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Édition Semaine n° 34  -  Août  2014

 

LES EXPOSITIONS A DECOUVRIR avec LEXNEWS :

Carpeaux (1827-1875) Un sculpteur pour l’Empire
Musée d’Orsay

jusqu’au 28 septembre 2014.

 

 

 

A voir la très belle exposition, à la scénographie inspirée incitant à la curiosité, consacrée au grand sculpteur du XIXe siècle Jean-Baptiste Carpeaux (1827-1875) et qui se tient actuellement au musée d’Orsay jusqu’au 28 septembre 2014. La création de J-B. Carpeaux est essentiellement associée au règne de Napoléon III, ce qui explique le sous-titre de cette rétrospective d’envergure consacrée à l’artiste : Un sculpteur pour l’Empire. Le parcours de cette exposition est particulièrement attractif dans la compréhension de cet homme qui eut toujours à combattre pour faire reconnaître son génie dont il eut la connaissance assez tôt (lire cette anecdote rappelée dès la première salle par laquelle nous apprenons que le jeune artiste s’était attaqué en un temps record à ce qu’il considérait comme l’inévitable prochain grand prix…).

 

Jean-Baptiste Carpeaux (1827-1875) Ugolin, dit aussi Ugolin et ses fils1863BronzeH. 194 ; L. 148 ; P. 119 cm Paris, musée d'Orsay© RMN-Grand Palais (Musée d'Orsay) / Jean Schormans

 

Carpeaux est une personnalité incontestablement complexe. Le jeune artiste a-t-il eu la prescience que son parcours allait être aussi fulgurant que rapide ? Toujours est-il que c’est à l’école de l’Italie et de ses grands maîtres qu’il fait naître son talent avec un amour immodéré pour Michel-Ange. Cette leçon ne sera jamais oubliée et fera de Carpeaux, en une quinzaine d’années de créations incessantes, l’un des précurseurs de la sculpture moderne avec des lignes d’un art « plus vivant que la vie », comme le notait Alexandre Dumas fils, son ami. Le regard porté sur la nature et l’homme par l’artiste est un peu à l’image du regard porté sur lui-même par Carpeaux : lucide, sans complaisance et en même temps fait d’une curiosité insatiable, les nombreux autoportraits réunis pour cette exposition peuvent en témoigner. Carpeaux est un dessinateur habile et qui sait discerner avec cette acuité soulignée le trait essentiel, la ligne – réelle et figurée- de toute chose animée ou non.

Son parcours ne sera cependant pas des plus tranquilles et l’artiste aura toujours, avons-nous déjà souligné, à combattre pour faire reconnaître son art. Il y parviendra partiellement de son vivant avec cette situation qu’il note lui-même : « C’est un art sublime que la sculpture ; mais combien de tourments pour arriver à rendre une œuvre complète, pour ne pas faire naufrage pendant le cours d’une exécution ». Les échecs et les écueils ont été nombreux dans le parcours de la vie du sculpteur, mais quelle énergie a su malgré tout triompher de cette adversité : celle des autorités académiques lors de sa formation, à la fois intriguées par l’audace et le talent du jeune homme, et en même temps irritées par sa liberté bravant les règlements, celle de la presse et des critiques bousculés par cette énergie libre…

 

Jean-Baptiste Carpeaux (1827-1875)Un bal masqué aux Tuileries1867Huile sur toileH. 33,2 ; L. 41 cmValenciennes, musée des Beaux-Arts© RMN-Grand / René-Gabriel Ojéda / Thierry Le Mage

 

Et pourtant attardons nous quelques instants sur ce Pêcheur à la coquille (1861-1862) pour presque entendre le bruit des flots dans le coquillage porté à l’oreille de cette sculpture d’une incroyable vitalité ou cette terrible sculpture Ugolin (1863) qui mêle à l’effroi le frisson des doutes sur la nature humaine si bien exprimée par le visage torturée du fameux personnage de la Divine Comédie de Dante. Carpeaux a aussi beaucoup travaillé pour le compte de la famille impériale avec des sculptures plus classiques, mais toujours animées d’un souffle faisant vibrer les lignes pensées par un artiste sacrifiant tout à son art, y compris sa famille et sa santé. Carpeaux a su par cette acuité être le sculpteur à la charnière entre deux mondes, héritier du classicisme et en même temps précurseur de la modernité accomplie quelque temps après par le génie de Rodin et de Claudel. S’il est un parcours à faire dans l’Histoire cet été à Paris, c’est bien au musée d’Orsay avec cette passionnante exposition qui non seulement permettra de se familiariser avec l’œuvre de cet artiste remarquable, mais offrira également un beau parcours dans un XIXe siècle si bien suggéré par ce legs artistique.

 

Jean-Baptiste CarpeauxCharles Garnier

© Musée d’Orsay, dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt


 

Catalogue Jean-Baptiste Carpeaux (1827-1875) sous la direction d’Edouard Papet et David Draper, Gallimard, 2014.

 

 

 

 

Nicolas de Staël. Lumières du Nord Lumières du Sud

jusqu'au 09 novembre 2014
Musée d'Art Moderne André Malraux

LEXNEWS | 04.07.14

par Philippe-Emmanuel Krautter

 

 

Le ciel havrais est chargé d’un nuancier de gris ce matin. Devant la façade du Musée d’Art Moderne André Malraux, la proue du vaisseau de l’art semble vouloir pourfendre une mer de nuages en furie. Noirs, gris sombre, gris léger ou délavé se disputent la prééminence et les carrés de ciel bleu semblent les invités incongrus de ce paysage décomposé qui aurait certainement plu à Nicolas de Staël, invité d’exception du MuMa jusqu’au 9 novembre pour une exposition remarquable et reconnue d’intérêt national par l’Etat. C’est en effet le centenaire de l’artiste né un 5 janvier 1914 et dont la famille subira de plein fouet le vent révolutionnaire de 1917, le père de Nicolas, le général Vladimir de Staël sera mis en effet à la retraite anticipée et devra connaître l’exil en 1919 avec toute sa famille en Pologne.

 

Mer et nuages (1953)
huile sur toile 100 x 73 cm collection privée –

© J. Hyde © Adagp, Paris, 2014

 

A l’âge de 8 ans, Nicolas perd ses deux parents et se retrouve seul avec ses deux sœurs. C’est donc un enfant marqué par une enfance chaotique qui sera recueilli à Bruxelles par une famille accueillant des émigrés russes où il fera ses études secondaires, puis l’Académie des beaux-arts. Il est surprenant de réaliser combien le peintre – figure pleine de contrastes et de fougue – accomplira une œuvre d’une originalité rare en si peu d’années. Nicolas de Staël se donnera en effet la mort à l’âge de 41 ans à Antibes en 1955. Le musée du Havre, qui a acquis en 2009 grâce à la collection d’Edouard Senn un tableau remarquable du peintre « Paysage, Antibes » datant de 1955, propose un parcours d’une rare qualité autour du thème du paysage et des lumières du nord et du sud dans l’œuvre du peintre. Nicolas de Staël avouait : « Je n’oppose pas la peinture abstraite à la peinture figurative. Une peinture devrait être à la fois abstraite et figurative. Abstraite en tant que mur, figurative en tant que représentation de l’espace », une dimension très personnelle parfaitement rendue par le parcours de l’exposition. La notion de mur est d’ailleurs récurrente dans les propos de l’artiste sur son œuvre : « L’espace pictural est un mur, mais tous les oiseaux du monde y volent librement.

A toutes profondeurs ». Le peintre cherche en effet, par des lignes et formes géométriques plus ou moins marquées à suggérer des interstices, des entrées figurées ou réelles pour mettre un relief au réel et ouvrir nos horizons. Ces derniers peuvent être plus ou moins chargés – à l’image du ciel de ce matin au musée, mais toujours porteurs de lumière. Des froids bleus aciers implacables aux chaudes couleurs vives qui explosent et éclatent ou encore ces sombres et profonds marrons et noirs, le regard subit à chaque fois cette changeante attirance pour cet univers fait de sensations ; De couleurs froides ou chaudes, selon les inspirations, les lieux croisés par le peintre se métamorphosent et deviennent le miroir du tréfonds de l’artiste et plus largement du regard sur la création. La profondeur est une constante, tantôt soulignant les gouffres, tantôt évoquant cet envol vers les cimes désirées.

 

Paysage du Vaucluse n°2 (1953)
huile sur toile 65 x 81 cm © Collection Albright-Knox Art Gallery, Buffalo, NY. Gift of the Seymour H. Knox Foundation, Inc., 1969 © Adagp, Paris, 2014

 

Le ciel s’ouvre, autorisant l’envol des oiseaux, toujours avec cette omniprésence de la lumière, celle plus délicate des paysages du nord, ou plus marquées du sud tel ce « cassé-bleu » évoqué par le poète René Char, ami du peintre. Nicolas de Staël devient ce troubadour du XXe siècle qui emporte sur ses toiles toute la culture immémoriale des siècles passés en une succession d’évocations de profondeurs qui ne peuvent qu’émouvoir notre regard saturé de sollicitations visuelles. Oui, on ressort presque apaisé de cette exposition et pourtant… l’orage gronde déjà au loin sur la mer, et sur certaines toiles de l’artiste, et le souvenir de la disparition du peintre par un acte volontaire questionne tout autant, il faudra revenir encore interroger ce testament qui n’a pas fini de parler à nos générations et à celles qui suivront…

 

Nicolas de Staël (1914 - 1955) Bord de mer (1952)
huile sur toile 54 x 73 cm Milwaukee Art Museum, Gift of Mrs Harry Lynde Bradley M 1959.376 – © P. Richard Eells © Artists Rights Society (ARS), New York © Adagp, Paris, 2014

 

Commissariat
Annette Haudiquet, conservateur en chef
Virginie Delcourt, attachée de conservation
avec le soutien du Comité Nicolas de Staël
Cette exposition s'inscrit dans le cadre du centenaire de Nicolas de Staël et constitue avec l'exposition « Staël, la figure à nu, 1951 – 1955 » au musée Picasso à Antibes (17 mai – 7 septembre 2014) l'un des deux volets en France de cette commémoration.

2 boulevard Clemenceau
76600 Le Havre
Tél. : 0033 (0)2 35 19 62 62

Nicolas de Staël Lumières du Nord - Lumières du Sud Ouvrage collectif de Jean-Louis Andral, Michel Collot, Virginie Delcourt, Marie Du Bouchet, Renaud Ego, Federico Nicolao, Anne de Staël et de Gustave de Staël, Coédition Gallimard/Association des Amis du musée d'art moderne André Malraux (Le Havre), Gallimard, 2014.


A l’occasion de l’exposition Nicolas de Staël au Musée d’Art Moderne André Malraux du Havre, le catalogue édité par Gallimard offrira à ses lecteurs une belle manière d’explorer et de poursuivre la découverte des « Lumières du Nord / Lumières du Sud », sous-titre donné à cet évènement phare de l’été. Nicolas de Staël est né en 1914, et cette année 2014 est l’occasion de multiples anniversaires dont celui d’un des peintres les plus libres qu’ait connu le milieu du XXe siècle, et à tort longtemps occulté par le rayonnement incontournable de Picasso.

Et pourtant, il y a beaucoup à découvrir dans l’œuvre de cet aristocrate russe émigré avec la révolution russe et très tôt orphelin de ses deux parents.

L’angle retenu pour ce catalogue et l’exposition qu’il complète est celui du paysage, ce thème étant – aux côtés des nus et des portraits – un thème fort et prédominant chez l’artiste. Ce catalogue, très inspirant, commence et se termine par des pages de garde d’un bleu retenu comme une invitation à la palette et à l’environnement du peintre. Nord-Sud, cette dichotomie géographique a profondément impressionné -au sens photographique du terme- les toiles de Nicolas de Staël.

Au cœur de cette couleur, sa raison d’être en quelque sorte, la lumière sublime tout, les formes comme les perceptions sensorielles et l’on se prête à penser que, décidément, Nicolas de Staël ne devait pas voir comme tout le monde lorsqu’on découvre l’artiste dans son atelier au début du livre, longiligne et élancé comme certaines de ses verticales picturales et en même temps subissant l’inclinaison de l’introspection, celle qui le fera peindre jusqu’au bout de la flamme, celle initiant la lumière… Au fil des pages, nous découvrons que le paysage n’est pas cependant pour l’artiste une simple et unique narration fidèle au lieu, une reproduction du réel, mais sans pour autant se classer dans une abstraction hors d’atteinte, la création du peintre se situe aux confins de ces deux univers et peut être même plus loin encore. C’est un peu le sentiment que l’on a lorsque l’on visite l’exposition, sentiment d’ailleurs bien reproduit par les choix graphiques de ce catalogue, que celui d’être au-delà de l’horizontalité et de la verticalité, la profondeur même est insuffisante pour rendre les espaces suggérés subtilement par Nicolas de Staël. L’homme a été qualifié de « nomade de la lumière », il donne en effet l’impression de courir après un ballon envolé et dont la ficelle serait presque à portée de main, il n’aura cesse de vouloir capter – capturer ?- cette lumière, tout en sachant que cette aspiration ne saurait être définitive. Ce collectif permettra avec bonheur de replonger après l’exposition dans cet univers bien particulier de lumières et de couleurs, univers dont il sera difficile de ne pas aimer les réminiscences.

 

De Watteau à Fragonard, les fêtes galantes
Musée Jacquemart-André
Jusqu’au 21 juillet 2014

LEXNEWS | 23.05.14

par Philippe-Emmanuel Krautter

 


A la seule évocation des fêtes galantes, notre mémoire égrène quelques accords de Rameau, et fait surgir un beau bosquet aux branches élancées, avec ces soieries qui se disputent l’élégance, l’ensemble mû par une candide insouciance… C’est à cet univers évoqué par Watteau, Boucher, Fragonard et bien d’autres peintres encore auquel nous convie le musée Jacquemart-André jusqu’au 21 juillet 2014. Il faut avouer que le thème de cette exposition sied parfaitement à l’Hôtel particulier du 158 boulevard Haussmann même si ce dernier est né au siècle suivant celui des scènes évoquées. Car c’est en effet au XVIIIe siècle – celui de Louis XV et de Louis XVI – que ces peintures champêtres nous convient, des évocations qui succèdent à l’austérité du fin de règne du Roi Soleil. Nous sommes à l’époque des Lumières, celle également des Libertins, le temps est donc plus à l’insouciance qu’à l’affirmation des conquêtes et de la guerre, comme si les acteurs de ces dernières décennies avant la grande tempête révolutionnaire avaient eu le pressentiment que tout cela disparaîtrait. La fête galante invite à la séduction, sans la vulgarité, à l’insouciance sans l’inconscience. Le premier espace ouvre comme il se doit sur les œuvres d’Antoine Watteau, inventeur du genre.

 

Récréation galante
Antoine Watteau (1684 – 1721)
Vers 1717-1719, Huile sur toile, 114,5 x 167,2 cm
Berlin, Gemäldegalerie, Staatliche Museen zu Berlin
© BPK, Berlin, Dist. RMN-Grand Palais / Jörg P. Anders

 

Le peintre a puisé aux traditions pastorales vénitiennes et flamandes des deux siècles précédents avec des scènes qui deviennent plus raffinées, figurant de jeunes Parisiens à la mode tels que nous pouvons les découvrir dans « La Proposition embarrassante » ou dans la « Récréation galante ». La pastorale, de simple évocation des campagnes fait l’objet d’un traitement où nature et personnages entretiennent des relations qui répondent à des codes de plus en plus sophistiqués.

 

La Pêche chinoise
François Boucher (1703-1770)
Avant 1742, Huile sur papier marouflé sur toile, 38,1 x 52,1 cm
Rotterdam, Museum Boijmans Van Beuningen
Creditline photographer: Studio Tromp, Rotterdam
 

 

La Proposition embarrassante
Antoine Watteau (1684-1721)
Vers 1715-1720 , Huile sur toile , 65 x 84,5 cm
Saint-Pétersbourg, Musée de l’Ermitage
Photograph © The State Hermitage Museum, Saint-Petersburg, 2014 /Vladimir Terebenin

 

Mais, avec Watteau, nulle affectation ne vient gâcher la composition, marque de son génie artistique. Pater et Lancret poursuivront cet élan initial en intégrant dans leurs peintures des éléments du réel sous la forme de détails des lieux, des costumes ou d’œuvres d’art reconnaissables aux yeux de leurs contemporains, une manière habile de les impliquer encore plus dans la contemplation des scènes évoquées. L’exotisme, avec une fascination marquée pour l’Orient, cohabite de plus en plus avec l’évocation des lieux familiers aux citadins : Les Tuileries, Le Parc de Saint-Cloud, et les Boulevards fréquentés par les élégants…(Boucher, La Pêche chinoise)

 

Les Charmes de la vie champêtre
François Boucher (1703-1770)
Vers 1735-1740, Huile sur toile, 100 x 146 cm
Paris, Musée du Louvre, département des Peintures
© RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Jean-Gilles Berizzi


La fête galante aura encore bien des heures de gloire avec Boucher et Fragonard, qui d’une certaine manière, accompagneront la fin de l’Ancien Régime dans l’illusion d’un paradis fantaisiste. Ces deux peintres remarquables vont en effet réinterpréter le genre avec moins de réalisme contemporain et un peu plus d’évasion tel ce tableau de Boucher « Les Charmes de la vie champêtre » réalisé vers 1735-1740. La fête devient plus monumentale dans ses évocations, la vraisemblance s’éloigne même pour donner la prééminence à l’audace et à l’insouciance. Ce tourbillon répond-il aux sourdes inquiétudes qui commencent à poindre de toutes parts du Royaume ? Il est probable que la monumentale Fête à Saint-Cloud exceptionnellement prêtée par la Banque de France ou encore « Le Jeu de la Main chaude » soient des réponses qui paraîtront bien en décalage avec les réalités sociales de l’époque, toujours est-il que trois siècles plus tard ces œuvres conservent toute leur force évocatrice et attirent toujours de nombreux visiteurs de notre République.

 

Catalogue de l'exposition :

Auteur : Dr Christoph Vogtherr et Dr Mary Tavener Holmes, 224 pages, Fonds Mercator éditions, 2014.
Cet ouvrage richement illustré propose une analyse détaillée de chacune des œuvres présentées dans l’exposition. Les essais des commissaires généraux retracent l’évolution de ce genre pictural subtil et innovant qui a su séduire les plus grands artistes du XVIIIe siècle.
En vente à la librairie-boutique du Musée et sur la boutique en ligne.

 

 

Musée Jacquemart-André
158, boulevard Haussmann - 75008 Paris
Tel. : + 33 1 45 62 11 59
www.musee-jacquemart-andre.com

 

 

Tatoueurs tatoues.
Musée du Quai Branly
Jusqu’au dimanche 18 octobre 2015

LEXNEWS | 10.06.14

par Sylvie Génot

 



Voilà une exposition qui fait voler en éclats toutes les idées reçues et tous types de préjugés sur l'univers du tatouage. Historiquement, à travers les âges et les civilisations, le marquage des corps (et des âmes par la même occasion) remonte aussi loin que la préhistoire car on trouvait déjà des être humains qui peignaient et ou qui se peignaient eux-mêmes, observait H.G Wells, (tout comme le corps orné de 57 tatouages de Ötzi, daté de 3 mille ans avant notre ère).
La peau, c'est notre frontière entre l'espace qui nous entoure et l'autre. Elle est l'enjeu de bien des comportements culturels et affectifs. Dans le « Moi peau » comme la nomme Didier Anzieu, dans son étude du même nom y décrivant tous les types de comportements hors norme que l'homme peut lui faire subir, un chapitre sur le tatouage y trouverait sa place. Ce chapitre haut en illustrations et en couleurs est traité en 3D au musée du quai Branly, dans l'exposition « Tatoueurs tatoués », où historiquement et à travers plusieurs territoires et civilisations du monde qui le pratiquent, les tatouages et les tatoueurs livrent une partie de leurs secrets. Longtemps considéré comme un signe d'exclusion en Europe, ou signe d'appartenance à un groupe défini, il est également signe de prestige social à l'autre bout de la planète. Souvent accompagnée de rituels, sa pratique n'est jamais innocente. Qu'il soit traditionnel ou esthétique, il garde une fonction symbolique. Le tatoué est marqué à la vie à la mort, puisque cet art éphémère disparaîtra avec la destruction de son corps.

 

Yonyuk Watchiya "Sua", Cédric Arnold. Photographie originale,

impression pigmentaire sur papier coton. Thaïlande, 2008-2011.


C'est une approche inédite sur cet art que proposent les deux commissaires de cette exposition, Anne et Julien de la revue « HEY ! Modern art & pop culture », rassemblant plus de trois cents oeuvres historiques et contemporaines, en cinq parcours qui retracent l'ancienneté, l'omniprésence, la grande diversité des formes de tatouages et la richesse plastique et esthétique des créations contemporaines.

 De grands tatoueurs comme l'artiste français Tin-tin, comme Grime, Freddy Corbin, Mike Davis ou encore Filip Leu, parmi les dix neufs tatoueurs exposés, donnent à voir, sur des volumes de silicone moulés sur corps, toute la gamme de leur créativité, de leurs techniques de dessin et de mise en couleurs, et là, les visiteurs tatoués comme les autres, restons cois par l'inventivité et la virtuosité des gestes. Mais l'expérience du tatouage ne se partage qu'entre tatoués. Seuls, ceux qui ont souffert dans leur chair sont les vrais initiés de cette pratique, seuls ceux qui ont fait le choix de marquer à jamais leur corps ressentent la pointe des peignes de dents de requin ou l'aiguille des machines actuelles. Ces parcours offrent autant un éclairage ethnographique et sociologique sur cette pratique universelle et plurimillénaire qu'un vrai questionnement artistique.

 

 "Suikoden, pantomime dans la neige" Toyohara Kunichika (1835-1900), Japon.

