris par ces valeurs qui semblent, ici, aller de soi que des clients fidèles ont fait du bistrot Belhara leur cantine et leur havre de paix depuis 2013 et l’arrivée du chef Thierry Dufroux, qui a travaillé pour de prestigieuses adresses, Guérard, Ducasse et Loiseau… Et pourtant, ici point de « cauchemars en cuisine », l’humilité et la franchise, la bienveillance et la bonhomie règnent en maitre.

 

 

Ayant eu l’intelligence de garder l’esprit de bistrot pour cette adresse à un tir de boulet de canon des Invalides, le Belhara cultive l’excellence dans la sobriété, la prévenance dans la discrétion. Murs peints en gris, pavage ancien préservé des temps, miroirs dorés, nappes blanches immaculées le soir et tables en bois plus simples pour le déjeuner, chaque détail a été pesé, pensé pour le bien-être de ses convives. La cuisine subit les influences du pays d’origine du chef, le Pays Basque, cuisine sublimée par des produits de saison et de qualité, le restaurant n’hésitant pas à donner les coordonnées de ses fournisseurs sur la carte renouvelée tous les 20 jours…

 

 

Le sympathique responsable de salle Frédéric assisté par David fera tout pour vous faire partager et goûter une expérience raffinée avec notamment ce velouté de crustacés accompagné de gambas marinées au piment d’Espelette, gingembre et agrumes, un plat de caractère délicieux.

La petite poêlée de champignons avec son œuf Bio cassé et sa truffe généreusement râpée nous transporte dans un environnement boisé subtil et rassurant, un délice avec ce pain du boulanger Jean-Luc Poujauran et ce vin tout spécialement choisi par Frédétic, un Bourgogne Ladoix Domaine Maillard « Les Chaillots » 2014, un vin élégant tout en rondeur dont la fraicheur accompagne à merveille les saveurs de la cuisine du chef.

 

 

L’ambiance est feutrée, confidentielle sans être affectée, des amis, des relations d’affaires, chacun trouve ici ce qu’il est venu chercher : une cuisine accessible (avec des menus déjeuner ou du soir très attrayants), mais réfléchie et soignée, une ambiance propice au partage sans familiarité. Il faut avoir également déguster, pour mesurer tout le soin et le raffinement apportés à cette cuisine du Bistrot Belhara, ce veau français confit « comme un jour de foire » avec ses oignons rouges, ses pommes cacaotées et ses anchois Cantabrique, un plat généreux et gouteux, d’un fondant succulent, servi dans sa cocotte en fonte pour des réminiscences de plat de grand-mère.

 

 

Autre recette, autre découverte tout aussi savoureuse, avec ce subtil ragoût de Kokotxas, olives Taggiasche, merlu doré et pain de sucre, un plat où les joues de lotte associées à une fondue de légumes du sud-ouest offrent de généreux et délicieux accords de soleil. Les convives sont visiblement séduits par cette cuisine et on les comprend, d’autant plus que le service sait la magnifier avec simplicité, un plaisir partagé renouvelé chaque jour depuis 30 ans pour Frédéric… Il faudra enfin apprécier ce vieux Ossau-Iraty des Pyrénées au lait de brebis présenté râpé avec une confiture de cerises noires d’Itxassou avant de céder pour les plus gourmands à ce dessert du jour plus nordique à base de sorbet de pomme, crème, fruits secs et calva flambé pour comprendre que le Bistrot Belhara est plus qu’un bistrot de quartier, une adresse généreuse à découvrir, à partager, et promise assurément à un bel avenir !

 23 rue Duvivier · 75007 Paris · 01 45 51 41 77

 contact@bistrotbelhara.com
www.bistrotbelhara.com

 

 Restaurant Acquolina *

Au numéro 14 de la Via del Vantaggio, à quelques pas seulement de la fameuse Piazza del Popolo, le Chef Alessandro Narducci vient juste d’élire résidence au First Luxury art Hotel avec Acquolina, un restaurant récompensé d’un étoile et appelé à faire parler de lui. Venu de l’univers du vin qu’il connaît intimement pour avoir été tout d’abord sommelier, c’est ensuite tout naturellement l’univers de la haute gastronomie qui a attiré ce chef amoureux d’art, d’esthétique et d’originalité. Dès lors rien d’étonnant à ce que cela soit le cadre idéal du First Luxury art Hotel connu pour sa galerie d’œuvres d’art contemporain qui accueille aujourd’hui cet esprit vif et fugueur pétillant de créativité ;

 

 

une créativité gastronomique tournée essentiellement vers la mer et ses produits. En clin d’œil à la tradition italienne que ce Romain d’origine chérit par-dessus tout, nous commencerons ces agapes avec un pain Made in Italy comme il le nomme, une réinterprétation savoureuse de la bruschetta où sorbet de cinq tomates, pain et huile d’olive sont à composer soi-même alors que le cocktail di Gamberi joue la partition d’une réinterprétation du cocktail de crevettes si populaire et où gambas crues s’accordent, ici, avec de la salade cuite et de la poudre de cacao pour relever le tout !

 

 

Encore un jeu de souvenirs pour ses hôtes avec ce traditionnel plat servi par les grands-mères italiennes à base de tranches de pain rassis, et revisité par le Chef à partir de la liche, ce poisson délicieux retenu pour sa saveur, évitant ainsi par souci écologique le thon. Le chef Alessandro Narducci privilégie les saisons pour les produits de la mer mettant ainsi en valeur le meilleur de chaque produit choisi et retenu.

 

 

L’esthétique est au cœur également de ses priorités avec un jeu subtil des saveurs et des couleurs par des associations fines et délicates. Ici, la créativité culinaire s’allie au plus haut point à celle de la présentation, coquillage, matière, pince, etc., en un jeu, des jeux de saveurs, qui n’attendent que l’amusement ravi de ses hôtes…

Un aïoli végétarien séduit les amoureux de beaux légumes dont on apprend à redécouvrir les saveurs préservées et qui se dégustent avec crème fondante d’anchois, d’ail et pince « savante » ; jouer et savourer, une fois encore...

 

 

La salle est désormais comble en ce diner de semaine, principalement des résidents romains qui connaissent déjà cette adresse valeur montante, ainsi que de nombreux touristes bien renseignés. Ce qui n’étonnera pas lorsque l’on connait le souci avec lequel les plats préparés par la cuisine sont présentés en un festival de couverts et d’accessoires chargés de réjouir les yeux et de mieux préparer les papilles. Le poulpe préparé par le chef est un délice de croustillant et en même temps de tendresse, un résultat toujours délicat à obtenir en fonction des cuissons. L’art de la pasta n’est bien évidemment pas oublié en ces lieux où il faut avoir dégusté ces linguines aux palourdes dont la subtile chlorophylle du persil a été tout spécialement prélevée pour leur cuisson, du grand art !

 

 

Encore un moment d’excellence avec ce homard cuit dans une fleur de courgette et lard, une cuisson délicate qui préserve toute la saveur et la texture du homard. Des surprises attendront encore les hôtes de l’Acquolina avec des desserts étonnants comme ces noccioline revisités avec crème de cacahuète et bière, des associations singulières qui étonnent le palais ravi par cette progression des saveurs.

 

 

Aux amateurs de café, il faudra recommander le caffè syphon, une expérience dont nous réservons la surprise aux heureux hôtes de cette soirée passée au restaurant l’Acquolina et dont vous pourrez très agréablement prolonger les instants sur la terrasse tout en haut de l’hôtel avec sa vue imprenable…Décidément Acquolina au First Luxury art Hotel a plus d’un atout !


Le sommelier Emanuele Gizzi recommande avec ces mets un Pinot noir Franz Haas 2015, un vin du Alto Adige, élégant et équilibré avec ces différents plats.

Via del Vantaggio, 14 - 00186 Roma (Piano Terra - The First Roma)
T. +39 06 3201590 E. info@acquolinaristorante.it
www.acquolinaristorante.it

 

 Chez Savy

Paris 8e

Rares sont les bonnes adresses qui peuvent afficher près d’un siècle d’existence dans la gastronomie et « Chez Savy » compte parmi elles ! Une brasserie parisienne ouverte, en effet, depuis 1923 et située rue Bayard presque à l’angle de l’avenue Montaigne. Depuis cette date, ce lieu plus que prisé, n’a pas pris une ride et se targue même d’être la plus petite brasserie parisienne.Cette petite brasserie l’est, certes, par la taille avec ces deux salles toute en longueur à l’image d’un wagon-restaurant d’antan, mais non par la qualité de l’adresse qu’aucun de ses nombreux habitués ou hôtes n’ignore. Mieux vaut, en effet, réserver !

 

 

 

 

Qualité de l’accueil tout d’abord, avec le sympathique directeur Fabrice Di Folco qui a à cœur de faire partager la passion de son métier dans la discrétion et le sourire, un métier pratiqué de longue date dans sa famille. Qualité ensuite de l’ambiance, un lieu chargé d’histoire et une âme immédiatement perceptible lorsque l’on prend place à l’une de ces tables confortables avec son esthétique Art déco, ses banquettes de cuir en box, ses porte-bagages d’époque, ses mosaïques au sol, fort heureusement préservées de la modernité, de même que ces miroirs d’origine à la patine touchante, combien de regards s’y sont croisés…

 

 

 

 

Ici règne une bonne humeur, les clients se connaissent, un heureux mariage entre journalisme, avocats et monde des affaires, tous attirés par le plaisir de trouver en ces lieux une cuisine savoureuse et sans artifices, ode à la tradition de la brasserie française.

Philippe, l’aimable serveur, vous recommandera sûrement ces œufs mayo bio, une heureuse tradition, ici, avec ce pain frais et ce Chablis parfaitement choisi qui l’accompagne. Bonheur également que ce foie gras de canard maison aux groseilles et sa baguette grillée, une préparation équilibrée mettant en valeur la qualité du produit.

 

 

Ici, nul surgelé ou autre préparation pré-faite, et il faut avoir goûté un plat emblématique de la maison Savy : sa fameuse épaule d’agneau entière « façon Savy » ; un plat aussi impressionnant que délicieux que l’on croirait destiné à deux personnes et qui arrive devant vos yeux ébahis avec la saveur de sa viande habilement préparée et ses pommes allumettes… La soupe de poisson du jour réjouira également les appétits moins carnivores alors que les appétits plus féroces jetteront peut-être aussi leur dévolu sur ce cassoulet si tentant servi dans son petit poêlon ! Fromages du Cantal et desserts maison complètent ce tableau enchanteur avec un baba au rhum des îles idéal en fin de repas. Une expérience gastronomique franche et rassurante, cette agréable sensation d’être dans un îlot de tranquillité et de joyeuse effervescence. Les plus curieux remarqueront les visages connus du paysage audiovisuel français, mais la discrétion est de mise chez Savy, nous n’en dirons pas plus !

 

 


Avec ce repas un verre de Chablis pour les entrées et un généreux Château Olivier 2012, équilibré et fruité à souhait avec les viandes à la carte.

23, rue Bayard 75008 Paris - Tel: 01 47 23 46 98
www.chezsavy.com

 

 Metamorphosi *

Un peu à l’écart du centre de la capitale italienne, à quelques pas du ravissant parc Borghese, se trouve une adresse discrète et feutrée qui fait pourtant grand bruit ces derniers temps dans la haute gastronomie romaine. Il s’agit de Metamorfosi, le restaurant du chef Roy Salomon Caceres, d’origine colombienne, et qui conçoit sa cuisine comme une belle histoire à narrer par des plats créatifs et originaux où de nombreuses influences convergent.

 

 

À peine franchi le seuil d’une façade discrète, la sobriété et le raffinement du lieu gagnent immédiatement les convives qui apprécient le minimalisme esthétique de la décoration orienté vers la mise en valeur des plats et privilégiant les éléments naturels. Alessandro D’Andrea, le directeur de salle saura vous conduire avec élégance à votre table placée et à l’abri des conversations.

 

 

Une succession de mises en bouche offre alors un festival de couleurs et de saveurs avec de petites carottes miniatures et crème d’anchois, une terrine d’agneau, des galettes de graines et sériole, le tout servi avec du pain pétri à l’ancienne dans un pétrin en pierre… L’émulsion de pommes de terre, champignons et marjolaine décorés par un nuage d’encre noire fait merveille en douceur automnale.

 

Les racines de l’Amérique latine reviennent discrètement en mémoire avec ce délicieux thon rouge cru assaisonné d’herbes enveloppé dans une feuille de blettes, une association de saveurs à la fois familières et exotiques du plus bel effet, alors que l’œuf carbonara cuit à basse température renouvelle l’expérience des associations crémeuses du traditionnel plat italien où lardons et chips de fromage sont suggérés en saveurs discrètes.

 

 

Décidément le chef Roy Salomon Caceres a bien choisi le nom de son restaurant, il est un maître pour métamorphoser plats et produits en un festival original de saveurs harmonieuses et créatives, sans heurts, ni fracas, tout en douceur, ce que confirme d’ailleurs cet excellent risotto présenté de manière originale dans un pot de terre cuite fermé par une feuille comestible qui laisse l’impression d’un tambour ! De la crème est versée dessus, avant de percer ce couvercle singulier pour déguster une délicate association de champignons de saison et noisettes.

 

 

Nous sommes ravis et la sérénité des lieux ne fait qu’ajouter au charme du Metamorfosi où prévenance et haute gastronomie composent un délicieux voyage en plein cœur de Rome. Un prédessert étonnant associe chocolat blanc, fromage bleu et gel de Porto, idéal en transition avec de gourmands desserts telle cette réinterprétation de la traditionnelle Forêt noire en la forme d’une pomme d’api avec cerises sur un lit de crumble de chocolat, encore une belle métamorphose que nous garderons longtemps en mémoire…

 

Via Giovanni Antonelli 30, Roma ITALIA
(+39) 06 8076839 info@metamorfosiroma.it
www.metamorfosiroma.it

 

Thoumieux

la brasserie au pied des Invalides…

On entre dans l’univers Thoumieux comme par enchantement après une matinée à flâner dans les méandres des Invalides, et la mémoire de l’Histoire évoquée au musée de l’Armée. Alors qu’un vent vif d’hiver rend plus pur encore le ciel étonnamment bleu, c’est dans un antre au luxe raffiné que l’on parvient en découvrant la Brasserie Thoumieux. Ici, dans la plus grande discrétion et à l’abri des regards se tient un grand nom de la restauration internationale, le chef Sylvestre Wahid qui dirige également à l’étage le restaurant doublement étoilé qui fait tant parler de lui…
 

 

 


Vestiaire et accueil personnalisé sont dignes d’une grande maison, alors qu’un personnel aimable et souriant vous guidera avec prévenance à votre table. L’œil parcourt la salle dans les nombreuses glaces ornant les murs et renvoyant en mille et un reflets le rouge des banquettes, le vert des lampes et ces barres de laiton se jouant des codes et donnant une allure dynamique et contemporaine à cette brasserie parisienne plus que prisée.

 

 

 

Dans cet endroit cohabitent avec bonheur mode et affaires, touristes de passage et habitués des belles tables parisiennes. Vous pourrez très certainement adresser au Chef Sylvestre Wahid quelques mots car l’homme prévenant et humain a à cœur de passer pour saluer ses hôtes de la brasserie, nulle ségrégation en ces lieux entre les deux restaurants, mais bien au contraire une douce harmonie …

 

Cette ouverture se retrouve dans la carte proposée par la Brasserie Thoumieux qui offre une belle expérience à partir de produits de saison et travaillés dans l’esprit d’une bistronomie élégante, invitant délicatement les saveurs du monde.

Ainsi, commencerez-vous peut-être par la douceur de ce Quinoa avocat associés aux choux Kale et grenade, une entrée rafraichissante. À moins que vous ne préfériez ce, tout aussi doux et onctueux, velouté Du Barry, velouté qui eut tant les faveurs du roi Louis XIV en souvenir de sa favorite et où saveurs de chou-fleur, champignons, cèleri et crème offrent un accord chaleureux réussi.

 

 

Avec ces entrées, Samuel Vouilloux, le chef sommelier, saura vous conseiller quant à lui avec justesse un Croze Hermitage pour son bel équilibre entre fruits et tanins. En plat, la volaille citronnée a des allures d’orient avec sa chapelure légère accompagnée de morceaux de pommes alors que la Méditerranée offre également ses saveurs avec ce délicieux poulpe grillé au Josper accompagné de son risotto carnaroli aux algues et condiments gremolata. Aucun heurt, chaque saveur finement associée offre le plaisir de retrouver goût et accords subtils.

 

 

L’ambiance de la salle est animée, les lieux – nous l’avons dit - sont prisés - mais le service demeure prévenant et toujours aussi disponible bien que très sollicité à cette heure d’affluence. C’est avec plaisir que nous goûterons pour terminer ce déjeuner ce blanc-manger aux pralines roses et mangue passion, un dessert acidulé,crémeux et léger à souhait, alors que les palais rassasiés lui préféreront peut-être l’ananas Victoria en carpaccio, huile d’olive et coriandre en sorbet. C’est avec l’esprit et le corps agréablement rassérénés que l’on quitte la brasserie Thoumieux, en se promettant de l’inscrire dans ses adresses parisiennes à retrouver et partager au plus vite !

 

79, rue Saint-Dominique 75007
Tél. : 01 47 05 79 00
www.thoumieux.fr

 

Déjeuner au Café Jamin

by Hervé Rodriguez

Jamin, un nom qui sonne assurément familier à tous les amoureux de la haute gastronomie. En ce quartier élégant, à mi-chemin entre le Trocadéro et la place Iéna, régnait naguère le chef Joël Robuchon, lieu même où il obtint sa légendaire troisième étoile. Jamin, ce fut également le nom d’un mythique cheval de course, ce trotteur de légende qui en son temps remporta tous les prix…

 

 

L’excellence préside donc en ces lieux et ce nom repris récemment par l’impétueux et talentueux chef Hervé Rodriguez ayant déjà inscrit une étoile à son palmarès dans son restaurant MaSa de Boulogne Billancourt. Le promeneur gourmand et averti avait donc noté sur son calepin cette adresse qui fait déjà beaucoup parler d’elle, un lieu à la sobre décoration et à l’accueil digne des belles maisons. Sophie Rodriguez, la souriante épouse du Chef, vous accueillera avec prévenance et bienveillance, accompagnée de Bruno Boucheron, le très professionnel responsable de salle assisté par son fils Matthieu.

 

 

Nous prenons place à l’une des tables disposées autour d’un vieux fourneau central fait sur mesure où sont alignés tous les desserts gourmands, l’une des spécialités du lieu… Il faudra prendre son temps pour découvrir la carte inspirée du chef, qui annonce dès le début la couleur avec des suggestions et plats à la carte des plus attrayants. Si l’on pensait venir ici pour de la bistronomie ordinaire, c’est tout autre chose, de bien plus raffiné, qui sera préparé dans les cuisines attenantes.

 

 

Ainsi, les entrées donnent le la avec des créations originales et savoureuses, présentées avec l’élégance de la haute gastronomie comme pour ces couteaux sur polenta de riz noir et chorizo, des associations invitant les saveurs du Sud. Douceur et rondeur pour cette autre entrée de gnocchis, fondue de vieux gouda généreusement râpée de truffe noire de Bourgogne…

 

 

Alors que le froid parisien saisit déjà à l’extérieur les rares passants, la chaleur de ces mets présentés avec élégance par Matthieu et son père dans la grande tradition du service de salle rassérènent comme par magie. Nul étonnement alors que la salle soit comble en ce déjeuner de semaine en ce début d’hiver parisien. Le charme opère et ce quasi de veau accompagné de sa purée et sauce café est un enchantement pour le palais avec cette réminiscence de la cuisine bourgeoise rehaussée par le talent d’un chef venu de la haute gastronomie.

 

 

Raffinement également que ce cabillaud en maki qui révèle le goût du chef pour les recettes influencées par ses voyages à l’étranger, un plat léger aux douces associations d’épinards et pleurotes qu’un léger vin de la Loire enchante. Les discussions vont bon train au Café Jamin, de nombreuses femmes échangent entre elles, qu’il s’agisse de discussions professionnelles ou privées ; il est vrai que cette salle leur fait honneur par la délicatesse des mets et du service.

 

Les plus gourmandes seront ravies par cet instant culminant des desserts, une expérience qu’il faut avoir vécue avec le jeune Matthieu qui déclinera sous vos yeux toutes ces créations gourmandes : tartelettes aux figues, redoutable Ile flottante dans son pot accompagnée de ses pralines roses et servie renversée avec sa crème anglaise, tartes tatin, et même crêpes Suzette préparées en direct sous vos yeux…

 

 

 

Enchantement de cette prévenance, et de cette gastronomie, qui se veulent accessibles, sans artifices, et dans la générosité. Le chef Hervé Rodriguez et son épouse ont réussi leur pari, faire du Café Jamin un lieu de raffinement élégant où chaque repas est l’occasion de renouer avec l’inspiration d’une cuisine entre traditions et un revisité réjouissant, une cuisine enchanteresse et agréablement légère.
 

32 rue de Longchamp 75116 Paris, France
+33 (0)1 45 53 00 07 contact@cafe-jamin.fr
https://cafe-jamin.fr

 

Le CIRO'S - Deauville

Lorsque l'on arpente les célèbres planches de Deauville, c'est tout un pan de la Belle-Epoque qui surgit entre bruines et vents tempétueux. Un air de Reynaldo Hahn, qui fut directeur de l'orchestre du Casino de la ville, vient soudain à l'esprit, A Chloris, dont on oublie souvent que les paroles furent empruntées au grand poète Théophile de Viau, un homme jugé trop libertin pour son temps, au début du XVIIe siècle. C'est avec ces vers "Quand Cloris me fait bon visage, Les tempêtes sont sans nuages ?, L'air le plus orageux est beau, Je ris quand le tonnerre gronde" que nous abandonnons les éléments déchainés pour entrer en un lieu serein et chaleureux, accueillis par le sympathique directeur Patrick.

 

 

Accompagné d'une équipe jeune et dynamique, Patrick met immédiatement en branle un bal discret et élégant dans un cadre à la vue imprenable sur les fameuses planches et la non moins mémorable plage de Deauville. La décoration est sûre, nappes blanches immaculées, fauteuils rotin, tissus rouge cramoisi rehaussé d’orange et bois blanc que viennent égayer des clichés datant de l'époque de Marcel Proust. Une coupe de vin de champagne permet de découvrir la carte du Ciro's réputée pour ses spécialités de la mer, ce que nous constatons avec bonheur pour ces deux entrées aussi généreuses que fraîches, avec cette dégustation autour du cabillaud, fumé au bois de hêtre, contisé au basilic ou encore en tartare assaisonné idéalement à un caviar de hareng et crème de gingembre.

 

 

La gourmandise du Ciro's offre également une ronde savoureuse d'émietté de chair de crabe associé à l'avocat, un tartare de saumon frais et fumé, et un délicieux carpaccio de Saint-Jacques au citron vert, un régal de saveurs marines.

On se plait à deviser sur toutes ces générations qui ont arpenté les lieux, chacune apportant ses rêves et espérances devant ces éléments d'une beauté qui fit tant rêver le peintre Boudin.

 

 

Le service, aussi discret que prévenant, a soin de préparer la table pour l'une des spécialités du lieu, la fameuse bouillabaisse royale du Ciro's. Il faut dire que le Chef sait s'y prendre pour composer ce plat généreux avec cette association de homard, bar, saumon et cabillaud accompagnés de pommes de terre safranées, une assiette présentée avec ses croutons, rouille et emmental dans la plus grande tradition. Ce plat prisé des hôtes n'occultera pas, cependant, cette également délicieuse volaille fermière pochée à l'estragon accompagnée de son feuilleté de morilles, foie gras et sauce suprême, un plat tendre et crémeux en réminiscence de la belle gastronomie normande. La pénombre a gagné sur la mer, plage et flots se confondent maintenant alors que l'on imagine ces lieux de légende en été dans une tout autre ambiance, magie des endroits pluriels...

 

 

Magie également que ces instants sucrés proposés par les cuisines du Ciro's décidément bien inspirées pour leurs nombreux hôtes de marque et ayant connu leur consécration par l'accueil du G8. La vanille est déclinée en un riz au lait crémeux à souhait dans sa tuile et ses croquants pralinés, un régal ! Tout aussi savoureux, cette déclinaison d'agrumes au creux de coques meringuées où mousse citron et pamplemousse viennent se lover, comme des coquillages de la plage voisine.

 

Et, c'est rassérénés par ces doux instants passés au Ciro's que nous ressortons sur les planches avec les vers du poète en tête : "Le bonheur nous tourne en coutume, Nos plaisirs sont sans amertume"...
 

Ciro's Les Planches Deauville
+33 (0) 2 31 14 31 31

 

Restaurant le 68

Guy Martin - Paris

Douce tombée de la nuit sur les Champs Élysée. Le pavé est humide, les lumières scintillent, et cette effervescence toute parisienne... 68, chiffre emblématique pour la capitale qui a naguère connu quelques remous avec cette combinaison, est aujourd’hui en ce numéro de l’une des avenues les plus prisées et arpentées du monde l’emblème du bon goût et de l’élégance, celle d’une tradition à la française au cœur même de la célèbre maison Guerlain.

 

 

C’est un singulier mariage, mais plein de promesses, qui a en effet réuni le célèbre chef français du Grand Véfour, Guy Martin, à la marque de parfums pour la création de ce restaurant, le 68, au sein de cette Maison de prestige de l’avenue des Champs Élysée. Guerlain a de tout temps été associé au luxe français, et ce depuis 1828, date de la création de la maison par Pierre François Pascal Guerlain qui avait pour devise « La gloire est éphémère, seule la renommée dure ». Le temps et le talent lui ont donné raison et à l’évocation du nom Guerlain, c’est toujours un univers merveilleux qui s’ouvre à chacun, univers de fragrances précieuses et raffinées, à l’habillage des flacons toujours aussi soigné que ses eaux. La façade est illuminée comme pour mieux faire ressortir l’élégance de son architecture avec ses balustres et ferronneries précieuses ; à peine entrés dans la célèbre enseigne décorée par Andrée Putman et Maxime d’Angeac, ce ne sont que flacons de cristal, dorures, jeux de miroirs qui composent un univers féérique sans oublier le fameux lustre gigantesque et l’orgue à parfums…

 

 

Nous sommes invités à descendre quelques marches pour découvrir un nid douillet, précieusement lové dans une salle intime et raffinée avec, elle aussi, ses jeux de miroirs, ses dorures et tables multicolores qui opèrent immédiatement, laissant naître chez l’hôte du 68 un sentiment à la fois de sécurité et de bien-être, le sentiment d’être à l’abri de la cohue extérieure pendant quelques heures, ce privilège rare d’instants aussi précieux que les subtiles et célèbres fragrances Guerlain.

 

 

 

En ces lieux d’un enchantement tout parisien, le chef Guy Martin a souhaité avec Thierry Wasser le parfumeur de Guerlain une tout autre expérience que celle du Grand Véfour mais avec les mêmes exigences d’excellence. On peut y déjeuner sur le pouce entre deux emplettes ou deux rendez-vous d’affaires, un plat ou deux, voire un repas complet, mais toujours servi avec le raffinement et l’élégance d’une table gastronomique grâce à la jeune équipe menée par Candyce Piochin, la souriante nouvelle directrice du 68, et l’amabilité de Romaric Houndou.

 

 

 

Trois salons particuliers complètent ce lieu discret pour y organiser des réunions comme en cette soirée où une table réunissait une vingtaine de messieurs manifestement ravis de leur confrérie… La cuisine du grand chef se veut être une réinterprétation des icônes de la maison Guerlain, un écho de ses célèbres parfums.

 

 

Il faut découvrir ce foie gras de canard croustillant, pomme caramélisée aux baies roses pour confirmer cette délicate association des saveurs et des couleurs pour comprendre qu’en effet une union commune peut avec un audacieux bonheur unir un parfumeur et un grand chef pour faire naître de nouveaux paysages et sens. Même impression pour ce velouté de châtaignes avec son œuf mollet frit, canard fumé et émulsion parmesan qui par un jeu de saveurs et de textures propose un univers soyeux et onctueux des plus équilibrés.

 

 

La carte est volontairement sobre est renouvelée chaque semaine, avec une suggestion du jour comme ce délicieux canard sauvage en écho au bel automne parisien, et accompagné de son jus à la myrtille, cèpes et salsifis caramélisés, un plat généreux idéalement préparé par la cuisine du 68. Festival des couleurs et saveurs également avec ces St Jacques rôties éclatantes sur ce vert coulis de cresson parfumé à la noisette avec gnocchi de charlotte et salsifis, un plat jouant sur les effets visuels et gustatifs.

 

 

Quelques échos de la bonne humeur de la réunion de ces messieurs toujours aussi réjouis ajoutent au charme d’une soirée à la fois détendue et de belle tenue, chaque détail de ce qui fait le charme d’une table gastronomique est en ces lieux présent et respecté. Le chef Guy Martin ne renie pas ses origines savoyardes avec une sélection de délicieux fromages, Reblochon, Beaufort affiné ou chèvre. Encore une surprise avec le haut niveau atteint par les desserts du 68, qu’il s’agisse de la savoureuse et originale réinterprétation du classique Tiramisu avec sa glace à l’amande amère ou le fameux Croquant de chocolat noisette qui pourrait bien devenir un classique pour lequel revenir tout spécialement ;

 

 

l’art atteint par ces instants sucrés est d’un niveau remarquable pour un restaurant dont l’expérience reste accessible, et ce dans un cadre intime, rêvé et à la discrétion irréprochable. Un verre de champagne Ruinart pour terminer la soirée avant de retrouver les frimas et l’animation des Champs Élysée, nous promettant de revenir avec plaisir à l’heure du thé pour y découvrir également ses instants gourmands et gourmets, grâce à la féérie Guerlain et à l’art accompli du Chef Guy Martin !

 

Avec ce repas, un pinot noir Cloudy Bay 2014 accompagnera idéalement les différentes suggestions de la carte pour ce vin à la fois fleuri et épicé, comme en écho des fragrances voisines…

 

 

68 Avenue des Champs Elysées Paris VIIIe
téléphone : 01 45 62 54 10 mail : contact@le68guymartin.com
www.le68guymartin.com

 

 Les Mouettes rue des Bains

Trouville


Alors qu’un vent glacial joue avec les mats des petites embarcations rentrées au port de Trouville, il fait bon rejoindre l’une des adresses prisées de la ville, Les Mouettes, un lieu qui n’a pas pris une ride tout en gardant son lustre d’antan. Ici règne une atmosphère de bistrot de naguère, la décoration n’a d’ailleurs guère changé et l’on pourrait se croire arrivé dans les années 30, 40 ou 50, sans l’ombre d’un doute. C’est ce charme un brin suranné qui attire chaque saison, tout au long de l’année, touristes et locaux, gens célèbres ou anonymes, Marguerite Duras y avait ses habitudes, charmée par l’ambiance chaleureuse qui règne en ses murs…

 

 

Cette impression est immédiatement confirmée par l’accueil avenant de Rodolphe, le sympathique directeur du restaurant qui officie ici depuis 17 ans, c’est dire qu’il connait son histoire et les goûts de chacun, de ces nombreux habitués et fidèles que compte la clientèle des Mouettes. Nous prenons place à l’une des tables le long du mur où un miroir s’amuse à renvoyer les images de toutes ces publicités d’antan et qui pourraient dorénavant figurer dans un musée. Affiches d’alcools et spiritueux jouxtent un plafond azuréen où règnent les célèbres mouettes ayant donné nom à cette adresse appréciée des amateurs des lieux discrètement préservés ! Kir normand ou pommeau ouvrent ces agapes avec la douceur du fruit fétiche en cette région alors que le directeur décline les spécialités du lieu qui ont fait sa réputation. Nous suivrons les conseils de cet homme avisé en commençant ce repas par une recette originale de pochée de bulots au camembert, un plat surprenant où la douceur du fromage normand fondu réveille les saveurs de ce mollusque riche en protéines et sels minéraux.

Entrée automnale avec cette salade de pleurotes et œuf poché, une manière savoureuse d’apprécier ce champignon également connu pour ses bienfaits nutritifs. Il règne une ambiance familiale en ce lieu où le sentiment d’être en présence amicale séduit immédiatement. Nulle affectation ni esbroufe mais des discussions suivies entre personnes qui se connaissent et apprécient ce lieu au suranné enchanteur.

 

 

Le charme de la cuisine proposée par Les Mouettes participe bien entendu à cette réussite avec des spécialités bistrotières bien connues ici tel ce remarquable pot au feu de la mer servie dans une cocotte en fonte qui pourrait bien nourrir deux personnes avec ses légumes associés à des moules, alors qu’une autre généreuse assiette arrive sur la table avec un pavé de saumon et un haddock fumé accompagné d’un aïoli et une rouille maison… Surprise également pour ces saveurs délicates d’une cannette préparée aux pommes et accompagnée de ses galettes de pommes de terre, un régal avec ce Brouilly Les Thibaults 2015 Jean Loron.

 

 

Générosité des plats, chaleur du service, cocon familial des lieux, tels sont les ingrédients pour une adresse d’habitués bien connue et prisée à Trouville. Les recettes sont faites maison, pas de surgelés ici, et le plaisir de perpétuer une tradition gastronomique de plus en plus difficile à trouver dans l’Hexagone. Une impression encore renforcée, s’il en était besoin, par des desserts également préparés en cuisine comme cette simple et néanmoins savoureuse crème brulée ou cette tarte citron meringuée qui conclut bien agréablement ce chaleureux dîner.

Restaurant Brasserie Les Mouettes
11, rue des Bains - 14360 Trouville-sur-Mer
Tél. +33 (02) 31 98 06 97 - central-hotel@wanadoo.fr

 

Chez René, Paris 5e

Entrer Chez René, 23 boulevard Saint-Germain dans le 5e arrondissement de Paris, c’est retrouver cette part du passé préservé des formatages contemporains et l’assurance d’un moment de partage convivial.

Enclave de bon goût depuis les années 50, reposant sur une alchimie subtile de produits choisis pour leur qualité, une manière de les associer et des recettes traditionnelles revues selon les exigences de légèreté du XXIe siècle, Chez René n’est presque plus à présenter.

 

 

 

Offrant un service attentionné, cette adresse incontournable est gage d’une ambiance chaleureuse d’habitués, pour certains prestigieux comme cet acteur iconique du cinéma français Jean-Paul Belmondo qui a décidé de prendre table voisine en ce déjeuner ou encore un ancien ministre de la culture sans oublier les notoriétés du passé en la personne du président François Mitterrand, Romain Gary, Ernest Hemingway, Giacometti et bien d’autres encore…

 

Et pourtant les lieux n’ont rien de people, ce serait plutôt l’inverse tant la salle qui se divise en deux angles invite à la discrétion. Au mur, affiches d’expositions et de galerie rappellent les liens étroits avec le monde de la culture, banquettes en cuir rouge, patères en cuivre et nappes en coton d’un blanc immaculé…

 

 

 

Vous serez probablement accueillis avec gentillesse et discrétion par Philippe, l’aimable directeur des lieux qui n’aura pas moins d’égard pour un inconnu que pour une star.

Toute l’équipe se met en place pour faire de ce repas une expérience agréablement équilibrée débutant par des entrées fraîches et savoureuses tel ce Tarama maison accompagné de ses toasts grillés ou cette poêlée de pleurotes persillée qui font écho à ce temps parisien bien maussade entre pluie et bourrasques, mais si vite oublié en ces lieux !

 

 

Les tables sont bientôt toutes occupées, les lieux étant prisés pour ses plats traditionnels selon les jours de la semaine, blanquette de veau, pot-au-feu, poisson du jour tel, ce vendredi, ce haddock accompagné de sa crème et purée de pommes de terre maison pour des associations franches et savoureuses. Les Saint-Jacques sont également en ce vendredi de décembre de saison et d’une fraîcheur à toute épreuve, nul besoin d’artifices, les saveurs se suffisent à elles-mêmes avec ces épinards frais, un filet de citron et un régal sans concession qu’un Sancerre accompagne idéalement…

 

 

Les conversations sont animées, nulle gêne ni affectation mais le sentiment d’être en un lieu familier, sans familiarités. Les desserts sont également une expérience à découvrir, comme cette mémorable mousse au chocolat maison ou encore ce baba au vieux rhum qui invite à prolonger encore ces heures délicieuses passées chez René. Au final, le temps semble s’être arrêté en ces lieux préservés, chose étonnante, pas une sonnerie de téléphone n’a retenti, signe que ce havre de bon goût a réussi sa mission.

Chez René 14 Boulevard Saint-Germain

Paris 5e Tél. 01 43 54 30 23

 

 Restaurant Le Lassay

Hôtel Barrière L'Hôtel du Golf Deauville

 

 

A qui ne connaitrait pas le mont Canisy à Deauville, il est une heureuse occasion de découvrir le site en se rendant à l’Hôtel du Golf, ainsi nommé car il est entouré, et les connaisseurs le savent bien, d’un des plus beaux parcours de la région normande. En ce promontoire dominant l’ensemble de la côte fleurie à cent dix mètres au-dessus de la mer, les lieux furent stratégiques pendant la Seconde Guerre mondiale avec la construction de batteries qui faisaient partie du fameux dispositif du mur de l’Atlantique. Depuis ces sombres années, les lieux ont repris leur calme, leur beauté et leur destination initiale tournée vers la baie Deauvillaise, sa plage et ses planches. Une petite route serpente entre les parcours du golf, avec une herbe verte à souhait et une hauteur idéale d’où admirer également Trouville et sa côte menant jusqu’à Honfleur, cette baie tant aimée de Marcel Proust, de Margueritte Duras ou encore de Françoise Sagan et qui en cette douce soirée d’automne sombre discrètement dans la pénombre. Nous entrons dans le vaste hall qui précédent la salle du restaurant Lassay.

 

 

L’animation est à son comble en cette soirée pourtant de semaine automnale, mais les amateurs de golf et de détente connaissent les lieux, Français, Belges et autres contrées internationales prisent ces lieux à seulement quelques minutes du centre de Deauville mais à l’écart des foules. Après avoir dégusté un Americano au bar chaleureux et admirablement tenu par son responsable Philippe, nous nous dirigeons vers la vaste salle du restaurant Lassay qui affiche complet en cette soirée. Ici, le chef Tommy Georges officie avec talent, privilégiant une cuisine invitant les plus beaux produits pour une cuisine à la fois saine et en même temps créative. Maxime Raux et Jérémie Boukouar, responsables de salle, vous guideront vers votre table, idéalement placée contre l’immense baie vitrée dominant toute la Côte, avec ses lumières scintillant comme autant de frêles bougies.

 Un foie gras parfaitement assaisonné qu’accompagne un chutney de figue avec sa brioche ouvre les agapes. Les amateurs de saumon fumé de qualité seront également ravis par la proposition du Lassay d’y adjoindre cette mousse de raifort et petits toasts, un ensemble savoureux. Les premières impressions sont souvent les plus justes et le Lassay cultive un art gastronomique alliant excellence des produits, associations raisonnées et sans heurts, avec cette touche de créativité qui sied aux belles cuisines. Cette impression est encore renforcée par un remarquable bar cuit sur la peau avec ses olives taggiasca et son tian de courgettes, aubergines et tomates pour une petite touche de soleil en cet automne normand. Un peu d’exotisme encore pour ceux qui ne choisiraient pas ces alléchantes Saint-Jacques avec un Tagine d’agneau aux amandes et fruits secs, un parfait accord sucré-salé pour cette viande fondante et succulente.

 

 

Avec ces mets de qualité, un admirable Bourgogne Aloxe-Corton 1er cru du Domaine Latour 2007 nous sera servi, un vin généreux et puissant, nuancé par une finesse qui accompagne idéalement ces différents mets proposés par le Chef. Les conversations sont animées en cette soirée alors qu’à l’extérieur la nuit enveloppe l’ensemble du Mont Canisy gardant cependant un clin d’œil sur cette agréable perspective la baie de Deauville et Trouville illuminée comme un collier de guirlandes. Ce décor de rêve admiré des hauteurs méritait des desserts à leur égal, ce fut le cas avec une tarte au citron meringué ou encore ces crêpes généreusement flambées au Calvados Hors d’âge… Encore un café, un doigt de Calvados de la Maison Dupont 15 ans d’âge. Avant de nous éloigner, nous regardons la façade de l’Hôtel du Golf illuminé de tous ses feux nous promettant d’y revenir y passer une nuit et découvrir ce fameux parcours qui lui a donné son célèbre nom.

 

 

 

Hôtel Barrière L'Hôtel du Golf Deauville

Mont-Canisy 14800 DEAUVILLE
Tél. : 02 31 14 24 00
www.hotelsbarriere.com/fr/deauville/l-hotel-du-golf/restaurants-et-bars/le-lassay.html

 

Gordon Ramsay

au Trianon Palace de Versailles *

Faire l’expérience d’un dîner au restaurant étoilé Gordon Ramsay au Trianon Palace de Versailles, c’est entrer dans un univers à part où l’Histoire, le luxe, le raffinement, l’évasion se conjuguent en une subtile harmonie. Par une belle soirée de printemps au soleil baignant les prés du parc du Château de ses derniers rayons, nous arrivons tout près de la grille de la Reine où cette fière institution a élu résidence.

 

 

 

 

Quittant les bruits de la ville, c’est un contraste saisissant qui marque le citadin habitué aux trépidations du quotidien. Nous sommes bien dans un lieu d’exception, adossé à l’un des domaines royaux les plus connus au monde, le château de Versailles. Ici, dans cette splendide bâtisse construite il y a un peu plus d’un siècle, Marcel Proust, Sarah Bernhardt ou encore le duc et la duchesse de Windsor avaient leurs habitudes, comme nous les comprenons ! Vous parvenez à un palace qui a gardé sa superbe d’antan, en hommage aux personnalités qui l’ont visité, mais qui a su évoluer au fil du temps, en une maison d’un luxe moderne et raffiné, dans le bon goût d’une décoration, fruit d’un subtil équilibre entre valeurs classiques incontournables sous le regard du Roi Soleil et des touches tendances choisies.

 

 

Il faudra parcourir un long couloir longeant la terrasse, lieu des apéritifs élégants. Vous aurez probablement la chance de pouvoir saluer le chef Frédéric Larquemin, un homme au regard doux et généreux qui veille à ce que chaque hôte fasse l’objet des meilleures attentions. Nous prenons place dans une immense banquette « royale » tout de blanc revêtue, de ce repère confortable, notre regard embrasse cette belle salle raffinée où élégance à la française, design contemporain et vaisselles éclatantes de fine porcelaine se donnent rendez-vous… Le spectacle est partout, avec cette autre et large terrasse qui jouxte la salle du restaurant et plonge littéralement sur les près où une myriade de moutons paissent tranquillement dans un tableau pastoral digne de Nicolas Poussin. La légende chuchote même qu’ils seraient les descendants des moutons de la reine Marie-Antoinette, une belle histoire de plus dans ce décor de rêve !

 

 

Une coupe de Champagne rosé avec des amuses-bouche de thon rouge aux graines de sésame et des bouchées de fromage à la truffe engagent ce dîner sous les meilleurs auspices. Un personnel de salle d’une rare prévenance se met en branle sous la direction du talentueux Laurent Beaudouin, responsable du restaurant et sommelier, qui saura écouter vos envies et les traduire au diapason de cette cuisine de haute volée. Marc Fernandez, le maître d’hôtel, présente une nouvelle mise en bouche raffinée sous la forme d’une émulsion de fenouil au crabe et crustacées décorées de perles de corail avec une légère touche d’anis pour une composition où le raffinement des associations convainc et séduit immédiatement le palais, rien ne vous ferait renoncer à ces promesses...

La Raviole de langoustine et homard sur un lit d’épinards et rehaussée par une sauce à l’oseille offre une expérience remarquable de rigueur des saveurs en une composition généreuse. Le bar sauvage braisé, pour sa part, avec ses févettes, petit pois, couteaux et salicorne offre ici encore une expérience gustative rare où chaque produit fait écho à une préparation remarquable, sans excès, seul le talent en plus.

 

 

 

Il suffit de voir le plaisir partagé par les nombreux convives de cette soirée idyllique pour comprendre que le chef Frédéric Larquemin atteint au restaurant Gordon Ramsay du Trianon Palace des hauteurs pleines de promesses.

 

 

 

 

Un sentiment renforcé avec ce ris de veau rôti mémorable avec sa sauce au vin jaune et ses petits légumes coupés aussi finement qu’un parchemin… Le soleil décline à l’horizon, seuls les arbres de haut jet, les blancs moutons et quelques nuages pour le décor composent ce tableau saisissant. Peut-on encore être surpris à la table du Trianon Palace après toutes ces agapes ?

 

Incontestablement avec ce homard bleu présenté avec élégance – une constante dans le dressage des assiettes en cette soirée – avec son maki du même noble crustacé sur un blanc et vert de blettes, olives taggiasche, citron de pays, et bisque. L’excellence du produit, une cuisson parfaite et un assaisonnement équilibré démontrent une nouvelle fois le degré de l’art acquis par le chef auprès des plus grandes tables internationales.

 

 

Bonheur rassérénant encore que cet agneau de lait décliné en côte et selle avec sa pomme de terre ratte liée au caillé de brebis… La haute tradition culinaire française ne saurait s’arrêter là sans une sélection de fromages privilégiant de belles appellations de Corse, Beaufort, Roquefort, Chaource idéalement servis avec ces pâtes de fruits originales à la pêche de vigne, poire Williams…


Viendront encore des expériences gustatives étonnantes du talentueux chef pâtissier Eddie Bengahnem, avec un prédessert aux réminiscences proustiennes pour cette compotée de rhubarbe et sorbet fraise acidulée qui rappelle nos après-midi passés dans la cuisine de nos grands-mères, ce millefeuille croquant aux deux vanilles d’une rare légèreté ou encore ce sablé inoubliable aux fraises de saison acidulées par un vinaigre de Barolo. Ces créations répondent idéalement aux mets présentés tout au long du repas par leur équilibre, leur finesse et un élan commun pour offrir une expérience gustative faite de suggestions sensibles, à la fois présentes et en même temps délicates et sans ruptures pour un festival d’émotions.

 

 

 

 

Si le temps le permet, un café avec ses mignardises pris sur la terrasse permettra de prolonger encore ces rares heures de bonheur alors que la pénombre est tombée sur le parc du Château de Versailles, nul bruit si ce n’est celui des étoiles qui scintillent sur ce palais de la haute gastronomie en plein cœur de la modernité.

 

 

 


Avec ces mets, le sommelier saura établir un accord avec une carte des vins riche et privilégiant les découvertes. Un champagne Gosset Grand rosé pour débuter les mises en bouche, léger et une belle intensité aromatique, puis un Pinot gris grand cru Hengst Albert Mann 2012, un vin d’Alsace très séduisant aux arômes délicats et une longueur en bouche surprenante. Traversons la France et rendons nous en Loire avec ce Savennières clos des Perrieres chateau Soucherie 2013, un vin 100 % Chenin blanc étonnant pour sa richesse en bouche et son élégance. Plus au sud, ce vin de Languedoc Blanc Domaine Saint Sylvestre 2014 invite comme il se doit le soleil à la table du Trianon, avec sa belle robe rouge sombre, où les saveurs de la garrigue s’immiscent sans heurts pour un vin à la fois présent et délicat. La Bourgogne et la Côte de Nuits offre un généreux Morey Saint Denis Rue de Vergy Lignier Michelot 2013, un vin élégant et équilibré pour une valeur sûre. Belle présence également avec ce vin de Bordeaux Côtes de Castillon Domaine de L’A, 2012. Cabernet franc et Merlot s’associent idéalement pour un vin dense avec une belle longueur magnifiant la préparation de l’agneau de lait.