Papier, gravure sur bois, impression, inv. 71.1934.172.19.1-3.

 

Comme le Street Art, le tatouage est un art en mouvement dont le corps est l'unique support. Alors pourquoi l'histoire du tatouage n'a t-elle jamais été écrite ? Anne & Julien répondent que le fait qu'il s'agissent d'un art éphémère joue un rôle évident mais également que les obstacles que les tatoueurs et les tatoués ont eu à surmonter ou à transgresser au fil des siècles (colonisateurs et autorités religieuses) et en divers lieux de la planète, en ont fait une pratique transmise en vase clos de tatoueurs à tatoués. En France, le tatouage a un statut d'autant plus fragile qu'il s'agit d'un art furtif lié aux cultures populaires mal considérées (la rue, la prison ou l'armée) et qui l'a éloigné de la sphère culturelle dominante du XXe siècle. Au même titre que la bande dessinée, le graffiti et autres cultures outsider, le monde des arts met toujours un certain de temps à accorder une reconnaissance à des modes d'expression en marche.

 

Projet de tatouage, Alex Binnie, peinture sur toile de lin. Royaume-uni, 2013.


Cette exposition audacieuse nous emmène de l'Europe en Chine, en Amérique du Nord, au Japon, en Nouvelle-Zélande, en Océanie, dans les îles Samoa, à Bornéo, aux Philippines, en Indonésie, chez les Chicanos de Los Angeles... Ce sont autant de sources d'inspiration à travers l'histoire de ces cultures tatouées, parfois de la tête aux pieds, que les artistes tatoueurs d'aujourd'hui remettent au goût du jour en Occident alors que les pratiques traditionnelles reviennent aussi sur le devant de cette scène comme réappropriation d'une identité culturelle perdue comme en Nouvelle-Zélande ou au japon. Les corps se lisent, les langues se délient le temps de ce voyage des sens et c'est jusqu'au 18 octobre 2015 que les tatoueurs tatoués font le show au quai Branly!

 

"Paris 1900, la ville spectacle" Paris, Petit Palais,

Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris

jusqu'au 17 août 2014.

LEXNEWS | 30.05.14

par Philippe-Emmanuel Krautter

 

 

 


Le visiteur ne pourra qu’être surpris en visitant l’exposition « Paris 1900 – la ville spectacle » par l’incroyable effervescence de la capitale parisienne au tournant de ce siècle nouveau. L’exposition est installée fort à propos dans un lieu lui-même emblématique de cette richesse – le Petit-Palais – lieu qui fut pensé par l’architecte Charles Girault à l'occasion de l'Exposition universelle de 1900. Nous déambulons ainsi dans une succession de salles intimistes où foisonne cet esprit créatif en de multiples efflorescences. Six pavillons ont été conçus dans une scénographie chaleureuse, invitant à la promiscuité des visiteurs, à l’image d’un grand boulevard ou d’une sortie de bouche de métro – d’Hector Guimard. Nous commençons cette exposition par un pari, celui-là même de ce début de siècle qui espère avoir retrouvé la stabilité après les nombreux remous politiques et sociaux. Finances et monde politique ont alors de grands espoirs et le baromètre est à la confiance.

 

Jean Béraud Parisienne, place de la Concorde, vers 1890. Huile sur bois, 35 x 26,5 cm

© Paris, Musée Carnavalet / Roger-Viollet

L’un n’allant pas sans l’autre, l’art et le spectacle profiteront de ces moments de quiétude pour aller vers de vastes créations : l’Art Nouveau, bien entendu, mais aussi la mode et les nombreux spectacles. Viendra également la fameuse Exposition universelle, inaugurée le 15 avril 1900, et qui marquera si profondément la capitale, aussi bien quant à son urbanisme que dans ses infrastructures ; ce seront plus de 51 millions de visiteurs qui seront ébahis par la fée électricité, le développement de l’automobile et mille autres progrès. Alors que Toulouse-Lautrec capte sur la toile, tel un instantané, Marcelle Lender dans un boléro enfiévré, Lalique réinvente l’art du bijou et du verre en un foisonnement éblouissant si l’on prend soin de regarder dans le détail les nombreux trésors réunis pour l’occasion de l’exposition.

 

Mucha La Nature, 1899-1900. Bronze doré et argenté, 70,7 x 30 x 32 cm

© Karlsruhe, Badisches Landsmuseum

 

Cette même effervescence trouvera également son terrain d’élection, bien entendu, au cœur de la création des beaux arts si l’on pense aux profonds changements qui conduiront à dépasser la peinture académique pour des formes nouvelles telles celles de l’impressionnisme, du Symbolisme ou encore des Nabis… Rodin révolutionne l’univers de la sculpture,toutes ces créations sont réunies en un si petit espace que l’on en aurait presque le vertige ! Vertige également avec cette salle qui consacre le mythe de la Parisienne avec son élégance inimitable choyée par l’inspiration d’une foule de créateurs dont les visiteurs pourront encore aujourd’hui admirer certaines de leurs créations parvenues jusqu’à nous. Transition habile, la salle suivante nous invite au Paris nocturne, avec ses divertissements de café-concert et de music-hall, sans parler de ce fameux petit boudoir où les pudibonds feront bien de passer leur chemin…


Commissariat : Christophe Leribault, Alexandra Bosc, Dominique Lobstein, Gaëlle Rio.

 

A lire sur l'exposition

 

"Paris 1900, la ville spectacle" catalogue de l’exposition du Petit Palais, Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris, 400 pages, 420 illustrations, Paris Musées, 2014.

 

 

Lucio Fontana – rétrospective
Musée d’Art moderne de la Ville de Paris
Jusqu’au 24 août 2014

LEXNEWS | 19.05.14

par Philippe-Emmanuel Krautter

 

 

 

 

 

 

Cela faisait longtemps qu’en France n’avait pas eu lieu une telle rétrospective consacrée à Lucio Fontana, l’un des premiers artistes abstraits italiens des années 1930. Le musée d’Art moderne de la Ville de Paris a eu cette heureuse initiative de réunir plus de 200 sculptures, toiles, céramiques et environnements permettant ainsi de se faire une idée complète du riche parcours de l’artiste italien. En évoquant le travail de Lucio Fontana viennent souvent à l’esprit ses incroyables toiles fendues qui l’ont rendu célèbre, mais l’artiste a travaillé également toute sa vie durant à de nombreuses autres formes d’expression évoquées et présentées de la plus belle façon au musée d’Art moderne grâce à une scénographie et un accrochage donnant la priorité à la découverte des œuvres. Lucio Fontana nait en Argentine à la toute fin du XIXe siècle, en 1899, d’un père italien, lui-même sculpteur. Il passera l’essentiel de sa vie à Milan. Le parcours de l’exposition commence par ses sculptures primitives et abstraites s’inscrivant dans la période 1930-1935. Ces premières sculptures sont très personnelles et ne se rattachent à aucun courant artistique. L’esthétique brute et archaïque préfigure d’une certaine manière le spatialisme « afin d’abolir la composante statique de la matière » alors que les sculptures abstraites conçues dans une dimension plane, entre dessins dans l’espace, à la géométrie surprenante par rapport aux œuvres précédentes. Avant d’arriver au spatialisme, nous aurons le temps de découvrir les céramiques d’une rare intensité et dans lesquelles Fontana a excellé de 1936 à 1940. Ce cocrodillo prêt à bondir est aussi réaliste dans sa représentation que ce Torso italico s’abstrait des formes.

 

 

 

Lucio Fontana "Concetto Spaziale, La Fine di Dio", 1963.

 FONDAZIONE LUCIO FONTANA/BY SIAE/ADAGP

La couleur joue avec la matière et brouille les conventions. Nous réalisons alors combien l’artiste jouit d’une rare liberté dans sa création, création qui va prendre un tournant décisif avec la naissance du spatialisme en 1946 dont les fondements seront posés dans le Manifeste blanc, né d’une réflexion collective avec d’autres artistes. Il s’agit de rompre avec la tradition du tableau de chevalet, découvrir de nouvelles techniques et être en phase avec le progrès pour parvenir un art spatial qui serait une synthèse entre « couleurs, son, mouvement, espace ». On oublie trop souvent que l’idée de néons disposés en volutes dans un volume architectural a été déjà pensé en son temps par Lucio Fontana, bien avant de nombreux artistes américains.

 

Concetto spaziale (Concept spatial) 1962, Courtesy Tornabuoni Art, Paris

© Fondazione Lucio Fontana, Milano / by SIAE / Adagp, Paris 2014.

 

1949 marquera également une année essentielle avec ce « milieu spatial à lumière noire » entre sculpture et peinture, dans une perception plus directe de l’espace. Les découvertes se poursuivent encore avec la période des Buchi (Trous) de 1949 à 1952 où les toiles intègrent en leur sein cette dimension spatiale par le procédé de trous pratiqués ouvrant à une autre dimension que celle de la planéité de la toile, technique que l’artiste appliquera sur d’autres supports avec succès si l’on pense à cette œuvre en métal exposée. Galaxies, nébuleuses et autres configurations géométriques abstraites nous permettent de nous échapper de la gravité, aux deux sens du terme… Puis viendront les œuvres plus connues de l’artiste, avec ces fameuses Tagli (fentes) qui poursuivent l’aventure spatiale de manière originale, fentes que l’on retrouvera dans la céramique avec les séries Nature réalisées à Albisola avant de terminer ce riche parcours par d’impressionnantes toiles monochromes intitulées Fine di Dio (la Fin de Dieu) ainsi qu’une remarquable Trinità évoquant l’origine de la vie, le questionnement religieux et la place de l’homme dans la création.
Le visiteur ressortira non seulement impressionné par une telle création, aussi riche et visionnaire, mais également rasséréné par la force qui se dégage de ces chefs-d'œuvre.

 

 
 

 

Musée d'art moderne de la Ville de Paris, 11, avenue du Président-Wilson, Paris 16e. Du mardi au dimanche de 10 heures à 18 heures, le jeudi jusqu'à 22 heures

 

Catalogue de l'exposition

 

« Lucio Fontana rétrospective » catalogue avec des textes de Fabrice Hergott, Jean Louis Schefer, Daniel Soutif, Anthony White, Luca Massimo Barbero, Paolo Campiglio, Marina Pugliese, Sébastien Gokalp, Choghakate Kazarian, et une anthologie de textes de Michel Tapié, Lawrence Alloway etc. , 300 pages, relié avec jaquette, Paris Musées éditions, 2014.

lire notre chronique

 

 

 

 

 

Le Trésor de Naples - Les Joyaux de San Gennaro
musée Maillol jusqu'au 20 juillet 2014

LEXNEWS | 12.05.14

par Philippe-Emmanuel Krautter

 

 

A travers le mystère d’une ampoule du sang d’un saint qui, trois fois par an aux mêmes dates, se liquéfie depuis des siècles sans aucune explication scientifique, nous entrons dans le mystère, un mystère peut-être encore plus grand, celui de la foi d’une communauté de fidèles qui, en Italie, voue un culte fervent à San Gennaro, l’un des saints les plus respectés de Naples. Et en ce moment justement, au musée Maillol à Paris, une exposition exceptionnelle permet d’approcher cette ferveur par le truchement de ses manifestations les plus esthétiques et précieuses à savoir les parures liturgiques et autres riches mobiliers sortants pour la première fois d’Italie, et précieusement conservés par la Députation.

 


Matteo Treglia, Mitre de San Gennaro, 1713, Naples, Museo del Tesoro di San Gennaro Argent doré, 3326 diamants, 168 rubis, 198 émeraudes et 2 grenats — H.45 cm © Matteo D’Eletto


Qu’il adhère fidèlement au culte des reliques ou qu’il soit plus dubitatif, voire même extérieur aux choses de la foi, le visiteur de cette exceptionnelle exposition ne pourra cependant que ressentir inexorablement une émotion : celle qui a uni un peuple et un saint depuis plus de 400 ans, par un contrat insolite - oui, bien un contrat !- historiquement passé devant notaire en 1527, acte par lequel saint Janvier s’est engagé à protéger les Napolitains de la peste et des irruptions du Vésuve en échange de quoi le peuple s’engageait à lui bâtir une chapelle et à constituer un trésor qui lui seraient dédiés… L’histoire étonne, surprend et ravit le contemporain du XXI° siècle, car ce contrat est toujours présent dans la conscience collective napolitaine et ces trésors qui sont actuellement donnés à admirer aux Français jusqu’en juillet ne sont donc nullement des pièces de musée, mais bien des manifestations de cette foi vivante de toute une communauté qui se rallie autour de ces trésors et de cette ampoule, symbole émouvant du martyre d’un saint lors des dernières persécutions chrétiennes sous Dioclétien. Paolo Jorio, Directeur du Musée du Tesoro di San Gennaro, souligne combien aucune autre ville que Naples n’aurait pu réaliser une telle prouesse : celle d’ériger un trésor à la fois spirituel et artistique inestimable dédié à un saint, trésor qui n’appartient ni à l’État ni à l’Église, mais à un peuple, celui de Naples.

Les joyaux réunis au musée Maillol dans la capitale parisienne grâce à l’initiative de sa directrice Patrizia Nitti, nous font ainsi remonter le temps sur près de cinq siècles et nous offre à voir, à admirer l’ensemble de ce trésor qui dépasserait, dit-on, en richesse celui de la Couronne d’Angleterre, mais est-ce l’essentiel ?

 

Michele Dato, Collier de San Gennaro, 1679 Or

argent et pierres précieuses — 60 × 50 cm © Matteo D’Eletto

 

Le visiteur de l’exposition, qui avait eu lieu à Rome l’année précédente dans une autre présentation, aura en effet grande peine à réfréner son envie de monter immédiatement au premier étage admirer le fameux Collier de San Gennaro qui brille de tous ses feux, feux provenant des dons des plus grands souverains, mais aussi de Napolitains anonymes sur près de trois siècles. Mais s’arrêter, là, serait cependant faire injure aux quinze bustes colossaux et aux deux statues d’argent massif réalisés par les grands sculpteurs baroques ou encore à cette incroyable mitre du saint réalisée en 1713 par Matteo Treglia. La liste des gemmes les plus précieuses donne le vertige : 3 326 diamants, 168 rubis, 198 émeraudes… Devant un tel éblouissement, on oublierait presque de s’extasier devant la préciosité des émeraudes, une des collections les plus belles du monde, sans omettre ce fameux rubis extraordinaire dont la couleur si intense lui a valu le qualificatif de “la lave du Vésuve”. Le reliquaire du XIVe siècle sera également un moment d’exception non seulement pour sa préciosité, mais aussi pour ce qu’il représente pour la communauté de Naples, et dont une vidéo présente les processions suivies par tout un peuple réuni. Et tel est bien, semble-t-il, l’un des traits les plus marquants de cette exposition singulière : la plus haute virtuosité artistique se fondant, ici, avec la dévotion la plus spontanée d’un peuple rassemblé en un profond élan vers ce qui indéniablement dépasse le quotidien.

 

 

 

Commissariat :
Paolo Jorio, directeur du Musée du Tesoro di San Gennaro
Assisté pour la France par Jean-Loup Champion, historien de l’art

Du 19 mars au 20 juillet 2014
Tous les jours de 10h30 à 19h
Nocturne le vendredi jusqu'à 21h30

Musée Maillol
59-61, rue de Grenelle
75007 Paris
M° Rue du Bac

www.museemaillol.com

 

 

 

 

 

Giacometti, Marini, Richier. La figure tourmentée
jusqu'au 27 avril 2014

LEXNEWS | 15.04.14

par Philippe-Emmanuel Krautter

 

 

 

 

Le musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne réserve une belle exposition à ses visiteurs autour de l’idée de figure tourmentée réunissant trois artistes majeurs : Giacometti, Marini et Richier. Après avoir gravi le bel escalier du Palais Rumine – ou moins courageusement emprunté l’ascenseur à sa droite- le visiteur découvrira cette très belle exposition remarquablement installée dans de vastes salles mettant en valeur les sculptures réunies pour cet évènement. C’est à une vision de l’être humain auquel nous sommes invités et chacun de ces trois artistes a, ici à sa manière, dépassé l’académisme pour atteindre un autre niveau de figuration que nous découvrons dès la première salle où le corps et la tête restent au cœur des recherches des trois sculpteurs du XXe siècle, chacun avec ses propres interrogations et réponses créatrices.

 

 

Germaine Richier, La Mante, 1946, bronze, 158 × 56 × 78 cm. Genève,

Galerie Jacques de la Béraudière. _© 2013, ProLitteris, Zurich. Photo : Droits réservés

 

Ainsi, retrouvons nous cette figuration si caractéristique du Suisse Alberto Giacometti avec cette fragilité de l’Homme qui chavire ou encore le Cri de l’Italien Marino Marini qui métamorphose l’homme et le cheval en un centaure des temps modernes alors que La Mante de la Française Germaine Richier humanise l’insecte à un tel point qu’elle parvient à nous faire douter de notre humanité ou animalité…

 

 


Marino Marini, Cavaliere [Cavalier], 1953, bronze, 137,5 × 83 × 101 cm. Florence

Museo Marino Marini. © 2013, ProLitteris, Zurich. Photo : Mauro Magliani

 

 

La figure tourmentée transparaît alors dans les lignes brisées, la matière rugueuse, les reliefs de matière qui sont autant d’interstices de vies et de cahots. Ces sculptures nous parlent souvent beaucoup plus que certains spectacles vivants, car la matière n’est ici en rien traduction ou véhicule d’émotions faciles, mais imprime réellement ce qui est de l’ordre de l’âme de la création. Comment comprendre ces mouvements hésitants, fragiles, qui anticipent ou rétablissent des équilibres précaires, tel Le Jongleur de Marini que seules les pointes des pieds retiennent encore du basculement ? Toutes ces interrogations naissent et trouvent – parfois – des réponses ou donnent encore naissance à d’autres questions au fil des salles où, grand luxe, peu d’œuvres sont réunies et laissent ainsi le loisir de tourner encore et encore autour d’elles, ajoutant au tourbillon ressenti de leurs fragiles évocations !

 

A lire...

 

Giacometti, Marini, Richier. La figure tourmentée
Textes de Casimiro Di Crescenzo, Angela Lammert, Camille Lévêque-Claudet et Maria Teresa Tosi
160 pages, 24 x 28 cm, 90 illustrations couleur
Edité par le Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne et 5 Continents, Milan, 2014

 

 

 

Musée cantonal des Beaux-Arts
Palais de Rumine,
Place de la Riponne 6
CH - 1014 Lausanne
www.musees.vd.ch/musee-des-beaux-arts

 

 

 

Le goût de Diderot
Greuze, Chardin, Falconet, David...
Fondation de l’Hermitage - Lausanne
jusqu'au 1er juin 2014

LEXNEWS | 15.04.14

par Philippe-Emmanuel Krautter

 

 

 

Si vous souhaitez partager le goût de Diderot en un bel endroit, ce sera à Lausanne, à la Fondation de l’Hermitage, jusqu’au 1er juin 2014. Dans un espace enchanteur, préservé de tout urbanisme, le visiteur aura l’impression d’avoir remonté les aiguilles du temps, une indélicatesse que l’on vous pardonnera en ces terres de précision horlogère… Cette belle exposition a été conçue comme un hommage au célèbre philosophe et encyclopédiste des Lumières dont on fêtait l’année dernière le tricentenaire de sa naissance. L’homme avait le goût des Salons et l’exposition réserve une part importante à la culture visuelle de Diderot, avec les tableaux et les sculptures qu’il aimait ou… détestait.

 

Jean-Baptiste Siméon Chardin
Le panier de pêches, raisin blanc et noir, avec rafraîchissoir et verre à pied, 1759
huile sur toile, 38,5 x 47 cm Musée des Beaux-Arts, Rennes
© RMN-Grand Palais (musée des Beaux-Arts de Rennes) / Patrick Merret

 

Ce goût de Diderot fait l’objet d’une belle présentation autour de trois idées importantes chez le philosophe : la vérité, la poésie en peinture et la magie de l’art. C’est dans sa Correspondance littéraire que l’on pourra retrouver ce regard porté par un homme épris d’une grande liberté de ton et qui n’hésitait pas à montrer comment et pourquoi il savait apprécier – ou détester – une œuvre qu’il avait eu à observer. C’est la vérité qui lui fait admirer les scènes à portée morale évoquées par Jean-Baptiste Greuze alors que, curieusement pour notre regard contemporain, il n’apprécie pas les peintures de Boucher qu’il juge trop fantaisistes, le regard de Diderot a décidément de quoi nous surprendre… Mais il s’agit moins d’une surprise lorsque le visiteur prend conscience que pour Diderot, un tableau doit être composé comme une poésie -Ut picture poesis- avec une préférence pour la simplicité d’un Vien ou d’un David.

Et entre alors en scène la magie de l’art qui, à l’habile composition, ajoute cet émerveillement des couleurs, cette grâce inattendue des formes qui s’associe sans heurt une magie qui opère sur la toile à l’image des évocations du peintre Hubert Robert sur les ruines de Rome.

 

Dmitri-Grigorievitch Levitski
Portrait de Denis Diderot, philosophe et littérateur français, 1773
huile sur toile, 58 x 83 cm Musées d’art et d’histoire, Genève
© Musées d’art et d’histoire, Ville de Genève / Yves Siza

 

Le goût de Diderot tend vers les choses réelles et délaisse l’allégorie jugée par ce dernier souvent excessive, la pensée doit être forte, noble et simple selon ses critères et qui lui feront apprécier les sculptures de Houdon ou de Pigalle avec son admirable Mercure. Nous sommes prévenus, le goût de Diderot est exigeant, et cette très belle exposition invite ainsi à nous y former afin de retrouver cette belle manière de penser et de voir en cette fin du XVIII° siècle que cette exposition honore de bien agréable manière !