 

 

 

Rencontre avec le Chef Frédéric Larquemin Trianon Palace de Versailles

 

 

Vos premières années, et notamment l’influence de la Normandie, ont-elles joué pour votre cuisine ?


Frédéric Larquemin :"En fait, je suis né à Paris, plus précisément, j’ai grandi à Boulogne Billancourt, mais je suis effectivement originaire d’une famille normande. Je passais toutes mes vacances près des plages du débarquement, Sainte Mère l’Église, Utah Beach ou encore Saint-Lô… Il est certain que cette région a beaucoup compté très tôt dans mon enfance avec ces repas de famille qui commençaient à midi pour se terminer à sept heures le soir… chose difficilement imaginable aujourd’hui ! J’ai encore le souvenir de ces repas incluant entrées, plat, fromage, dessert, pris midi et soir avec cette crème fermière et ce pain frais. Il y avait toujours des produits choisis en fonction des saisons. J’ai encore très présent à l’esprit qu’à chaque retour de ces séjours en Normandie, nous ramenions toujours des victuailles en profusion…"

 


Comment vous est venue l’idée de faire de la cuisine votre métier ?


Frédéric Larquemin :"Il n’y a pas eu d’antécédents dans ma famille, et c’est certainement la gourmandise, les souvenirs d’avoir très jeune aidé à la cuisine dans la ferme en allant chercher les haricots, les tomates qui ont compté pour cette vocation. J’ai commencé l’école hôtelière assez jeune, à l’âge de 16 ans, avec une expérience mémorable grâce au restaurant Aux comtes de Gascogne d’Henri Charvet.

 

Après cette formation très stricte, et en même temps enrichissante, j’ai décidé de partir à Londres pour compléter ma formation et apprendre l’anglais à l’âge de 18 ans. J’ai alors travaillé au Connaught Hotel avec Michel Bourdin, une cuisine très Escoffier, une formidable école pour apprendre les grands classiques.

 

 

Après deux ans, j’ai rencontré le chef Gordon Ramsay qui m’a fait confiance et m’a employé au Claridge’s. C’est lui encore qui m’a recommandé au Louis XV d’Alain Ducasse à Monaco pour lequel j’ai travaillé sept ans, suivi d’un retour à Londres, puis à Paris au Plazza Athénée en tant que chef de la Cour Jardin, c’était ma première place de chef. Puis, j’ai été le chef exécutif au Qatar de l’IDAM, au Musée des Arts Islamique à Doha avec, ici encore, une autre expérience de la gastronomie internationale".

 

 

Quel esprit souhaitez-vous imprimer à votre cuisine dans le cadre somptueux de l’Hôtel Trianon Palace bordant les jardins du château de Versailles ?


Frédéric Larquemin :"Je conçois ma cuisine sans fioritures, avec peu d’ingrédients dans l’assiette, mais en donnant une application extrême à la préparation de chacun où l’excellence des produits reste déterminante. Je souhaite également rester dans l’optique d’une cuisine française, en partageant cette gourmandise que j’évoquais tout à l’heure, en proposant notamment un menu et une expérience qui peuvent être renouvelés, et non un événement unique sans lendemain ! Le plaisir d’une gastronomie à la fois exigeante et en même temps accessible".

 

 

 

Trianon Palace Versailles, A Waldorf Astoria Hotel
1, Boulevard de la Reine, 78000 Versailles, France
Téléphone: +33 (0) 1 30 84 50 00
www.trianonpalace.fr

 

 

 

Restaurant La Belle-Epoque

Hôtel Le Normandy Groupe Barrière.

L’Hôtel Le Normandy à Deauville du groupe Barrière a su préserver tout le charme des nobles demeures anglo-normandes de la côte normande grâce à une récente rénovation. Cette aristocratique vieille dame impose aujourd’hui toujours le respect avec ses colombages, ses toits à multiples niveaux en tuiles anciennes, un écrin vers lequel le promeneur normand se sent attiré comme une réminiscence d’un déjà vécu.

 

 

 

 

Il faut reconnaître qu’il est aidé en cela par une histoire de plus d’un siècle dans l’art de l’hospitalité ; ce temps où Marcel Proust avait déjà capté pour l’éternité le charme de ces lavis indissociables de nuages et de mer rehaussés par quelques vols de mouettes… C’est dans cet univers composé de nuances pastelles que nous entrons sous un ciel d’orages et de tourmentes qui hâte le pas de celui qui a décidé de découvrir une table qui fait parler d’elle sur la côte normande, La Belle Époque, une douce et agréable promesse .

 

 

Après avoir longé la réception et tourné sur notre gauche, nous suivons une succession d’espaces intimistes où un piano distille une musique d’ambiance propice aux réjouissances, fauteuils et canapés confortables sont déjà bien occupés en ce début de soirée pour des apéritifs soignés et réputés. Un peu plus loin, la remarquable cave à vin en vitrine de verre illumine l’entrée du restaurant et de sa fameuse salle qui remonte au début du XXe siècle. Moulures et hauts plafonds perpétuent la tradition d’un lieu élégant, savamment modernisé grâce à une remarquable mosaïque et un mobilier design dans un camaïeu de couleurs chaudes.

 

 

L’accueil est celui des grandes maisons et vous serez guidé par Vincent, l’élégant maître d’hôtel qui allie professionnalisme acquis à l’international à une rare prévenance. Il saura vous guider à votre table près de la Cour Normande du Normandy. Il faut découvrir en ces lieux les apéritifs préparés par Jean, son Americano maison servi de manière originale avec ses cerises à l’eau-de-vie, clin d’œil au temps retrouvé… L’ambiance est chaleureuse alors que le cristal des lustres et le raffinement de la décoration récemment rénovée contribuent à un cadre charmant.

 

Nous commencerons notre dîner par un délicieux consommé de morilles avec son œuf mollet, émincé d’asperges vertes crues et croutons pour un ensemble onctueux et gouteux.

 

 

La table de La Belle-Epoque cultive l’art d’une nourriture saine et portée vers les beaux produits ainsi qu’en témoigne cette savoureuse assiette intitulée Bouddha Bowl ou l’art de pratiquer le végétarisme avec le sourire pour ces belles associations de quinoa, avocat, fèves fraiches, houmos, betteraves rouges et coriandre… Le sommelier saura avec ces mets vous proposer des associations de vins idéales tel ce Médoc « Patache d’aux », un vin puissant qui excelle pour cette entrée de champignons ou encore ce Pessac-Léognan blanc « Dada de Rouillac », un vin de caractère et fruité qui s’exprime parfaitement avec ces fraicheurs du potager.

 

 

 

Le temps pluvieux n’a pas su résister à l’ambiance décontractée de ce début de weekend et les nuages ont laissé place à de généreux rayons de soleil égayant la cour de l’hôtel. Nous dégusterons également un excellent cabillaud cuit sur la peau et présenté en couscous vert avec ses asperges et sa verrine de concombre venant parfumer idéalement ce plat ; il sera accompagné d’un renommé Sancerre blanc « La Chateline », parfait avec son intensité du fruit et sa longue persistance pour accompagner le cabillaud. La table de La Belle-Epoque cultive également l’art des viandes savoureuses avec ce carré d’agneau cuit sur foin présenté avec sa cassolette de coco, un régal ! que souligne parfaitement ce vin du Pays d'oc « Château L’Hospitalet » rond et généreux pour une expression aromatique mettant en valeur la préparation de l’agneau. Nous comprenons pour quelles raisons la table de la Belle-Epoque gagne en notoriété ;

 

la salle est comble en cette soirée de printemps pourtant timide. Une notoriété que ne démentent pas les desserts tels cette tarte au citron et yuzu aux deux meringues sur son biscuit sablé ou encore cet impressionnant milk shake cacaoté avec sa Chantilly et ses petits gâteaux secs servi dans un pot en verre géant… Il faudra prolonger ces heures précieuses en savourant un ou deux cafés et « l’eau de vie locale », un vieux calvados tant réputé pour les digestions heureuses avant de faire une promenade sur le bord de mer, en restant sur ce doux petit nuage !

 

Un cocktail au Bar du Normandy

Deauville

 

C’est un camaïeu de bleu qui attend le promeneur Deauvillais d’un soir, à l’heure de l’apéritif en ce début d’été. Le soleil sur l’horizon n’a pas encore fini de souligner les contrastes de quelques nuages posés, là, insouciants comme les pas de celui qui flâne sur ces célèbres planches où les noms des vedettes de cinéma rythment les évocations de films légendaires… Un regard sur l’horizon lointain, un clin d’œil pour le 7ième art et surtout une attraction proche avec un des hôtels les plus mythiques de la cité balnéaire normande, le Normandy. Lieu de légende où nous décidons dès lors de prendre un verre en son célèbre bar que dirige, depuis déjà de nombreuses années, son sympathique chef Marc Jean, normand d’origine et dont le regard franc et avenant sera la meilleure porte d’entrée. Ainsi, sommes-nous agréablement accueillis dans ce lieu incontournable de Deauville, ce légendaire bar qui, malgré son grand-âge, n’a pas pris une ride.

 

 

Tout en gardant son identité qui séduisit en son temps le pourtant exigeant Winston Churchill, Coco Chanel ou plus récemment les stars américaines du Festival de Deauville, le Bar du Normandy a su, en effet, préserver ses lambris, tableaux, garder l’esprit cosy des épaisses moquettes et fauteuils clubs, tout en distillant des touches de modernité. Ce soir, le bar affiche tout simplement complet en ce début de weekend, il paraît que c’est une habitude ou plus exactement une tradition des lieux, et ce, même lorsque la cité balnéaire est délaissée par les foules estivales…Les Deauvillais de cœur aiment à se retrouver au Bar du Normandy, l’incontournable!

Nous sommes invités par le maître des lieux qui dirige une équipe de dix personnes avec son second Frédéric à prendre place à une petite table dressée sous un tableau évoquant un Gainsbourg jouant de l’orgue de barbarie sur le pont des arts, une allégorie décalée qui montre que le Bar du Normandy n’est pas guindé tout en cultivant l’élégance d’un lieu raffiné où chaque usage a ses règles comme l’art des cocktails avec une carte renouvellée chaque année selon les inspirations de Marc Jean et de son équipe parcourant le monde entier à la recherche de nouvelles idées. La carte des whiskies est impressionnante, le chef barman avoue sa fierté en nous la faisant découvrir avec ses 150 références présentées de manière pédagogique avec moult conseils, recommandations pour les novices, et prestigieuses signatures pour les initiés.

 

 

Nous choisirons une des dernières créations du lieu avec un Spritz revisité « The only Spritz Colette de Bruce Toussaint» qui associe à la recette traditionnelle à base d’Apérol une boisson locale non moins fameuse, le cidre, avec une remarquable cuvée Colette de la maison Dupont ; une réussite d’associations à la fois classiques et originales avec ces notes de pomme s’immisçant dans cette préparation rafraichissante.

Une autre création du Bar Normandy séduira les amateurs de dame cerise avec le Cherry Normandy, où la vodka Grey Goose se marie idéalement au Martini Rubino avec une touche d’Amaretto pour une palette d’émotions sucrées et profondes. De petites gougères et un assortiment de fruits secs accompagnent ces cocktails alors qu’un pianiste distille d’autres accords, tour à tour classiques, populaires ou tendance ; l’ambiance en cette soirée d’été est à la fête et le bar ne désemplit pas… Joseph, l’aimable serveur souriant et prévenant, ressert votre vide, ici, au Normandy, la morosité n’a pas lieu d’être, et même cette mouette, lorsque nous sortirons de ce havre de bonheur semble esquisser un complice sourire alors que la pénombre gagne un ciel et une mer qui se confondent à perte de vue.

38 rue Jean Mermoz, 14804 Deauville, France
Tél : +33 (0)2 31 98 66 22
www.hotelsbarriere.com/fr/deauville/le-normandy

 

L’Enoteca Pinchiorri ***

ou le Paradis de la gastronomie florentine…

 

 

Au numéro 87 de la Via Ghibellina, à Florence, se tient l’une des adresses mythiques de la ville, emblème de la haute gastronomie italienne et internationale. En effet, c’est, ici, au cœur de la ville ayant connu le célèbre poète Dante Alighieri, de cette rue chargée d’Histoire et d’histoires arpentée par les plus grands artistes de la Renaissance italienne que se tient fièrement l’Enoteca Pinchiorri.

 

 

C’est un superbe palais qui abrite ce restaurant trois étoiles au Michelin avec ses fenêtres protégées d’antiques ferronneries et ses deux piliers en marbre qui entourent la vénérable entrée. Par ce début de soirée et avec la douceur printanière, un parfum de légèreté règne sur Florence et l’accueil dès les marches franchies est celui des grandes maisons, dirigée ici même par le Chef Annie Féolde, première dame à avoir reçu les célèbres trois étoiles en Italie, et de Giorgio Pinchiorri dont la renommée de la cave a fait le tour du monde. Cette cave est un moment d’émerveillement pour qui a eu le privilège de sa découverte.

 

 

Sa notoriété tient aux choix sûrs opérés par son propriétaire Giorgio Pinchiorri bien avant que l’économie mondiale ne s’y intéresse. Véritable mythe, nous comprenons pour quelles raisons cet endroit fait écarquiller les yeux de tout amoureux de vin à sa seule évocation. Alors que des trésors se trouvent à portée de main, vous ne savez plus où donner de la tête. Les vins les plus renommés Pétrus, Mouton-Rothschild, Lafite, Romanée-Conti sont non seulement présents mais très souvent dans des échelles de dates vertigineuses. L’Italie et la France sont au banc d’honneur bien entendu, mais d’autres pays du monde entier y ont également une ambassade de choix.

 

 


Mais le ravissement gagne aussi dès que nous rejoignons notre table dans cette belle salle carrée à la décoration classique. Une carte des eaux occupe votre attention alors que le chef de salle vient s’enquérir de vos préférences. Nous commençons cette dégustation par un loup de mer associé à une crème de pommes de terre mimosa, une sauce persil rehaussée d’échalotes, avec un équilibre immédiat des saveurs. Le Saint-Pierre préparé avec une pâte à l’encre de seiche et ses pousses d’épinards accompagné d’une sauce Béarnaise et d’une gelée de camomille est également un régal de saveurs gourmandes où chaque produit fait écho aux autres associations.

 

 

 

Notre repas commence décidément sur une note élevée et le service est en parfait accord avec ce haut degré de maîtrise culinaire. Tenue et maintien irréprochables, prévenance et élégance sans affectation.

Toutes les tables des salles de ce restaurant prestigieux sont, bien sûr, réservées et les convives souriants demeurent surpris par cette alchimie entre perfection du service, cuisine de très haut niveau accessible aux sens et cette douceur toute italienne dans les attentions.

 

 

Italie encore dans l’art de la pasta ici pratiqué de haute volée avec ces tagliatelles aux scampis et herbes aromatiques, haricots verts et pancetta. L’onctuosité et la rondeur de la préparation réserveront bien des surprises aux convives de l’Enoteca ! Préparation singulière et raffinée encore avec ces Agnolotti fourrés de polenta blanche accompagnés de son ragoût de « chiocciole vignaiole », une variété locale de petits escargots. Les conversations dans toutes les langues du monde vont bon train dans cette salle désormais complète, les vins et la gastronomie dans cette alliance impeccable ajoutent au charme du lieu, et signent une indéniable réussite.

 

 

Il faut avoir également dégusté ce porcelet cuit sur la broche avec ses racines de persil en papillote, sauce verte et citron pour apprécier toute la rigueur et l’équilibre des mets associés, chaque plat étant, en ces hauts lieux, une surprise en soi. La cuisine d’Annie Féolde rassure par ses réminiscences d’une gastronomie ancestrale toujours gratifiante mais n’hésitant pas par son audace parfaitement maîtrisée à sortir des sentiers battus. Les surprises sont loin d’être terminées à l’Enoteca Pinchiorri avec cet original semifreddo de gorgonzola qui clôt, et en douceur, les saveurs salées en anticipant la part sucré du repas.

 

 

Un nuage de blanc de neige et de meringue en prédessert suivi d’un inoubliable baba au citron, limoncello et lait d’amande et de verveine atteint des niveaux de légèreté sans excès de sucre. Puis viendront encore le plateau de chocolats déclinés dans toutes les versions pour accompagner joyeusement un café et une vieille grappa, un rêve qui ne s’arrête jamais, même une fois le seuil du restaurant passé, pour de longs souvenirs inoubliables…
 

 

Pour accompagner ce repas, nous découvrirons ce gemme méconnu en France d’un Leonia Rosè 2012, un vin inspiré d’un séjour en Champagne au XIXe siècle avec un vin de pinot noir remarquable avec les hors d’œuvre alors que nous restons toujours en Toscane avec ce vin de la même maison Frescobaldi, un Gorgona 2015 marqué par les embruns marins proches et une belle minéralité et une longueur en bouche remarquable. Nous franchissons les Alpes avec ce mémorable Clos de la Roche 2009 DomainePonsot, un vin d’une toute petite superficie, noble et robuste à la fois. Retour en Toscane avec ce vin D’Alceo 2008 Castello di Rampolla avec une association moins familière en France de Cabernet et Petit Verdot qui offre un vin à la force tempérée par ce dernier raisin.

 

Enoteca Pinchiorri
Via Ghibellina, 87, 50122 Firenze, Italie
Téléphone : +39 055 242757
https://enotecapinchiorri.it

 

Le Grand Véfour

chef Guy Martin**

Elle semble si loin cette époque où Baudelaire évoquait dans son essai De l’essence du rire, Virginie se promenant dans le Palais Royal et découvrant le mal et le vice. Il fut un temps où ce Paris-là, à la croisée du XVIIIe et du XIXe siècle, était le lieu de l’élégance et de l’esprit libertin, maisons de jeux et rencontres faciles valant à l’endroit une réputation de légèreté. De nos jours, les lieux ont hérité d’une réputation moins volage, celle léguée par les deux derniers siècles où pouvoir (ministère de la Culture, Conseil Constitutionnel et Conseil d’État), culture (Comédie Française et Théâtre du Palais Royal) et tourisme se disputent la prééminence.

 

 

Mais, ici, à l’un des angles du jardin du Palais Royal, se tient fièrement une institution, l’aînée de bien de ses voisines, une grande dame honorée de deux étoiles brillantes, vers qui tous les regards se tournent en matière de gastronomie et de savoir-vivre depuis plus de deux cents ans, et qui fête cette année sous la célèbre signature de Guy Martin, rien de moins, que ses 25 ans !
Par une belle journée annonçant le printemps, alors que les arbres du Palais Royal affichent encore fièrement la rectitude de leurs ramifications et qu’un soleil dans un ciel d’azur immaculé offre des contrastes saisissants, nous entrons dans ce temple de la gastronomie tenu par le grand Chef Guy Martin, un homme qui n’a pas pris une ride et dont la rectitude et la gentillesse inspirent toujours la sympathie. Cela fait vingt-cinq ans déjà qu’une même passion l’anime, comme si ces lieux avaient instillé une éternelle jeunesse à sa cuisine et sa philosophie, demeurées toujours intactes dans cette discipline au rythme pourtant hautement effréné.

 

 

Après l’avoir salué, nous sommes invités par Christian David, le 1er Maître d’Hôtel, à prendre place à l’endroit qui avait la préférence de Jean Cocteau, un voisin à l’époque qui habitait à quelques pas de là. Christian David, gardien de l’âme des lieux, discret et raffiné, aime à évoquer ces grandes heures marquées par la présence du Grand Véfour au cœur de la gastronomie parisienne lorsque Bonaparte demanda en ces murs la main de Joséphine, lorsque Victor Hugo, Colette, André Malraux et bien d’autres célébrités avaient leurs habitudes. Le soleil déjà fort présent à l’extérieur s’invite idéalement à l’intérieur de la salle qui a gardé tout son charme d’antan avec ce classicisme qui ne passe pas…

 

 

Tout est merveille, et date de ce milieu du XVIIIe siècle, quelques années avant la Révolution, le Café de Chartres occupait alors cet emplacement et un grand nombre d’idées menant à la chute de l’Ancien Régime bruissaient entre ces murs où la discrétion est toujours de mise. Dorures, velours cramoisi et argenterie étincelante composent un tableau hors du temps. Un ballet se met en place en salle avec une équipe à la fois rodée et renouvelant chaque jour l’art du service à la française ; Marc, l’un des autres gardiens de cette haute tradition, a de longues années derrière lui et un sourire qui accompagnera tout le repas avec générosité.

 

 

 

 

Nous commencerons par un Champagne rosé de la maison Ruinart accompagné de mises en bouche de courgettes jaunes et vertes acidulées en une association de wasabi avant de découvrir une ode aux légumes avec cette mosaïque de légumes de saison où les couleurs s’entrecroisent aux saveurs au point que les sens se confondent. Cubes de céleri, carottes en guimauve, betterave et autres légumes de saison sur une purée de chou-rave relevée au ras el hanout composent un tableau aussi beau à voir qu’à déguster avec ce petit verre de jus de pomme, céleri et fenouil.

 

 

On se prend à croire au printemps, il est déjà dans l’assiette, tous les sens sont conviés. Touristes japonais, chinois, canadiens et bien d’autres parties du monde encore ajoutent au charme des lieux avec cette impression de légèreté et d’insouciance. Guy Martin est un magicien aux associations élégantes et raffinées avec notamment ces escargots petit-gris sauvages poêlés idéalement et qu’accompagnent avec bonheur une fine purée de châtaignes et ail noir et du caviar osciètre pour des notes forestières du plus bel effet. Les choix sont parfois cornéliens en ces murs car comment résister au grand classique de Guy Martin - un de ses plats signatures pour lesquels certains convives seraient prêts à tout : les fameuses Ravioles de foie gras avec sa crème foisonnée truffée. Écho des saveurs des plus hautes cimes, ce plat est entré dans la légende, rien ne saurait y déroger… Mais, il faut également avoir dégusté ces filets de sole braisés avec leurs petites chips de peau grillée qu’une crème de salsifis parfumée aux fèves de tonka souligne avec douceur pour comprendre tout ce que l’art des cuisines du Grand Véfour est capable d’offrir, dans la sérénité.

 

 

La tradition culinaire française se poursuit encore avec ce somptueux chariot de fromages où toutes les régions de l’Hexagone se sont invitées : Petit fiancé des Pyrénées, Cabri ariégeois, Comté hors d’âge, Bleu de Makay, Pont-l'Evêque… Les touristes étrangers en raffolent, nous aussi… Mais, l’expérience ne s’arrête pas là au Grand Véfour et l’instant des desserts vaudrait à lui seul une visite. Quelle merveille que de découvrir cette originale crème brûlée aux artichauts avec ses légumes confits et son sorbet aux amandes amères, aux saveurs profondes et associations originales. Le Cube Manjari, quant à lui, ravira le palais avec l’orange, le chocolat, les noisettes grillées dans une infusion de poivre Timut sur un biscuit aux marrons…

 

 

Viendra encore l’heure des mignardises, des chocolats et d’une surprise dont nous tairons le nom… L’heure est exquise et ces instants précieux passés au Grand Véfour projettent inexorablement dans un passé d’excellence, chaque jour renouvelé au Port Royal, une Recherche enfin accomplie et que n’aurait pas reniée Marcel Proust.
 

Ce repas sera idéalement accompagné d’un vin blanc sec, IGP Viognier 2014 Domaine Vernay avec ses notes florales et d’abricot en accord avec les différentes saveurs proposées.

Téléphone : +33 (0)1 42 96 56 27
Adresse : 17, rue de Beaujolais 75001 Paris France
Accès : Sur les jardins du Palais Royal

www.grand-vefour.com

 

Restaurant Sylvestre ** Thoumieux – Paris

 

Le gastronome averti qui flânera dans les environs des Invalides aura tôt fait de parvenir au 79, rue Saint-Dominique, lieu d’une expérience culinaire unique à Paris. Son nom ? Le Restaurant Sylvestre, du prénom de son chef Sylvestre Wahid, bien connu dans le monde de la gastronomie internationale. On entre dans ces hauts lieux de la gastronomie par le côté brasserie, la brasserie Thoumieux, réputée elle aussi pour l’excellence de sa cuisine et de son service ; nul étonnement à cela, puisque le maître des lieux, le chef doublement étoilé à l’étage au-dessus veille activement également à cette restauration. Pour entrer au Restaurant Sylvestre, il faut donc traverser la brasserie, emprunter le grand escalier, et longer les cuisines à espace ouvert où Sylvestre ne manquera pas de vous accueillir. Là, vous parviendrez à un salon privé dont la douce intimité n’a d’égal que la décoration sobre et élégante ponctuée de touches Art déco et si cosy avec ses canapés profonds et confortables où nous prenons place.

 

 

Un accueil digne des plus grandes maisons se met en place avec un personnel jeune et dynamique où le sourire n’est pas de façade, une volonté également du Chef qui tient, plus que tout, à ce que cette expérience gastronomique soit un vrai partage à dimension humaine, son accueil le laissait agréablement présager. Une coupe de champagne, des mises en bouche inventives et apéritives éveillent la curiosité et cette irrésistible envie d’en savoir plus avec ces bouchées de brocolis marinés servis dans de jolis coquillages nacrés, ces petits macarons de parmesan ou ces délices fondants et crémeux de pommes de terre… L’éclairage est tamisé, et la décoration végétale offre une ambiance apaisante révélant bien l’esprit qui anime ce chef n’ayant en rien renié la philosophie de son lointain pays d’origine, le Pakistan. Encore une mise en bouche inventive avec ces infusions à base d’eau de roche et de spiruline pour l’une, de tubéreuses et de truffes noires pour l’autre, un art renouvelé du consommé, source de surprises et de bien-être. La carte offre deux voyages où le parcours et les escales sont guidés par le chef Sylvestre et son équipe, ce qui n’empêche nullement de retenir des signatures du moment. Nous nous laisserons donc guider avec ces entrées remarquables dont ce Tourteau de Roscoff où l’avocat, le brocoli et le caviar composent un ensemble rafraîchissant et subtil. Original, cette tranche de Chou-fleur maraîcher, braisée et relevée de feuilles de curry et de baies de goji, le tout râpé de raifort frais accompagné de givre de lait, une savoureuse façon de redécouvrir les saveurs des vrais légumes. Heureuse expérience également avec ces légumes d’antan sublimés par la cuisine du chef Sylvestre notamment cette soupe de Potimarron présentée dans son écorce et versée à la louche sur des ravioles de châtaigne et truffes noires, le meilleur de l’automne…

 

 

Impression d’heureux instants, la cuisine du Chef Sylvestre assurément désennuie et réconcilie le convive avec soi-même, une philosophie manifeste d’une générosité culinaire évidente. Ce sentiment est encore renforcé avec ce filet de Lieu jaune de ligne cuit à la vapeur douce et parfumé de tamarin, ail noir et accompagné d’un couteau mariné et acidulé, un équilibre des saveurs qui met en évidence la qualité optimale des produits et l’excellence de la cuisine du chef Sylvestre . Le homard bleu grillé au Big Green Eff, cerfeuil tubéreux, clémentines de Corse et curcuma, est ausi indéniablement une harmonie parfaite entre terre et mer, une belle expérience à vivre au restaurant Sylvestre. L’ambiance est feutrée, les conversations discrètes égrènent une bonne humeur et un plaisir manifestement goûté par tous les convives. Le Chef Sylvestre a plus d’un tour dans ses marmites et un art consommé dans la sublimation des céréales et légumes, idéal pour les végétariens, tel ce goûteux risotto d’épeautre généreusement râpé de truffe noire par les soins du Chef en personne, un rituel en prélude d’un régal…

 

 

C’est du rêve qu’offre Sylvestre, on se surprendrait presque à l’appeler par son prénom tant sa gentillesse et sa générosité dans sa cuisine se transmet spontanément à tous les convives. Mais, l’expérience ne s’arrête pas là en ces lieux, il faudra également à tout prix découvrir ce Comptoir à fromages dont on ne soufflera pas mot afin d’en préserver la surprise, mais révélons seulement que ces trésors réunis à cette occasion proviennent d’une adresse bien connue à Paris et qui a pour nom Marie-Anne Cantin. Encore de belles expériences avec ces prédesserts sous la forme d’un rafraîchissement à base d’Aloe vera décliné en mousse, gelée et glace où la fleur de coriandre, le piment doux et une vinaigrette à l’huile d’olive Bio offre une note exotique de bien-être digestive et idéale pour découvrir les desserts qui suivent. Le citron de Menton que protège la croûte de meringue laisse une douce impression acidulée d’une légèreté extrême appréciée pour terminer ces agapes ; les plus gourmands choisiront la version réinterprétée par le Chef du gâteau basque servi tiède avec kumquat, pignon de pin et son sorbet faisselle à la cardamome, fondant et délicieux. Il ne reste plus qu’à féliciter le Chef Sylvestre et toute sa remarquable équipe pour son professionnalisme et sa discrétion, une expérience de partage et d’intimité inoubliable en plein cœur de Paris pour laquelle les maîtres mots d’émotion et de générosité s’imposent.

 


Avec ces mets ont été présentés un Saumur « L’Insolite » 2014 Domaine des Roches Neuves (Thierry Germain) à la belle minéralité et un floral Saint Joseph Blanc « Oliviers » 2014 Domaine Pierre Gonon, un vin élégant et accompagnant idéalement la finesse des mets présentés.

 

Rencontre avec le Chef Sylvestre Wahid

 

 

Quel a été votre parcours, celui qui vous a amené à la haute gastronomie ?


Sylvestre Wahid : Je suis né au Pakistan, pays dans lequel j'ai vécu jusqu'à l’âge de neuf ans. C'est pour rejoindre notre père qui servait dans la Légion étrangère en France que nous avons déménagé et gagné ainsi ce pays que nous ne connaissions absolument pas, et sans parler un mot de français. J'ai toujours gardé une mémoire de ces années passées au Pakistan et cela a forcément eu une place et une influence dans la cuisine que j'ai pu mettre en œuvre jusqu'à aujourd'hui. Je crois que ce croisement des cultures est profondément ancré chez moi, je l'aurai toute ma vie. Je suis parti du principe que c'était un plus et non un inconvénient. J'ai toujours aimé voyager, rencontrer des gens, et j'ai la chance de faire un métier qui est un perpétuel recommencement permettant d’apprendre tous les jours. J'ai subi une double pression, celle de l'intégration, mais aussi celle de vouloir faire bien et toujours continuer à évoluer. J'ai eu cette grande chance de rencontrer des personnes de qualité comme Thierry Marx, Alain Ducasse, Patrick Pagès et bien d’autres encore qui m'ont accompagné et apporté beaucoup. Ce cap de l'intégration est derrière moi, et aujourd’hui, j'ai avant tout à cœur aujourd'hui d'offrir et de partager de nouveaux produits, de nouveaux modes de cuisson, de nouvelles cultures. Je pense profondément que l'identité d'une cuisine vient de l'identité de la personne qui la pratique, la cuisine retranscrit l'homme que l'on est, quelque chose que l'on apprend à découvrir avec l'expérience et la maturité. Il est certain que toutes ces contrées que j'ai pu voir en parcourant le monde ont enrichi ma cuisine. L'Asie, le Moyen-Orient, la Russie, l'Afrique du Nord et bien d'autres pays encore ont des cuisines qui reflètent l'âme de ces pays. C'est quelque chose qui me fascine toujours.

 


Quels sont les grands principes que vous tirez de ce parcours cosmopolite ?


Sylvestre Wahid : J'ai à cœur d'être toujours en cohérence avec les produits que je choisis, achète et cuisine, car selon moi, c'est la base même de la cuisine française, avec un mauvais produit il est impossible de faire une bonne cuisine, même avec des artifices. La qualité et la saisonnalité des produits viennent en premier. Le jeu des modes de cuisson qui sont différents, les nuances des assaisonnements - j'ai à cœur par exemple de réduire très nettement le sel dans mes plats ce qui ne m’empèche pas de proposer sur mes tables un choix de quatre sels fins venus des quatre coins du monde. Enfin, et surtout, j'adore transmettre et cette qualité pédagogique vient peut-être de mon histoire ancienne.


Comment avez-vous abordé ces lieux qui composent l’univers Thoumieux ?

 

Sylvestre Wahid : J'ai pris possession des lieux que je connaissais auparavant en m’imprégnant sur place pendant deux mois. J'ai dormi à l'hôtel pendant les mois de juillet et août de l'année dernière afin de pouvoir créer quelque chose de différent de ce qu'avait fait jusqu'alors mon prédécesseur. Mon premier souhait a été d'unifier les trois espaces qui caractérisent l'univers Thoumieux, à savoir le restaurant doublement étoilé, la brasserie et l'hôtel. Très souvent, les clients ignoraient l'un ou l'autre du fait de ces trois identités différentes. Les hôtes de l’hôtel ignoraient l’existence de la brasserie, voire du restaurant, et inversement les habitués de la brasserie ignoraient l’existence du restaurant au premier étage ou de l’hôtel. J'ai ainsi mis en place un parcours amenant les convives à entrer au restaurant gastronomique par la brasserie en longeant les cuisines ouvertes où je les accueille. Pour repartir, ils redescendent par un escalier commun à celui de l'hôtel, ce qui leur permet de faire ainsi le tour de l'ensemble des lieux. Mon deuxième souhait a été d'écarter un menu unique car c'est quelque chose avec lequel je ne me sens pas à l'aise et qui empêche ma créativité très étroitement associée avec l'idée de plaisir et de réponse apportée aux attentes des convives. J'ai ainsi mis en place une carte, avec des menus, du choix, et à partir de cela, une liberté totale pour nos clients afin qu'ils puissent s'approprier totalement ces lieux. Comme il s'agit d'un salon privé, j'ai souhaité également pousser les choses jusqu'au bout et faire en sorte que cela soit un peu leur cuisine. Si un de mes clients souhaite se lever et venir dans la cuisine ouverte pour de me demander qu'une chose soit faite de telle ou telle manière, c'est quelque chose de parfaitement possible, et qui surtout me réjouit et que j'encourage. Dans cet état d'esprit, j'ai retenu l’idée d’un bar à fromages avec une expérience qui diffère de ce qui est habituellement fait dans un restaurant gastronomique avec le fameux chariot.

 

 

Ma cuisine est essentiellement fondée sur le minéral, le végétal et le bien-être, j'ai donc également fait en sorte d'introduire ces éléments dans la décoration même de la salle. Le travail avec l'équipe a enfin été au cœur de la réalisation de mon projet. Créer une équipe, faire en sorte qu'elle soit suffisamment soudée et cohérente, et que cela se ressente immédiatement dans le résultat final c'est-à-dire dans l'assiette du client et son bien-être. Il n'y a pas de basse tâche ici, et le personnel peut être amené à compléter l'équipe de la brasserie temporairement sans que cela soit pris comme une punition. J’attache une grande importance à cela, et moi-même, je descends volontiers à la brasserie trois à quatre fois par semaine. Je pense qu'il est essentiel que cette équipe puisse également se sentir concernée par le chef, et autant que le chef !

79, rue Saint-Dominique 75007
Tél. : 01 47 05 79 00 Email : contact@thoumieux.com
www.thoumieux.fr

 

Un déjeuner du potager

au restaurant Ore Ducasse au Château de Versailles

Dans « Manière de montrer les jardins de Versailles », Louis XIV accompagne et guide le visiteur découvrant le château. Suggérant un parcours qu’il connaît mieux que quiconque puisqu’il en est le créateur, le monarque absolu emboîte les pas de son hôte imaginaire afin de mieux lui montrer les trésors de la création artistique mis en œuvre dans ce qui n’était jusqu’alors qu’un petit pavillon de chasse en plein cœur d’un marais insalubre…

 

 

C’est cet esprit qui a orienté le choix d’Alain Ducasse pour installer au cœur du symbole du Grand Siècle, cette autre tradition, tout aussi importante en son temps et soumise aux mêmes codes de l’excellence et de rigueur, la haute gastronomie française. C’est à l’étage du Pavillon Dufour, récemment rénové, qu’a élu résidence le restaurant d’Alain Ducasse ore, un nom prédestiné en ces lieux et qui en latin signifie « bouche » rappelant ainsi toute une tradition des métiers de bouche présente pendant des siècles jusqu’à nos jours. Par une belle homophonie, le nom de ce nouveau restaurant-café évoque également l’or omniprésent et brillant sous les rayons du soleil.

 

 

L’endroit a été conçu pour faire briller les différentes facettes de la cuisine française, et plus particulièrement celle d’Alain Ducasse, avec un café élégant proposant un déjeuner et une restauration légère tout au long de l’après-midi, mais aussi celle d’un restaurant de très haute gastronomie lors des dîners privatisés qui y sont organisés. On parvient dans la salle d’ore par la Cour des Princes, en empruntant un escalier qui, à l’image du Pavillon Dufour accueillant le public, offre une transition habile entre l’univers de la ville et ces hauts lieux du classicisme français. Touche de modernité et rappel de la grandeur de Versailles alternent pour offrir à l’hôte du restaurant ore un cadre sobre et minimaliste avec ces tables en laiton éclatant, des fauteuils confortables, un bar où les cristaux et porcelaines des vitrines étincellent, et avant tout un accueil chaleureux et une distinguée prévenance d’un personnel à l’écoute de ses hôtes. La plupart d’entre eux, il est vrai, ont déjà connu les exigences de la haute gastronomie, on reconnaît parfois une tête familière ayant travaillé au Plazza ou au Victor Hugo.

 

 

Nous prenons place face à la Cour Royale, magnifique depuis qu’elle a retrouvé sa grille d’origine et ses ors uniques. Le spectacle est grandiose et à lui seul mérite une visite, déjeuner au Château, un privilège rare, dorénavant réalisé et proposé par Alain Ducasse.

Nous commencerons par des œufs bio cocotte idéalement associés aux épinards frais et aux girolles d’automne, un plat rassérénant au milieu de tant de beauté. Sait-on que l’épeautre est la plus ancienne céréale cultivée de main de l’homme au temps de la Mésopotamie et de la Bible ?

 

 

En ces lieux, conformément aux souhaits d’Alain Ducasse, le convive renouera avec cette mémoire collective millénaire où la graine accompagnée de champignons des bois est rehaussée par un jus d’oseille, le tout servi en cocotte pour des douceurs idéales en ces temps d’automne. Le regard ne cesse d’être attiré par cette façade du château, ses fenêtres où tant de regards se sont croisés, mémoires des hommes, rencontre des expériences. Il faudra à tout prix avoir également goûté à ce pâté en croûte de caille que des légumes acidulés accompagnent. Une expérience rare de saveurs équilibrées qu’un Vattel n’aurait pas reniée. Moins classiques à Versailles, mais déjà célèbre signature d’Alain Ducasse, les fameuses coquillettes au jambon, Comté et truffe noire, et ce jour blanche, sont comme un rappel succulent de l’enfance…

 

 

 

Belle tradition aussi que ce turbot à la vapeur avec une inoubliable sauce hollandaise truffée pour des accords rêvés entre la saveur du poisson et les notes de terre suggérées par le noble champignon. Quelle diversité autorisée, sans emphase et avec naturel au café-restaurant ore, à côté de nous un couple d’étrangers a choisi de généreux sandwichs de volailles rôties alors qu’un peu plus loin c’est déjà l’heure d’un thé anticipé pour cette table sur laquelle a été déposé un porte-mignardises empli de petits fours, sandwichs, et brioches, effet garanti.

 

 

Avec les desserts, c’est encore l’art de la cuisine française qui est à l’honneur avec des Religieuses au caramel fondantes, un Paris-Versailles qui s’impose et dont la crème n’a d’égal que la pâte à choux, et que dire enfin de ces figues de fin d’été rôties juste ce qu’il faut avec une crème infusée à la feuille de figuier pour multiplier les expériences gustatives…

 

A Versailles, ore d’Alain Ducasse fait revivre ou écrit de nouveau une page de la gastronomie française, accessible et contemporaine, comme un hommage au legs laissé par ses illustres prédécesseurs.

Pavillon Dufour

Premier étage, entrée par la cour des Princes,  Place d’armes, 78000 Versailles
t. 01 30 84 12 96 - www.ducasse-chateauversailles.com

Promenade au Château

 

 

Après une telle expérience, il faudra se laisser mener par la foule de touristes, toujours curieuse de découvrir l’un des plus beaux châteaux au monde, et ce d’autant plus que les nouveaux aménagements permettant l’accueil sont réussis et guident le visiteur en un parcours où une première partie explicative (Galerie du Château) permet avec vidéos, tableaux, et panneaux de mieux comprendre l’origine et les étapes successives qui ont conduit au Château de Versailles tel que nous pouvons le visiter aujourd’hui.

 

 Salon d'Hercule © EPV / J.-M. Manaï

 

Puis c’est le tour des Grands Appartements, et on ne pourra que s’extasier dans le Salon d’Hercule sur ce plafond peint par François Lemoyne, ravissement de cette apothéose d’Hercule en un ballet mythologique qui n’a pas cessé encore son tournoiement céleste. Ne pas oublier avec cet éblouissement cette non moins monumentale toile de Véronèse, Le repas chez Simon, qui à elle seule suffirait à cet espace, annonciateur du prestige des salles à venir. Rien ne fut de trop pour ce monarque qui comprit mieux que quiconque en son temps l’importance de la rhétorique visuelle, les arts magnifiant et renforçant le pouvoir. La longue enfilade des salons qui suivent en est la plus parfaite illustration, mythologie, arts, histoire conjugués dans tous les temps.

 

Galerie des Glaces © EPV
 

Les visiteurs sont médusés, ors, soieries, peintures, marbre, tout a été convoqué pour la magnificence, le point ultime étant bien entendu cette incomparable Galerie des Glaces et la chambre du Roi.

Ces témoins silencieux ont beaucoup à nous dire si nos sens s’éveillent à leurs propos. Une autre expérience attend le visiteur à l’étage inférieur avec les Appartements de Mesdames, récemment restaurés et ainsi nommés pour les six filles de Louis XV immortalisées par le peintre Nattier sur ses célèbres toiles. L’apparat est déjà plus discret et si le raffinement est toujours présent, les nuances d’un art de vivre plus ouvert au confort et à l’intimité se font sentir dans ces chambres, antichambres, cabinets où les plus beaux tissus s’harmonisent aux somptueuses créations d’ébénisteries du XVIII° siècle.

 

Le bassin d'Apollon © EPV

 

Au terme de cette visite, il faudra emprunter le Grand Canal, longer ce musée de topiaires et de statues de marbre, véritable programme mythologique en 3D. Encore un petit effort, et après avoir pris à droite au milieu du Grand Canal, se profile le Grand Trianon, ses jardins toujours ravissants avec leur charme désuet d’un passé presque présent.

 

Détail du lit de Marie-Antoinette © EPV

 

Un peu plus loin, on entrera encore plus dans cette intimité des reines et des rois, celle d’un habitat privé comme le Petit Trianon, écrin reposant du faste des labyrinthes du Château, ou encore plus utopique, ce Hameau de la Reine né d’un rêve de simplicité pour celle qui était au sommet de toutes les sophistications, cela ne lui sera pas pardonné, on rêve de devenir princesse, non bergère… Mais, plus de deux cents ans après la terrible Révolution, le charme opère toujours, ces petits toits de chaume, ces fenêtres de poupée aux vitraux cloisonnés, ces ruchers et potagers toujours honorés, démontrent qu’il est des rêves appelés à survivre bien longtemps, pour notre plus grand bonheur.

 

 

www.chateauversailles.fr

 

Il Luogo di Aimo e Nadia – Milan

 

 

Au nord des célèbres navigli de Milan, dans le quartier de Primaticcio se cache un des hauts lieux de la gastronomie internationale avec le restaurant Il Luogo di Aimo e Nadia. Avec ce nom, c’est une tradition d’un demi-siècle devenu une incontournable institution à Milan qu’évoque bien volontiers Stefania Moroni, la fille d’Aimo et Nadia, un couple uni par l’amour de la belle cuisine et qui d’une simple trattoria ont réussi à établir ce temple de la gastronomie italienne depuis 1962.

 

 

D’une cuisine toscane due à ses origines, Aimo a cherché à étendre sa curiosité à d’autres régions ainsi qu’à de nouvelles associations. La célébrité couronnera ce travail de longue haleine avec deux étoiles et une reconnaissance internationale pour ce restaurant honorant les règles de la haute gastronomie grâce à un service haut de gamme dirigé aujourd’hui par le stylé directeur de salle Nicola Dell’Agnolo et la cuisine inventive de deux jeunes chefs ayant pris la succession des fondateurs, Alessandro Negrini et Fabio Pisani. Nous entrons à cette adresse mythique dans une salle d’une blancheur immaculée.

 

 

En ces lieux, deux arts règnent en maître : la haute gastronomie et l’art pictural sous la forme d’installation de peintures de l’artiste Paolo Ferrari qui en une complexité picturale ne cesse d’interroger les labyrinthes de la vie. C’est donc entourés de ces œuvres remarquables et reconnues également internationalement que nous découvrirons la cuisine des deux chefs qui nous font l’honneur d’une présentation avant le service avec une approche de leur art faite tout de sérénité et de créativité, à l’image des œuvres du peintre exposées.

 

Alessandro Negrini et Fabio Pisani

 

Nous débuterons par des mises en bouche inventives dont la fraicheur éveille le palais avec ce tartare de tomates, burrata, olives frites et poivron rouge séché de la Basilicate. Nous voyageons dans l’Italie avec également cette crème de pois chiche des Pouilles, une recette végétale légère et délicate qu’accompagne la chicorée sauvage. Les premières impressions sont celles d’une cuisine suggestive, qui amène le gastronome dans de nouveaux paysages à la fois familiers et inconnus selon des gradations subtiles. Ce sentiment sera renforcé par le plat suivant, une étonnante soupe d’Étrurie avec des légumes de saison, des pêches, du fenouil, des pois chiches, coco, carottes et aneth.

 

Nicola Dell’Agnolo

 

 

L’ensemble est apaisant, comme sont ces soupes d’antan que mitonnaient nos grands-mères. Le palais est étonné, les papilles en éveil alors que le service de salle s’active avec élégance et discrétion. Étonnement encore que ce plat inhabituel et pourtant éveillant, lui aussi, des sens familiers que sont ces raviolis de sèche préparés en deux manières, crus et cuits ; la pâte fine des raviolis est réalisée à partir des tentacules, l’ensemble étant accompagné d’un sorbet de pois et un autre d’amandes. L’ambiance est à la sérénité pour ce déjeuner à cette table prisée et réputée. La valse des découvertes se poursuit avec douceur et sans heurts avec ce traditionnel risotto de crevettes rouges de San Remo, tomates datterini, buratta et coriandre fraiche, accords parfaits des meilleurs produits pour ce plat qui une fois de plus part de la réminiscence d’une tradition culinaire connue – le cœur – pour aboutir à des espaces inconnus – l’esprit- en d’inventives variations délicates.