 

Claude Joseph Vernet
La bergère des Alpes, après 1770 huile sur toile, 119,5 x 80 cm
Musée des Beaux-Arts, Tours © Musée des Beaux-Arts, Tours / P. Boyer Montlouis


Le commissariat général de l’exposition est assuré par Michel Hilaire, Conservateur général du patrimoine, Directeur du musée Fabre, Sylvie Wuhrmann, Directrice de la Fondation de l’Hermitage et Olivier Zeder, Conservateur en chef du patrimoine, chargé des collections anciennes au musée Fabre

 

Fondation de l’Hermitage | 2 Route du Signal | Case postale 38 | CH - 1000 Lausanne 8 Bellevaux | T. +41 (0)21 320 50 01
 

 

 

 

Bois sacré - initiations dans les forêts guinéennes

musée du quai Branly jusqu’au 18 mai 2014
 

LEXNEWS | 03.04.14

par Sylvie Génot

 

 


Ils sortent à peine de l'enfance et le monde des adultes les attrape et les emporte dans la forêt en des lieux interdits, des lieux inaccessibles qu'il est impossible d'approcher par hasard, des bois sacrés et secrets. Jeunes adolescents, garçons ou filles, vont vivre le Poro, un rite ancestral d'initiation au cœur de la forêt guinéenne. C'est au XVIème siècle, suite à l'effondrement de l'empire du Mali et aux mouvements de populations qu'il engendre dans toute l'Afrique occidentale, que plusieurs groupes venus du sud de la zone sahélienne identifiés comme les Manes et considérés comme les ancêtres des Toma s'établirent dans une zone forestière et montagneuse à l'est de la Guinée et du Libéria actuel. D'après les sources orales, une institution fondamentale aurait été créée à cette époque par les Toma : le Poro. Il s'agit d’une sorte d'association qui encadre le système d'initiation et qui joue un rôle majeur dans les rites de passage à l'âge adulte marquant la vie de chaque individu. Le Poro est une organisation qui structure la société toma, c'est une force politique qui regroupe les principaux décisionnaires de le vie de la communauté. Sans l'apprentissage du Poro personne ne peut intégrer le monde des adultes. Plusieurs populations de l'Afrique de l'Ouest ont assimilé le Poro en y apportant quelques variantes. Ainsi le Poro des Sénoufos de Côte d'Ivoire du Mali diffère de celui des Tomas de Guinée et du Libéria qui lui même ne sera pas identique à celui des Bassa, également du Libéria.

 

Masque, population Toma, Libéria (Afrique). Bois, inv. 75.2022

© musée du quai Branly, photo Claude Germain

 

L'exposition « Bois sacrés, initiation dans les forêts guinéennes » que présente le musée du quai Branly, évoque pour la première fois l'origine du Poro, la cérémonie et le secret qui entoure les objets de ce rite et qui leur confère une force redoutée de tous. Ces objets, et tout particulièrement les masques y jouent un rôle essentiel, ils matérialisent le pouvoir détenu par quelques grands initiés. L'apparition de ces figures masquées se manifeste de manière plus ou moins visible au cours des étapes de l'initiation. Une partie de l'initiation est consacrée à l'apprentissage du secret des masques, de la danse, de la musique et des chants qui l'accompagnent. Quels rôles exactement jouent ces masques dans les cérémonies du Poro ? D'une manière générale, les masques annoncent et encadrent l'initiation et sont présents et dansés lorsque le temps du départ vers le bois sacré approche.

Ils peuvent parfois accompagner les jeunes jusqu'au lieu d'apprentissage toujours caché du regard des non-initiés. Ils sont parfois un lien avec les familles. Ils sont aussi un symbole de la réussite de l'initiation comme chez les Toma, où le masque Dandaï, avec sa mâchoire articulée, avale les enfants et les recrache en tant qu'adultes. Cette cérémonie n'est pas publique mais d'autres masques peuvent être vus par la communauté. Certains initiés peuvent ensuite intégrer la hiérarchie du Poro, car le Poro est avant tout fait pour former les personnes à savoir garder un secret, tisser des liens invisibles entre les différents membres du Poro et au-delà avec la communauté.

 

Masque Bakorogui féminin, population Toma, Guinée (Afrique). Bois, inv. 71.1959.24.1

© musée du quai Branly, photo Claude Germain

 

Le Poro se fonde ainsi sur le secret et sa conservation. Les savoirs et les connaissances ne doivent pas être divulgués de même que l'identité des membres du Poro. Cette exposition, sous le commissariat d'Aurélien Garobit responsable des collections d'Afrique du musée Branly et responsable scientifique du Pavillon des Sessions du musée du Louvre, présente un ensemble de soixante dix pièces regroupant masques angbaï bakorogui, okobuzogui, dandaï, des statuettes et des pierres sculptées, des masques heaumes sowei de femmes de la société sandé, des masques cimiers des masques autel ou encore des monnaies guinzé en fer. Petits ou grands, beaux (masque kpélié), étonnants (masque angbaï à peau de singe) ou terrifiants (masque à cornes et bec), chacun de ces objets nous raconte son histoire, la mythologie toma et ses esprits (afwi, grand esprit de la forêt), les coiffes cérémonielles des femmes du Sierra Léone et de Guinée, la présence et les secrets des esprits, leur incarnation dans la matière, les charges magiques dissimulées dans les masques mêmes (l'IRM du masque à cornes et bec Maou révèle tout l'assemblage des matières cachées dans le masque). Des photographies in situ montrent la majesté des grands masques et leur costume, des groupes d'initiés parés ou encore des danses des femmes, tous ces témoignages « vivants » de la magie des mondes intangibles, « derrière » le miroir, qui nous emmènent dans les bois sacrés des forêts guinéennes.

 

Masque Angbaï, population Toma, Guinée (Afrique). Bois, étain, peau, inv. 73.1963.0.22

© musée du quai Branly, photo Claude Germain



Exposition jusqu'au 18 mai 2014, mezzanine Est du musée du quai Branly.

 

 

Le Paysage à Rome entre 1600 et 1650 – Cabinet des dessins Jean Bonna
Exposition Beaux-Arts de Paris jusqu’au 2 mai 2014.

LEXNEWS | 24.03.14

par Philippe-Emmanuel Krautter

 

 

Girolamo Muziano (1532-1592)
- Saint Eustache Plume, encre brune et rehauts de gouache blanche
 


Chaque exposition du cabinet Jean Bonna aux Beaux-arts est toujours un moment d’intimité rassérénante parmi les évènements culturels de la capitale française. Peu d’espace, un choix limité d’œuvres et pourtant un rare bonheur d’être au cœur d’une véritable réflexion, tels sont les sentiments qui anime le visiteur de cette dernière manifestation qui vient d’ouvrir au 14 de la rue Bonaparte. La première moitié du XVIe voit naître à Rome une perception différente du paysage, perception qui n’aura de cesse de se développer et de s’accroître, legs essentiel pour les siècles et les représentations picturales futures. La lumière et la campagne romaines ont su s’infiltrer d’une telle manière dans le dessin de quelques artistes que l’on s’étonne encore que cela ne se soit pas réalisé plus tôt. Comme le souligne justement Alain Madeleine-Perdrillat dans l’introduction au beau catalogue réalisé pour l’occasion, il est remarquable de noter ce moment où des peintres ont éprouvé par un singulier désir, d’aller dessiner dans la nature, sans autre raison que leur élan artistique. Et c’est bien à cela que nous assistons, pour ainsi dire en direct, avec ces dessins réunis par les soins d’Emmanuelle Brugerolles, commissaire pour exposition. Qu’il s’agisse en effet de Girolamo Muziano avec cette très belle évocation de saint Eustache en génuflexion devant le cerf hiératique sur un rocher d’un paysage magnifique ou de Frederik van Valckenborch, né à Anvers en 1566, décrivant les ruines antiques de la ville éternelle, la nature devient sujet et non plus seulement le cadre de la représentation artistique.

 

Nicolas Poussin
Paysage avec un château fortifié

Frederik van Valckenborch
Les termes de Caracalla

 

Ces jeunes artistes auront alors à cœur de se promener seul ou en groupe afin d’immortaliser chemins, ponts, Tibre avec dans tous les cas une curiosité insatiable pour cette lumière qui émerge, inonde et baigne ces dessins à la plume, l’encre ou lavis. Carnets et croquis se font alors supports de ces pérégrinations bucoliques, témoignages qui sont parvenus jusqu’à nous comme en témoignent ces très beaux dessins d’Agostini Carracci dont les arbres figurés dans la Fuite en Egypte ne cessent d’étonner si l’on pense à ce qui sera fait dans les siècles suivants.

 

     Claude Gellée dit le Lorrain                     Bartholomäus Breenbergh
        Etude d’arbre                                     Arbres au bois de Bracciano

 

Les arbres inspireront également le travail de Bartholomäus Breenbergh, arbres au bois de Bracciano, à un point tel que dans le dessin, la noble forme végétale prédomine sur l’ensemble de la composition et que la présence humaine à ses pieds semble bien secondaire. Manifestement, quelque chose d’important se réalise à ce tournant du XVIe, et ce de manière discrète, comme en témoigne encore cette représentation de saint Dominique et l’évêque d’Herman van Swanevelt dans laquelle la nature n’est plus seulement témoin d’un rencontre, mais bien acteur d’un dialogue créatif qui n’aura de cesse de se développer jusqu’à nos jours.
 


A noter le beau catalogue de l’exposition réalisé par Emmanuelle Brugerolles avec une introduction d’ Alain Madeleine-Perdrillat, Beaux-Arts de Paris – Carnets d’études, 2014.

 

 

Les Impressionnistes en privé
Cent chefs-d’œuvre de collections particulières – Musée Marmottan Monet
jusqu’au 6 juillet 2014

 



Patrick de Carolis, le nouveau directeur du musée Marmottan, souligne dans sa présentation de la dernière exposition qui vient d’ouvrir au musée combien nous devons à la passion d’un grand nombre de collectionneurs privés qui, souvent tout au long d’une vie, ont réunis des chefs d’œuvres, parfois méconnus du public de leur vivant, et dont il nous est donné d’admirer la beauté aujourd’hui. Contrairement à la pensée commune, il ne s’agit pas toujours de spéculations et les choix faits n’étaient pas toujours ceux du réalisme. De nos jours, cinquante et un prêteurs perpétuent d’une certaine manière cette passion en permettant que ces œuvres rarement, voire jamais montrées, soient exposées et ainsi dévoilées dans l’un des plus beaux musées de l’impressionnisme de la capitale. Cent tableaux sont ainsi accrochés au cœur même du musée Marmottan dans un esprit semblable à celui qui animait et anime encore ces collectionneurs avec une présentation sobre, sans mise en l’espace excessive, afin que le regard porte sur l’essentiel, l’œuvre présentée à nos regards. Cet hommage aux collectionneurs, et aux artistes qui furent soutenus par eux, s’intitule Les Impressionnistes en privé, nous comprenons mieux pour quelles raisons une fois le seuil du musée franchi. Claire Durand-Ruel Snollaerts et Marianne Mathieu, commissaires de l’exposition, ont conçu un parcours chronologique avec cette perception bien particulière du paysage initiée par Corot, Jongkind ou encore Boudin, et dont les œuvres forment une ouverture à un élan qui n’aura de cesse de se développer et d’autoriser tous les courants de la modernité picturale du XX° siècle.

 

 

Eugène Boudin "Bénerville. La Plage", 1890 - Collection particulière

 

Il suffit, pour s’en convaincre, de s’arrêter devant cette marine Le port de Bordeaux d’Eugène Boudin pour saisir ce dialogue naissant entre le ciel, les mats et l’onde dans une identité de couleur de gris argentin déjà soulignée par Zola en son temps qui renforce cette impression que l’artiste parvient à saisir et à nous faire partager.

 

Du même peintre, il ne sera pas possible de passer sous silence cette toile Bénerville La plage dont seuls les éléments naturels prédominent, la présence humaine relevant plus du décor.

 

Il faudra encore beaucoup d’audace dans ce dernier tiers du XIXe siècle, des choix souvent difficiles pour oser s’opposer à l’omnipotence de l’académisme avec toutes les conséquences que l’on peut imaginer. Une date, 1874, un lieu, le 35 boulevard des Capucines à Paris seront déterminants : C’est en effet dans les locaux du photographe Nadar, que Monet, Renoir, Pissaro, Degas Sisley, Morisot, Guillaumin et Cézanne seront réunis et signeront presque un pacte de couleurs avec ce mouvement que l’on désignera par impressionnisme en référence au tableau de Claude Monet Impression soleil levant tant raillé par la critique et que l’on aura plaisir à revoir à l’étage inférieur au terme de l’exposition…

 

 

Claude Monet "Les Peupliers, automne", 1891 - Collection particulière prêtée par l’intermédiaire de la Galerie Bernheim- Jeune, Paris - Christian Baraja

 

Le parcours de l’exposition fera la démonstration de l’incroyable justesse de ce nouveau paradigme pictural avec une sensibilité hors du commun artistique à l’époque de la lumière, une palette qui invente de nouvelles associations pour approcher d’une autre manière le réel et la nature. L’exposition n’oublie pas, bien entendu, le rôle tenu par Manet dans cette révolution artistique avec une œuvre, un bar aux Folies bergères vers 1881 et dont l’audace reflète notre humanité dans ces miroirs de l’âme. A partir de là, tout est possible, et l’exposition nous montre comment avec le soutien de l’indéfectible Gustave Caillebotte qui non seulement peindra, mais également achètera et léguera 67 œuvres à l’Etat français qui ne saura qu’en faire… Le mouvement est ainsi lancé, avec ses solidarités, et ses individualités. Le parcours se termine par une ouverture vers l’au-delà de l’impressionnisme avec notamment l’incroyable création de Monet dont l’abstraction et le travail sur la couleur repoussent les limites de l’art avec une audace sans cesse renouvelée, jusqu’au terme de sa vie.
 

lire notre chronique du catalogue de l’exposition :

 

 

 

 

« Les Impressionnistes en privé. Cent chefs-d'oeuvre de collections particulières »
Marianne Mathieu, Claire Durand-Ruel Snollaerts, Richard R. Brettell, Collection : Catalogues d'exposition, Hazan, 2014.

 


 

 

 

 

Gustave Doré (1832-1883). L'imaginaire au pouvoir
Musée d’Orsay, jusqu’au 11 mai 2014.

 


 



Le musée d’Orsay a réservé de beaux espaces bien mérités à l’art de Gustave Doré (1832-1883). Le visiteur sera surpris par ce premier espace du rez-de-chaussée qui, dès l’entrée, manifeste une dimension que l’on ignorait de cet artiste trop souvent relégué au rang de brillant illustrateur. Une scénographie à la fois sobre et légèrement inquiétante nous plonge dans une semi-obscurité qui met en valeur des œuvres impressionnantes telles ces deux huiles Les Saltimbanques ou L’Enfant blessé évoquant un drame du quotidien et où tout a force jusqu’à l’émotion la plus extrême renforcée par le regard du petit chien au fond de la toile. Gustave Doré a une acuité non seulement visuelle, mais également sociale hors du commun, sensibilité à fleur de toile et de dessin qui ne cessera de surprendre tout au long de cette remarquable exposition. Nous découvrons ainsi des œuvres monumentales bien différentes des gravures qui ont marqué notre jeunesse et que l’on retrouvera également avec plaisir au 5e étage. Toujours dans un registre tragique, la toile monumentale Dante et Virgile attire tous les regards et nous ferait presque entrer dans ce neuvième cercle des Enfers évoqués par le poète florentin. Sous le regard de Virgile et de Dante, les traîtres sont là, le corps dénudé et à moitié pris dans les glaces, torturés par le péché commis de leur vivant. Les commissaires de l’exposition, Paul Lang, Edouard Papet et Philippe Kaenel, ont eu raison de mettre en avant cette alchimie entre intimité et spectaculaire dès le début de cette première rétrospective sur l’artiste depuis plus de trente ans. Gustave Doré a une imagination sans bornes, qui surprend non seulement pour son audace, mais également par sa modernité. Il suffira pour en être convaincu de grimper les cinq étages – en espérant ne pas nous trouver dans les cercles de l’Enfer – pour poursuivre notre voyage avec Gustave Doré comme guide…

 

Au cinquième, une succession de salles thématiques nous donnera un vertige dantesque, l’artiste a tant appréhendé des univers différents les uns des autres que nous avons l’impression que la vie se déroule devant nous : les bas-fonds de Londres au XIX° siècle, les caricatures qu’elles soient rabelaisiennes ou contemporaines au Paris de Gustave Doré, l’Espagne du peuple ou celle de Don Quichotte qu’il a su indifféremment aussi bien illustrer. L’artiste sait également rendre avec une sensibilité marquée le sentiment religieux, le visiteur pourra à cette occasion non seulement retrouver le travail qu’il a pu accomplir pour l’illustration de la Bible, mais également s’étonner devant ce Christ quittant le prétoire (l’œuvre se trouve dans la première salle au rez-de-chaussée) dont la monumentalité n’a d’égale que la force représentative qui aura tant d’influences – conscientes ou inconscientes - sur les représentations cinématographiques futures.

Gustave Doré ne cesse d’étonner tout au long de cette exposition, et les dernières œuvres consacrées au paysage, et exposées en fin de parcours, laisseront pantois tant leur force suggestive impressionne non seulement le regard, mais nous plonge dans une méditation à la fois minérale et végétale, fusion avec la nature qui anticipe le naturalisme de la fin du XIXe siècle.

 

 

Gustave Doré Les Saltimbanques

© Ville de Clermont-Ferrand, musée d'art Roger-Quilliot [MARQ]



Commissariat : Edouard Papet, conservateur en chef au musée d'Orsay
Philippe Kaenel, professeur titulaire d’histoire de l’art à l’Université de Lausanne
Paul Lang, sous-directeur et conservateur en chef au musée des beaux-arts du Canada En partenariat avec la Bibliothèque nationale de France.
(Exposition également présentée à Ottawa, musée des beaux-arts du Canada, du 12 juin au 14 septembre 2014)

 

 

 

lire notre chronique du catalogue de l’exposition :

 

Gustave Doré (1832-1883). L'imaginaire au pouvoir, Sous la direction de Philippe Kaenel, , Flammarion, 2014.

 


 

 

 

 

 

 

Chu Teh-Chun Les chemins de l'abstraction

Pinacothèque de Paris, jusqu'au 16 avril 2014

 



L'artiste est le témoin privilégié de son temps, il peint des images réelles ou imaginaires comprises par tous. L'apparition de la photographie au début du XXe siècle va le libérer de cette obligation, il pourra alors peindre se qu'il ressent en son for intérieur et les frontières des codes esthétiques en seront bouleversées. La représentation figurative du monde change et va vers l'abstraction des formes et des codes jusqu'alors établis.
Chu Teh-Chun est un des artistes de la seconde moitié du XXe siècle qui témoigne, dans son parcours et ses recherches artistiques, de la déconstruction progressive des contraintes de la figuration jusqu'à une abstraction quasi totale de ses sujets d'étude (essentiellement des paysages).
Chu Teh-Chun est né le 24 octobre 1920 à Baitou Zhen, dans le district de Xiaoxian en Chine, dans une famille de lettrés collectionneurs. Un de ses oncles lui transmet la passion de l'écriture idéographique dont il gardera toujours dans sa peinture la passion du geste, comme une référence à cette technique traditionnelle, première forme d'abstraction. Il arrive en France avec sa femme en 1955 et fréquente l'académie de la Grande Chaumière et commence son cheminement vers l'abstraction. Une soixantaine d'œuvres de cet artiste chinois sont actuellement exposées à la Pinacothèque de Paris. Elles nous transportent entre poésie, contemplation, philosophie, colère, admiration, révolte.

 

 

Collection privée © Photo: atelier CTC © Adagp, Paris 2013
Sans titre 2008 Huile sur toile 195 x 130 cm


Une étonnante lumière illumine ses toiles, marquées par quelques rencontres fortes avec d'autres d'artistes contemporains ou pas comme Nicolas de Staël, Cézanne, Goya, Rembrandt, les maîtres vénitiens, de Kooning et Pollock entre autres, et dont on peut apercevoir les influences tout au long du parcours de l'exposition. Chu Teh-Chun sera toujours sous l'influence de la peinture traditionnelle chinoise, qui, comme le geste sûr et précis de l'art de la calligraphie, apparaît en « transparence » dans toute son œuvre.

Chu Teh-Chun n'est pas un artiste chinois adoptant le langage occidental, il partira à la conquête ou à la reconquête des deux traditions mêlant les influences de ces deux cultures pour se rapprocher de la Nature où seul compte le mouvement et sa perpétuelle évolution de couleurs et de lumière. Les œuvres ici réunies couvrent le travail de Chu Teh-Chun entre 1955 et 2008 lorsqu'il a cessé de peindre et permettent de mesurer la variété et la richesse de son univers stoppé trop tôt par un grave AVC qui le prive, aujourd'hui à l'âge de 93 ans, d'une grande partie de ses facultés.

 

Collection privée © Photo: atelier CTC , © Adagp, Paris 2013
Rouge, la pluie de pétales sur le village Blanc, le nuage au-dessus de la maison 1960

Huile sur toile, 195 x 130 cm

 

Il suffit de se laisser porter de salle en salle en flânant, en flottant, ou s'arrêtant net, subjugué par la profondeur des bleus (Suavité impassible - 1996), de se laisser pénétrer par les couleurs de feu de certaines toiles (Feuille rouge – 1970 ou Reflets -1979), par la lumière éclatante qui déchire les toiles (Flot de lumière - 1990), par les chromatiques symboliques de la peinture chinoise (Émotion naissante - 1991), il suffit de se laisser envelopper par la douceur des paysages sous la neige (Chant d'hiver - 1985), se perdre dans l'infini d'un paysage (Après la coupe des adieux, le silence de la grande steppe – 2001), il suffit de laisser son cœur battre au rythme des lignes floues de (Flot de lumière – 1990 ou Poème bleu – 1994), il suffit de se fondre dans un de ces nombreux paysages et de s'autoriser à voyager dans chacune de ces propositions qui prennent racine dans la Nature, la Lumière et la Matière pour ressortir apaisé, serein, se sentant à la fois proche et lointain de l'univers entier de Chu Teh-Chun, peintre-poète à la gestuelle puissante, aux formes parfois mystérieuses, à la spiritualité à « fleur de toile ».
C'est donc une invitation à la liberté que propose la Pinacothèque de Paris, une liberté totale sur les chemins de la création, sur les chemins de l'abstraction à travers l'œuvre de Chu Teh-Chun.
L'exposition Chu Teh-Chun, les chemins de l'abstraction est ouverte jusqu'au 16 avril 2014.