 

 

Le filet de veau cuit en panure légère de camomille et d’oignons confits est accompagné d’un cèpe monumental fraichement arrivé et que les chefs ont eu la gentillesse de préparer tout spécialement après nous les avoir personnellement présentés. La mélodie culinaire de ce temple enchante assurément les sens avec cette contemporanéité dans la tradition où certains produits sont substitués à d’autres pour renouveler notre mémoire. Les chefs accordent une grande importance à la manière de préparer leurs recettes et notamment sur les cuissons afin de préserver la digestibilité et le bien-être. Pour terminer cet enchantement, une meringue caramélisée accompagnée d’une réduction d’abricots mûrs à cœur sera le prélude au dessert en forme de clin d’œil à la soupe étrusque antérieure en hommage à Aimo e Nadia avec une crème d’amande versée sur des fruits de saison. Nos sens sont conquis, une adresse incontournable qu’il faut absolument découvrir et honorer lors de son prochain passage à Milan.

 

 

 


Le restaurant Il Luogo di Aimo e Nadia cultive l’art du vin dans le même esprit que la gastronomie entendue en ces lieux avec des parcours suggérés ou impromptus tel celui suggéré dans les vignobles italiens avec un sublime Franciacorta Dosage Zero Noir 2006 Ca' del Bosco, une cuvée spéciale pour le restaurant, suivi d’un Timorasso Costa Del Vento 2012 Vigneti Massa, Pinot Bianco Riserva Vorberg 2013 Cantina di Terlano, Pinot Nero Riserva 2012 Tenuta Stroblhof, Desoléé 2012 Gillardi...

 

 

Via Privata Raimondo Montecuccoli, 6 20147 Milano (Italy)
Telefono: +39 02 416886 www.aimoenadia.com

 

Restaurant Le Mistral – Hôtel Villa Serbelloni, Bellagio, Italie.

 

 

Est-il encore nécessaire de rappeler que le splendide Hôtel Villa Serbelloni abrite en son sein une restauration connue de toute l’Italie et bien au-delà de ses frontières : le célèbre Restaurant Le Mistral. En ces murs, et sur cette merveilleuse terrasse surplombant le fameux lac de Côme, officie en effet le chef étoilé Ettore Bocchia, réputé pour avoir été l’un des précurseurs à avoir introduit la cuisine moléculaire, cuisine qu’il continue aujourd’hui à proposer sur sa carte aux côtés d’une gastronomie italienne revisitée au gout international.

 

© Lexnews

 

Carlo Pierato, le Maitre d’Hotel des lieux, nous conduit à nôtre table sur la terrasse où nos seuls voisins seront les palmiers, arbustes et fleurs encadrant et saluant le majestueux lac scintillant encore de ses derniers feux avant la tombée de la nuit. Une lune en croissant est au menu de cette soirée dans le ciel de Bellagio alors que le soleil fait ses adieux sur fond d’une musique interprétée par des musiciens réunis dans le salon voisin, l’heure est exquise comme cette mise en bouche de crevettes rouges et langoustines siciliennes crues accompagnées d’une émulsion en forme de nuage.

 

© Lexnews

 

Le service est en place dans la tradition des maisons de haute qualité dont a hérité la Villa Serbelloni depuis plus d’un siècle. Pour commencer, une Burrata et gaspacho accompagnés d’une brunoise de légumes offrent des variations de saveurs rafraichissantes par cette belle soirée d’été que pas un brin de vent ne vient troubler. Le regard est comme hypnotisé par la nature environnante, seuls quelques hors-bords viennent troubler les flots et cette quiétude absolue. 

Les lumières apparaissent discrètement au fur et à mesure que la pénombre commence à gagner. L’art de la pasta est plus qu’honoré au Mistral avec des spaghettis Verrigni à l’amatriciana, lardons et tomates composant une ode aux saveurs inoubliables de la péninsule. Nous sommes en Italie mais aussi au cœur de la Lombardie où le risotto est également érigé, en ces lieux mythiques, par le chef en un art avec cette recette associant safran, fleur de courgette et crème aux amandes pour un plat crémeux d‘une douceur rappelant les plats d’enfance. Il fait nuit désormais et les bougies se sont invitées sur les tables de la terrasse ouverte où la température plus que clémente invite à profiter de ces heures inoubliables. Un turbot sauvage qu’une sauce méditerranéenne aux câpres relève nous est servi et présenté avec élégance alors que les amateurs de viande gouteront ce délicieux collet de veau de lait à la Milanaise.

 

 

Le personnel de la salle du Mistral s’active toujours sous la houlette de Carlo Pierata pour qui rien ne saurait être laissé au hasard. Un sorbet à la mangue en guise de prédessert pour rafraichir le palais suivi d’un tiramisu « à l’horizontal » viennent enfin clore cette partition gastronomique déclinée sur un air d’Italie sur fond de lac de Côme…

 

© Lexnews


Le Mistral propose une sélection de vins italiens qui ont su rythmer agréablement ce menu : Franciacorta Antica Fratta en guise d’apéritif, ; un Favinia La Muciara, un vin blanc de Sicile idéal avec les entrées ; un Merlot Vigne 50 anni offre pour sa part une puissance aromatique en bouche en accord avec le veau à la Milanaise.

Informations pratiques
GRAND HOTEL VILLA SERBELLONI - BELLAGIO
Phone: ++39 031 950216 - Fax: ++39 031 951529
Via Roma 1 - Bellagio 22021 (CO) - Italy
www.villaserbelloni.com 

© Lexnews

 

L'Orangerie

Four Seasons Hotel George V

 

L’Orangerie, quel doux nom aux promesses savoureuses pour ce nouveau lieu exceptionnel abritant une restauration aussi délicate et ouverte sur la nature, ainsi que le furent naguère les anciennes architectures de verre conçues pour recevoir les fragiles agrumes tant appréciés du Roi Soleil. Située au cœur du Four Seasons Hotel Georges V, L’Orangerie vient en effet d’ouvrir un véritable havre de paix parisien où un univers minéral, la Cour de marbre, est dorénavant intimement associé à un univers gastronomique et végétal unique dans la capitale.

 

 

Nous entrons au 31 avenue Georges V avec cet accueil distingué réservé à une clientèle internationale entre décorations florales, ballets d’une équipe toujours discrète et efficace, puis remontant la Galerie sur notre droite, dépassant le bar toujours aussi prisé et animé à cette heure de déjeuner, nous découvrons sur notre gauche, à quelques fauteuils du Cinq, ce nouveau lieu enchanteur et tout parisien. Nous sommes accueillis par le jeune Chef David Bizet, souriant et visiblement ému de cette nouvelle enseigne toute de verre et de fleurs vêtue, comme on le comprend ! C’est ici, en effet, qu’après avoir travaillé quinze ans comme second au Cinq, que le chef David Bizet officie dorénavant. Les lieux sont inspirants, aussi accueillants et souriants que leur Chef. Nous serons placés à une agréable table confortable au pied de l’immense baie vitrée de 7 mètres de haut de L’Orangerie qui cultive l’élégance tout autant que l’intimité puisque seule une vingtaine de couverts a été prévue.

 

 

 

Nous venons de croiser Jeff Leatham qui vient de terminer les derniers préparatifs de cette décoration florale dont il a le secret et qui participe à la signature Four Seasons et de L’Orangerie avec ces orchidées vanda épiphytes d’un violet aussi saisissant que le contraste du soleil d’été qui alterne aujourd’hui avec des nuages menaçants. Un rayon ou un degré de trop, automatiquement store et température s’adaptent au confort des hôtes de L’Orangerie pour une dégustation sans encombre tout en ayant le sentiment d’être en pleine nature en plein cœur de Paris. Une équipe plus réduite mais tout aussi efficace veille sur ce repas sous la houlette de l’élégant Alezandro Lopez, qui fera profiter ses hôtes d’un professionnalisme égal à la prestigieuse enseigne voisine. C’est l’été et une mise en bouche prend la forme d’une fraîcheur de carotte avec un subtil sorbet d’amande et une tuile au sarrasin pour un accord parfait avec ce Champagne rosé Laurent Perrier qui enchante le regard comme le palais.

 

 

Nous découvrirons l’un des plats signant la délicatesse du chef David Bizet, une langoustine à la nage dans son écume de riz et un parfum d’agrumes qui honore subtilement le nom du restaurant dans lequel nous nous trouvons. Avec ce plat, un Riesling Georg Breuer 2013 se fait l’écho de la fraîcheur des associations avec une bouche ronde et aérienne, enveloppant ces saveurs estivales. Le Carpaccio de Bar offre une gradation d’associations marines et terrestres plus contrastée entre la chair du poisson, le fenouil sauvage, le caviar, les asperges vertes et la pomme ratte givrée, un plat raffiné qui sublime l’excellence du poisson sans l’occulter.

 

 

La Sole est également l’objet de toute l’attention de la belle gastronomie pratiquée par le chef David Bizet dont les associations reflètent une maîtrise plus que contrôlée de son art avec cet accord subtil en infimes variations entre le poisson, la verveine, l’émulsion de coquillages et la pomme verte, clin d’œil à la Normandie, sa terre natale. Avec ce plat d’une douceur extrême, il fallait un vin qui cultive la même élégance, ce sera un Puligny Montrachet Domaine Jean Marc Boillot 2013, un vin élégant et qui ne demande qu’à exprimer pleinement sa générosité avec ces mets délicats. Mais, une expérience remarquable attend encore le convive de la table du chef David Bizet, ce sera un Homard bleu rôti, apothéose de savoir-faire et d’associations, celles des petits pois, du pamplemousse et de l’estragon pour magnifier le noble crustacé. Avec ce plat racé, un Chambolle Musigny 2013 donne toute sa prestance pour prolonger cette expérience gustative unique. Nous sommes séduits et c’est à peine si nous remarquons qu’une généreuse averse est venue rafraîchir les élégantes orchidées au centre de la Cour de marbre, alors que nous contemplons cette nature vivante et colorée avec la sérénité d’heureux convives protégés des intempéries…

 

 

 

Les découvertes ne se terminent pas aisément à L’Orangerie et il faudra apprécier également toute la créativité et l’excellence du chef pâtissier Maxime Frédéric qui propose avec sa Fleur de Vacherin une douceur en parfaite harmonie avec la cuisine du chef David Bizet où la fine décoration florale des pétales du vacherin souligne la saveur des framboises à l’anis en un tableau savoureux qui vient conclure un instant rêvé à L’Orangerie du Four Seasons Hotel Georges V, une table appelée assurément à un bel avenir.

 

 

 

Il semble que vos années d’enfance et votre région d’origine - La Basse-Normandie – aient marqué la cuisine que vous offrez désormais au restaurant L’Orangerie de l’hôtel Four Seasons Georges V - Paris.


David Bizet : Je suis en effet originaire de Basse-Normandie, plus précisément du Perche. J’ai passé toute mon enfance là-bas. C’est une région où j’ai toutes mes attaches et bien entendu ma famille. C’est également dans ce cocon familial que j’ai pu faire connaissance avec le monde de la restauration puisqu’il y avait dans ma famille des charcutiers, des bouchers, etc. et mes grands-parents avaient une ferme avec nombre de produits du terroir. Et c’est en découvrant la richesse de ces produits que je suis tombé amoureux de ce métier. J’ai pratiqué très tôt la cuisine car mes parents cultivaient un jardin et un verger, et chez mes grands-parents, cochons et volailles étaient régulièrement à notre table. J’ai ainsi suivi, puis participé, très jeune à la cuisine familiale avec ma mère et ma grand-mère avec un passage de main en main avant de décider de passer à l’école hôtelière. Il me semble vraiment essentiel aujourd’hui pour un chef d’avoir ces connaissances gustatives profondément ancrées des produits des terroirs à une époque où il n’est pas facile de trouver ces produits gouteux que j’ai pu connaître dans mon enfance. La recherche de ces légumes, fruits, viandes et poissons occupe une place importante et déterminante dans notre métier, et qui constitue me concernant une part importante de ma carte dans la mesure où la mise en valeur des produits demeure au premier plan dans nos choix.

 

Ce rappel était important car L’Orangerie, votre nouveau restaurant au Four Seasons Georges V, entend se démarquer du Cinq et des autres restaurations de l’hôtel.


David Bizet : Absolument. C’est une volonté de l’hôtel qui coïncide avec ce que je souhaitais proposer et mon approche personnelle de la cuisine. L’alternance des saisons, l’expérience maximale des produits et la volonté de proposer une belle gastronomie dans la pure tradition française ont présidé à l’ouverture de L’Orangerie.
 

 

 

 

Justement, pouvez-vous nous rappeler en quoi se distingue L’Orangerie des autres restaurants du lieu, et bien entendu en premier lieu le Cinq où vous avez travaillé ?


David Bizet : Il m’est en effet d’autant plus facile d’en parler que j’ai travaillé aux cuisines du Cinq pendant 15 ans et notamment comme second. Je connais ainsi bien les lieux ; or, L’Orangerie répond à une autre offre proposée à notre clientèle internationale : Il s’agit tout d’abord d’un lieu unique dans le cadre non moins unique de notre hôtel, un des fleurons de la haute hôtellerie parisienne et internationale. L’Orangerie vient d’être installée au bord de la Cour de marbre avec ses vitres et ses espaces climatisés qui permettent d’avoir une expérience « extérieure » de Paris tout au long de l’année en étant protégé des rigueurs et des aléas du climat de la capitale. Ainsi, qu’il pleuve, neige ou vente, nos convives pourront profiter d’une carte sans cesse renouvelée tout en évitant les désagréments extérieurs. Je tiens à m’immerger personnellement dans ces lieux exceptionnels pour élaborer ma carte, car s’asseoir à la table de l’Orangerie, c’est faire l’expérience toujours changeante d’éclairages naturels ou artificiels, de décorations végétales remarquables avec Jeff Leatham qui vient par exemple de réaliser cet incroyable parterre d’orchidées vanda épiphytes violettes qui illuminent les espaces autour de nous. J’ai vraiment l’impression que la nature a repris en quelque sorte ses droits en ces lieux enchanteurs et cela nourrit très directement mon inspiration pour la cuisine que j’élabore ici à partir des classiques de la gastronomie française, sans entrer en concurrence avec la haute volée de la gastronomie du Cinq récemment couronnée par trois étoiles.

 


Comment justement élaborez-vous votre carte et avez-vous des plats qui signent votre art ?


David Bizet : Plusieurs facteurs président à l’élaboration de la carte de l’Orangerie : tout d’abord, la recherche du plus beau produit, beau par sa noblesse intrinsèque, mais également par son origine, ce que je vous rappelais tout à l’heure avec cette idée de ne pas travailler avec des produits dénaturés. Ensuite, l’alternance des saisons, point important et relié au premier, je souhaite vivement que les hôtes de L’Orangerie puissent vivre ces changements en corrélation avec ce qu’ils verront de leur place. Ainsi je propose des plats qui commencent à m’être de plus en plus demandés tels cet œuf cresson caviar ou la langoustine à la nage avec son écume de riz ou encore la volaille du Perche… J’attache une grande importance à cet aspect de la haute gastronomie qui associe à un chef un certain nombre de repères identifiables, c’est d’ailleurs à partir d’eux que je fais évoluer ma carte ; Rechercher des variations pour faire naître de nouveaux plats tout en gardant toujours un œil sur l’observation de la nature.
 

 

Four Seasons Hotel George V Paris
31, avenue George V 75008 Paris
Téléphone +33 (1) 49 52 72 24 email : l.orangerie@fourseasons.com
www.fourseasons.com/fr/paris/dining/lounges/l-orangerie

 

Restaurant Koukoumavlos

Santorin

 


Les pas glissent le long de la corniche qui domine la caldeira de Santorin. Encore quelques rayons d’un soleil étincelant si proche de l’onde qu’il y disparaît sans y prendre gare. La palette des couleurs invitent aux découvertes dans cet univers minéral, aquatique et cristallin qui compose le cadre d’un des meilleurs restaurants de l’île, le réputé Koukoumavlos que le chef Nikos Pouliasis dirige depuis maintenant 26 ans avec bonheur et créativité. L’homme est à l’image des lieux, plein de contraste et de caractère avec derrière cette personnalité presque à fleur de peau un cœur généreux dont la franchise du regard n’a d’égal que la générosité de ces créations.

 

 

Nous avons les honneurs de la table du chef avec de savoureux cannellonis fourrés de crevettes et scampis, parfumés aux agrumes qui réjouissent les papilles alors que la douceur de la nuit cycladique s’est installée à la terrasse du restaurant bordant le précipice. La décoration d’une convivialité colorée accueille de nombreux hôtes en cette soirée et rapidement les lieux afficheront complet. L’adresse est bien connue non seulement dans l’île entière mais également bien au-delà de ses frontières.

 

 

Rien d’étonnant à cela lorsque l’on découvre cette fondante crème de fèves de Santorin relevée par des fruits frais, une compote de pommes rouges et des noisettes caramélisées… Le chef Nikos Pouliasis ne travaille qu’avec des produits de saison et si possible locaux, et son amour de la mémoire, celle de nos ancêtres et de nos racines, se manifestent avec bonheur dans des associations à la fois immémorielles et toujours délicatement fragiles. Et, telle est bien l’impression après avoir dégusté ce doux et parfumé risotto aux câpres sauvages de Santorin auquel a été associé de la « poussière » de café grec du gingembre confit, et en réminiscence de l’élément marin, de la gelée de curaçao bleu.

 

 

Encore une idée de la chatoyante cuisine du chef avec ces scampis accompagnés de pommes acidulées et saupoudrées de caviar, pour la saveur et la couleur… à moins que l’on ne fasse le choix – toujours cornélien en ces lieux – de ces grosses crevettes grillées avec leur carpaccio de nectarines, lait de coco, et une émulsion de curry, un réel régal de saveurs sucrées-salées. Cette liberté maîtrisée du chef Nikos Pouliasis ravit sans heurter et enchante pour son invitation à l’eudémonisme.

 

 

Ce rhapsode de la gastronomie séduit pour sa délicate espièglerie et l’on resterait des heures à converser avec lui si le devoir ne l’appelait pas... Encore de belles associations avec ces desserts où une crème glacée à l'orange s’accorde à merveille avec une sauce épicée de chou rouge, huile d'olive parfumée au poivre Setsouan et graines de pavot. Les vins sont aussi à l’honneur en ces lieux avec un chaleureux vin blanc de Santorin, bien entendu, qui accompagnera à merveille ce délicieux dîner et soirée salués pour finir par un Muscat de Samos idéal avec les desserts.

 

Φηρά, Fira, 847 00
www.koukoumavlos.com
+30 22860 23807 • info@koukoumavlos.com

 

Interview Nikos Pouliasis, chef et propriétaire du restaurant Koukoumavlos, septembre 2015.

Comment est née votre passion pour la cuisine ?


Je suis né à Corfou et je suis arrivé à Santorin il y a 36 ans, et cela fait 26 ans exactement que je possède et dirige ce restaurant. Depuis, chaque année je change mon menu, sinon je commence à m’ennuyer. Bien entendu, je conserve trois ou quatre spécialités qui me sont souvent demandées. Je n’ai aucune idée de ce que je pouvais faire il y a vingt-cinq ans, je n’ai jamais gardé d’ailleurs de registres de mes recettes. De manière générale, je n’ai pas plus suivi de tendances dans ma vie, ce qui se reflète également dans ma cuisine. J’ai plutôt privilégié une inspiration personnelle, puisée bien évidemment dans toutes les expériences que le monde a pu et peut encore m’offrir. Il n’est pas question de se soumettre à un label, méditerranéen en l’espèce, ce terme même de Méditerranéen ne signifie pas grand-chose pour moi puisqu’il englobe en un tout dix à quinze pays très différents. Imaginez seulement, vous pouvez partir de l’Espagne pour arriver jusqu’à Israël en passant par l’Italie, la Grèce…

 

 

La musique a une grande place dans votre vie.


Oui, c’est un processus de créativité qui m’inspire beaucoup. Souvent, le fait même de penser à un compositeur m’amène à certaines créations personnelles. J’aime la musique, classique, mais sans exclusivité. A partir du moment où elle fait naître des sentiments humains, elle m’attire. Cette perfection que vous pouvez entendre - même si on sait bien qu’elle ne peut jamais être totalement atteinte- est un peu le même idéal que je recherche en cuisine tout en sachant qu’entre le point de départ de l’idée et le résultat final, il y aura la plupart du temps une différence. Cela parce qu’entre-temps, vous avez conversé avec votre sentiment intérieur et ce sentiment a beaucoup à faire avec la mémoire, les mémoires, devrais-je dire. Vous avez tout d’abord cette mémoire des produits qui nous vient du passé, prenez le seul exemple d’une aubergine ou d’une figue de fin d’été et comparez toutes les images qu’elle peut faire naître chez vous ou chez moi, vous aurez une idée de ce que je suis en train d’évoquer. Composer un plat à partir de tous ces ingrédients différents vous amène à une aventure bien particulière où la technique est bien évidemment présente et indispensable, mais ne fait pas tout. De la rencontre entre la personnalité du chef et cette mémoire des produits utilisés va naître cette incroyable création qu’est la gastronomie. Il ne se passe pas un seul jour sans que je cherche à atteindre un stade supérieur dans ce rapport que j’évoquais précédemment. Concernant les ingrédients, j’ai toujours cherché à ne pas avoir d’œillères, je tiens à avoir l’esprit ouvert, ce qui me permet pour le seul exemple du foie gras de proposer depuis 26 ans, 26 manières de le cuisiner !

 

 


Quelle est l’importance des saisons dans votre approche de la cuisine ?


Ma priorité est d’utiliser tout d’abord les ingrédients de saison venant de Santorin, cela me semble d’autant plus important que cette île est plus riche qu’il n’y paraît. À ce sujet, je suis très préoccupé par l’évolution touristique et ses incidences sur l’environnement en ces lieux, à l’image de Venise ou des Caraïbes. Il n’y a ici, comme en bien d’autres lieux, aucune vision pour les dix années à venir, seuls les intérêts immédiats comptent. Or, l’île est bien trop petite pour supporter un tel afflux de tourisme pendant des années encore. Tout est touché par ce nombre de touristes sans cesse en augmentation, et en premier les mentalités. Il y a un phénomène de mode dans le fait de venir à Santorin, il faut venir ici ! En quinze ans, j’ai pu remarquer combien ces mentalités avaient évolué, à cette époque vous pouviez avoir encore des personnes qui étaient prêtes à patienter pour découvrir une cuisine telle que je la propose dans mon restaurant. Aujourd’hui cela a bien changé, vous avez un nombre croissant de touristes sans éducation, sans goût, et pour lesquels Santorin n’est qu’une halte dans le circuit programmé à l’avance. Ne voyez pas dans mes discours un quelconque ostracisme ou haine des gens, mais plutôt l’amer constat que ce système mondialisé transforme radicalement les mentalités. La jeune génération est sacrifiée dans ce constat que nous faisons, ils attendent beaucoup des institutions au lieu d’agir. Vous constatez d’ailleurs qu’un grand nombre de nos contemporains a de plus en plus de mal à prendre le temps de discuter autour d’une table…
Santorin est un peu le reflet de la vie et des mentalités des hommes, avec ce contraste de la vie et de la mort souligné par cette nature puissante marquée par cette terrible irruption dans l’Antiquité. Il est intéressant de noter d’ailleurs que certaines personnes adorent cette puissance alors que pour d’autres cela les effraie. Et j’essaie de refléter ce contraste si présent dans ma cuisine. Je fuis la monotonie et je cherche toujours à suggérer des ponts entre chaque plat dans cet état d’esprit. Vous pouvez faire un plat magnifique avec seulement deux ingrédients mais cela n’est pas la voie que j’aime le plus, ma cuisine est complexe et pleine d’innocence ! (rires)


D’où vous vient cette énergie après un tel parcours ?


Je pense que la famille a été essentielle, j’ai quatre enfants qui me gardent en vie tous les jours. À travers eux, je vois la vie avec des regards différents. Je crois que la chose la plus importante est de partager, sans toujours avoir à l’esprit un retour vers soi, et la famille est un bon exemple en cela. La musique que nous évoquions tout à l’heure est également essentielle, la terre et surtout cette lumière de Santorin omniprésente 300 jours de l’année !

 

 

Dupont & Byrne

Auberge du Lion d’or Cologny / Genève

 

Si le temps et les ondes le permettent, il faut aborder la colline de Cologny où se niche l’Auberge du lion d’or par une traversée du Léman de Paquis à Port Noir en empruntant les fameuses Mouettes de Genève, une traversée agréable qui permet non seulement de voir de plus près ce fameux jet d’eau, mais également l’ensemble du panorama entourant la ville. Une route bordée d’arbres et de demeures luxueuses laisse parfois apercevoir au détour de ses virages le lac et ses reflets sous un soleil généreux. Alors que le souffle se fait plus court, le riche village de Cologny apparaît. Les lieux sont passés à la postérité pour la villa Diodati habitée par Lord Byron, Mary Shelley, Percy Shelley, et c’est ici même que les récits sur Frankenstein prirent naissance un soir d’orage…

 

 

Face au Temple et au bord de la pente qui redescend vers le lac se tient l’une des adresses les plus fameuses de Genève en matière de gastronomie, l’Auberge du Lion d’or, une étoile au Michelin. C’est, en effet, en ces lieux un peu reculés mais enchanteurs que les chefs Gilles Dupont et Thomas Byrne ont élu résidence. Gilles Dupont nous accueillera avec sa bonne humeur légendaire et son regard généreux. L’homme est visiblement un esthète, amoureux des liens et des arts, une passion qui transparaîtra immédiatement dès les premiers plats présentés.

 

 

Nous prenons place dans une salle entourée de grandes baies vitrées laissant la primauté à l’exceptionnel du paysage, le lac, Genève et les montagnes composant un tableau digne de Hodler. Une mise en bouche sublimant ces éléments naturels ouvre les agapes avec un verre de Chasselas Vaud la maison du moulin ; une délicate crème de topinambours aux zestes d’orange avec en son cœur, une larme d’amande cristallisée – un accord que le musicien Thomas Byrne ne renierait pas. Les entrées de l’Auberge du Lion d’or sont des plats à part entière tant la beauté de leur décoration rivalise avec la finesse de leur saveur.

 

 

Il sera difficile de résister à l’un des plats signature des lieux, si réclamés par les habitués, que les chefs ne peuvent se résoudre dès lors à changer. Ce sont d’incroyables ravioles gourmandes de crabe royal du Kamchatka associées à la langoustine Asia, fondantes à souhait avec cet accord très légèrement sucré salé de la chair du crustacé et de la raviole.

 

La jolie tartine gourmande de homard aux doux parfums d’automne n’est cependant pas en reste, tant s'en faut avec ses petits légumes qui annoncent déjà le printemps ! Avec ces savoureux premiers plats, il faudra découvrir ces Sauvignons blancs Dominique Lucas « Crépy » ainsi que J.P Pellegrin « Genève » pour réaliser combien la région recèle de trésors.

 

 

 

Le soleil illumine les cimes enneigées alors que de petits voiliers s’éparpillent sur l’onde tels des papillons blancs. Puis, ce sera une belle sole de Bretagne rôtie qui vous sera présentée pendant que vous étiez tout à vos rêveries, ses filets seront levés avec une émulsion de coques et un véritable jardin de petits légumes et de fleurs. A moins que ne préfériez ce délicieux Homard aux épices de l’Orient présenté avec des figues au miel et un bol de riz avec ses feuilles d’or. Un délice qui rendrait à lui seul ce déjeuner inoubliable. Ses saveurs sont franches et subtiles, originales et familières en même temps, un tour de passe-passe que seules les grandes maisons parviennent à réaliser, sans fracas.

 

 

Ici, l’harmonie est de mise et ce n’est qu’avec des années et des années de pratique d’un art éprouvé de la gastronomie qu’une telle cuisine est possible. Encore une agréable surprise avec ce chariot de fromages mettant à l’honneur la fine fleur des montagnes voisines. Puis, un prédessert d’une douce saveur décline le pamplemousse en meringue, crumble, gelée et émulsion, avant de déguster de délicats desserts aussi beaux que bons, une délicieuse variation autour de la poire, du marron et de la vanille ou encore ce mariage réussi d’orange, de carotte et pistil de safran accompagné de son croquant au sésame… L’Auberge du Lion d’or offre tout au long de l’année une composition harmonieuse alliant de subtiles saveurs à un art éprouvé de la générosité culinaire.

 

 

Dupont & Byrne
Place P. Gautier 5
CH-1223 Cologny

T. +41 (0)22 736 44 32
info@dupont-byrne.ch
www.dupont-byrne.ch

 

 

Restaurant Belcanto - Lisbonne

Chef José Avillez


Nous avions rencontré le jeune Chef José Avillez il y a quatre ans alors qu’il œuvrait au restaurant mythique de Lisbonne, le Tavares. Sa cuisine, inventive et pétillante, laissait présager un bel avenir. Quelques années après, l’entreprenant Chef a en effet passé le cap en osant créer sa propre enseigne, le Belcanto (ainsi que d’autres adresses devenues depuis fameuses dans la capitale). Les lieux du Belcanto sont confidentiels et les dorures ont laissé place à une ambiance cosy, proche d’un club anglais, associée à la chaleur latine que José apprécie avant tout.

 

 

Toujours à la tête des fourneaux, le Chef nous accueille chaleureusement et son dynamisme n’a pas pris une ride avec un élan du cœur qui lui réussit à merveille. L’adresse discrète est déjà réputée dans la ville et les réservations sont nécessaires dans ces lieux intimes où il faut sonner à la porte pour qu’on vous ouvre. Un service attentionné, sans affectation, prendra dès lors soin de vous avec un naturel désarmant. Le meilleur moyen de s’imprégner de la cuisine exceptionnelle de José Avillez est certainement de prendre un de ses menus classiques, version terre ou mer, c’est au choix. Le Chef a en effet retenu dans ces choix une sélection des plats qui ont fait sa renommée en commençant tout d’abord par ces amuse-bouche toujours aussi surprenants avec une déclinaison à partir de l’olive, liquide, explosive ou croustillante voire même réinterprétant le traditionnel Dry Martini en l’inversant…

 

 

Les effets s’associent et distribuent des saveurs nouvelles tel ce rocher au foie gras ou ce mix de sushi entre Japon et Portugal, Avillez a décidément laissé libre cours à toute sa créativité dans ces dernières années. Quel enchantement pour les yeux, et le palais, que ce Rebentaçao, impressionnant coquillage dans lequel une sélection de coquillages a pris place accompagnée d’une émulsion d’eau de mer. Effets encore avec cet œuf mollet recouvert d’une feuille d’or avec de la truffe et des champignons des bois lilliputiens, un régal de douceurs maîtrisées.

 

 

 

 

Les convives nombreux à cette heure de la soirée en milieu de semaine laissent exprimer leur contentement dans une bonne humeur contagieuse. Le pot-au-feu du Belcanto compte certainement parmi les plats signatures du Chef tant la grande crevette rouge associée au choux avec un fumet de poisson offre une composition à la fois subtile et enjouée d’une cuisine d’une belle maturité.  d’œil de José Avillez plein d’humour…

 

 

Le cochon rôti est également un plat traditionnel qui a fait l’objet d’une relecture inspirée par José Avillez. L’orange en émulsion, la salade et la douceur qui accompagnent ce plat rassurent le palais et en même temps éveillent la curiosité, sans jamais lasser. C’est peut-être là une des forces de la cuisine de ce talentueux Chef lisboète qu’est José Avillez que de repousser les frontières des associations classiques en une joyeuse réinterprétation, sans jamais dépasser cet équilibre fragile des saveurs, une qualité qui vient d’être récompensée par une deuxième étoile ! Une deuxième et non seconde étoile dont on ne peut qu’approuver et se réjouir. Les desserts viendront parfaire cette harmonie avec cette savoureuse sphère de mandarine où crème et glace de l’agrume pourraient bien figurer au centre d’un beau tableau. Les plus gourmands oseront enfin ce serpent de chocolat avec praline, banane et chocolat, encore un beau clin

 

 

Collation gourmande au Café Lisboa José Avillez

 


Le grand chef José Avillez a toujours aimé le charme des cafés traditionnels, indissociables de cette vie lisboète tant prisée naguère de ses artistes, écrivains et poètes qui y ont souvent conçu, tel Pessoa, l’essentiel de leurs œuvres. Au café Lisboa, il n’y a cependant nul passéisme stérile dans cet amour et ce lieu se veut également un lieu moderne et suivant les tendances de notre époque avec une décoration associant classicisme en hommage au Théâtre national São Carlos de la fin du XVIII° siècle et en même temps une terrasse moderne et contemporaine, attirant clients avant ou après les représentations, mais aussi touristes et amoureux de tables chaleureuses. Les lieux sont en effet ouverts de midi à minuit, tous les jours de la semaine et du weekend et il y est possible de savourer un repas complet, un snack ou une consommation à tout moment de la journée ou de la soirée.

 

 

José Avillez a veillé à ce que la même excellence règne en ces lieux que dans ses autres établissements. Les plats traditionnels portugais font l’objet d’une réinterprétation toujours aussi pétillante qu’inventive tel cette morue proposée en style Bràz en une onctuosité qui met en évidence la douceur de la chair du poisson, sans excès de salinité avec un clin d’œil propre au Chef, ses fameuses olives « explosives » ou encore cet incontournable des lieux – le délicieux Pastel Lisboa - accompagné de son risotto… Le service est digne des grandes maisons avec un soin tout particulier apporté à ces petits détails qui font le plaisir d’un repas réussi. Une adresse à retenir pour des instants gourmands…

Belcanto

Largo de São Carlos, 10
1200-410 Lisboa
+351 213 420 607
http://belcanto.pt

 

Restaurant Feitoria

festival culinaire au bord du Tage…

 

 


Telle la proue d’un navire qui fend l’onde, le Feitoria semble presque bâti sur l’eau, celle du Tage, ce fleuve béni par toute la culture lisboète. L’acier et le béton ont composé une touche de modernité comme pour rappeler que la ville a toujours été à l’avant-garde des découvertes. Nous entrons par la porte commune à l’Hôtel cinq étoiles Altis Belem qui l’abrite et prenons vers la gauche. En ces lieux, une ambiance toute autre surprendra le visiteur avec ces panneaux de paravent japonais et laque noire qui soulignent combien la cuisine du chef étoilé João Rodrigues sera bien entendu d’inspiration portugaise mais également avec une ouverture vers le monde.

 

 

 Les tables de dimension généreuses invitent à prendre place avec leur décoration moderne, de verres déclinés en couleurs variées et une porcelaine étincelante. Nous avons les honneurs de la grande baie vitrée donnant sur le Tage, nous sommes prêts à embarquer pour un voyage gastronomique. La première surprise viendra de l’excellence des mises en bouche, d’un rare niveau à la fois technique et esthétique. Une branche aux nombreuses ramifications vous est présentée avec de multiples saveurs accrochées telles ces petites pommes d’Hespéride, ou ce corail abritant de savoureuses crevettes préparées avec art.

 

 

La nuit est tombée et les lumières brillent et se reflètent dans les coupes du Vértice Millésime 2009 du Douro qui accompagnent à ces tableaux culinaires. Les convives du Feitoria parlent toutes les langues du globe et ajoutent au cosmopolitisme des lieux, un peu comme cet excellent tartare de lirio, poisson des Açores, mariné avec des prunes, du radis et des herbes aromatiques fraiches.

 

L’extrême orient est bien présent à la table du Feitoria avec ce gouteux Tataki de thon accompagné de ramen muxama – même poisson en version séchée – et radis pour une déclinaison de saveurs subtiles jouant sur les effets de texture et de gouts.

 

 

La lumière tamisée par des cubes en reliefs du plafond ajoute au charme des lieux alors que le regard se porte de temps à autre vers la rive du fleuve et on imagine sans peine tous ces espoirs de découvertes qui sont partis de ces lieux. Des roulés de loup de mer sautés avec du crabe accompagnés de raviolis de crevettes font la démonstration que la cuisine du chef João Rodrigues atteint des niveaux d’excellence tels que les plus beaux ingrédients laissent l’impression d’être redécouverts à chaque bouchée… La cuisine du Feitoria brille également par ses préparations savoureuses de viandes tel ce Black Angus grillé avec sa croute de moelle, ses pommes de terre de montagne et épinards.

 

 

 

 

Un prédessert qui rappelle la finesse des mises en bouche avec une déclinaison autour de la fève de cacao en ganache, et une savoureuse déclinaison de sorbets maison poursuivent encore pendant quelques instants ces rêveries culinaires au long cours. Nous avons fait un beau voyage avec des découvertes inoubliables grâce au chef João Rodrigues et son équipe.

 

(Nous recommandons pour accompagner ce voyage l’option mets/vins suggérées avec art par le Sommelier André Figuinha et qui permettra de découvrir les plus beaux crus du nord et du sud du Portugal)

 

 

 Feitoria Restaurante & Wine Bar
Altis Belém Hotel & Spa
Doca do Bom Sucesso 1400-038 Lisboa Portugal
Telephone: +351 210 400 200 or +351 210 400 207
Email: reservationsbelem@altishotels.com
www.restaurantefeitoria.com

 

 

 

 Restaurant Chantecler - Hôtel Negresco – Nice - Côte d'Azur

 

Hôtel Negresco – Restaurant Chantecler

La fameuse Promenade des Anglais s’étire fièrement à l’ombre de ses grands palmiers en ce début de soirée comme pour se reposer du soleil écrasant de la journée. Baigneurs et badauds replient leurs effets et commencent à s’éparpiller dans les rues adjacentes, abandonnant galets et vagues à une relative solitude.

 

 

Mais il est un endroit où l’effervescence commence à gagner, ce sont les abords du Negresco qui telle une ruche immaculée bruisse de toute part, voitures élégantes, hôtes qui le sont tout autant, personnel qui s’active, les va-et-vient sur la terrasse du bar laissent l’impression d’une fête ininterrompue et dont les braises chaque début de soirée ne sont qu’à raviver.

 

 

Le bar à champagne est le meilleur moyen de s’imprégner de l’esprit des lieux en y devisant joyeusement autour d’une coupe, à mi-chemin entre l’extérieur de l’hôtel et le splendide salon Versailles avec son antique plafond à caissons et son Louis XIV signé Hyacinthe Rigaud… En ce palace, l’art est un hôte privilégié et a ses places de choix, qu’il provienne des temps anciens ou des plus contemporains, il trouve sa place partout chez lui grâce à la bienheureuse inspiration de la maîtresse des lieux, Jeanne Augier. Nul ne s’offusquera alors de voir cohabiter sous le même toit une sculpture de Niki de Saint Phalle, un Nattier ou encore une série de sept tapis signés Raymond Moretti alors que les moquettes d’étages ont été commandées à Yvaral en 1974.

 

 

Mais le Negresco n’est surtout pas un musée, et les invités de ces lieux n’ont à aucun moment le sentiment d’avoir à marcher sur la pointe des pieds, en témoignent ces petites voitures miniatures destinées aux plus jeunes garées innocemment au pied des œuvres d’art par leurs juvéniles conducteurs. Après s’être imprégnés de cette atmosphère à nulle autre pareille, nous sommes conduits avec prévenance dans la fameuse salle du restaurant Chantecler, saint des saints, où boiseries du XVIIIe s et meubles de style forment un écrin intimiste accueillant. Nous avons les honneurs de la table de madame Augier, de cette place privilégiée nous avons une vue sur l’ensemble de la salle déjà comble en ce début de soirée de semaine. Cela n’étonnera guère car ici officie l’un des chefs les plus talentueux, Jean-Denis Rieublanc, et dont la cuisine a été récompensée par deux étoiles au guide Michelin.

 

 

Les cannellonis de tourteau ouvrent les agapes avec cette subtilité des associations de la mangue, la marmelade d’agrume, le caviar Sturia et cette crème parfumée de combawa qui composent une déclinaison de saveurs raffinées. La tonalité est donnée et la prévenance du service ajoute au charme des lieux. Prévenance et information sont dosées à l’image de la cuisine, ce que vient confirmer un plat mémorable avec ces langoustines rôties aux piments d’Espelette qu’accompagnent de savoureux cromesquis de tête de veau aux feuilles de roquette, une association fondante et croquante à la fois. Quelle belle ambiance que cette soirée au Chantecler tant les convives sont ici présents à la fois pour apprécier une cuisine de haut vol sans oublier la convivialité des échanges telle cette table de Russes visiblement enchantés par cette alchimie. Les poissons sont préparés en beauté par le Chef avec cette Vapeur de turbot au beurre d’algue, une préparation parfaite pour mettre en valeur un produit qui l’est tout autant, artichauts et carottes fanes et un Solferino de légumes complètent en un tableau haut en couleur cette belle préparation. Les amateurs de ris de veau seront aux anges avec cette interprétation où chorizo, fricassée de girolles, petits oignons et macaroni dorés laissent l’impression d’un automne précoce. Mais ce n’est qu’une habile impression tant la canicule extérieure rappelle à chaque passant que la température reste bien élevée même la nuit tombée. Le rythme du repas se poursuit à la perfection, le personnel formé aux plus hautes exigences anticipe le cours des choses en laissant ici quelques instants de plus, là un service plus rapide, accord parfait. Certains gourmands oseront le chariot de fromages déjà remarquable pour sa fabrication par les ateliers de la maison et également pour le choix de ses fromages rares et sélectionnés pour leur excellence, d’autres choisiront cette version mémorable du classique Opéra mais décliné pour cette soirée en une interprétation raffinée de framboise et crémeux au Thé Matcha, un régal… Il faut aussi avoir goûté au Soufflé au Moka d’Éthiopie, morceau d’anthologie du chef pâtissier Fabien Cocheteux. Flambé sous vos yeux à l’eau de vie d’abricot et accompagné d’une poêlée d’abricot au basilic et pignons de pin, il perpétue cet art de la pâtisserie avec grandeur et saveur. Ne croyez surtout pas que cette belle aventure s’arrête sur ces envolées, de beaux moments de gourmandises attendent encore les convives décidément séduits avec ces mignardises raffinées qui prolongent une expérience magique jusqu’à tard dans la nuit…


Lionel Campan, chef sommelier du Chantecler, assure de beaux accords mets/vins avec une sélection allant des Coteaux du Verdon (IGP Bomont de Cormeil 2013, blanc au Côte de Provence Rosé 2014 Château Minuty remarquable pour sa richesse et son velouté. En remontant vers la Loire, un Château de Sancerre blanc 2010 riche en bouche et à la belle minéralité. Plaisir également des yeux, du nez et de la bouche avec cet AOP Savigny les Beaunes 1er Cru Les Gravains 2010, rouge.

Interview Jean-Denis Rieubland chef du restaurant Chantecler – Hôtel Negresco.

 


Quelles sont vos racines car il semble que vous ne soyez ni niçois, ni-même né en Provence ?


Jean-Denis Rieubland : "Non, en effet je ne suis pas de cette région mais du sud-ouest et plus exactement de la ville d'Agen. J'ai toujours gardé d'une certaine manière le souvenir des côtes du sud-ouest dans ma cuisine, mais cela fait déjà une trentaine d'années que je vis sur la Côte d'Azur sachant que j'ai 42 ans ! Il est vrai que cette origine du sud-ouest a pu jouer dans les références de ma cuisine, je pense bien évidemment au piment d'Espelette, tout ce qui est à base de poivron avec la piperade. Le goût de la cuisine m'est venu par curiosité, en me lançant dans un univers que je ne connaissais pas. Cela a été une passion immédiate."


Vous avez eu un parcours fulgurant.


J.-D. R. : "J'ai en effet eu la chance de travailler dans de belles maisons comme l'Éden roc, le Byblos à Courchevel, le Carlton à Cannes, la Tour d’argent à Paris, Lapérouse et la Villa florentine à Lyon. Je souhaitais cependant redescendre sur la Côte d'Azur puisque j'avais eu mon diplôme à Nice, j’ai alors travaillé au Miramar à Théoule, j’ai fait l’ouverture du Mas Candille, ainsi que Les Terres blanches à Fayence où j’ai reçu mon titre de meilleur ouvrier de France en 2007."

 


Quels sont les caractères qui guident votre cuisine ?


J.-D. R. : "Je donne la priorité aux produits, à leur sélection, à leur cuisson et leurs assaisonnements. Je pense avoir une approche assez classique tout en cherchant à mettre en avant ces plats avec une décoration contemporaine dans l'assiette. Je tiens à contrôler personnellement l'origine des produits que je serai amené à travailler en donnant la priorité dans la mesure du possible aux provenances françaises et de saison. Pour vous donner un exemple, lorsque c'est la saison de l’agneau de lait, je travaille avec des produits des Pyrénées ayant non seulement un label rouge, mais aussi un IGP. Dans tous ces choix, je tiens à garder une petite note provençale sans pour autant lui donner une place excessive."


Quelles sont les attentes de vos clients qui viennent souvent du monde entier ?


J.-D. R. : "J'ai remarqué depuis longtemps déjà que ces clients que vous évoquez viennent tout spécialement pour cette cuisine créée en ces lieux et non pas pour retrouver ce qu'ils connaissent déjà dans leur tradition culinaire. Cela participe du même mouvement que cet intérêt pour l'architecture française, les tableaux prestigieux que l'hôtel Negresco abrite, la culture de manière générale. C'est donc vers cette cuisine française que vont les attentes des hôtes du Chantecler."

 


Quels sont les plats signatures qui caractérisent votre cuisine ?


J.-D. R. : "J'ai pu constater depuis quelques années déjà que certains de mes plats restaient gravés dans la mémoire de personnes qui étaient venues par le passé et qui attendaient lors de leur nouveau passage qu'ils soient refaits de la même manière. Je pense qu'il s'agit là de retrouver les mêmes sensations qui avaient été les leurs lors de leur précédent repas. Or, il est très difficile de refaire des plats signatures parce que mon inspiration évolue bien entendu. Je pense par exemple à ces clients suisses qui viennent chaque année pour déguster exclusivement le ris de veau et la langoustine que je prépare et si j'ai le malheur de modifier quoi que ce soit, je pense qu'ils me le diront !"

 


 

C’est d’une certaine manière rassurant car cela signifie que la mémoire gustative a encore une réalité à notre époque…


J.-D. R. : "Oui, en effet, cela signifie que le goût est encore présent et c'est pour ces raisons que j'ai deux entrées, un poisson, une viande en signature sur ma carte que je ne change pas et ce sont d'ailleurs les plus grosses ventes. Il m'était arrivé dans le passé de les ôter et j'ai été conduit à les remettre en raison des trop nombreuses demandes. C'est quelque chose qui est en effet important pour moi puisque ces plats me caractérisent d'une certaine manière. Je pense par exemple à la langoustine rôtie au piment d'Espelette avec un cromesquis de tête de veau, un cannelloni de tourteaux au combava et à la mangue avec des grains de caviar, le turbot en vapeur d'algues avec des petites billes de légumes et un fumet au beurre d'algues, le ris de veau clouté au chorizo ibérique, de petites girolles, des macaronis… Le pâtissier quant à lui   a préservé un aspect local dans ses créations en revisitant la tourte aux belettes niçoises. Mais, pour le reste, notre carte est renouvelée tous les trois mois."

 

 

 

Hôtel Le Negresco
37, Promenade des Anglais
06000 Nice France
+33 (0) 4 93 16 64 00

www.hotel-negresco-nice.com

 

Restaurant La Passagère - Hôtel Belle Rives

 Juan-les-Pins/Cap d’Antibes - Côte d'Azur

 

 

La Passagère – Hôtel Belles Rives Antibes

 


L’esprit Riviera souffle encore sur la Côte d’Azur lorsque les pas du flâneur gastronome parviennent au Cap d’Antibes. A cette pointe de la côte où la mer semble plus bleue qu’ailleurs, c’est en effet un espace du rêve qui reste préservé de tout ce que la modernité a pu effacer de ces heures mythiques, heures mythiques où le couple Fitzgerald rayonnait par leurs frasques et leurs fêtes en ces lieux inexorablement chargés d’histoires. Avant d’être l’Hôtel Belles Rives, c’était la Villa Saint-Louis et imaginons quelques instants Scott Fitzgerald y écrivant Tendre est la nuit alors que la nuit tombée champagne et extravagances dansent au menu en compagnie d’Hemingway, Ramon Navarro, Picasso ou encore Rudolph Valentino.