Le catalogue de l’exposition :

 

CHU TEH-CHUN, les chemins de l'abstraction 147 pages - illustrations couleur et noir et blanc, Éditions Gourcuff Gradenico et Pinacothèque de Paris, 2014.

 

 


 

 

 

 

Etrusques

un hymne à la vie - musée Maillol jusqu'au 9 février 2014

LEXNEWS | 17.12.13

par Philippe-Emmanuel Krautter

 

 

Les Etrusques sont à Paris ! ou tout au moins font l’objet d’une belle exposition au musée Maillol, exposition qui invite tout à chacun à mieux découvrir ce peuple venant de l’Orient et dont les « mystères » dont ils ont pu faire l’objet se lèvent de plus en plus ces dernières décennies grâce à de telles initiatives. Nous avons tous à l’esprit ce fameux couple allongé côte à côte au musée étrusque de la villa Giula de Rome ou encore ces urnes cinéraires à l’étrange toiture ou bien cette écriture longtemps réfractaire à tout déchiffrage… C’est cette vitalité qui a irrémédiablement marqué le caractère latin que nous découvrons au fil des vitrines et des objets exposés grâce au commissariat d’Anna Maria Moretti Sgubini, Surintendante honoraire per i Beni Archeologici dell’Etruria meridionale, et de Francesca Boitani, directrice honoraire del Museo Nazionale Etrusco di Villa Giulia de Rome. C’est cette même vitalité qui avait enchanté D.H. Lawrence dans ses Croquis étrusques (paru récemment au Bruit du Temps), dernier livre de voyage de l’auteur malade et qui découvrait paradoxalement dans ces représentations funéraires une source de vitalité qui le marqua profondément et lui fit remarquer ironiquement « Pour moi, disons-le, que les Etrusques aient été dépravés, j’en suis bien aise. Aux yeux du Puritain tout est impur, comme l’a dit quelqu’un. Au moins ces vicieux voisins des Romains n’ont-il pas été puritains ».

 

Urne-cabane cinéraire
milieu du IXe siècle – début du VIIIe siècle avant J.-C.
Argile − H. 39 ; diam. 39 cm
Florence, Museo Archeologico
©Soprintendenza per i Beni Archeologici della Toscana / Antonio Quattrone

L’habitat et le mode de vie composent le fil directeur de cette exposition toujours aussi bien présentée grâce au concours du scénographe Hubert Le Gall. Nous débutons par ces cabanes primitives dont nous retrouvons les représentations avec les urnes précitées pour parvenir au terme d’une longue évolution à de somptueuses demeures patriciennes au raffinement mieux connu de nous par le legs romain.

Fragment de coupe attique à figures rouges 440 avant J.-C.
Argile épurée − H.8,7; diam. 22, 4 cm Rome, Museo di Villa Giulia
© Su concessione della S.B.A.E.M. - Museo di Villa Giulia, Rome

 

 Les Etrusques forment un peuple et sont à l’initiative et au cœur d’un vaste réseau d’échanges ; leur essor ne peut se comprendre que par leur habileté et cet incontestable élan vers l’extérieur, en Méditerranée, grâce à un fructueux commerce maritime. Corollaire de cette vitalité économique, la vitalité sociale et culturelle se manifestent par un art de vivre sans cesse amélioré, notamment par la pratique du banquet et qui a donné lieu à des appréciations diversement partagées ; on pense à ces fameuses réunions et à la liberté remarquable de la femme aristocratique étrusque, liberté qui lui a valu trop souvent le qualificatif de licencieuse par certaines sources antiques… Nous découvrons justement cet art du banquet, ces scènes – parfois en effet très libres – qui surprennent nos contemporains estimant avoir tout vu. L’art funéraire est également au cœur de la vie et, une fois encore, les Etrusques étonnent par cet hommage à la vie même dans ces instants les plus tragiques, ce qui assouplit cette image un peu convenue d’un peuple de l’ombre pour retenir une belle ode et invitation à la vie !


 

A lire

Le catalogue de l’exposition paru aux éditions Gallimard

 

 

 

 

 

 

 

D.H. Lawrence Croquis étrusques Traduction nouvelle de l’anglais par Jean-Baptiste de Seynes, préface de Gabriel Levin, Editions Le Bruit du Temps, 2010.

 

MUSEE MAILLOL
FONDATION DINA VIERNY
59-61, rue de Grenelle
75007 Paris
T 01 42 22 59 58

 

 

LA RENAISSANCE ET LE RÊVE BOSCH, VÉRONÈSE, GRECO...

Musée du Luxembourg jusqu’au 26 janvier 2014.

LEXNEWS | 17.12.13

par Philippe-Emmanuel Krautter

 



Alors même que parait une nouvelle édition des Comédies de Shakespeare, Le Songe d’une nuit d’été offre l’introduction – certes ironique – d’un univers bien particulier où deux couples de jeunes amants voient leurs amours désunis par une dispute entre le roi des Elfes et la reine des Fées, en pleine forêt pour le moins étrange… Or, c’est à un semblable univers auquel nous invite l’exposition du Musée du Luxembourg « La Renaissance et le Rêve » en termes plus sérieux…
Voici, en effet, une exposition dont le parcours est le fruit d’une longue réflexion et qui exige une certaine attention du visiteur s’il souhaite en retirer tous les fruits qu’elle suggère. Alessandro Cecchi, directeur de la célèbre Galleria Palatina du Palazzo Pitti à Florence avec Yves Hersant (professeur à l’EHESS) et Chiara Rabbi-Bernard, historienne de l’art, ont conçu en effet un parcours onirique des plus subtils qui nous fera errer en beauté parmi de belles œuvres de la Renaissance, toutes liées les unes aux autres par un fil presque invisible, entre le réel et l’invisible, l’expérience sensible et l’univers du rêve. L’idée n’est pas nouvelle et ne date pas de la Renaissance.

 

Le songe de la jeune fille, ou Allégorie de la Chasteté,

Lorenzo Lotto vers 1505 © Courtesy National Gallery of Art, Washington

 

C’est bien entendu aux antiques qu’ont puisé peintres et poètes qui ont repris cet héritage des Grecs qui en leur temps faisaient des rêves ce lieu de rencontre et de message des dieux avec les hommes. Ce point de contact a fasciné les artistes de la Renaissance du point de vue de l’art et des différentes manières de rendre cette rencontre entre songe et réalité.

Le matériau est d’une incroyable richesse et les questions qu’il soulève sont admirablement évoquées à travers un parcours à la fois libre et en même temps serré en ce sens que des jalons progressifs sont suggérés au fil de l’exposition. La nuit est le cadre propice au sommeil, lui-même ouvrant au rêve. Michel-Ange lui a donné une forme et s’est même permis l’audace de la sculpter pour le tombeau de Julien de Médicis et il demeurait si chèr au cœur de Baudelaire. Nous ne croiserons pas son regard, mais nous réalisons que tous les possibles sont présents et se développeront à partir de là. Ces songes vont en effet jouir d’une liberté telle qu’on évoquera cette vacatio animae – vacance de l’âme développée par Marsile Ficin en référence à Platon. C’est le dessaisissement du réel qui ouvre à d’autres univers, celui de l’Apollon endormi de Lorenzo Lotto, très différent de celui du Greco avec Le Songe de Philippe II où temporel et spirituel se matérialisent à nouveau sur la toile.

 

Le songe de sainte Catherine d'Alexandrie, Ludovico Carracci 1600-1601
© Courtesy National Gallery of Art, Washington

 

Les portes ouvertes par le rêve sont multiples et mystères et cauchemars peuvent alterner avec une brutalité saisissante comme en témoignent ces peintures rapprochées pour l’exposition de Dürer Le Songe du docteur, de Bosch ou encore de Brueghel. Arrivé à un tel point, le renversement des valeurs est toujours possible, la vie devient un rêve et le songe le moyen de la réaliser, c’est la belle invitation de cette promenade onirique…

 



 

A lire :

 

 

 

La Renaissance et le rêve - Bosch, Véronèse, Greco, sous la direction scientifique d'Alessandro Cecchi, Yves Hersant et Chiara Rabbi Bernard, RMN - Grand Palais, 2013.
 

 

 

 

Exposition Indochine des territoires et des hommes 1856 – 1956

Musée de l’Armée, jusqu’au 26 janvier 2014.

LEXNEWS | 10.12.13

par Philippe-Emmanuel Krautter

 

 


Des peuples ont pu unir leur destin, parfois volontairement, d’autrefois par la violence et la contrainte. Quel que soit le jugement que l’on porte sur ces « mariages forcés », ils ont fait naître de leur union des fruits qui appartiennent non seulement à l’Histoire, mais aussi à nos histoires qui ont pu marquer – directement ou indirectement – des vies et des destins. C’est à ces engagements de l’Histoire auxquels nous invite le musée de l’Armée avec une très belle exposition, non seulement instructive, mais également jalonnée d’instants de vie matérialisés par ces pièces exposées, certaines célèbres lorsqu’il s’agit de traités ou de documents officiels, d’autres anonymes tels ces uniformes et autres objets du quotidien de ces hommes, et de ces femmes pendant un siècle de présence française en Indochine.

 

le prince canh (1780-1801) prince-héritier et fils du « roi » de cochinchine nguyen anh

(futur empereur gia long), lors de sa visite en france pour la signature du traité de versailles - maurépin 1787, Huile sur toile H. 164 cm ; L. 99,5 cm© Paris, Missions étrangères de Paris.

 

A l’évocation de ce seul nom, nous avons bien entendu ces déclics douloureux qui claquent tel Diên Biên Phu ce 7 mai en 1954 qu’a su si bien évoqué Pierre Schoendorfer dans ses témoignages (lire notre interview). Certes, ainsi que le souligne Christian Baptiste, général de division et directeur du musée de l’Armée, évoquer le passé de l’Indochine française n’est pas chose aisée et l’aborder avec objectivité plus encore, même si la compréhension et la mise en perspective des différents points de vue ont animé les commissaires : le lieutenant-colonel Christophe Bertrand, Emmanuel Ranvoisy et Delphine Robic-Diaz.

 

le prince canh (1780-1801) prince-héritier et fils du « roi » de cochinchine nguyen anh (futur empereur gia long), lors de sa visite en france pour la signature du traité de versailles - maurépin 1787, Huile sur toile H. 164 cm ; L. 99,5 cm© Paris, Missions étrangères de Paris.

 

Et c’est ce croisement des regards qui permet de mieux entrer au cœur d’une région, de cultures souvent différentes d’hommes et de femmes unis par un même destin, le temps d’un empire. Nous réalisons ainsi que l’Indochine était plurielle avant sa conquête par la France et le sera après son retrait, son territoire étant depuis celui du Cambodge, du Laos et du Vietnam.

 

Engagez-vous, rengagez-vous dans les troupes coloniales - J.L. Beuzon
1931, affiche, H. 100 cm ; L. 70 cm © Collection Éric Deroo

 

Et le riche parcours de l’exposition prend soin de mettre en l’espace dans une riche scénographie les témoignages, souvent violents, faits de conquêtes et de révoltes, d’interactions et d’acculturations des deux côtés, afin de suggérer cette histoire complexe et douloureuse pour celles et ceux qui l’ont vécue. Le parcours débute par un sabre et un portrait du prince Canh qui vint en France en 1787 pour la signature du traité de Versailles, à deux ans de notre propre Révolution.

 

le général de lattre de tassigny et le colonel de castries
étudient une carte lors d’une tournée d’inspection à vinh yen
Photographie, H. 25 cm ; L. 25 cm, Inv. TONK 51-38G R19 © Ivry, ECPAD

 

Le parcours prendra fin avec un autre traité, celui du 21 juillet 1954 à Genève, et par lequel Pierre Mendès-France signe les accords établissant un cessez-le-feu et un terme à la guerre. Entre ces deux bornes, nous observons la lente constitution d’un empire dans le dernier tiers du XIX° siècle, constitution qui dut composer avec les changements radicaux de régimes politiques en métropole pendant la même période. C’est entre les deux guerres mondiales que cet empire rayonne aux yeux des colonisateurs avec ses rêves d’exotisme alors que l’économie prospère à partir des ressources locales. Mais au sein même de ce développement, une force menace son équilibre, celle d’une élite bourgeoise vietnamienne et chinoise et d’une jeunesse intellectuelle qui deviendront vite critique à l’égard de la puissance colonisatrice. C’est cette ambiguïté qui conduira à la radicalité et à l’opposition lors de la mise en place des grands équilibres internationaux au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. L’Indochine sera alors ballotée entre ce développement et ces nouvelles oppositions alimentées de l’extérieur pour sombrer dans un chaos irréversible.

 

Musée de l'Armée

Hôtel national des Invalides

 

A lire :

 

Indochine des territoires et des hommes 1856 – 1956, catalogue de l’exposition au musée de l’Armée, sous la direction de Christophe Bertrand, Caroline Herbelin, Jean-François Flein, Gallimard, 2013.

 

 

SECRETS D'IVOIRE l'art des Lega d'Afrique centrale.
musée du quai Branly

jusqu'au 26/01/2014.

LEXNEWS | 20.11.13

par Evelys Toneg

 

 

 


Un jour, il y a une révélation, la visite du MOMA où Jay.T.Last, jeune étudiant y découvre l'art abstrait et deviendra au fils des années et ses voyages en Afrique, un collectionneur passionné avouant sa fascination depuis sa plus tendre enfance pour le « mystérieux continent noir ». L'intérêt de Jay.T.Last pour l'art lega et ses acquisitions de coiffes, ceintures, paniers, objets divers, cuillères, ornements, statuettes de bois ou d'ivoire ont fait de sa collection d'œuvres lega une des plus complètes.
Les Lega, ces peuples, vivant en bordure ou blottis au cœur des forêts tropicales d'Afrique centrale, en République démocratique du Congo (RDC), fascinent par leur organisation fondée sur l'harmonie dans les rapports sociaux, l'esprit de groupe, l'obéissance, l'autodiscipline, la piété filiale et l'élévation morale, sans dirigeants héréditaires ni élus mais structurée par une confrérie semi secrète, le Bwami. C'est cet univers initiatique du Bwami que nous font découvrir Elizabeth L. Cameron, commissaire de l'exposition et Gassia Armenian, rendez-vous mezzanine Est du musée du quai Branly, jusqu'au 26 janvier 2014.
Des objets de petites dimensions éclairés de lumières raffinées et qui attirent l'attention semblent être les maquettes de futurs grands masques, statues, objets rituels... De vrais chefs-d'œuvre de l'art lega, une des plus importantes traditions artistiques d'Afrique, sont là.

 

Masque, peuple Lega, République démocratique du Congo.

Bois, fibres et pigments, 27,3 x 12 x 8 cm.


Ce sont 240 objets initiatiques, masques, coiffes, figurines, cuillères, formes zoomorphes abstraites ou réalistes, qui une fois consacrés par le Bwami, sont considérés comme chargés de sens pour les initiés et deviennent masengo. Ils sont alors sérieux, parfois dangereux. Ils sont sacrés et deviennent des indicateurs de statut social, des signes de reconnaissance dans la communauté. L'art joue un rôle fondamental dans la société des Lega où l'élégance et le raffinement des pièces de bois, d'os et d'ivoire sont indissociables des pratiques de la société initiatique Bwami. Mais qu'est-ce que le Bwami ? La société Bwami est le chemin initiatique de toute une vie par lequel, hommes et femmes lega tentent d'atteindre l'excellence morale, la beauté, la sagesse et le prestige. C'est une association de volontaires qui reste ouverte à tous les membres de la communauté. « C'est quelque chose qui colle, qui laisse des traces » disent les Lega. Cette initiation est organisée en grades, cinq pour les hommes et trois pour les femmes. Seul un petit nombre des novices qui y prétendent atteignent le Kindi, le grade le plus élevé. Tous les enseignements Bwami reposent sur un système de contraires comme la vertu contre la non vertu, l'harmonie contre la catastrophe et chaque épreuve, positive ou négative doit devenir une leçon de vie tout au long de ces années d'études aux côtés des maîtres respectés de la société.
Toutes les pièces présentées dans cette exposition ont été utilisées au cours de cérémonies et de rituels initiatiques mêlant danses, musique et un grands nombre de proverbes, composant ainsi une « phrase visuelle » qui explique les valeurs et les idéaux politiques, moraux et sociaux des Lega transmis à travers ces expressions artistiques et culturelles.

Tous ces objets mis en relation les uns avec les autres, les uns par rapport aux autres, produisent ainsi différentes significations. Cette lecture est proposée ici dans un cercle de représentations animales (lézards, pagolins, tortues et autres figures zoomorphes - cercle de sagesse) qui montre l'importance que les membres du Bwami accordent aux animaux, imitant leurs mouvements par la danse et le mime, associés aux proverbes ventant leurs qualités, proverbes métaphoriques ou « paroles de la terre » qui ne font jamais référence aux Dieux et aux esprits, mais uniquement au genre humain, les vivants et les défunts. Au fil des vitrines, certains objets excitent la curiosité, comme ce tabouret double qui est utilisé par un homme et une femme ayant tous deux le niveau le plus élevé et qui rappelle au couple l'impossibilité de divorcer. Remarquons encore ces deux statuettes, celle d'une femme enceinte coupable d'adultère qui apporte le désastre à toute sa famille et celle de son mari qui est représenté sans bras qui pâtit des agissements de sa femme, les figurines zigzag en forme de phallus qui changent de nom si elles sont portées la tête en bas et deviennent des « chauve-souris »... Autant d'œuvres, autant de possibilités, autant de proverbes associés et c'est en parcourant les allées de cette exposition que l'on peut avoir une idée des nuances du Bwami. Tout aussi étonnants, les petits masques - « masque, le membre qui demeure du défunt » - dont l'usage et la signification varient en fonction du contexte et des cérémonies rituelles. Leur forme montre l'action qui est à représenter pour l'enseignement d'une vérité, parfois sans yeux, parfois sans bouche, ils sont rarement portés sur le visage des initiés mais sur différentes parties du corps. Les Lega les fixent à leurs bras, à des barrières ou les brandissent à la main. Ils perpétuent la mémoire des morts.

 

Figure anthropomorphe, peuple Lega,

République démocratique du Congo. Ivoire, 14 x 4,9 x 4 cm.


Dans leur histoire, les Lega ont subi le commerce des esclaves, celui de l'ivoire tout comme la colonisation belge dont les autorités déclarèrent, en 1933 puis en 1948, la pratique du Bwami illégale, ce qui en transforma radicalement ses pratiques et les arts qui y sont associés depuis toujours.

 

 Cuillère, peuple Lega,

République démocratique du Congo. Ivoire, 17,9 x 3,8 x 1,6 cm.

 


La vie des Lega se caractérise par une profonde sagesse et par un sens aigu de l'individu et de la communauté et l'attention portée aux combinaisons entre l'art, la parole et le geste illustre l'harmonie nécessaire dans la communauté et cette unité est consacrée par des chants collectifs. Un enseignement dont nos contemporains pourraient s’inspirer comme philosophie de vie… L'initiation ultime de Lega est justement la connaissance par la contemplation. L'initié est conduit par le maître devant plusieurs œuvres d'art et seul, en silence, l'initié examine chaque objet et ressentira alors de nouvelles vérités. C'est aussi ce que le visiteur est invité à expérimenter, grâce à une même contemplation personnelle, car le regard que l'occident a porté sur l'art lega, comme sur une grande partie de la production artistique africaine au 20ème siècle, est lié à toutes les expériences esthétiques vécues et qui offre alors à chacun d'autres vérités. C'est à cette initiation sensible par l'observation de ces objets d'art que nous entrons dans l'univers des enseignements des Lega.

 

 

Hieronymus Cock - La gravure à la Renaissance
Institut Néerlandais Centre culturel des Pays-Bas
jusqu'au 15/12/2013

LEXNEWS | 02.11.13

par Philippe-Emmanuel Krautter

 

 

Peu connu du grand public, Hieronymus Cock (1518/19-1570) fut pourtant le plus grand éditeur de gravures des Pays-Bas en son temps. Aussi, c’est à juste titre que l’Institut Néerlandais lui rend hommage jusqu’au 15 décembre avec une vaste exposition consacrée non seulement à son travail, mais également au riche contexte culturel et artistique dans lequel il s’inscrit. Sa maison d’édition au nom poétique « Aux quatre vents » fut fondée à Anvers en 1548 et ne cessa de rayonner tant aux Pays-Bas que dans l’Europe tout entière. Hieronymus Cock, dont on pourra admirer le beau portrait gravé par Johannes Wierix dès le début de l’exposition sobrement mise en l’espace, est homme de son temps et il contribuera grandement à diffuser l’art de la Renaissance italienne. Il n’aura également de cesse d’encourager le génie d’artistes de son époque et notamment celui de Pieter Bruegel l’Ancien dont il sera l’un des premiers à soutenir son travail. A la mort de cet homme si extraordinaire, sa veuve ne recensera pas moins de 1600 plaques de cuivre, témoignant ainsi de l’incroyable activité de son imprimerie. Hieronymus Cock est manifestement l’homme de l’image, aux Pays-Bas, au seizième siècle et l’impressionnante réunion d’une partie de son travail pour cette exposition laisse imaginer l’ampleur de sa créativité à une époque – rappelons-le – où l’image était rare, et la posséder sur une petite feuille de papier encore plus. Grâce à cette très belle exposition, nous redécouvrons justement l’économie et la rareté de ces traits gravés avec justesse et finesse, ces évocations de paysages mythiques ou historiques, les deux se confondant souvent…

Cent cinquante estampes ouvrent ainsi les portes à cet espace feutré et précieux de miniatures d’images où, certes, la couleur est la plupart du temps absente, mais le trait si présent qu’il restitue toutes les associations inimaginables dans notre esprit.