 

 

Puis, les lieux deviendront grâce à Casimir Estène l’un des premiers hôtels les pieds dans l’eau avec cette terrasse incroyable où le restaurant du talentueux chef Yoric Tièche a trouvé aujourd’hui son emplacement naturel. Que de célébrités ont arpenté et arpenteront encore ce hall qui a gardé son style des années 30 avec ses filets à feuilles d’or et d’argent, son sol à la manière vénitienne, son mobilier d’époque où il fait bon paresser avant de passer à table, une décoration à laquelle veille Marianne Estène-Chauvin, nièce du fondateur. Un autre choix cornélien s’offre cependant au convive qui peut aussi quitter ces lieux enchanteurs pour prendre un verre avant les agapes au bar de la plage deux niveaux plus bas, heureuse manière également de faire passer le temps en l’arrêtant sur ces instants d’architecture et d’éléments aquatiques à nul autre pareils.

 

 

Que d’espaces et de moments d’intimité sont offerts aux hôtes du Belles Rives, et ce, même en plein cœur de l’été où il est possible de deviser tranquillement un long drink à la main entre transats et baigneurs fiers de leurs derniers crawls. A l’heure du diner, nous remonterons les marches, effort bien mérité puisqu’une table spécialement dressée devant les flots nous attend. La Méditerranée est face à vous, le soleil paresse encore quelques instants avant de faire sa révérence, seuls quelques yachts font encore signe d’un peu de fébrilité alors qu’une douce ambiance s’installe. Prend place alors une équipe de salle énergique et d’une rare efficacité alors même que la canicule est encore bien présente en ce début d’agape. Des filets de maquereaux marinés avec ses pommes à l’huile en vinaigrette tomatée éveillent les papilles avec cette préparation raffinée où quelques accords de Provence se mettent au diapason de cette soirée estivale. La cuisine toute en sensibilité s’exprime à merveille avec un Homard bleu rôti rarement aussi bien maîtrisé. Les associations d’ail noir d’Aomori (confit à l’eau de mer) et des navets en vinaigrette aigre-douce ajoutent à cette impression de force et de délicatesse si bien maîtrisée dans la cuisine du chef Yoric Tièche. Les crevettes de méditerranée à cru sont également une expérience gastronomique avec ce bouillon que le convive pourra lui-même plus ou moins relever avec ces condiments de citron qui l’accompagnent. Quelle légèreté et quelle invitation aux subtiles associations d’inspiration asiatique que ce plat qu’accompagnent des fleurs de courgette en beignet.

 

 

La mer est d’encre et seule la fameuse lumière verte du phare ayant inspiré Scott Scott Fitzgerald vient troubler son uniformité. Partout règne la bonne humeur, hôtes venus des lointaines Amériques pour fêter un évènement familial, couples refaisant des parcours d’antan, chaque espace de la terrasse de La Passagère est happé par l’esprit des lieux qui tourbillonnent alors qu’il n’y a pas un souffle de vent en cette soirée caniculaire. Des cuisines parvient un filet de loup succulent cuit au beurre de Mr Bordier, girolles aux amandes fraiches et jus d’aubergines grillées pour un habile dialogue entre terre et mer, saveurs boisées et notes fraiches. La cuisine du chef Yoric Tièche parvient, décidément, à ce rare équilibre où chaque note instillée dans ce concert gastronomique a sa juste place et contribue à une osmose réjouissante et jamais monotone. Cette impression sera également soulignée par les agapes sucrées préparées en syntonie par le chef pâtissier Steve Moaracchini, corse d’origine. Il a commandé, bien innocemment, juste pour les desserts, un feu d’artifice royal tout juste en face du Belles Rives un peu au loin à Cannes alors qu’un soufflé au limoncello est posé sur la table, magie des effets… Les gerbes les plus colorées se reflètent sur l’onde alors que le sorbet verveine qui accompagne le soufflé ajoute aux effets aériens. Un autre dessert associe les éléments de la nature avec cette demi-lune en sablé qu’entourent des déclinaisons de melon de pays pour un effet de couleur digne de ce bouquet final qui s’éparpille dans le ciel. C’est cela la magie de La Passagère du Belles Rives, des effets toujours renouvelés dans une sérénité maitrisée ; oui, l’esprit de la Riviera souffle encore sur la Côte…

La Passagère aime à jouer avec les terroirs alternant grâce à son sommelier Aymeric Verdy Côtes de Provence Château Peyrassol cru classé 2013 et Bourgogne Saint-Aubin 1er cru « sur le sentier du clou » Marc Colin 2010 fruité et floral. Le Saint-Véran sur la Carrière La Croix Senaillet 2012 offre quant à lui un très beau vin équilibré idéal avec le loup de mer.

 

Interview Yorick Tièche, chef du restaurant La Passagère de l'Hôtel Belles Rives - Antibes.
 

Yorick Tièche (à droite) en compagnie

du chef pâtissier Steve Moracchini

 

Depuis combien de temps êtes-vous aux Belles Rives ?

Yorick Tièche : "Cela fait deux ans maintenant que je suis arrivé au Belles Rives, j’avais auparavant travaillé au Negresco, puis au Taillevent et au Meurice à Paris. Je connais bien la région étant originaire d'Aix-en-Provence. Cette aventure au Meurice a pris une grande place dans ma vie de cuisinier puisque l'on a gagné une troisième étoile, avec des livres écrits et de nombreux voyages. Ici, au Belles Rives, c'est véritablement ma première place de chef. Je mène ici un travail sur la continuité de ce qui avait été fait auparavant avec bien évidemment un nombre important de créations. La progression d'un cuisinier est toujours quelque chose qui se réalise jour après jour, mois après mois, en changeant de poste et de régions, vous ne changez pas pour autant tous les repères acquis. Lorsque je suis arrivé en ces lieux, il m'a fallu trouver une identité par rapport à ce lieu et à l’endroit. La région tout d'abord est très riche au niveau culinaire et gastronomique, ainsi que les produits et producteurs qui foisonnent. Il m'a fallu trouver ma place également dans ce lieu très riche en histoire, cela m’a pris six mois d'adaptation. À l'exception du chef pâtissier qui était déjà présent dans les murs, je suis arrivé avec pratiquement toute mon équipe précédente. Le travail de chef inclus plusieurs casquettes dont notamment la gestion des ressources humaines au sein de son équipe. Je passe ainsi des chiffres, à la création sans oublier les collaborateurs dont j'ai la responsabilité."

 


Quelles ont été vos priorités dans ces nouvelles fonctions ?

Yorick Tièche : "Ma priorité a été de proposer une cuisine en rapport avec le lieu, avec cette image des pieds dans l'eau ! Le Belles Rives a été le premier hôtel de la Riviera à avoir été construit avec une telle position. Une cuisine marinée, maritime, s'est donc imposée avec du poisson de Méditerranée sans que cela soit exclusif. Lorsque je peux me fournir en oursin du Cap d'Antibes, c'est bien évidemment avec plaisir mais je n'hésite pas à retenir des produits plus éloignés lorsque les ressources locales ne sont pas suffisantes, je tiens d'ailleurs à être très transparent sur ces questions qui peuvent donner lieu à des abus. Je travaille aussi les algues, le homard lorsqu’il est de saison… J'ai vraiment eu carte blanche pour élaborer mes créations dans cet endroit si riche. Cette liberté ne va pas sans inquiétudes et interrogations, je pratique une cuisine en effet qui est accompagnée de remises en question. C'est peut-être ainsi que je progresse dans mon art, chaque jour je m'interroge sur ce que j'ai fait et souhaite faire pour le lendemain. Je ne tiens pas à conserver des plats signatures, je préfère fonctionner à l’inspiration, et dès qu'une création me fatigue, passer alors à autre chose. J'attache beaucoup d'importance à la préparation des produits, ce qui a l'air évident et ne l'est pas pourtant autant : la juste température, l’assaisonnement..."

 


 

Qu'est-ce qui nourrit votre art de la cuisine ?

Yorick Tièche : "Il est clair que les voyages sont à la base de la créativité de ma cuisine sans pour autant qu’elle en devienne une synthèse internationale. Chaque voyage éveille en moi un intérêt pour les saveurs, les couleurs, tout cela jouant plus ou moins consciemment par la suite dans mes créations. Les lieux mêmes où nous nous trouvons nourrissent également cette inspiration, ce lieu est tellement chargé d'histoire, chaque pièce a conservé son identité, et si vous vous rendez au bar vous sentirez bien qu'il y a quelque chose en ces lieux d’exceptionnel… Tous nos clients ont fait cette expérience une fois la porte franchie de cet univers bien particulier qu’est l'hôtel de Belles Rives et ce charme a forcément une influence."

 

 


Vous ne semblez pas être rattrapé par le phénomène de l’institution du Chef alors même que vous avez travaillé dans les plus grandes maisons ?


Yorick Tièche : "C’est peut-être pour cela ! (rires) Non, en effet, plus sérieusement, je ne conçois pas ce métier pour gonfler mon ego. Je suis très conscient de nos limites et il est vrai que tout le travail réalisé ici se fait de manière collective. Je suis très distant de cette médiatisation des chefs et je pense que tout cela n'aura qu'un temps. Je cherche à respecter la place de chacun dans mon équipe avec notamment un beau travail de notre chef pâtissier Steve Moracchini avec lequel je travaille de manière très étroite. Je ne suis pas pour cette tendance du chef tout puissant et j'ai un peu la même position sur les modes ou tendances en matière gastronomique. Je pense que toutes ces questions sont très largement amplifiées même s'il n'est pas question bien évidemment d'occulter pour autant les vraies menaces écologiques qui pèsent sur l'environnement. J'ai bien conscience et accepte d'observer de plus en plus des choix faits par certains de nos clients d'un plat de légumes à la truffe plutôt que d'un bœuf venant d'Australie, le restaurant est un lieu de vie et aussi dès lors le reflet de la société dans laquelle nous nous trouvons."

 

Hôtel Belles Rives - 33, bd Edouard Baudoin - 06160 Juan-les-Pins - Cap d’Antibes - Tél.: +33 4 93 61 02 79

www.bellesrives.com

 

Hauteurs gastronomiques

au Galvin at Windows

London Hilton


A l’endroit où se rétrécit les rues et leur trafic, deux parcs inoubliables, Green Park et Hyde Park, forment un écrin vert pour un lieu idyllique, le Galvin at Windows, ce restaurant étoilé tout de haut perché au sommet de l’hôtel London Hilton. Vous arrivez au cœur du lobby qui fourmille de vie, avec ce sentiment d’avoir retrouvé la tour de Babel tant les langues se conjuguent au pluriel en ces lieux. Une hôtesse s’enquière de votre destination, trois mots magiques : Galvin at Windows et vous voilà dans un ascenseur grimpant dans les hauteurs vertigineuses de cet hôtel impressionnant.

 

 

Arrivées à son sommet, seules les grandes baies vitrées font obstacle à un paysage grandiose, la ville de Londres dans toute son étendue à vos pieds à l’heure où le soleil fait ressortir toutes ses nuances. Buckingham Palace est littéralement à portée de main et seule votre discrétion vous empêchera d’observer de plus près ce qui s’y passe. Une équipe jeune et dynamique attend patiemment que votre surprise se dissipe et vous mène à votre table, qui jouxte les fenêtres… La salle vaste et décorée dans un gout urbain raffiné est comble en ce milieu de semaine et une fois de plus l’ambiance est internationale avec des Américains à votre gauche et des Japonais à votre droite. Le chef Joo Won est d’origine coréenne, le personnel laisse percevoir des accents français, anglais, italien…

 

 

Quelques bulles de Champagne pour ajouter au vertige et la carte du Galvin vous suggère de savoureuses sélections tel ce médaillon de foie gras servi dans les règles de l’art avec sa brioche tiède et une association inventive de prune marinée, une purée d’orange et du pain d’épice. La fraicheur du saumon provenant de Loch Fyne associé à la saveur du crabe du Dorset réjouissent le palais avec ces associations aériennes de compote de fenouil, d’avocat et de citron, chaque saveur transparait individuellement tout en entretenant entre elles des accords fondus des plus réussis. C’est à peine si l’on remarque que le soleil décline pour laisser place à un rougeoiement du ciel éblouissant avant la pénombre.

 

 

 

 

Les milliers de lumières commencent à égayer l’obscurité alors que les convives ne se lassent pas de ce spectacle unique. Un filet rôti de flétan qu’accompagnent des poulpes grillés est présenté avec sa purée d’aigues et un beurre blanc au citron, une réussite d’élégance et de discrètes saveurs marines. La selle d’agneau, quant à elle, fait l’objet de tous les soins avec cette déclinaison de légumes printaniers relevés par une sauce légèrement épicée, l’extrême orient n’est jamais totalement oublié dans les cuisines du chef Joo Won…

 

 

 

Enfin, Antonino Forte, le sympathique chef sommelier du Galvin at Windows saura accompagner votre repas d’une heureuse sélection allant de l’élégance d’un Cyprès de Climens au classique et parfumé Beaune du Château 1er Cru Bouchard sans oublier de beaux Sancerre La Côte Blanche d’Eric Louis…

 

 

 

La nuit est définitivement tombée sur Londres et notre restaurant fait figure d’étendard dans la pénombre. Le gourmet doublé d’un gourmand aura tout loisir de se concentrer sur les desserts inventifs et savoureux du chef pâtissier d’origine portugaise qui s’amuse à marier tartes tatin et pasteis enchantant le palais avec ses créations. C’est au sens littéral du terme que nous quitterons les lieux la tête dans les étoiles non sans avoir eu les honneurs d’un tour dans la cuisine du talenteux Joo Won et une vue imprenable sur la face cachée de ce merveilleux endroit…

 



London Hilton on Park Lane
22 Park Lane, London, W1K 1BE, United Kingdom TEL: +44-207-493-8000 FAX: +44-207-208-4142
www.galvinatwindows.com

 

 

Apothéose culinaire au restaurant Vun

Hotel Park Hyatt de Milan…

 

 

S’il est un restaurant qu’il faut à tout prix réserver sur ses tablettes lors d’un prochain séjour à Milan, c’est bien le VUN du jeune Chef Andrea Aprea – une étoile au Michelin - abrité par le somptueux Hotel Park Hyatt à quelques mètres de la célèbre Galerie Vittorio Emanuele et du majestueux Duomo ! Les environs invitent, il est vrai, à l’excellence qu’il s’agisse de l’architecture en dentelles de la célèbre église, de l’agréable Galerie toujours souriante avec ses devantures luxueuses ou encore de l’éternelle Scala, sacro-saint de l’art lyrique dans la capitale lombarde. Il faut ajouter à ce tableau mirifique une adresse extraordinaire tant la cuisine proposée relève du grand art avec une salle à la fois minimaliste et un design inspirant.

 

 

L’accueil est immédiatement celui d’une grande maison, cordial et prévenant sous la direction de Nicola Ultimo. Avant de prendre place dans ce haut lieu de la gastronomie milanaise, nous nous sommes laissés tentés par un américano au bar, qui donne le diapason de l’ambiance de cet hôtel prestigieux où la clientèle internationale se partage entre séjours d’affaires et tourisme de luxe. La salle du restaurant pourtant distante de quelques pas seulement réserve une atmosphère sereine, renforcée par cet éclairage diffus soulignant des associations de couleur parme, gris et lie de vin. Les mets préparés par le Chef vont devenir les vedettes de ce décor raffiné avec ces noix de Saint-Jacques dans leur robe d’été, accompagnées de champignons effilés et de fleurs de trèfle qui ne peuvent que porter chance à ceux qui les gouteront !

 

 

Un autre clin d’œil malicieux du Chef transforme une petite pomme de terre en sucrerie pétillante, effet-surprise assuré… La table du VUN tient aux subtiles associations mets / vins, aussi de belles suggestions nous sont-elles suggérées par le Chef sommelier avec notamment ce Feuidi di San Gregorio, idéal de fraîcheur minérale et d’arômes discrets avec les crustacés et les produits de la mer.

La cuisine du VUN métamorphose le traditionnel risotto lombard en une « aquarelle » de scampis et citron aux couleurs chatoyantes. Nous avons la douce impression de dîner sur un nuage tant la prévenance du service s’harmonise avec la richesse sans heurts de la cuisine de maître proposée, une impression renforcée encore par ce mérou préparé avec la vraie panzanella toscane, un pain mou et des olives vertes également transformées avec art pour l’occasion. Une petite saucière d’eau de mer escorte ce plat succulent le métamorphosant en une habile réinterprétation d’anciennes traditions culinaires italiennes.

 

 

Avec ce plat maritime et ensoleillé, notre vin sera de Sicile – un Fina, Viogner I.G.T., un nectar généreux et puissant gorgé de soleil qui développe ses subtils accords de fruits rouges. Le cochon noir est également un régal avec sa cerise surprise. La saveur du cochon est ici soulignée par un filet de cacao versé, les audaces sont tout en nuance. Avec ce dernier met, il faudra aussi découvrir le Caiarossa Pergolaia, un vin également généreux en raison de l’heureuse association de Cabernet - Merlot et Sangiovese.

 

 

Les desserts peuvent-ils encore nous réserver des surprises ? Oui, assurément si vous avez la chance de déguster cette Sensation de citron où le noble agrume est décliné en trois variations de meringue, de sorbet et de gelée en un tableau digne des plus belles natures mortes. VUN est aujourd’hui, quelle que soit la saison, une expérience culinaire incontournable à Milan par sa cuisine délicate qui harmonise avec talent saveurs, senteurs et couleurs en une composition inspirée.

Restaurant VUN - Via Silvio Pellico 3, Milan, 20121 Italy Tel: +39 02 8821 1350
Email: restaurantvun.milan@hyatt.com
www.ristorante-vun.it

 

Classicisme et beautés gastronomiques

au restaurant Le Meurice Alain Ducasse – Paris

 

 

 



Le promeneur gourmand ne le savait peut être pas, mais le numéro 223 de la rue de Rivoli donne l’apparence d’une antique demeure même si c’est un trompe-l'œil, du plus bel effet, car les lieux datent du début du XIX° siècle, sous la Restauration donc, à l’ombre de son grand voisin, le palais des Tuileries. Dès le début, Augustin Meurice avait compris l’importance de l’hospitalité et c’est tout un univers tendu vers l’entière satisfaction d’une clientèle anglaise tout juste débarquée d’Albion et soucieuse de retrouver en terre gauloise quelques habitudes anglo-saxonnes irréductibles… C’est toute cette tradition de l’excellence qui faisait à l’époque mettre en œuvre une collection de services incroyables en notre XXI° siècle et qui se trouve encore réunie au Meurice, non sous la forme d’un musée, mais d’un établissement somptueux et accessible par l’une des plus belles avenues de la capitale. Les arcades filtrent en effet le soleil ce midi en donnant à la lumière une géométrie en forme de voutes. Les mosaïques de la chaussée rythment les pas et c’est presque à regret que l’on réprime l’envie de quelques marelles en se souvenant qu’elle était déjà pratiquée sur le forum à Rome et que notre Moyen-âge faisait moins de façon à son usage… Nous franchissons la porte d’un des plus beaux hôtels de la ville pour entrer dans un hall majestueux et ce que nous voyons immédiatement date d’une rénovation complète des lieux au début du siècle précédent, sous la conduite de l’architecte Henri-Paul Nénot, un créateur d’œuvres aussi différentes que la nouvelle Sorbonne, l’Institut océanographie de Paris ou encore du Palais des Nations à Genève. Le saint des saints se trouve sur votre droite derrière un grand paravent comme il se doit – clin d’œil aux époques révolues où les diners intimes se protégeaient du froid et des regards…

 

 

Une belle salle, curieusement majestueuse et intime à la fois, invite les hôtes à prendre place à l’une des tables dressées de manière très sobre pour instiller une touche contemporaine dans un décor de marbres, de dorures, de fresques d’un élève de Gérôme, Théophile Poilpot et de lustres brillants de tous leurs feux. Il fait beau, avons-nous dit, et le soleil se fraye un chemin entre les arcades et les belles fenêtres d’où l’on aperçoit le jardin des Tuileries et d’où curieusement, en cette journée, peu de bruits de voitures parviennent jusqu’à nous. Le directeur de salle, Frédéric Rouen, en chef d’orchestre habile et forgé aux plus belles enseignes du luxe de la gastronomie dirige du regard et du sourire une belle équipe, jeune et dynamique, soucieuse de la tâche qui leur incombe et prête à tout donner pour honorer cette belle tradition française de la haute cuisine.

 

 

 

Les amuse-bouches vont donner immédiatement la tonalité de cette expérience culinaire livrée par le Chef Christophe Saintagne, en parfait accord à la vision d’Alain Ducasse qui dirige Le Meurice avec cette philosophie qui lui est propre d’un essentiel entendu dans toute sa richesse. Au cœur du mot essentiel, il y a essence et c’est toute cette nature parfaite des légumes qui a été exprimée avec ces Légumes croque au sel présentés dans une cocotte en fonte et dont les parfums évoquent les plus beaux produits de l’enfance et que l’on croyait disparu à jamais. Navets, pommes de terre, artichauts réunissent leurs plus belles saveurs sans artifices et avec le concours d’un beau Champagne rosé Bruno Paillard, l’élégance et la rondeur ouvrent la danse d’une belle générosité de saveurs, idéale pour alerter les papilles et les préparer à la suite des agapes.

 

Les hôtes de ce déjeuner sont à l’heure internationale, beaucoup de Japonais, quelques Américains, serions-nous les seuls à parler la langue de Molière en plein cœur de Paris ? Peu importe, Alain Ducasse brise les frontières et conçoit la cuisine comme une expérience sans frontières, ce qui ne veut pas dire dans un mélange sans limites comme en témoigne ce superbe Pâté chaud de perdreau au chou qui fait son arrivée de bien belle manière. Une préparation délicate accorde le perdreau à du foie gras et des cèpes pour mettre en valeur la finesse d’un gibier tout en relevant l’ensemble par une belle touche automnale avec le chou. Le Sommelier est également bien inspiré lorsqu’il suggère un Coteaux du Langedoc – 2008 – Domaine de Montcalmès car la puissance de ce beau vin à la robe rubis est nuancée par une finesse qui éclaire subtilement les associations de viandes et de champignons.

 

 

Les amateurs de Saint-Jacques seront éblouis par une déclinaison en deux services, l’un préparant le coquillage nature assaisonnée comme il le faut pour mettre en valeur la finesse de la chair avec un beignet de tapioca et une julienne de radis, l’autre offrant l’expérience d’une Saint-Jacques poêlée et sur laquelle a été râpée généreusement – c’est un euphémisme – de la Truffe blanche d’Alba, une expérience qui restera gravée dans nos mémoires et que ce Saint-Joseph 2010 domaine P. Gaillard vint accompagner avec prestance et onctuosité. Pendant ce temps, la salle a encore changé de couleur et les veines du marbre entretiennent un dialogue insoupçonné avec les mets si délicatement préparés en cuisine, entrelacs de nature et de culture que seul l’homme parvient à magnifier à un tel niveau. Le bar servi au Meurice est également un grand moment d’émotion culinaire lorsque vous apprenez qu’une écaille sur deux a été prélevée afin de favoriser une cuisson idéale au travers de la peau que vous dégusterez comme si elle était un croustillant à part entière. Fenouil et citron répondent aux entrelacs que nous évoquions et perpétuent une tradition méditerranéenne dont seules les plus belles saveurs ont été retenues pour ce plat vrai et savoureux que l’on pourra découvrir avec un Bourgogne Chambolle-Musigny Clos du Village 2008 avec ses tanins présents, mais sans excès, regardant aussi vers le Sud… C’est encore vers le sud que nous ramène cet Agneau délicatement épicé avec ses artichauts et sa coupe de boulgour cuisiné avec une belle souris de la même viande, pour des variations de saveurs à la fois diverses et en même temps sur une tonalité préservée. Il fallait un vin à caractère pour accompagner une telle création et ce Rasteau domaine de Beaurenard 2009 dispense ses rayons de soleil et de garrigue en parfaite symbiose avec les épices de l’agneau.