Les images de l’Antiquité défileront ainsi sous nos yeux (voir ces six estampes remarquables reconstituant les Thermes de Dioclétien), puis laisseront discrètement la place à la Renaissance - toujours au-delà des Alpes – avec l’aide du graveur italien Giorgio Ghisi et de belles estampes reproduisant les œuvres de Raphaël, Romano, Bronzino, Primaticcio ou encore Penni.

 

Johannes Wierix, Portrait de Hieronymus Cock, gravure,
20,4 x 11,2 cm. Bibliothèque royale de Belgique, Bruxelles

 

Mais Cock est également homme de son pays et mettra en valeur les extraordinaires représentations de Jérôme Bosch avant de sceller une collaboration fertile avec Pieter Bruegel l’Ancien dont une sélection des œuvres a été réunie de manière exceptionnelle pour l’exposition et qui, à elles seules, justifieraient ce si bel hommage si tant et bien d’autres trésors encore n’étaient encore à découvrir à l’Institut Néerlandais avant le 15 décembre !

 

Pieter Bruegel l’Ancien, Dessin préparatoire pour Luxuria (la Luxure)
, plume et encre gris-brun, 22,5 x 29,6 cm. Fondation Custodia, Paris

 

121 rue de Lille 75007 Paris
t +33 1 53 59 12 40 info@institutneerlandais.com

 

 

 

KANAK , L'ART EST UNE PAROLE

Musée du quai Branly

jusqu'au 26/01/14

LEXNEWS | 02.11.13

par Evelys Toneg

 

 



« Canaque » mot dérivé de « kanaka » qui signifie « homme », « indigène de l'archipel d'Hawaï » en langue hawaïenne, employé par les marchands et navigateurs européens du XIXe siècle pour désigner les peuples de Mélanésie avec forte une connotation péjorative qui perdura jusqu'en 1970, quand les habitants de la Nouvelle-Calédonie modifient sa graphie gardant la phonétique anglaise, faisant du terme « kanak » l'emblème des revendications politiques et culturelles des peuples autochtones de Nouvelle-Calédonie. L'histoire du peuple kanak s'écrit encore aujourd'hui avec un référendum d'autodétermination sur l'indépendance de la Nouvelle-Calédonie prévu entre 2014 et 2018. C'est dans ce contexte qu'Emmanuel Kasarhérou et Roger Boulay livrent le fruit du travail de vingt années d'investigation et d'inventaire dans les musées français et européens, nous montrant la diversité du patrimoine immatériel ancestral du monde kanak à travers quelques 300 œuvres et documents exceptionnels, objets et pièces inédits, spectaculaires, parmi les plus grandes œuvres classiques du monde et de l'art kanak. Situé à 17000 km de la métropole, l'archipel de la Nouvelle-Calédonie est composé de Grande Terre, des îles Loyauté et l'île des pins. Ce territoire est divisé en 3 provinces, celle du Nord, celle du Sud et celle des îles Loyauté et de 8 aires coutumières où vivent 245.580 habitants en majorité kanaks, européens et polynésiens. 28 idiomes y sont toujours parlés, alors comment survivre culturellement dans cette véritable mosaïque humaine ? Et bien les Kanaks ont survécu grâce à leurs langues et à leur tradition de l'oral qui véhiculent leurs croyances, leurs mythes et récits généalogiques, de génération en génération, à travers les clans et les lignages, les récits de guerres et des alliances, car, depuis l'arrivée de James Cook en 1774, cette terre qui lui rappelle l'Ecosse (Caledonia en latin) et qu'il nommera « New Caledonia », va connaître bien des épisodes malheureux : la colonisation, la christianisation et l'évangélisation forcées, le parcage dans des réserves où les autochtones sont destinés à disparaître en quelques décennies, coupés de leur terre nourricière et de leur culture. Eh bien non ! Comme un acte de rébellion, comme une résistance et un manifeste pour l'indépendance et une reconnaissance à travers l'histoire de leur révolte depuis 1853 quand la Nouvelle-Calédonie devient une colonie française et jusqu'aux accords de Matignon en 1988 les Kanaks résistent.

 

 Applique de porte de case, fin du 19ème siècle. INV. MNC86.5.1


Comment mieux découvrir l'histoire de ce peuple et de sa terre sinon en allant voir l'exposition « Kanak, l'art est une parole ». Dans la culture kanak, la parole est d'or, elle est sacrée et lie les hommes entre eux. La parole est ce patrimoine immatériel, les discours, les chants, les épopées, les légendes, les codes des danses, tout se passe par la parole, celle du chef que l'on rejoint dans le Mwârö, la grande case, le centre de la société, qui va transmettre la vision du monde kanak.

Cette aventure commence par des poteaux sculptés d'artistes contemporains et des appliques de portes très anciennes qui montrent bien que la culture kanak poursuit son histoire... Au son de la flûte, on pénètre dans les cinq espaces conçus comme des visages qui nous regardent, ceux de la culture kanak et du parfois maigre reflet qu'en ont perçu les Européens depuis 1774 jusqu'à nos jours. C'est donc un parcours à deux dimensions, sans sens particulier où l'on peut circuler d'un visage ou d'un reflet à l'autre et revenir en arrière lorsqu'une question ou une réponse nous fait prendre conscience des luttes de ces hommes pour préserver leur identité et leur avenir structurel, culturel, politique et leur droit à la terre. A travers « Le verbe et la parole Nô », « La maison et le pays Mwâ ma mwâciri », « Le taro et l'igname et l'importance du lien au végétal Mwa ma mëu », « Les ancêtres et les esprits et l'importance du lien aux ancêtres Bèmu marhee », « La personne et ses liens Kamö ma vibéé » nous ressentons la confrontation des « visages et des reflets » qui renvoie à notre image et à celle que nous donnons, essence même de la pensée kanak. Admirer les statuaires, les structures des grandes maisons, les appliques de porte, les flèches faîtières, les tissus ou nattes pour les coutumes, les outils agraires, les armes, les haches ostentatoires aux disques de jade, de serpentine ou en néphrite, les incroyables bambous gravés de l'histoire des rencontres avec les Européens et autres pétroglyphes, les sculptures à planter, les échelles à lier les ignames, les parures, les bijoux, les monnaies et les impressionnants masques sombres, mais aussi regarder les documents, peintures, inventaires scientifiques, l'imagerie de propagandes des colonisateurs, les images de cartes postales et affiches pour l'exposition universelle de 1889 ou pour les « zoos humains » objet de tant de curiosité au XIXe siècle...

 

Hache-ostensoir. Inv. 71.1946.0.51 X.

 

Et l'histoire généreuse des premiers ethnologues missionnaires (Guillaume Douarre ou le pasteur Maurice Leenhardt et son épouse Jeanne) ou de personne célèbre emprisonnée au bagne (Louise Michel) qui se passionneront pour ce peuple et pour sa culture et laisseront des écrits ou des actes qui feront date dans l'histoire des Kanak, ou les paroles de Picasso et Braque fortement impressionnés par les objets et l'art kanak. Témoignages des révoltes et des grands chefs, d'Ataï à Jean-Marie Tjibaou, et de leurs successeurs qui portent le fruit de tous les combats vers une libération qui se veut entière.
Toute l'exposition respire un espoir grandissant, celui de la parole indestructible qui fait toujours son chemin passant par toutes les montagnes, plaines, rivières ou océans, qui porte ce que l'homme a d'universel à partager et cet hommage au peuple kanak en est un des nombreux, à travers l'art, qui ne peut pas laisser indifférent.
« Nous avons voulu que les esprits des ancêtres soient présents dans cette exposition » expliquent Emmanuel Kasarhérou et Roger Boulay, les deux commissaires de « Kanak, l'art est une parole » et les esprits des ancêtres bienveillants y sont bien présents.
Un astucieux livret-jeux en direction des plus jeunes visiteurs est à disposition en début de parcours.

à revoir sur internet « La galerie de France 5 » du 27 octobre 2013

 

 

 

Musée du quai Branly 37, quai Branly 75007 Paris Tél. : 01 56 61 70 00

 

 

 

INITIES BASSIN DU CONGO

Musée Dapper, jusqu'au 6 juillet 2014.

LEXNEWS | 28.10.13

par Evelys Toneg

 



Depuis 9 octobre 2013 et jusqu'au 6 juillet 2014, Christiane Falgayrettes-Leveau, directeur du Musée Dapper et Anne-Marie Bouttiaux, conservateur en chef de la section d'ethnographie du Musée de l'Afrique centrale de Tervuren en Belgique, les deux commissaires de cette nouvelle exposition, proposent de découvrir à travers un très grand nombre d'objets rares, les pratiques initiatiques de la très vaste région que constitue le bassin du Congo. « En Afrique subsaharienne, être initié signifie tout d'abord que l'on a suivi, sur une longue période et dans des conditions éprouvantes, un enseignement spécifique réservé à une catégorie d'individus. Ensuite, certaines règles de comportement propres au groupe dont on est issu sont partagées avec d'autres personnes, le plus souvent du même âge, du même sexe. » Cet extrait du catalogue de l'exposition donne le ton du ou des mystères que nous allons découvrir ou appréhender tout au long du parcours surprenant de cette exposition. Les objets, ici exposés, masques, statuettes, parures, coiffes et pendentifs ou encore cette chaise Chokwe d'Angola qui évoque une scène de circoncision, sont tous issus du contexte des rites de passage organisés essentiellement pour les garçons, mais également pour les filles. Ces représentations symboliques liées à une initiation précise étaient mises en scène suivant un processus défini par un certain nombre de cérémonies marquant ou scandant les étapes à franchir pour le, ou la, jeune initié.

 


Mais que sont ces moments de vie ritualisés ? Des symboles mis en scène du passage du monde de l'enfance à celui des adultes qui restent obligatoires pour assoir son statut dans le groupe et donner naissance à un être nouveau conforme aux besoins de la société par une mise à mort symbolique du jeune initié (de sa personnalité antérieure). Certes c'est ainsi que ces rituels ont été et sont toujours présentés le plus simplement possible au plus grand nombre d'entre nous, mais il ne faut pas oublier les cérémonies qui concernent directement des savoirs très approfondis des lois de la nature, des connaissances thérapeutiques, religieuses ou ésotériques qui sont, elles, réservées à des postulants volontaires. Ici, dans le parcours proposé au Musée Dapper, entre objets parfois très impressionnants (qui peuvent également avoir des rôles et des implications directes dans les initiations) et témoignages filmés en situation, on aura à cœur de comprendre pourquoi dans tout le système initiatique les corps et les esprits sont marqués à jamais et que pour des initiations de second type (adultes), il faut souffrir pour devenir un initié aux grades supérieurs dans les diverses associations secrètes présentes sur tout le territoire congolais.
S'agit-il uniquement de produire des adultes et à quelles conditions ? A travers ces souffrances marquant à jamais la chaire telles la circoncision ou l'excision ? Non, il s'agit aussi d'une marque d'intégration sociale obligatoire nécessaire qui porte en elle la construction d'un foyer solide et fécond, donc de l'avenir même du groupe.

Que ce soit des masques (Yaka du sud ou Luba, Nkanu ou Bembe), des statuettes de musiciens (tambour Nkanu), des parures (bracelets ou disque labial pour garder le secret Ngbaka, des coiffes Lega) ou des armes (glaives Salampasu) tous ces objets initiatiques nous regardent droit dans les yeux et nous parlent ici de cultures très précises qui nous bousculent et nous renvoient à nos propres rites de passage, ceux qui dans nos villes comme dans les campagnes, dans les religions persistent et de tous ces nouveaux que s'invente la jeunesse pour marquer les étapes de la vie, ces cérémonies moins investies de spiritualité, mais qui existent aussi.
Qu’en est-il aujourd'hui de ces initiations ?
Depuis les années 1960 et l'indépendance du pays, le bassin du Congo est en proie aux conflits incessants qui ont détruit petit à petit la vie politique, religieuse et sociale, la plupart de ces rites initiatiques ont disparu et si il y a encore des sorties de masques et des festivités, ces rituels « hors contexte » sont organisés pour les touristes ou dans des buts profanes qui ne peuvent pas donner accès aux secrets de certaines qui subsistent encore et à propos desquelles on ne sait pas grand-chose, les informations les entourant étant bien trop rares.
Comprenons donc afin d’apprécier pleinement ce parcours initiatique que la plus part des populations ici présentées ne suivent pas notre système binaire et monothéiste (le bien et le mal), mais adoptent le principe selon lequel il faut maîtriser les pouvoirs surnaturels avant de les utiliser à bon ou mauvais escient et être donc dans une relation à la nature et au surnaturel particulière qui permet alors l'exercice de ces pouvoirs et d'agir sur les autres. Ces connaissances s'acquièrent parfois tout au long d'une vie et c'est la formation que reçoivent les devins, thérapeutes, chefs, souverains et responsables des cultes au sein des sociétés secrètes. C'est une part de la vie des initiés du bassin du Congo que le Musée dévoile ici en objets et en images.

 


Le musée Dapper a une très bonne habitude, celle d'ouvrir ces expositions avec les œuvres d'artistes contemporains, liens directs entre les cultures anciennes d'Afrique et le monde actuel. Ici, ce sont les masques de Romuald Hazoumé, artiste béninois yoruba, qui ouvre la danse initiatique... C'est à partir de plastiques récupérés, de bidons usagés, de fils de fer, de fils électriques et de plumes que sont composées ces figures de masques, métaphores visuelles, qui interrogent sur la consommation effrénée et son gaspillage de plus en plus visible sur le continent africain, transformé petit à petit en poubelle de l'Occident. Romuald Hazoumé rappelle là, non sans un humour malicieux, qu'en art un objet bidon est un faux... Ici tous ces faux masques initiatiques qui évoquent le « système D » et la débrouillardise mis en place par de nombreuses familles pour survivre sont loin d'être des œuvres bidon !
Cette nouvelle exposition du Musée Dapper apporte un peu plus de connaissances et de respect sur « les Afriques » du continent africain !

 



catalogue disponible au musée « Initiés bassin du Congo » Editions Dapper
272 pages, illustrations couleur et noir et blanc Format 220X290 mm

 

 

Georges Braque

Grand Palais

jusqu'au 6 janvier 2014



Nous pensions connaître Braque avec ses tableaux à petits cubes selon l’expression d’Henri Matisse et nous ressortons de l’exposition du Grand Palais avec pourtant cette étrange impression de le redécouvrir. Le peintre avait en effet paradoxalement souffert depuis la deuxième moitié du vingtième siècle de son succès et de la portée de son travail souvent ignorée, comme l’avait prophétisé en son temps (1950) son ami le poète Pierre Reverdy : « Les tableaux seront là, muets, irréfutables ». Cela faisait quarante ans qu’il n’y avait pas eu de rétrospective exclusive consacrée au peintre né à Argenteuil en 1882. Le fauvisme sera sa première grande influence avec ces paysages peints à l’Estaque en 1906 et à La Ciotat en 1907, et qui ouvrent cette vaste exposition nous conduisant jusqu’aux dernières œuvres du peintre. L’année suivante sera l’acte de naissance du cubisme avec l’exposition qui lui sera consacrée à la galerie Kahnweiler grâce au soutien de Guillaume Apollinaire. La perspective s’estompe alors au profit d’un entrecroisement de plans superposés où la géométrie supplée la couleur. C’est le Braque que nous connaissons et qui nous semble presque aller de soi, et pourtant… et pourtant, cette vision du monde - et sa représentation - n’allaient pas autant de soi en ce début de siècle.

 

Grand Nu, hiver 1907- juin 1908. Huile sur toile ; 140 x 100 cm. Paris, Centre Pompidou, Musée national d'art moderne, dation Alex Maguy-Glass, 2002. © Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist.RmnGrand Palais / Philippe Migeat, © Adagp, Paris 2013.

 

Le génie de Braque fut de donner la priorité à la recherche de l’espace et de sa matérialisation, une recherche qu’il partagera avec son ami Picasso dans ce que l’on pourra appeler le cubisme analytique tant les deux artistes pousseront à leurs extrémités cette révolution esthétique. Il suffit pour s’en convaincre d’admirer la peinture Broc et violon (1909-1910) pour réaliser combien la couleur n’est plus que le témoin discret de cette appréhension de l’espace. Braque reconnaissait la force de cette intimité artistique et humaine avec Picasso lorsqu’il se souvenait : «… On s’est dit avec Picasso pendant ces années-là des choses que personne ne se dira plus, des choses que personne ne saurait plus se dire, que personne ne saurait plus comprendre… ».

Le parcours de l’exposition continue avec les papiers collés et nous prenons conscience que ce fil directeur perçu précédemment se trouve alors, ici, à la fois affiné et renforcé par ces morceaux de papier qui ne sont en rien des trompe-l’œil comme on l’a cru top souvent à tort , mais bien des jalons précieux qui figurent l’espace comme cette œuvre remarquable Compotier et verre de 1912 en témoigne. La couleur vint plus tard chez Braque, après les épreuves de la Première Guerre mondiale où il fut grièvement blessé à la tête. Ses natures mortes entre les deux guerres prolongent le cubisme synthétique en un équilibre entre la forme, la couleur et la matière avec quelques surprises pendant cette même période comme ces Canéphores dont les silhouettes primales participent d’un retour à l’essentiel, à l’antique…

 

Georges Braque - Compotier et verre (Premier papier collé) 1912

fusain, papier faux bois collé sur papier ; 62,8 x 45,7 cm

©The Leonard A. Lauder Cubist Trust

©Adagp, Paris, 2013.


La visite offre encore de belles découvertes telle cette Théogonie d’Hésiode illustrée par Braque dans une remarquable réinterprétation des grands mythes fondateurs de la Grèce antique, et aussi ces nombreux documents dans lesquels les poètes René Char, Pierre Reverdy, l’écrivain Jean Paulhan témoignent leur admiration pour cet artiste dont ils avaient su, chacun à leur manière, remarquer le génie. Il faudra continuer à arpenter de belles salles avec la série des Ateliers qui nous fait entrer au cœur de la création du peintre pour finir avec ces Oiseaux qui accompagneront Georges Braque jusqu’à la fin de cette ligne tracée par leur vol…

 
 

Lectures

 

Karen K. Butler "Georges Braque - L'espace réinventé" Format 255 x 305 mm, 236 pages, Editions Prisma, 2013.

 

 

 

 

 

 

 

Le Petit Journal du Grand Palais "Braque explique Braque"

 

 

 

Le printemps de la Renaissance

 La sculpture et les arts à Florence 1400-1460
Musée du Louvre

jusqu'au 6 janvier 2014

 

 

 

Donatello (Donato di Niccolò di Betto Bardi;
Florence vers 1386-1466), Buste reliquaire de San
Rossore, vers 1424-1427, bronze fondu ciselé, doré
et argenté. Pise, musée national de San Matteo, inv.
1720 © Scala, Florence.
 

 

Lexnews a eu le grand plaisir de rencontrer Beatrice Paolozzi Strozzi, directrice du musée national du Bargello, et Marc Bormand, conservateur en chef au département des Sculptures du musée du Louvre, les deux commissaires de la très belle exposition consacrée à la Renaissance à Florence sous l'angle de la sculpture, exposition qui réservera de belles surprises esthétiques et artistiques aux visiteurs de cet évènement au Louvre jusqu'au 6 janvier 2014 !

 

 

La Renaissance est souvent entendue comme une manifestation culturelle et artistique qui surgirait d’un sombre Moyen-âge de manière inattendue. L’exposition que vous avez préparée à Florence, et aujourd’hui au Louvre, démontre le contraire. »


Marc Bormand : « Effectivement, l'exposition cherche en quelque sorte à présenter l’aube de la Renaissance. Dès, la première salle de l'exposition, nous n’avons cependant pas voulu traiter directement de cette Renaissance, mais des moments qui l'ont précédée, de ses prémices. Nous montrons ainsi comment déjà au XIIIe et au XIVe siècle, les grands sculpteurs qui travaillent à Florence et en Toscane ont déjà ce sentiment lié à l'antiquité classique et qui progressivement va arriver à maturité. Cette idée sera reprise pour aboutir à un moment donné précis, cette année 1401 au début du XVe siècle, où a lieu le concours pour les secondes portes du baptistère San Giovanni de Florence, concours qui sera remporté par Lorenzo Ghiberti. Ces deux reliefs qui comptent parmi les plus grands chefs-d’oeuvre de la Renaissance sont conservés aujourd'hui et exposés dans la seconde salle de notre exposition marquent véritablement le début de la Renaissance en tant que transition entre l'art gothique et cette renaissance de l’Antiquité classique liée à l’humanisme. »

 

 

Donatello (Donato di Niccolò di Betto Bardi), Saint Georges et le dragon, vers 1417, marbre.
Florence, musée national du Bargello, inv. 517 Sculture © Lorenzo Mennonna, courtesy of
Italian Ministry for Cultural Heritage and Activities
 


Lexnews : « Peut-on parler alors d’un surgissement dans la transition ? »


Beatrice Paolozzi Strozzi :
« Oui, et entre les deux, il faut également souligner le génie révolutionnaire de Brunelleschi et le génie plus réformateur de Ghiberti. Ce dernier souhaitera suivre la tradition dans l'innovation avec des références à l’art classique dans une composition très harmonieuse, encore lié à la grâce du gothique international alors que le jeune Brunelleschi sera, quant à lui, intéressé par le rapport de l’homme à l’espace, mais également aux références précises de chefs d’œuvre de l’antique avec cette plasticité forte et synthétique. Cela nous permet de bien comprendre combien cette Renaissance se réalise avec des personnalités très différentes. »
 

Lexnews : « C’est dans l’espace et le volume que vous avez souhaité cette exposition sur la Renaissance à Florence en retenant essentiellement la sculpture »


Marc Bormand :
« Oui, car la Renaissance, contrairement à ce que peut penser parfois le grand public, n'est pas née avec la peinture, mais est véritablement fondée et créée par les sculpteurs, en trois dimensions. Ce sont en effet les grandes sculptures créées à Florence à la demande des chanceliers humanistes de la cité pour les grands édifices publics que sont la cathédrale, le baptistère où l'église Orsanmichele qui vont incarner ce nouvel idéal humain qui fonde la Renaissance. Vous avez là une mise en valeur de l'homme qui est vraiment fondamentale comme on le sait depuis Michelet et Burckhardt, ces grands penseurs qui ont été les premiers à développer le concept de Renaissance au milieu du XIXe siècle ».

 

Agostino di Ducio (Florence 1418 - Pérousse vers 1481), La
Vierge et l’Enfant (Vierge d’Auvilliers), vers 1460-1465. Paris,
musée du Louvre, département des Sculptures, inv. RF 1352


Lexnews : « C’est avec ce regard pluriel qu’il faut appréhender ces œuvres, en invitant tous les arts ? »


Beatrice Paolozzi Strozzi :
« Nous avons en effet cherché à montrer combien la sculpture avait eu un rôle d'avant-garde dans la naissance de la Renaissance tout en soulignant ses rapports avec les autres arts tels les travaux picturaux très importants d’artistes contemporains comme Masaccio dont la monumentalité et l’attitude sévère et morale sont fortement inspirées par la sculpture de Donatello. Vous avez également Fra Filippo Lippi qui est très lié non seulement à Donatello, mais également à Luca della Robbia, et si vous observez les Vierge avec enfant de Lippi que nous présentons vous remarquerez combien elles sont directement inspirées quant à leur composition et à leur effet plastique de cet artiste. Vous pourrez également admirer ces grandes statues peintes sur les murs par Andréa del Castagno qui donnent littéralement l'impression de véritables statues qui occupent l'espace, démonstration qu'en ces temps-là, la peinture regarde la sculpture et joue à imiter l'effet de tridimensionnalité, le tout dans un ton héroïque inspiré également de l’art statuaire. »
 

Lexnews : « Nous pouvons ainsi retenir cette idée de tridimensionnalité qui correspond au souhait d’une société qui désire s’inscrire dans l’espace non seulement culturel et artistique, mais également à des fins politiques. »


Beatrice Paolozzi Strozzi :
« Oui, il y a en effet une volonté affirmée de créer une ville belle et moderne aux yeux de ses citoyens pour les encourager pour le futur, mais aussi aux yeux des étrangers quant à la puissance que représente cette même ville. Nous pouvons également souligner cette idée d'art public qui correspond à la morale de la politique de cette époque avec un modèle exclusivement républicain. Il ne s'agit pas d'un art d'élite, mais d'un art dédié au peuple, la sculpture monumentale étant celle qui correspond le plus à cette idée d'art public. »

Andrea del Castagno (Andrea di Bartolo; Castagno, avant 1419 - Florence, 1457),

Apparition de la Trinité aux saints Jérôme, Paule et Eustochie, 1454, fresque déposée. Florence,

Basilique de la Santissima Annunziata (Patrimoine du Fonds des édifices de culte - ministère de
l’Intérieur), v. I, n.1655 (1914) © Studio Antonio Quattrone, Florence, by permission of Fondo Edifici di Culto, Ministero dell’Interno – Dipartimento per le Libertà civili e l’Immigrazione – Direzione Centrale per l’Amministrazione del FEC

 

Lieu : Hall Napoléon, sous la pyramide Ouvert tous les jours, sauf le mardi, de 9 h à 18 h. Nocturnes les mercredi et vendredi jusqu’à 21h45. Renseignements : 01 40 20 53 17

Le printemps de la Renaissance
La sculpture et les arts à Florence, 1400-1460 Marc Bormand, 552 pages, relié, 24 x 29 cm
450 illustrations, Louvre Editions Officina Libraria, 2013.


 

A lire également notre dossier spécial Florence avec les interviews de Cristina Acidini et de Timothy Verdon


 

 

 

 

 

Delacroix écrivain
Musée Delacroix
jusqu'au 23 septembre 2013

Autographe avec taches de couleurs
Eugène Delacroix©RMN/G. Blot
 

Eugène Delacroix mourut, à l’âge de 65 ans, le 13 août 1863, à Paris dans son appartement de la rue de Furstenberg où est installé aujourd’hui le musée. Afin de célébrer ce cent-cinquantenaire, le musée présente un ensemble de peintures, dessins, autographes et photographies autour du thème Delacroix écrivain. Issues de ses collections, récemment enrichies par deux dons exceptionnels, ces oeuvres montrent une face souvent méconnue du talent du grand peintre français, grâce à des prêts remarquables du département des Arts graphiques et du département des Peintures du Louvre, ainsi que de l’Institut national d’histoire de l’art.

Peintre majeur du XIXe siècle, très tôt remarqué par la critique pour la puissance et l’invention de ses oeuvres, Delacroix fut aussi un écrivain remarquable, dont les qualités d’expression littéraire étaient servies par une culture classique profonde et un sens aigu de la composition et de la narration. Tenu toute sa vie durant sur de petits carnets retrouvés à sa mort, son Journal en témoigne. Écrits intimes, il n’était pas exclu, du point de vue de leur auteur même, qu’ils deviennent publics ; « le véritable grand homme est à voir de près », nota-t-il en 1850.
Delacroix avait conscience de l’importance de ses jugements artistiques et, malgré la discontinuité obligée de l’exercice diariste, il était soucieux, par ses renvois et ses notes d’une année à l’autre, de la cohérence de l’ensemble. Il lui arrivait souvent de recopier des éléments préparatoires ou consécutifs à des articles, rassemblant ainsi ses avis et témoignages.

« Un peu d’insistance est nécessaire, une fois la machine lancée, j’éprouve en écrivant autant de facilité qu’en peignant, et, chose singulière, j’ai moins besoin de revenir sur ce que j’ai fait. » 21 juillet 1850.

Delacroix épistolier
Delacroix fut également un épistolier fervent, écrivant à ses proches et à ses commanditaires, livrant ainsi sentiments amicaux et intimes, réflexions esthétiques, notes du quotidien, parfois marquées par la lassitude et le découragement.
Les liens que Delacroix noua sa vie durant avec les artistes de son temps permettent de sentir,au fil de ses courriers, la richesse de cette époque. George Sand, Théophile Gautier furent ainsi au nombre de ses correspondants fidèles. Le soutien qu’ils lui apportèrent fut, toujours, un réconfort pour cet inquiet, soucieux de la reconnaissance de son talent et de sa postérité. Le 4 août 1861, il remercia ainsi Gautier de sa critique élogieuse des décors de Saint-Sulpice : « Mille, mille grâces, de votre poétique et bienveillant article, et de l’empressement que vous avez mis à le faire. Vous m’avez gâté si souvent que je finis par croire à tout ce que votre amitié écrit à mon adresse ; j’oublie trop que votre imagination ajoute à mon invention et que votre style y met le vernis. » Tracées d’une écriture élégante aux lettres bien formées, parfois enrichies de dessins et d’essais de couleur, toujours composées avec soin sur le papier, les lettres que le peintre envoya sont aussi fidèles à son sens de l’harmonie et de la beauté.

L’accrochage Delacroix -écrivain
Installé dans l’ensemble des espaces du musée, appartement et atelier, l’accrochage Delacroix écrivain présente peintures, dessins et lithographies d’Eugène Delacroix en regard de ses écrits. Il offre aussi de montrer les dernières oeuvres du peintre, notamment un ensemble de dessins pour les décors de Saint-Sulpice et une émouvante Lionne prête à s’élancer. Il permet également aux visiteurs de découvrir, fleuri et sous le soleil estival, le havre de paix qu’offre aujourd’hui le jardin du musée rénové.

Deux dons exceptionnels
La collection du musée Delacroix vient de s’enrichir grâce à la générosité de deux donateurs, que cet accrochage permettra d’honorer. En 2012, Monsieur et Madame Pierre Guénant ont offert les manuscrits d’Alfred, les Dangers de la cour et Victoria. Avec Alfred, le très jeune Eugène Delacroix, désireux de devenir poète autant que peintre, s’essaya à la romance médiévale, dans le goût de son temps. Cette jolie nouvelle historique souligne combien l’envie d’écrire fut précoce et affermie chez Delacroix. C’est une acquisition particulièrement précieuse pour le musée que les visiteurs pourront découvrir pour la première fois cet été. Monsieur Norbert Ducrot-Granderye a donné, en début d’année 2013, un ensemble exceptionnel d’autographes de Delacroix et de documents liés à son décès et à ses obsèques. Il réunit notamment le brouillon manuscrit de l’invitation à l’inauguration de la chapelle des Saints-Anges à Saint-Sulpice, en juillet 1861, où le peintre revient sur son choix des sujets retenus pour cette œuvre, aujourd’hui considérée comme son testament spirituel et pictural ; plusieurs missives envoyées au baron Charles Rivet, ami de jeunesse du peintre ; une belle lettre, fort rare, écrite à Joséphine de Forget, sa cousine pour laquelle il eut une tendre inclination, dans laquelle il raconte qu’il assista au mariage civil de Napoléon III, le 30 janvier 1853.

 

Delacroix Eugène - Lionne prête à s’élancer
©RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Hervé Lewandowski

 

Des projets inédits pour le tombeau de l’artiste au Père-Lachaise et de nombreux documents liés au décès et au testament offrent des pistes pour des recherches nouvelles. Ce don remarquable vient compléter celui fait en 1994, qui avait permis l’acquisition des plaquettes en ivoire servant de palettes à Delacroix, en souvenir du commandant de la Garde impériale, Charles Granderye et de Madame, née Doublet de Ferrière, et celui, accordé en 1997, qui permit d’acheter un ensemble de lettres adressées à Achille Piron, fidèle ami de Delacroix.

Commissaire(s) :
Dominique de Font-Reaulx assistée de Catherine Adam-Sigas, pour l’accrochage.

 

6 rue de Furstenberg
75 006 Paris
Tél. : (standard) 00 33 (0)1 44 41 86 50

 

CHARLES RATTON – L'INVENTION DES ARTS « PRIMITIFS»

musée du quai Branly jusqu'au 22 septembre 2013.

LEXNEWS | 26.08.13

par Evelys Toneg

 



Que certains chefs-d'œuvre exotiques soient accueillis au sein du Musée du Louvre, Guillaume Apollinaire le souhaitait ardemment. Félix Fénéon, en 1920, s'interrogeait de leur absence dans ce sanctuaire de l'art. André Malraux qui lui aussi affirmait en 1976 dans le journal l'Intemporel, que « beaucoup veulent l'art nègre au Louvre où il entrera ». Claude Lévi-Strauss, quant à lui, attendra encore plusieurs années avant de lire en 1990 le manifeste écrit par Jacques Kerchache qui déclarait que « les chefs-d'œuvre du monde entier naissent libres et égaux » et jusqu'en 2000 quand fut inauguré le pavillon des Sessions. Alors qu'entrant dans l'exposition « Charles Ratton (1897/1986), l'invention des arts primitifs », devant le bureau reconstitué de l'un des plus grands marchands et collectionneurs d'art parisiens des années 30, qui n'aura pas eu la joie d'être là pour l'inauguration du pavillon des Sessions, alors qu'il souhaitait, en 1980, offrir le meilleur de sa collection au Musée du Louvre, on est de suite transporté par la passion qui l’animait et sûr de son action décisive dans la reconnaissance de ces arts dits « primitifs » d'Afrique, d'Amérique, d'Asie et d'Océanie, représentant les trois quarts de l'humanité et pour lesquels il milita contre l'approche et la vision colonialiste d'œuvres dignes du même intérêt scientifique que ceux de la Grèce antique ou du Moyen-âge européen.

 

 

Portrait de Charles Ratton, Studio Harcourt, Paris, années 1930. Archives Charles Ratton.

Guy Ladrière, Paris © musée du quai Branly, photo Claude Germain.

 

 

Un bureau massif et des masques de différentes origines, une cape cérémonielle, une partie du monde sur une étagère, une bibliothèque, une table basse, un fauteuil, une chaise, un tabouret que bien des designers d'aujourd'hui auraient aimé créer... Cette pièce où Charles Ratton travaillait à tous ses projets semble garder en elle un mystère, celui du lien affectif que le collectionneur entretenait avec toutes ses œuvres. En effet il photographiait ou faisait photographier chaque objet qu'il possédait ou dont il allait se séparer. Seule, une sculpture ne le quittera jamais, une statuaire du royaume du Dahomey, République du Bénin, représentant un homme assis frappé d'immobilité, sa tête happée par la gueule d'un serpent cornu, semblant être la représentation symbolique de la vie de Charles Ratton, homme discret et secret, passionné, dévoré par sa relation avec l'art, une belle allégorie...
 

C’est à l’initiative de Philippe Dagen et de Maureen Murphy, commissaire et conseiller scientifique de l’exposition actuellement présentée au musée du quai Branly « Charles Ratton, l’invention des arts « primitifs » », qu’un hommage est rendu à cet homme expert, collectionneur avisé d’une grande sensibilité et d’une forte intuition qui a participé grandement à l’avènement des objets dits « primitifs » au rang d’œuvres d’art, en France comme aux Etats-Unis et pour lesquels il fit campagne afin que changent les regards et les opinions stéréotypées sur ces expressions artistiques ou artisanales mal connues et méprisées des collectionneurs comme du grand public, restés dans l’apologie du colonialisme et de la suprématie de l’académisme de l’art occidental. A la suite de ses études à l’école du Louvre, avant la Première Guerre mondiale, Charles Ratton s’intéressait au Moyen-âge, puis il élargit sa curiosité aux arts d’Amérique et d’Océanie sous l’influence des cubistes et des surréalistes qui appréciaient l’esthétique de « l’art nègre ». Il s’entourait alors d'André Breton, Paul Eluard, Joan Miro ou encore Yves Tanguy.

 

Après la Seconde Guerre mondiale, Charles Ratton apparaît être la référence incontournable en matière d'Afrique et d'Océanie et sa galerie, rue Marignan à Paris, est visitée par tous les amateurs, collectionneurs acheteurs ou autres personnes sensibles à ces expressions artistiques « exotiques ». Toujours reconnu dans les années 1970 comme ayant participé au triomphe de tous ces objets considérés comme des chefs-d'œuvre du patrimoine mondial artistique, il allait, avec Jean Dubuffet et Pierre Roché, contribuer à la l'invention de la notion de « l'art brut » et en 1948 créa la « compagnie de l'art brut ». Dans toute sa carrière, Charles Ratton s'appuya sur tous les supports et moyens de communication modernes comme la presse, la photographie (Walker Evans et Man Ray proposent deux visions esthétiques ou pédagogiques différentes sur ces arts dits « primitifs ») et le cinéma (collaboration au film d'Alain Resnais et Chris Marker « Les statues meurent aussi » en 1953) pour organiser ou participer à des événements autour des arts non occidentaux, des expositions, des conférences, des ventes de collections privées (Breton et Eluard), défendant corps et âme la dimension artistique de ces œuvres et de ces objets jugés parfois « obscènes » afin d'en dégager le caractère purement artistique « uniquement pour le plaisir des yeux » dira-t-il à l'occasion de la première exposition d'arts d'Afrique organisée dans un musée d'art moderne « African Negro Art » à New York en 1935.

Le Musée du quai Branly à travers cette exposition aspire à rendre à Charles Ratton l'importance qui fut la sienne, le faisant ainsi connaître d'un plus large public.

Masque, population Dan, 19-20ème siècle, Côté d'Ivoire. Bois © musée du quai Branly, photo Claude Germain. Ancienne collection Charles Ratton. Guy Ladrière, Paris.


A travers l'univers de Charles Ratton, le parcours de cette exposition montre toute l'activité de cet homme, tant marchand d'art ami des surréalistes, que ses activités aux Etats-Unis avec Pierre Matisse, le fils d'Henri Matisse, marchand d'art moderne installé à New York et avec qui il organisera une exposition de sa propre collection africaine. Les différentes expositions et prises de position comme en 1930 à la galerie du théâtre Pigalle, ou celle du musée d'ethnologie en 1931 avec l'équipe du futur Musée de l'homme du Trocadéro, mais aussi ses expertises en collaboration avec Louis Carré pour les ventes de collections privées le consacreront spécialiste et lui permettront de concevoir d'autres événements comme, en 1932, une exposition temporaire dédiée aux bronzes et aux ivoires du royaume du Bénin (actuel Nigéria). Quel emploi du temps pour ce passionné qui n'hésitera pas non plus à prendre quelques risques en exposant, en 1937, des masques et ivoires eskimo qui passeront presque inaperçus dans la presse. Charles Ratton s'intéresse aussi à la mode et au stylisme des parures et coiffes du Congo. En 1937, Man Ray photographia une série de coiffes anciennes uniques. Il nous paraît tellement évident, aujourd'hui, d'admirer les chefs-d’œuvre des civilisations extraoccidentales dans les musées et les galeries des grandes métropoles, mais ces œuvres avaient besoin d'un mécène qui leur fasse gravir une à une les marches de ces plus grands lieux dédiés à l'art, ce fut là la vocation de Monsieur Charles Ratton.

 

 

 

Rodin, la chair, le marbre
Musée Rodin
Jusqu’au 1er septembre 2013

... Derniers jours ...

Auguste Rodin (1840-1917) Paolo et Francesca dans les nuages
Marbre H. 65,50 cm ; L. 70 cm ; P. 55 cm S.1147


C’est un rendez-vous d’exception que vous propose le musée Rodin, dans la chapelle du parc de l’hôtel Biron, jusqu’au 1er septembre 2013 ! Un calme tout particulier vous enveloppe dès les premiers pas dans la nouvelle exposition autour de l’œuvre d’Auguste Rodin (Paris 1840 - Meudon 1917) : « Rodin, la chair, le marbre ».
Subtilement scénographiés et éclairés par Didier Faustino, une cinquantaine de marbres blancs et maquettes de petits formats (terres cuites ou plâtres) forment ensemble une approche lumineuse du thème décliné. Dans un espace suggérant le cheminement d’un artiste dans son atelier, les œuvres, présentées ici de façon inédite et dynamique, rappellent une des thématiques constante chez Rodin : les corps en mouvement, en déséquilibre. Offrant de nombreux points de vue de chaque sculpture, Didier Faustino et Aline Magnien, conservateur en chef du patrimoine et commissaire de l’exposition, mettent en évidence l’évolution du style de l’artiste tout au long de sa carrière et sa «marque de fabrique» le fameux «non finito» que d’autres imiteront par la suite. Dans l’art, d’une manière générale et dans l’œuvre du maître en particulier, le choix des matériaux utilisés est une question prépondérante qui dépasse la simple réflexion de la technique choisie et de l’esthétique souhaitées. Dans son œuvre, Rodin ira du plus précis au plus flou jusqu’au non fini (non finito), laissant même les traces du travail inscrites dans le marbre, clous de mises au point, pointes « justes » que les praticiens et les artistes effacent au fur et à mesure du travail et qui là restent comme autant de marques du temps de création et du travail d’achèvement d’une œuvre. Quand une œuvre est-elle totalement achevée ? A-t-elle une vie propre qui va bien au-delà des conventions esthétiques ? Comment voyons-nous l’œuvre en elle même ? Est-il besoin de correspondre à une époque ? « Rodin nous pousse là à une réflexion sur l’inachèvement mais aussi sur l’inscription du temps dans l’espace de la sculpture », explique Aline Magnien.
 

Auguste Rodin (1840-1917) Petite Fée des eaux Marbre
H. 42,2 cm ; L. 61,6 cm ; P. 66,3cm S.1106

Cette exposition est également un hommage aux praticiens qui travaillaient les marbres pour Rodin et avec qui, pour certains, il existait une véritable complicité, car mettre à l’échelle voulue les maquettes du maître faites en plâtre ou terre cuite était une véritable aventure humaine et artistique. Comprendre la pensée créatrice de Rodin et la mettre en volume allait, on le voit bien toute au long du parcours de cette exposition, bien au-delà d’une exécution technique et d’une connaissance parfaite de la matière.

 

Auguste Rodin (1840-1917) L'Aurore Marbre
H. 56 cm ; L. 58 cm ; P. 50 cm S.1019


La chair, que tous les artistes sculpteurs se sont essayés à représenter avec le plus de vérité et de réalisme possible depuis l’Antiquité, est dans l’œuvre de Rodin plus vivante que dans aucune autre. Le choix des marbres, leurs veinures, leur transparence, leur volume, tout donne aux corps travaillés, soulevés, exagérés, contorsionnés, une forme de vie intense dans l’ombre et la lumière et il semble que les cœurs battent, que les poitrines se soulèvent, que les ventres respirent ou encore que les personnages pensent, perçoivent et ressentent !
« L’Illusion de la chair », « la forme et la figure dans le bloc », « vers l’inachèvement », sont les trois espaces qui couvrent l’évolution artistique de l’œuvre du maître, sa vision, son enthousiasme à toujours créer, chercher de nouvelles formes, à utiliser ce qu’il connaissait le mieux, les corps, et les pousser jusqu’à leurs limites.
C’est toujours un plaisir que de déambuler entre les plus célèbres sculptures du XIXème et XXème siècles de Monsieur Rodin et de croiser dans un mêle lieu, « Victor Hugo », « Le baiser », « La main de Dieu », « L’aurore », « Ariane » et encore « Fugit Amor »…

 

Sylvie Génot



www.musee-rodin.fr
 

 

 
 

 

 

 

 

 UN ÉTÉ AU BORD DE L'EAU, Loisirs et Impressionnisme

Musée des Beaux Arts de Caen jusqu'au 29 septembre 2013

John Singer Sargent, Femme et enfant endormis dans une barque sous un saule, 1887.
Lisbonne, Gulbenkian Museum. @ 2013, The Calouste Gulbenkian.