 


Oserons-nous encore honorer ce chariot de fromage aussi beau que savoureux qui s’avance subrepticement vers notre table ? A notre grande honte – à peine simulée – nous acquiesçons à la valse et jetons notre dévolu sur de belles tomes de France, un livarot pour rendre hommage aux Normands bien présents en ces lieux, et un remarquable fromage de moines Trappe d’Echourgnac de l’Abbaye de Timadeuc qu’il faut avoir gouté une fois dans sa vie surtout lorsque notre habile Sommelier a eu l’ingénieuse idée de le présenter avec un vin de Madère Barbeito – Boal Old reserve 10 ans que l’on croirait avoir été élevé tout spécialement pour l’accompagner…
L’apothéose des desserts viendra parfaire cet émerveillement qui va crescendo au Meurice. On ne résiste pas à l’envie de gouter de nouveau au grand classique inspiré par Alain Ducasse du baba au rhum et pour lequel il faudrait un pluriel, car c’est trois rhums qui sont proposés au choix cornélien de l’hôte ébahi. Et la surprise viendra également de ce Chocolat de notre Manufacture qui a littéralement décliné toutes les variations possibles de la noble fève en glace, crème, soufflé, l’ensemble sans abus de sucre et avec la sensation extrême d’entrer dans un univers fait de subtilités et de nuances clair-obscur à l’image de ces tableaux du Caravage présents à quelques mètres de notre déjeuner. Nous terminerons ce bel hommage à la gastronomie avec un autre chariot de sorbets et de fruits : poires, mangue et coings viennent démontrer encore une fois qu’Alain Ducasse a réussi avec Christophe Saintagne au Meurice son pari, celui d’une cuisine touchant l’absolu, avec des références accessibles au palais et une unité dans les variations rarement atteinte !

 

L'équipe gagnante du Meurice

Le Meurice Paris - Dorchester Collection
228 rue de Rivoli Paris 1er

Téléphone : 01 44 58 10 55
www.dorchestercollection.com/fr/paris/le-meurice-hotel/bars-restaurants

 

 

Un déjeuner d’esthète

au Sur Mesure de Thierry Marx / Mandarin Oriental Hôtel…

 

 

Le chef Thierry Marx

 

La rue Saint-Honoré bruisse de mille et un bruits comme une ruche bourdonnante et le moteur des carrosses du XXIe s. aux noms italiens ou anglais laissent l’impression d’une fugue tumultueuse. Les badauds se sont donné rendez-vous face au numéro 251, un chiffre magique puisqu’il s’agit du Mandarin Oriental, un palace bien connu des stars et tout laisse à penser que l’une d’entre elles doit certainement s’apprêter à sortir en cette journée presque estivale… Nous entrons sans sourciller de cet affairement pour gagner le calme du Sur Mesure, un petit écrin deux étoiles Michelin qui porte bien son nom, sous la houlette du grand Chef Thierry Marx qui officie en ces lieux charmants. La décoration est surprenante et vous aurez presque l’impression d’être dans un film d’anticipation des années 70 avec cette ambiance futuriste où vous ne seriez pas étonné de voir surgir Barbarella dans le film mémorable de Roger Vadim… Mais nous sommes bien au XXIe s. et les nombreux convives présents ont des tenues légèrement moins extravagantes que celles des fictions de nos aïeux.

 

 

Les couleurs sont absentes dans la sobre décoration où l’écru est roi, est-ce pour privilégier celles de la cuisine raffinée qui va nous être proposée par le dynamique Chef Thierry Marx au parcours atypique ? L’homme est en effet un adepte de la cuisine moléculaire et d’avant-garde. Cela ne surprendra pas le promeneur gourmand du futur lorsqu’il découvrira cette déclinaison en trois plats de petit pois structure & déstructure du plus bel effet ! Nous ressentons immédiatement que cette cuisine est celle d’un homme qui a une riche expérience – ne le vieillissions pas trop tout de même ! – et qui livre ici une vision rassérénée et qui va à l’essentiel. La couleur entretient un lien étroit avec la forme, les éléments et les saveurs. Une crème de la verte graine est présentée sobrement avec de la truffe et de la carotte ou du lard saupoudré, pour une tendre association qui met en valeur toute l’onctuosité du légume printanier. La bouchée à l’ananas, puis la bille de petit pois sonnent comme de subtils rappels de cette saveur sucrée qui ravit le palais après un long hiver. Pour débuter ces agapes, un beau Chablis 1er Cru « Montmains » 2011 Jean-Paul Droin développe toute sa finesse et sa vivacité avec les accords sucrés du petit-pois. Le service attentionné et discret s’active en cette heure de la journée où de nombreux convives se sont depuis longtemps passé l’adresse.
 

 

Nous partageons ce midi leur empressement à la vue du l’étonnant Œuf cube qui fait son apparition avec son habit de sésame torréfié et ses asperges d’un vert éclatant! Thierry Marx est un Chef surprenant et il a décidé de voir les œufs au carré, peut-être dans un rappel malicieux à la physique qu’il affectionne… L’œuf mollet est délicieusement recouvert de graines de sésame et leur gout de noisette associé à leur valeur symbolique d’immortalité réjouissent le cœur et le palais. Une autre graine fameuse - puisque première dans l’histoire de l’humanité - est également présente, il s’agit de l’épeautre qui est bien agréablement proposé sous la forme de petit pain qui accompagne ce plat particulièrement réussi.

 

 

Tout est sensation de douceur dans la cuisine présentée et l’étonnant Risotto de soja aux huitres et à la truffe noire en étonnera plus d’un. A commencer par les Italiens qui seront bien surpris de ne pas y trouver un seul grain de riz, mais toute l’essence de ce plat traditionnel du nord de l’Italie est bien présente, dans un subtil accord de terre et de mer grâce à l’harmonie délicate de l’huitre et de la truffe. Le résultat est aérien grâce à l’émulsion moléculaire qui agit de la même manière sur notre humeur … L’incroyable variété dans l’inspiration du Chef se fait sans heurts et chaque plat forme une transition habile pour le suivant. La sole cuite sur l’arête est servie avec son infusion dans une note extrême orientale qui sied si bien au palace qui nous accueille. Le poisson dont les filets sont présentés sous forme de cube est accompagné d’oignons cébettes, de chicon et souligné par une belle saveur de pamplemousse.

 

 

Le cochon est servi avec sa gelée de comté, quelle savoureuse surprise ! Ce plat fondant à souhait est relevé par sa sauce cornichon – moutarde avec ses croutons soufflés, un parfait équilibre réalisé. Peut-on encore être surpris au Sur Mesure de Thierry Marx ? Certainement, car le Chef a plus d’un tour dans sa toque et connaît la pâtisserie depuis ses premières années de formation. Si le mot farandole est malheureusement galvaudé dans la culture gastronomique c’est le mot qui vient cependant à l’esprit avec cette danse où des cerises se déguisent en cubes de betteraves tendant la main à des petits choux de toutes les saveurs (chocolat, pistache, vanille) et des tartelettes au citron ont décidé de prendre une autre forme que celle qu’on lui connaît traditionnellement… Thierry Marx est un Chef remarquable qui ne pratique pas l’esbroufe, mais est bien entré au cœur de la gastronomie par des années d’expérience. Il nous délivre un beau message, presque philosophique, où l’épure rencontre l’essence de la saveur dans une harmonie de générosité et de bonheur !

 

Pour accompagner ces plats, le sommelier a suggéré un beau Burgenland « St Laurent » 2010 Heinrich, ce vin autrichien propose une belle robe au violet sombre avec une générosité de fruits rouges terminant sur de délicates notes épicées, un vin élégant pour dialoguer avec les suggestions raffinées du Chef Thierry Marx.
 

Restaurant Sur Mesure - Hotel Mandarin Oriental Paris 251 rue Saint-Honoré, 75001 Paris, France +33 (0)1 70 98 78 88 www.mandarinoriental.fr/paris/fine-dining/sur-mesure-par-thierry-marx

 

Alain Ducasse

au Plaza Athénée Paris

 

Interview Alain Ducasse, 25 janvier 2013.

 

Lexnews a eu le privilège d'interviewer Alain Ducasse, l'orfèvre de la cuisine et ambassadeur international d'une gastronomie reposant sur l'excellence.

 


changement, de perpétuelle évolution avec cette idée de stabilité et de racines auxquelles la cuisine renvoie souvent ?

Alain Ducasse : "Cette question est effectivement importante et appellerait une réponse assez complexe. Il y a deux points à souligneComment conciliez-vous ce besoin de r. D’abord, je suis particulièrement rétif à toute idée de nouveauté gratuite, juste pour le plaisir un peu vain de changer pour changer. Jean Cocteau avait raison de dire « La mode, c’est ce qui se démode. » Ensuite, il faut que le changement soit fondé sur quelque chose et ce quelque chose, à mes yeux, c’est l’évolution de la société. Le cuisinier ne travaille pas pour l’avenir. Il travaille pour nourrir ses contemporains. Je suis donc très attentif à l’évolution des façons de vivre dans chaque pays, chaque ville, je dirais même chaque quartier où mes restaurants sont implantés. Ce sont ces évolutions culturelles qui guident et inspirent mon évolution culinaire."

Vous êtes à l’écoute du monde dans lequel vous vivez et que vous parcourez en tous lieux, quelle pulsation saisissez-vous de cette planète que l’on sait souffrir et comment cela se traduit-il dans votre cuisine et dans les restaurants que vous dirigez ?

Alain Ducasse : "C’est vrai : la planète souffre. Des experts ont calculé que, si nous continuons à consommer les ressources naturelles de la même façon qu’aujourd’hui, l’humanité aurait besoin d’une planète et demie en 2030. Ce n’est évidemment pas tenable. En tant que cuisiniers, nous devons assumer nos responsabilités car nous savons bien qu’avant la cuisine il y a la nature. Il faut prendre des décisions drastiques. Par exemple renoncer à servir certaines espèces de poissons dont les stocks sont particulièrement menacés. Nous devons développer des recettes à dominante végétale. J’ai créé par exemple la « Cookpot » qui est composée de sept légumes et qui est présente sur toutes mes cartes. Nous devons encourager les producteurs qui travaillent en harmonie avec la nature. C’est notre règle pour tous nos approvisionnements."

La gastronomie proposée au Plaza Athénée surprend par les accords fins et subtils proposés à partir de beaux produits immédiatement identifiables. Ce retour à la noblesse du produit semble être une de vos priorités ?

Alain Ducasse : "Je suis absolument convaincu que le rôle du cuisinier est d’exalter le goût authentique des produits. C’est une approche qui a des conséquences importantes. Elle signifie par exemple que le cuisinier doit traiter avec le même respect tous les produits, y compris ceux que l’habitude ont un peu trop vite qualifiés de moins nobles. J’ai même une tendresse particulière pour ces produits un peu rustiques comme le navet ou le maquereau. L’autre conséquence est que la technique doit être au service du goût. Infliger au mangeur une démonstration de virtuosité ne m’intéresse pas. La technique ne vaut que si elle contribue, comme je le disais à l’instant, à exalter le vrai goût originel du produit."

Comment Alain Ducasse parvient-il à gérer tout ce qu’il entreprend et avez-vous encore le temps de cuisiner ? et pour qui ? (si ce n’est pas indiscret bien évidement…)

Alain Ducasse : "Mais je passe mon temps à cuisiner ! Simplement je me concentre sur les deux phases essentielles : la conception et la validation des recettes. Et si je le peux le faire, c’est que j’ai réuni autour de moi une équipe de professionnels exceptionnels que je forme pendant des années avant de leur confier la direction d’une cuisine."

 


 

Coordonnées
Hôtel Plaza Athénée
25, avenue Montaigne
75008 Paris, France
Tél. +33 (0)1 53 67 65 00
Fax. +33 (0)1 53 67 65 12
adpa@alain-ducasse.com
www.plaza-athenee-paris.fr

 

 

 

Le restaurant d'Alain Ducasse vous ouvre ses portes...

 

L’avenue Montaigne a revêtu ses habits d’hiver, parures de guirlandes et d’étoiles… Les écharpes et les gants rappellent au promeneur que les frimas ont envahi la capitale et l’invitent à trouver au plus vite un havre de chaleur. Un chasseur au pied de l’hôtel Plaza Athénée vous ouvre alors les portes du célèbre palace. L’animation qui y règne donne la douce impression d’une ruche dorée affairée à disposer de jolis cadeaux… Le regard est instinctivement dirigé vers une lourde porte drapée de tissus qui masque le haut lieu de la gastronomie parisienne, le temple de l’art de cuisiner au sens noble du terme, puisque c’est en ce lieu qu’opère Alain Ducasse.

 


Alain Ducasse lui-même souligne combien "il faut repartir du tout début, là où sont les goûts vrais, et les laisser s'exprimer avec force et subtilité. La technique ne sert qu'à révéler la saveur de la nature. C'est cette histoire simple et juste que je m'efforce de raconter depuis toujours et dont je veux livrer aujourd'hui la quintessence au Plaza Athénée". Un accueil sans faille et sincère du directeur Denis Courtiade donne immédiatement la tonalité. Il n’y a pas d’esbroufe au Plaza Athénée lorsqu’on fait partie des meilleurs. La salle est décorée avec goût, un classique revisité où les généreux fauteuils ont repris du style Louis XVI leur dossier et abandonné leur assise pour un siège plus confortable. Les lustres brillent et, l’hiver venu, la Cour Jardin est visible avec ses murs recouverts de végétal. Une patinoire va bientôt être installée pour les fêtes de fin d’année, les petits pourront venir y glisser pendant que leurs parents se reposent dans les chambres de leur hôtel…

 


Nous avons le privilège de rencontrer dans ses cuisines Christophe Saintagne, le Chef du grand restaurant d’Alain Ducasse. L'homme est dynamique et chaleureux et un parfait accord règne avec le directeur de la salle qu’une complicité unit. Nous lui posons la question du temps qu’il faut pour former un cuisinier aux exigences du restaurant d’Alain Ducasse, la réponse tombe nette, tel un couperet : cinq ans, pas moins. Les différents postes s’activent, encore une fois l’image de la ruche bourdonnante revient à l’esprit. Nous n’abusons pas du temps du maître des lieux et regagnons notre table où il nous a préparé une petite poêlée originale où des crevettes ont été cuisinées avec minutie. Les têtes sont farcies et peuvent être mangées avec délices et les queues sont sautées à l’ail de manière exquise. Voici une bien belle manière de prendre connaissance avec cette cuisine que le Chef souhaite sans ingrédients superflus, mais avec les meilleurs produits, ce qui est beaucoup plus compliqué qu’il n’y paraît de nos jours… La langoustine rafraichie fait des rimes avec ses grains de caviar et, comble du raffinement, un consommé de langoustines parfumé à la citronnelle est présenté dans un verre sans pied posé sur un trépied. Il faudra l’arrivée des Saint-Jacques sautées sur lesquelles un serveur vient généreusement râper une belle truffe blanche pour réaliser que cette façon de concevoir la cuisine est bien loin du minimalisme outrancier ou des excès de sophistication pratiqués parfois. La juste mesure équilibre les saveurs avec ces petites touches d’originalité comme un bel ornement sur une partition ancienne. L’ambiance de la salle est chaleureuse, surtout après avoir apprécié cette Côte Rôtie Domaine Pierre Gaillard qui apporte en cet hiver parisien une belle note de soleil ! Le service est en accord avec l’excellence des lieux, que votre regard exprime un doute ou une recherche et, très discrètement, une âme généreuse s’approche de vous et s’enquière de vos souhaits. Puis, un homard en cocotte arrive subrepticement sur votre table où le noble crustacé de la mer développe toute la finesse de sa chair grâce à l’admirable préparation dont il a fait l’attention. Des pommes de mer l’accompagnent, il s’agit de succulentes pommes de terre rate de Noirmoutier, l’expérience est unique, gravée à jamais dans notre mémoire…

 

 

Après ces délices, nous oserons néanmoins goûter au chariot de fromages, un moment également inoubliable avec ces fromages de montagne côte à côte avec les plus dignes représentants de nos plaines bocagères, et qu’attendre de plus après une telle manifestation de bon gout ? Mais, l’heure des desserts est arrivée, et même le palais le plus blasé ne pourra rester insensible à la saveur des desserts du restaurant du Plaza. Vous ne saurez résister à l’expérience du Baba au rhum comme à Monte-Carlo, clin d’œil savoureux au fameux restaurant d’Alain Ducasse sur la cote monégasque. Il vous sera servi avec une crème fouettée, et vous aurez le luxe du choix de votre rhum présenté dans son verre qui sera versé, tout simplement !
Le pari d’Alain Ducasse est réussi, celui qui n’aime pas les habitudes où sombre la monotonie offre à ses hôtes une cuisine instinctivement rassurante tout en convoquant les accords les plus fins, les associations subtilement recherchées, sans prétendre les imposer de manière abrupte. Cette finesse bien rendue par l’art du Chef Christophe Saintagne est convaincante et à l’heure où la surabondance règne trop souvent, ce choix d’esthète gastronome emporte conviction, avec art !

 

 

 

 

 

Plus près des étoiles...

Dîner au restaurant La Pergola de l’hôtel Rome Cavalieri

 

 

 

Le restaurant du chef Heinz Beck - La Pergola - est le seul restaurant trois étoiles de la ville de Rome et si sa position haut perchée sur les collines de Rome se mérite, ici elle l’est incontestablement et l’excellence qui y règne en fait un lieu privilégié pour de merveilleuses découvertes…
Le site tout d’abord est imprenable. Véritable forteresse dressée sur les hauteurs de la ville, il est fort improbable de trouver ailleurs un tel point de vue sur l’ensemble de la ville. À peine entré dans le hall de l’hôtel international, un ascenseur vous emporte vers son sommet où le restaurant a établi ses quartiers. Il fait nuit déjà depuis longtemps et une surprise vous attend dès que vous franchirez les portes : toute la ville de Rome se trouve à vos pieds, surtout si vous avez la chance d’avoir votre table face à la grande baie vitrée devant vous ! Le regard ne sait où aller, de monument en monument, vous avez comme une carte en relief dressée à vos pieds…

 

 

À peine quitté du regard ce spectacle étonnant, vous remarquerez tout de suite ces couverts et ces assiettes en vermeil, qui donnent un reflet doré à toute la pièce. Les porcelaines fines, les candélabres en bronze et les tapisseries d’Aubusson complètent ce tableau idyllique. Les sens sont à leur comble et les papilles sont intriguées, dans l’attente de leurs premières émotions… Elles seront rassurées dès que ce Carpaccio de liche avec ses haricots blancs vous sera présenté avec style par le personnel du restaurant. L’un d’entre eux apportera alors une belle truffe blanche qui vient juste d’être récoltée et vous la présentera avant de la râper généreusement sur votre plat devant vos yeux ébahis ! Il faut avoir gouté à ce homard gratiné au Patanegra piquant sur un gazpacho froid aux tomates vertes et céleri pour commencer à saisir cet équilibre des saveurs et des couleurs qui caractérise la cuisine du grand Chef Heinz Beck.

 

 

Le service déploie tout son savoir-faire qu’il s’agisse du sommelier au goût sûr qui anticipe chacune de vos envies en fonction des plats apportés, de la corbeille de pains variés et succulents ou de cette serviette qui est délicatement posée sur vos genoux à votre arrivée… Ici, règne l’excellence de l’art culinaire et de l’hospitalité. Une nouvelle expérience originale est proposée par le Chef avec son plat intitulé « La Mer… » ; et en effet, la surprise est grande lorsque vous apercevez au bord de votre assiette creuse un cube dont vous apprenez qu’il est fait de scampis déshydratés ! Immédiatement, un serveur apporte un bouillon de la mer dans une petite saucière et le verse délicatement sur votre cube, répétant le reflux de la marée dans votre assiette ! L’idée est aussi savoureuse qu’inventive. Soulignons qu’un autre plat incontournable du Chef, certes d’origine bavaroise mais acquis de coeur à l’Italie depuis des années, doit être dégusté, il s’agit des Fagottelli « La Pergola ».

 

Ces petits raviolis faits avec du pecorino et du Guanciale, un jambon italien non fumé sont une véritable ode à la quintessence des pâtes ; finesse et douceur riment alors avec saveur, une expérience inoubliable à réaliser dans ce cadre de rêve…

Les Gambas cuites à la japonaise façon tempura accompagnées de leur crème de calamars frits rappellent que Heinz Beck est aussi un chef animé par un souci de diététique et de contrôle de la glycémie, même – ou surtout devrait-on dire -à ce niveau de cuisine. La finesse du cabillaud noir avec sa croûte au curry est rehaussée par une sauce de céleri dans un accord parfait et subtil. Relevons cependant que la cuisine du restaurant La Pergola sait également magnifier les viandes les plus raffinées tel ce Chevreuil en croûte de pistaches servi avec une purée de châtaigne et une confiture de kaki. La pistache et le kaki viennent équilibrer les saveurs forestières de la viande et des châtaignes, tout est placé au bon endroit, de manière idéale. Après une telle manifestation de virtuosité, le gastronome comblé peut-il être encore surpris en ces lieux ? La réponse est bien sûr affirmative et sans réserve ! La sélection de fromages pour les plus audacieux – nous compterons parmi eux – est un véritable voyage dans toute l’Italie…

 

 

Le serveur connaît parfaitement toutes ses ouailles et il sait vous suggérer une belle promenade en fonction de vos goûts, des fromages les plus doux aux plus robustes avec pains spéciaux, marmelade ou miel à votre goût. Enfin, pour terminer ce délicieux et raffiné repas, vous attendent encore de belles découvertes avec ces desserts non dépourvus d’humour et d’audace telles cette évocation de barbe à papa ou cette petite éponge que vous croquerez avec surprise. Une sphère glacée à la grenade est posée sur sa crème au gianduja avec de petits cannelloni aux pignons salés : la saveur fraîche de la grenade fait écho avec le fondant du célèbre chocolat du Piémont, une belle expérience.
Au terme de cette soirée mémorable, il reste à féliciter la performance du Chef sympathique et généreux qui n’hésite pas, malgré sa notoriété, à venir saluer les convives dans sa salle, en ayant toujours pour chacun une attention particulière, signe de sa générosité. Hans Beck offre ainsi tous les jours une cuisine à la fois aérienne aux efflorescences brillantes, mais également rattachée à la terre et à l’homme, dans un souci humaniste d’excellence !

 

 

Il faut également saluer l’admirable carte des vins, réputée à Rome. Le sommelier vous fera profiter de sa parfaite connaissance des vins italiens et étrangers pour élaborer un choix idéal pour votre repas tels ce Bellavista Riserva Vittorio Moretti 2004, ce Colterenzio Sauvignon Lafoa 2010, ou encore ce Banfi Brunello di Montalcino Poggio alle Mura 2007 et ce Colterenzio Rosatum 2008. Sans oublier, pour finir, une étonnante carte des eaux qui se fait malheureusement – il faut l’avouer – de plus en plus rare.


Rome Cavalieri, Waldorf Astoria Hotels & Resorts,
Via Alberto Cadlolo 101, 00136 Rome, Italy
Tel : 39 06 35091
www.romecavalieri.com/lapergola.php

 

 

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