Parmi les grandes mutations dont le XIXe siècle fut témoin, le prodigieux essor des villégiatures et des loisirs de plein air est un phénomène qui concerne également l’histoire de l’art. Toute une société, qui se déplace volontiers en train, part à la conquête de nouveaux territoires : la côte, la plage, la mer... La Normandie, mais bien d’autres régions également, vont prendre une part essentielle à cet engouement. Pour la première fois, l’atelier du peintre quitte la ville, se transposant dans la nature même, signe marquant et prometteur.
 

Désormais, avec les Impressionnistes, le sujet des tableaux ne se trouve plus dans les livres ou dans l’imaginaire des peintres mais au cœur de la réalité et de la vie, dans ces territoires nouvellement conquis, ces lieux de détente et de loisirs qu’offrent en si grand nombre les bords de l’eau. L’exposition décline son propos en quatre chapitres qui illustrent les différents modes d’exploration de ces thèmes par le peintre, depuis les scènes de plage, les paysages de bord de mer et leurs infinies variations atmosphériques, jusqu’à l’incursion des corps dévêtus dans un paysage marin ; devenus sujets exclusifs d’étude du peintre, ces corps solaires consacrent la métamorphose du nu académique, conjuguant tradition et modernité.

 

 

Sorolla

 

 

 

Une passion française. La collection Marlene et Spencer Hays
Musée d'Orsay jusqu'au 18 août 2013

Edouard Vuillard (1868-1940)Fillettes se promenant Vers 1891

Huile sur toile Collection Marlene et Spencer Hays© Photographie John Schweikert
 


Un couple d'amateurs d'art américains, amoureux de la culture française, a réuni pendant plusieurs décennies un ensemble exceptionnel d'oeuvres du XIXe siècle et du début du XXe siècle.

Les liens d'amitié tissés entre les propriétaires et le président des musées d'Orsay et de l'Orangerie permettent aujourd'hui la présentation de cette collection.
Parmi celle-ci se trouve le septième panneau des Jardins publics d'Edouard Vuillard, dont le musée d'Orsay conserve déjà cinq des neufs panneaux, mais aussi des oeuvres de Bonnard, de Ranson, de Roussel, ainsi que plusieurs peintures envoûtantes de Vuillard ou encore des panneaux décoratifs de Maurice Denis ainsi que deux chefs-d'oeuvre symbolistes de Redon.

 

Les années 1860 et la période impressionniste sont bien représentées avec des oeuvres signées Fantin-Latour, Tissot, Caillebotte, Berthe Morisot, Eva Gonzalès. Couvrant un large spectre de la création, la collection se clôt chronologiquement avec Derain, Matisse et Modigliani.
La plupart de ces oeuvres retournent pour la première fois en France, dans leur pays de création. La venue de la collection au musée d'Orsay permettra non seulement de découvrir des oeuvres majeures d'artistes universellement connus mais aussi des trésors plus secrets, témoins du goût sûr et indépendant de leurs propriétaires.

Exposition temporaire niveau 5

 

Amadeo Modigliani (1884-1920)Portrait de Chaïm Soutine1917

Huile sur panneau H. 79 ; L. 54 cm© Droits réservés

 

 

 

CHAISSAC - DUBUFFET « Entre plume et pinceau »

musée de la Poste Exposition jusqu'au 28 septembre 2013.

LEXNEWS | 24.06.13

par Sylvie Génot

 

 

De nombreux artistes, écrivains, musiciens, sculpteurs ou peintres ont entretenu des correspondances plus ou moins régulières. Certains d'entre eux, au fil de pages manuscrites, ont construit de véritables amitiés. Échanges de réflexions sur l'art, sur leurs recherches et travaux personnels, leurs questionnements, leurs visions du monde, de leur époque… Par là, ils écrivirent aussi sur leurs vies, sur la vie, dévoilant l'admiration qu'ils pouvaient se porter mutuellement. Ces correspondances pleines d'émotions sont des témoignages de ces amitiés que, souvent, seule la mort de l'un viendra interrompre brutalement. C'est le cas de Gaston Chaissac (1910-1964) et de Jean Dubuffet (1901-1985).
Toutes ces pages, ces dessins échangés entre les deux artistes, toute cette correspondance justifient parfaitement que le musée de la poste, l'Adresse, consacre une exposition à ces deux hommes aussi étonnants et habiles du pinceau que de la plume...
En entrant dans l'exposition intitulée à juste titre « Entre plume et pinceau », c'est un grand pas dans l'univers de l'art brut qui nous est proposé. C’est un parcours insolite au milieu d'oeuvres plus encore insolites : toiles, sculptures, totems, collages, fragments d'objets, détournements d'autres, lettres ou fragments de lettres, couleurs vives ou teintes sombres. La matière brute illustre le chemin de ces hommes qui affirment que l'art est invention spontanée et en aucun cas question d'enseignement, produit d'une culture asphyxiante qu'ils n’auront de cesse de dénoncer. Trois sections pour deux destins d'artistes qui se croisent, s'explorent, se rencontrent à travers leur correspondance depuis la première lettre de 1946 jusqu'à la dernière en 1964. A la fois proches et dissemblables, c'est dans les années 1946-1950 que les deux hommes s'écrivent régulièrement et que Gaston Chaissac élève au rang d'oeuvre d'art des éléments que la nature met à sa disposition telle une souche, une racine ou une pierre. Il dessine des graffitis sur des murs qui donneront «Les Géants des murailles». A cette époque, la production de Gaston Chaissac est très féconde, et en 1949, il introduit pour la première fois l'écriture dans son oeuvre. En 1947, Jean Dubuffet, avec son complice Jean Paulhan, quant à lui, organise sa première exposition à la galerie l'Arc-en-ciel à Paris qui ne laissera pas les visiteurs, déstabilisés par ce qu'ils voient, indifférents. Dans ces années Jean Dubuffet s'interroge sur l'art des fous ou des personnes indemnes de toute culture qui le conduit à concevoir le concept de l'art brut.

Au fil de ces trois espaces, les travaux des deux hommes se croisent, s'éloignent un peu ou se rejoignent au point de se demander lequel influença l'autre, comme avec « Le cerne noir » de Gaston Chaissac (Personnage en 1960) et qui a aussi rendu célèbre Jean Dubuffet (Code à la tronche – Théâtre des errements II en 1963). Les peintures empreintes d'écriture deviennent alors des lettres ouvertes entre Gaston et Jean, lettres ouvertes au monde de l'art, aux artistes, aux collectionneurs et aux amateurs. Sans en être forcément conscients, l'impact des travaux et recherches artistiques de ces deux hommes a transformé l'approche et la vision du monde qui nous entoure, déclamant à la face des bien-pensants de l'art académique, du dit « beau », de l'acceptable... que le moche, le laid, la folie, la crasse ont une place à tenir dans l'expression artistique du 20e siècle.
Dans cette exposition « la peinture et l'écriture se rejoignent en quête d'une parole poétique capable de révéler une réalité autre... L'art de Chaissac et de Dubuffet lorgne du côté de la saleté et des déchets, du gauchissement de la technique et de la pauvreté du matériau et étend à leur environnement quotidien le domaine de la beauté... » (extrait du catalogue de l'exposition). C'est donc sans complexe qu'il faut aller se promener et se laisser surprendre dans cet univers qui finalement nous est assez proche, qui autorise à voir le monde autrement, sans frontière, sans limites et qui déclencha une sacrée envie de créer !

 

Le Géographié, 14 septembre 1955, huile sur toile,
92 x 73 cm, galerie Karsten Greve, Saint-Moritz Jean Dubuffet © Adagp Paris 2013


Le musée de l'Adresse, au fil de ses événements devient un lieu incontournable à dimension humaine où tous peuvent appréhender et côtoyer l'art différemment.

 

CHAISSAC - DUBUFFET « Entre plume et pinceau » Fage, 2013. lire notre chronique

 

 

 

 

Plusieurs événements entourent cette exposition. Vous trouverez tous les renseignements sur le site du musée www.ladressemuseedelaposte.fr
A paraître cet été, aux éditions Gallimard, collection les Cahiers de la Nrf « Gaston Chaissac – Jean Dubuffet, Correspondance 1946 - 1964 »

 

 

 

 

Une Renaissance, l’art entre Flandre et Champagne

 1150-1250. Musée de Cluny jusqu’au 15 juillet 2013.

LEXNEWS | 20.06.13

par Philippe-Emmanuel Krautter

 

 


 

Il ne s’agit pas de la Renaissance telle qu’on l’entend classiquement dans la chronologie de l’histoire de l’art, mais bien d’une renaissance qui s’est opérée avant l’heure du côté de la Flandre et de la Champagne, entre le XII° et le XIII° siècle. C’est au lendemain de la mutation féodale que l’on assiste en effet à une reconstruction du pouvoir royal et à un renversement de l’éclatement jusqu’alors observé, et c’est justement ce dynamisme nouveau qui est admirablement perceptible dans cette belle exposition présentée au public jusqu’au 15 juillet au musée de Cluny. Christine Descatoire et Marc Gil, les commissaires ont reproduit dans cette exposition avec un rare sens de l’esthétique associé aux impératifs d’une approche scientifique et historique une géographie artistique éclairante de ce que l’on appelle le « style 1200 ».

5. Pied de croix de Saint-Bertin Atelier mosan, vers 1180
Cuivre fondu, ciselé, gravé, doré, émaux champlevés
H. 31, 5 ; L. 29, 5 Saint-Omer, Musée de l’hôtel Sandelin
© Musées de Saint-Omer, B. Jagerschmidt

 

 Les riches villes drapières, les foires dynamiques, les abbayes en pleine croissance tissent un réseau de relations sans cesse renouvelé qui démultiplie les échanges et favorise la créativité, aidé en cela par les grandes voies de communication reliant l’Angleterre à la Champagne et la Meuse à l’Ile-de-France.

Comme le soulignent les organisateurs de l’exposition, il ne s’agit pas de roman ni encore de gothique, mais d’un attrait absolu pour la nature et pour l’homme avec une très nette sensibilité à l’héritage antique. Il suffit pour s’en convaincre de regarder avec attention les nombreuses représentations du corps dans les chefs d’œuvre réunis pour l’occasion pour constater l’influence de l’art de la statuaire antique dans l’inspiration des artistes de cette époque du Moyen-âge avec son expression la plus réussie dans les créations du grand orfèvre Nicolas de Verdun.

Nous pouvons ainsi découvrir des fruits, des manifestations florales ou encore des drapés et des gestuelles d’une fraicheur telle que l’on se croirait revenu aux canons de l’Antiquité classique.

 

Croix staurothèque de Clairmarais Nord de la France, entre 1210 et 1220
Argent doré, niellé, pierreries H. 65, 2 ; L. 34, 4
Saint-Omer, Musée de l’hôtel Sandelin © Musées de Saint-Omer, B. Jagerschmidt

 

Le sombre Moyen-âge lève ses prétendues brumes pour laisser apercevoir des trésors aux programmes iconographiques non seulement esthétiques, mais également complexes. Christine Descatoire et Marc Gil insistent en effet sur l’importance de la dimension théologique reflétée par ces œuvres exposées au regard du contemporain de notre XXI° siècle. Les vertus se personnifient, l’art sacré magnifie les objets liturgiques qui non seulement participent au culte divin, mais contribuent également à le rendre plus intelligible aux yeux des fidèles.

 

Évangéliaire d’Averbode f° 16 v : Gédéon et la toison, Moïse et le
buisson ardent – f° 17 r : Nativité Averbode, vers 1150-1160
Parchemin, 173 ff. H. 27, 7 ; L. 19, 2 cm
Liège, Université de Liège, Bibliothèque générale © Université de Liège

 

Il n’apparaît pas ainsi excessif de dire au terme de la visite de cette remarquable exposition qu’une nouvelle esthétique se dégage avec ces drapés qui épousent plus fidèlement les réalités terrestres, ces visages qui prennent une expression impassible, voire énigmatique, si l’on pense à ce fameux sourire de l’Ange de la cathédrale de Reims… Les échanges démultipliés dans cette région de l’Europe ont ainsi libéré un souffle nouveau qui a inspiré les meilleurs artistes dont les œuvres réunies dans cette exposition en sont encore bien des siècles plus tard les plus beaux témoins !

 

Une Renaissance, l’art entre Flandre et Champagne. 1150-1250. RMN, 2013.

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www.musee-moyenage.fr

 

 

 

Trésor du Saint-Sépulcre, présents des cours royales européennes à Jérusalem
Château de Versailles jusqu’au 14 juillet 2013

LEXNEWS | 04.06.13

par Philippe-Emmanuel Krautter

 

 

 



La représentation traditionnelle de l’Épiphanie telle qu’elle nous a été léguée avec magnificence par nombre d’artistes de la Renaissance vient immédiatement à l’esprit lorsque l’on pénètre dans les espaces sombres de l’exposition consacrée au Trésor du Saint-Sépulcre. Tous ces joyaux qui brillent de leurs plus beaux feux n’ont pu être apportés que par des rois tant leur caractère précieux rivalise avec toutes les beautés qui ont pu être imaginées par l’homme depuis l’aube des temps. Il faut absolument se rendre dans les salles des Croisades pour découvrir cette magnificence qu’il sera difficile de revoir ailleurs qu’à Jérusalem, en de trop rares occasions. Ce trésor - le mot est-il assez fort ?- est le résultat de siècles de dévotion, mais aussi de politiques et de stratégies entre l’Occident et l’Orient.

 

 

Crédits © Custodie de Terre Sainte, A. Bussolin - Claude Caignet, Grand bassin en argent repoussé, ciselé et doré. Diamètre 39 cm offert par Louis XIII, 1625 - Jérusalem, Custodie de Terre Sainte

 

 

 

 

 

Ces pierres et ces ors, s’ils pouvaient parler, auraient beaucoup à nous apprendre sur les relations diplomatiques rarement paisibles, souvent conflictuelles, qui accompagnent ces œuvres réalisées par les plus grands artistes de leur temps. La présente exposition fait ce pari de suggérer ces témoignages avec une scénographie des plus réussies grâce à la sobriété de Jérôme Dumoux tout au long des huit salles donnant sur la belle Galerie de pierre par laquelle on accède. Ce riche parcours retrace pas moins de huit siècles de présence franciscaine en Terre sainte, ces vingt-huit générations de l’ordre de saint François qui ont eu jusqu’à nos jours la garde de ces Lieux saints, ainsi que de son trésor, un privilège accordé personnellement au Poverello d’Assise par le sultan Al Malik en 1219.
 

Francesco Natale Juvarra Baldaquin eucharistique
Présent de Philippe IV d’Espagne 1666
Argent, bronze doré, pierres précieuses. H. 165 cm ; L. 90 cm
Jérusalem, Custodie de Terre Sainte © Custodie de Terre Sainte, A. Bussolin

 

Le visiteur déambulera comme dans un rêve entre cet incroyable Grand bassin pour le lavement des pieds en argent repoussé et ciselé et encore aujourd’hui utilisé le Jeudi Saint, quatre siècles après sa création au Portugal, et ces extraordinaires parures liturgiques réalisées à la demande de Louis XIII, dont la splendeur de ses quatorze pièces étaient remarquée par tous les visiteurs, reflet désiré de la puissance du royaume de France en ces temps…
La disposition des salles permet de poser un regard croisé sur ces merveilles d’un pays à l’autre qu’il sera bien difficile de départager! Très souvent, l’Europe pris des allures exotiques lorsque ses possessions lui permirent de rapporter des trésors incroyables telles les richesses du Portugal provenant de ses mines d’or et de diamants au Brésil et qui ornent cette mitre précieuse dont les pierres aveugleraient presque les yeux tant leur scintillement est omniprésent dans la pénombre. Cette exposition offre également des témoignages impressionnants sur l’art des meilleurs orfèvres mis à contribution pour réaliser de somptueux baldaquins eucharistiques, des calices et autres ciboires plus beaux les uns que les autres. Au terme de ce voyage presque onirique, chaque visiteur ressort rasséréné et peut être allégé du poids du quotidien tant les trésors présentés expriment non pas une surenchère vulgaire de ce qui serait par trop précieux, mais concourent à évoquer une beauté ineffable, celle qui touche l’âme…

 

Alexandre Paynet (brodé par) Dalmatique provenant d’un ornement pontifical
Présent de Louis XIII envoyé en 1621

1619 Jérusalem, Custodie de Terre Sainte
© Custodie de Terre Sainte, A. Bussolin

 

« Trésor du Saint-Sépulcre » ouvrage publié à l’occasion de l’exposition Trésor du Saint-Sépulcre, présents des cours royales européennes à Jérusalem présentée au Château de Versailles et à la Maison de Chateaubriand, sous la direction de Bernard Degout, Silvana Editoriale, 2013. lire notre chronique

 

 

 

L’Ange du bizarre, Le romantisme noir, de Goya à Max Ernst

 Musée d’Orsay, jusqu’au 23 juin 2013

LEXNEWS | 23.05.13

par Philippe-Emmanuel Krautter

 

 

Carlos Schwabe (1866-1926)La Mort et le fossoyeur1900Aquarelle, gouache et mine de plombH. 76 ; L. 56 cmParis, musée d'Orsay, conservé au département des Arts Graphiques du musée du LouvreLegs Michonis, 1902© RMN (Musée d'Orsay) / Jean-Gilles Berizzi



Le premier contact avec l’exposition L’Ange du bizarre sera pour l’heureux visiteur plus serein que dans la nouvelle d’Edgar Allan Poe du même nom ! Point de choc frontal, mais bien plutôt une agréable surprise, celle de l’incroyable inspiration qui a pu toucher tous ces artistes dont près de 200 œuvres sont ici réunies. Quoique… à peine entrés, nous sommes happés par des phrases reproduites sur les murs tels ces mots de Baudelaire : « Ô Beauté, monstre énorme, effrayant, ingénu ! »… Comment lever ce paradoxe ? La beauté et l’effroi, l’angélisme et le diabolisme, la part sombre de l’homme et ses instants de lumière ? Ces questions se posent depuis l’aube de notre conscience et de nos représentations pariétales. Notre univers extérieur forme-t-il plus une altérité que ce qui sommeille en notre for intérieur ? Il n’y aura évidemment pas de réponses à ces questions éternelles dans cette très belle exposition, mais des suggestions et des voies présentées par les plus grands artistes de ce que l’historien de la littérature Mario Praz a appelé le « romantisme noir ». Nous sommes à la fin du XVIII° siècle en Angleterre et des romans noirs gothiques jouent à faire peur à leurs contemporains, les Lumières ne parvenant pas à éclaircir définitivement toutes nos forêts obscures héritées des temps primordiaux. Et l’effet prend, le mystère, la peur et même le grotesque fécondent cet imaginaire étonnant qui nous est donné à admirer dés les premières salles et que résume admirablement cette désopilante réponse de Mme Du Deffand à son ami Horace Walpole : « Croyez-vous aux fantômes ? Non, mais j’en ai peur » ! Que celui qui n’a jamais aimé à se faire peur jette la première pierre…

Johann Heinrich Füssli ouvre les portes à des mondes obscurs avec Le Cauchemar, œuvre qui nous interroge : qui est plus réel : la jeune femme endormie ou ces monstres scrutateurs à la face bien sombre ? Les rêves sont intimement tissés aux mythes fondateurs et à la foi qui admet la place omniprésente du Prince des ténèbres, maître en ces tableaux. Satan décline ses variations et elles sont légion avec Bouguereau, Füssli ou encore Victor Hugo, et l’obscurité livre ses secrets sous nos yeux surpris et inquiets.

 La nature peut parfois suggérer encore plus cette sourde inquiétude qui se dégage d’une vieille porte branlante d’un cimetière de Caspar David Friedrich ou cette Route de campagne en hiver au clair de lune de Carl Blechen, route trop calme dans la solitude glacée… Le Symbolisme vient à la fois cristalliser toutes ces expressions et en même temps les démultiplier. Et nous retrouvons ce jugement de Baudelaire – la beauté monstrueuse – qui tranche tant avec celles de ses contemporains, attachés à l’art académique et à ses canons rigides.

Il s’agit de voir, même et surtout, ce qui ne l’est pas. La création se trouve libérée de ce qui la contenait et la limitait. La peinture symboliste puise dès lors dans un imaginaire libéré et singulier. Contemplons par exemple quelques instants La Mort et le Fossoyeur de Carlos Schwabe, une toile peinte en 1900 et dont la verte lueur hante le regard longtemps après, presque autant que ces ailes qui se referment sur l’homme dans son triste labeur. Peut être faudra-t-il cette danse macabre suggérée par Félicien Rops qui revisite de moderne manière un classique des arts en un pas de danse extraordinaire de vie pour réaliser que les esprits semblent parfois plus vivants que nos vies terrestres. Que se cache-t-il derrière ces masques, ces attentes, ces effrois ou ces doutes ? Le monde des morts ne nous offre pas de réponses malgré tous les efforts des spirites et même si La Femme en blanc de Gabriel von Max semble ouvrir une porte. Les Surréalistes reprendront ce délicat flambeau et le romantisme noir sera un terreau fertile à leur anticonformisme. Comment croire aux valeurs d’une société qui a rendu possible la folie du premier conflit mondial et dont tant d’artistes et d’écrivains sortiront abasourdis ? Le riche parcours termine sur ces visions de Paul Klee, Max Ernst ou Salvator Dali, où le bizarre est roi et ses anges bien plus surprenants encore !

 

Johann Heinrich Füssli (1741-1825)Le Cauchemar (The Nightmare)1781Huile sur toileH. 101,6 ; L. 126,7 cmDetroit, Detroit Institute of Arts, Founders Society© Bridgeman Art Library

 

 

'L'Ange du bizarre" Catalogue d'exposition de Côme Fabre, Felix Krämer,
relié ; 230 x 280 mm - 304 p. - 289 ill., Musée d'Orsay / Hatje Cantz - 2013

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« L’Ange noir, Petit traité des Succubes », Remy de Gourmont, Jean Lorrain, Jules Bois, Joséphin Péladan, Robert de Montesquiou…, textes choisis et présentés par Delphine Durand et Jean-David Jumeau-Lafond, Paris, Ed.La Bibliothèque, Coll. Les Billets de La Bibliothèque, 2013, 204 p.

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Philippines, archipel des échanges.
musée du quai Branly jusqu'au 14 juillet 2013

LEXNEWS | 12.05.13

par Evelys Toneg

 

 


C'est la première grande exposition en Europe sur l'art de l'archipel des Philippines, que présente le musée du quai Branly, sous le commissariat de Contance de Monbrison, responsable des collections insulaires du musée et Corazon Alvina, anthropologue spécialiste des arts philippins. Sont présentés et mis en scène plus de 300 objets précoloniaux tous très raffinés : poteries, vaisselles, ustensiles du quotidien et de rituels, textiles et costumes, bijoux, accessoires et parures, armes, boucliers, instruments de musique, jarres funéraires, ils sont de bois, de terre, de céramique, de nacre, de perles, de métal, d'or... Sculptés, tressés, forgés, brodés, tissés, cousus, tournés ou pétris... ils nous proposent deux regards sur les arts de cet archipel, l'un tourné vers la terre et l'autre tourné vers la mer. Situé aux confins de la mer de Chine entre Taïwan et l'Indonésie, l'archipel des Philippines compte plus de sept mille îles dont deux mille sont habitées et dispersées sur mille sept cents kilomètres où l'on recense vingt-huit langues. L'histoire même de ces îles est liée aux échanges entre les peuples de la montagne, des vallées et ceux de la mer, avant et après les différentes périodes de colonisation (espagnole 1521/1898 et américaine 1898/1946). Cette exposition invite à un vrai voyage dans le temps avant que les Européens n'arrivent dans l'archipel. C'est auprès des peuples des montagnes et des vallées des Hautes Terres du nord de Luzon jusqu'à celles de Mindanao que les visiteurs vont être immergés dans les arts de l'archipel où la mer relie les hommes plus qu'elle ne les sépare, et, comme le dit Stéphane Martin, Président du musée, tous les objets ici montrés sont profondément liés à la notion d'échange comme objets qui s'offrent, se prennent ou se donnent à voir.

 

Divinité du riz bulul porteur de coupe, 15e siècle, vallée de Cagayn, population Ifugao, bois de narra, patine sacrificielle. Inv. 70.1999.4.1 © musée du quai Branly, photo Hughes Dubois.

 

C'est dans l'univers des Ifuagos, sculpteurs des Bulul, représentations anthropomorphes des puissantes divinités du riz que commence cette découverte. Assis, seuls ou en couples, dans des bois choisis spécifiquement, d'une grande sobriété sur lesquels les rituels ont laissé leurs patines successives. Ces figures illustrent les principes d'union et de réciprocité des énergies féminines et masculines, et c'est là une impressionnante entrée en matière. Des boites rituelles appelées « punamhan » font également partie de ces objets insolites que l'on va découvrir tout au long des différentes sections organisées autour de certains grands thèmes : les Bulul, l'univers des mumbaki, qui communiquent avec les esprits, agissent dans des domaines variés ritualisés pour obtenir des guérisons, interpréter les rêves, prendre des décisions liées au calendrier agraire, etc.

Le parcours de l'exposition permet encore de découvrir comment devenir un homme dans les différentes sociétés qui pratiquent la chasse aux têtes comme rite de passage ancré dans une tradition cosmogonique et mythologique, convoquant la puissance du soleil comme divinité de la guerre et offre alors aux jeunes hommes le prestige de la maturité (peuples du nord de Luçon), les parures, les armes d'attaque comme les moyens de se protéger (boucliers, armures, fétiches), les splendides costumes tissés de perles (textiles de Mindanao), étincelants comme le soleil, les bijoux et les ornements codifiés qui définissent la place des individus au sein de leur groupe social et familial. Toutes les différentes formes d'échanges de ces objets permettent d'établir des relations espérées pacifiées entre chaque groupe. Ces échanges mettent en place la diffusion de ces créations et créent ainsi un patrimoine commun pluriculturel. Qu'ils soient des montagnes, des vallées ou de la mer, ces peuples s'influencent les uns les autres et les voyages au coeur du réseau maritime facilitent le rayonnement et les influences artistiques et culturelles de toutes les populations qui ont pu échanger au sein de l'archipel. Histoire liée au développement des voyages en haute mer, dès le Xe siècle, l'archipel se trouve au coeur d'une dynamique d'échanges commerciaux jusqu'à la fin du XIVe siècle ou de nouveaux objets apparaissent avec les sultanats qui portent l'islam dans ces régions et dont l'influence va se traduire dans les objets. Parmi les fouilles archéologiques (1960), des objets de grande beauté montrent que les Philippins ont connu un âge d'or entre le IXe et le XIIIe siècle et qu'ils étaient des virtuoses de l'orfèvrerie. L'abondance d'objets en or allant du simple bouton martelé à de lourdes ceintures d'apparat, laisse à penser que le précieux métal était un marqueur de pouvoir et de prestige (masque funéraire, bijoux, parures...).
 

Paire d'embouts de ceinture-corde, trésor de Surigao, Xe-XIIIe siècle, nord-est de Mindanao, province Surigao del Sur. Or © photo Neal Oshima. Bangko Sentral ng Pilipinas, Manille

 

Placée à la troisième place en matière des gisements aurifères, parfois encore très artisanale, l'exploitation de l'or aux Philippines est une véritable tradition qui existait bien avant l'arrivée des Européens. Une superbe scénographie cosmique de ces objets et bijoux met en évidence les liens entre les légendes et les créations en or. Il est tout aussi important dans l'archipel de vénérer les morts et les dernières fouilles archéologiques ont mis à jour les premières terres cuites (2500 ans avant J.C) et quantité d'autres objets funéraires qui y sont associés jusqu'aux jarres de secondes funérailles, parfois d'importation de Chine ou de Java, après que le corps soit décomposé et inhumé lors des premières funérailles, les restes sont placés dans une nouvelle urne ou jarre ainsi nommée de secondes funérailles, entièrement ou dispersés dans différentes jarres. C'est ainsi, par la fin de la vie terrestre que prend fin ce voyage initiatique si enrichissant.
C'est dans la galerie jardin, jusqu'au 14 juillet 2013, que cette exposition nous fait voyager entre terre et mer, d'île en île, d'histoires humaines en cultures, d'échanges symboliques et économiques en échanges entre des êtres vivants et d'autres invisibles. Si aujourd'hui encore la route est difficile pour se rendre, à pied, dans les villages Ifuagos, dont les paysages sont classés au patrimoine de l'UNESCO, celle qui mène au quai Branly est accessible à tous.

Un ingénieux carnet de voyage livret-jeux est à la disposition des enfants pour un parcours ludique de l'exposition tout comme le petit guide pour adultes avec ses 6 grandes questions qui permettent à minima de comprendre les grandes lignes des oeuvres exposées dans les différentes sections.

 

 

 

 

Antoine Watteau, La leçon de musique
Palais des Beaux-Arts, Bruxelles

jusqu’au 12 mai 2013

LEXNEWS | 24.04.13

par Bertrand Galimard Flavigny

 

 



A l’expression « fête galante » surgit immédiatement le nom de Watteau (Antoine, 1684-1721). Il est vraisemblable que l’artiste n’entendit jamais prononcer cette appellation et qu’il ne sut jamais qu’il était à l’origine du « style galant ». Antoine Watteau a représenté de nombreux décors dans lesquelles les hommes et femmes de son temps évoluent avec grâce et enchantement dans des paysages champêtres. Voltaire le qualifia de « peintre flamand dans le gracieux », en l’approchant de « ce que Teniers a été dans le grotesque ». L’une des plus belles compositions de Watteau, La Partie carrée (h/t, vers 1713-14) met en scène quatre comédiens portant des costumes italiens francisés s’étant retrouvés dans un parc. On y voit un piédestal surmonté d’un vase de pierre, une statue fontaine et une végétation abondante faite de lierre, marronnier, hêtre, etc. L’un des personnages masculins, un Pierrot, nous tourne le dos sa guitare en bandoulière et fait face à une jeune femme à demi-allongée. Comment interpréter cette scène ? Le titre lui-même n’est pas loin d’être équivoque. Toujours est-il que nous sommes en effet face à une fête galante.

 

Antoine Watteau (1684-1721) La Partie Quarrée Huile sur toile
San Francisco, Fine Arts Museum of San Francisco, Museum purchase, Mildred Anna Williams Collection
© The Fine Arts Museums of San Francisco, Mildred Anna Williams Collection

 


« Watteau avait de la délicatesse à juger de la musique », devait dire en 1748, le comte de Caylus (1692-1765), plus de vingt ans après la mort du peintre. Anne-Claude de Caylus était un ami de l’artiste et écrivit sa biographie. Il était par ailleurs, un antiquaire réputé et un graveur de talent ; il fut le premier au XVIIIe siècle, à mentionner cette curiosité musicale. Voilà l’adjectif qui correspondrait le mieux à Watteau. Ce qui n’a pas échappé à William Christie, le bien connu chef d’orchestre et claveciniste et directeur des « Arts Florissants », en préparant avec Florence Raymond, attachée de conservation, au Palais des Beaux-Arts de Lille, l’exposition justement intitulée « Antoine Watteau, la leçon de musique », au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles. Rien ne nous dit pourtant que Watteau ait pu jouer d’un instrument de musique. « Si près d’un tiers des tableaux de Watteau montre des musiciens ou des instruments de musique, d’autres, parmi les plus célèbres, livrent un tout autre type de sonorités : bruissement de la nature, chuchotis des conversations et paroles suspendues interrogent ici le caractère musical des compositions de Watteau », se demandent les rédacteurs du catalogue (1).

Antoine Watteau qui était le fils d’un couvreur de Valenciennes est considéré comme un peintre novateur. « Nouveau » est un autre adjectif accolé à son nom dans ses biographies ; « charme » aussi, mais pour désigner sa peinture. L’artiste connut un succès fulgurant, mais en dehors des circuits habituels, c'est-à-dire la Cour, le roi, voire l’Église. Cet autodidacte intégra l’atelier du peintre Claude Gillot (1673-1722) à qui il emprunta ses thèmes inspirés de la comédie italienne. L’ornemaniste palais du Luxembourg » à Paris, lui fit découvrir les cycles historiques de Rubens, cela pour les lumières du Nord. Bien qu’il ne voyagea jamais en Italie, la commedia delle’arte le nourrit davantage pour exprimer sa fantaisie et raconter des histoires…galantes. C’est ainsi que le financier et collectionneur Pierre Crozat (1661-1740) l’attira auprès de lui, et le jeune artiste puisa dans ses collections et copia les dessins des maîtres flamands et vénitiens qui lui apprirent sans doute l’usage des couleurs, des mouvements et de la sensualité. Il exécuta alors et enfin, son morceau de réception à l’Académie royale de peinture : le Pèlerinage à l’île de Cythère.

 

La Leçon de musique - Louis Surugue d’après Antoine Watteau (1684-1721)
La Leçon de musique (Pour nous prouve que cette belle) Eau-forte et burin
Paris, Bibliothèque nationale de France © Bibliothèque nationale de France

 


L’exposition de Bruxelles comprenant une quinzaine de toiles et une trentaine de dessins, plus une cinquantaine d’estampes, tente de convaincre que Watteau était habité par la musique. Certes les titres de ses œuvres sont évocateurs : La Leçon de musique. La Gamme d’amour, Le Concert amoureux, L’Accord parfait… Dans l’Enchanteur, un homme debout, tient une guitare, dans l’Aventurière, deux personnages sont assis : un guitariste et une femme. Nous sommes en fait, au théâtre, peu importe la condition sociale des acteurs costumés. Et si tout simplement, Watteau n’avait cherché qu’à représenter le désir, tout en évoquant la fugacité de l’instant musical et son harmonie ainsi crée ? Alors, contemplons Les Bergers, en écoutant chanter l’air de « Volez au son de nos musettes » extrait du IV acte d’Idoménée d’André Campra ou mieux encore la Chacona d’Antonio Martìn devant l’Amour au théâtre italien…

(1) Catalogue, sous la direction de Florence Raymond, Ed. Skira Flammarion, 272 p. 200 ill. couleurs.
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Interview Dominique Thiébaut

Conservateur général au département des peintures

Exposition Giotto e compagni - Louvre jusqu'au 15 juillet 2013

Paris, le 16 avril 2013.

LEXNEWS | 22.04.13

propos recueillis par Philippe-Emmanuel Krautter

 

Informations pratiques
Du 18 avril au 15 juillet 2013
Lieu : Salle de la Chapelle
Horaires : Tous les jours de 9h à 18h, sauf le mardi.
Nocturnes, mercredi et vendredi jusqu’à 21h45.
Renseignements : 01 40 20 53 17

 

 

Giotto Saint François d'Assise recevant les stigmates, élément de prédelle : Saint François prêchant aux oiseaux, bois, Paris, musée du Louvre, département des peintures

© RMN-Grand Palais (Musée du Louvre) / Michel Urtado


 


e Louvre inaugure une exposition bien particulière, dont vous êtes le commissaire, consacrée à l’un des plus grands peintres, Giotto, qui a marqué la peinture occidentale.


Dominique Thiébaut :
"Cette exposition consacrée à Giotto et à ses compagni (ses assistants et disciples immédiats) s'avère en effet très différente de tout ce qui a pu être réalisé en Italie autour de cet artiste, dans la mesure où elle a pour point de départ les collections publiques françaises et aborde en conclusion la question de l’arrivée précoce en France des nouveautés giottesques. Peut-être faut-il rappeler en premier lieu qu’une exposition exhaustive sur le grand peintre florentin est inenvisageable en raison de la part importante des cycles de fresques dans sa production (Assise, Padoue, Florence …), de la taille souvent importante et de la fragilité de ses panneaux peints. Dans cette salle de la Chapelle où se tient l’exposition, ces œuvres françaises – peintures, dessins, enluminures – dialoguent entre elles ou avec d’autres prêts, souvent magnifiques, venus de l’étranger : par exemple, un dessin du Louvre, mis en rapport avec l’activité de Giotto à Padoue, est montré à proximité d’un panneau peint qui s’insérait au beau milieu des fresques de la Cappella degli Scrovegni de Padoue. De la même façon, très exceptionnellement, deux Saints du musée Jacquemart-André de Chaalis sont accrochés à proximité d’un Saint Etienne conservé au Museo Horne de Florence et d’une Vierge appartenant à la National Gallery de Washington. Le grand historien de l’art italien Roberto Longhi avait proposé de reconnaître dans ces quatre panneaux des éléments d’un même polyptyque, mais cette reconstitution a été contestée sur la base d’arguments techniques. Le scepticisme de certains critiques était renforcé par de grandes différences dans l’état de conservation des tableaux qui conduisaient à supposer l’intervention d’une autre main dans les deux Saints français, le Saint Laurent surtout, incontestablement plus usé que l’admirable Saint Étienne du Museo Horne de Florence. Le Centre de recherche et de restauration des musées de France, les collègues de Florence et de Washington, ont entrepris un véritable travail d'investigation et repris un à un tous les points matériels techniques qui avaient été avancés pour contester ce rapprochement. Face aux quatre panneaux, réunis ici pour la première fois, le public et les spécialistes pourront à leur tour se faire une idée sur la pertinence de l’hypothèse de Longhi. Nous avons conçu un peu cette exposition comme un « laboratoire » qui devrait permettre de mettre à l’épreuve un certain nombre de propositions. La dernière section est consacrée au séjour de Giotto à Naples entre 1328 et 1332 et à la production de ses compagni locaux : combien de personnalités sont ici rassemblées ? Qui est le peintre responsable de l’exécution de la magnifique Crucifixion du Louvre ? Le « Maître de Giovanni Barrile » ou un autre artiste proche de lui ? A l’origine de cette initiative, il y a également le désir de rendre compte de l’actualité de la recherche et de la vie du musée : découvertes dans le domaine technique mais aussi dans les archives (pour la Stigmatisation de saint François), restaurations et acquisitions. Le Louvre a acquis en 1999 la Crucifixion dont nous venons de parler et en 2003 un superbe Saint Benoît en marbre dû à Tino di Camaino, un grand sculpteur siennois actif comme Giotto à la cour de Naples, et qui pourrait lui aussi avoir été influencé par le style tardif de Giotto. Autre particularité de cette exposition : nous avons voulu insister sur la matérialité de toutes ces œuvres et présenter double face la Stigmatisation de saint François et la croix peinte du Louvre car elles ont toutes deux gardé, fait exceptionnel, leur structure d’origine au revers."

 

Giotto, Saint François d'Assise recevant les stigmates, bois 313,5 x 162,5 cm, bois,

Paris, musée du Louvre, département des peintures

© RMN-Grand Palais (Musée du Louvre) / Michel Urtado


- Peut-on parler d’un avant et d’un après Giotto dans l’histoire de l’art occidental ? Comment se caractérise cette mutation à la frontière des XIIIe et XIVe s. - non seulement sur le plan stylistique - mais également de manière plus générale vis-à-vis de la société de son époque ?


Dominique Thiébaut :
"On peut assurément parler d'un avant Giotto, notamment face à l’immense Vierge en majesté (Maestà) de Cimabue – sans doute le maître auprès duquel Giotto s’est formé à Florence -, un tableau monumental exposé dans le Salon Carré du Louvre que nous n'avons pas pu déplacer à la Chapelle en raison de ses dimensions et de son poids impressionnant. Dans l’exposition, c’est le Saint Jean Baptiste de Grifo di Tancredi, un peintre actif à Florence à la fin du XIIIe siècle, qui permet d’imaginer la peinture que le jeune Giotto avait sous les yeux à ses débuts. Le nez en bec d'aigle, la main aux doigts interminables du personnage font partie de ces codes graphiques hérités de la tradition byzantine que l’on rencontre chez tous les artistes de la même génération. Ces formules abstraites vont être abandonnées par Giotto dans la Vierge de San Giorgio alla Costa du Museo Diocesano de Florence, peinte vers 1288-1290. Marie cette fois prend place sur un siège de pierre dont l’architecture et le décor s‘inspirent de ceux qui existaient alors à Rome ou à Assise, et non plus sur un de ces trônes immenses en bois présenté de biais qui dominent les compositions de de Cimabue ou du siennois Duccio. Dans le rendu de l’espace ou du modelé, on constate encore certaines maladresses, mais les figures ont acquis un poids, un naturel totalement inédits. C’est à de tels détails et notations, pour reprendre votre question, que l’on mesure l’ampleur de la révolution artistique initiée par Giotto."

 

Giotto n’est pas seul dans cette évolution essentielle et vous avez tenu à ajouter « e compagni » au titre de l’exposition proposée au Louvre. Quel est le rôle de ces assistants dans leurs relations au maître sollicité de toute part ? La signature d’une œuvre par Giotto en personne n’est pas une question qui se pose à cette époque.


Dominique Thiébaut :
"Je crois qu’il faut préciser que nous savons très peu de choses sur la vie, la carrière, et donc la façon de travailler de Giotto. Mis à part le chantier de la chapelle Scrovegni qui rallie effectivement tous les suffrages autour de son nom, et que l'on peut dater très précisément aux alentours des années 1303-1305, tout le reste fait l'objet de discussions très vives, parmi les plus violentes qui existent dans le monde de l'histoire de l’art. Le cycle de la vie de saint François dans la Basilique supérieure d'Assise en est l’exemple le plus frappant. Giotto a déjà des collaborateurs à ses côtés, mais ceux-ci étaient probablement des maîtres indépendants actifs au préalable sur le chantier. Par la suite, Giotto va se constituer un véritable atelier dont certains membres le suivront probablement dans ses pérégrinations à travers toute l'Italie. Le chantier d’Assise a sans doute été pour Giotto le point de départ d’une carrière fulgurante, favorisée par le soutien important du réseau franciscain. Les aides qui l’assistent au sein de cet atelier ont des statuts très divers, de ceux qui enduisent les panneaux ou posent les fonds d'or, à ceux qui peignent les figures en suivant au plus près ses directives. Nous avons tenu à ce titre « Giotto e compagni », car plusieurs des œuvres réunies dans cette exposition posent la difficile question de la paternité de leur conception et de leur exécution. Au sein du « corpus » de Giotto, trois œuvres seulement sont signées de sa main : la Stigmatisation de saint François du Louvre, peinte à l’extrême fin du XIIIe siècle, le polyptyque Baroncelli de l’église Santa Croce de Florence et celui de la Pinacothèque Nationale de Bologne, des œuvres nettement plus tardives puisqu’elles remontent à la fin des années 1320 et au début des années 1330. Certains spécialistes sont même allés jusqu’à considérer que ces signatures étaient comme une marque de fabrique et que l’artiste avait largement délégué leur réalisation à des collaborateurs. Les contemporains du peintre n'attachaient sans doute pas la même importance que nous à cette notion de création autographe. De toute façon, le maître devait contrôler très étroitement les productions qui sortaient de son atelier. Ce qui comptait avant tout, c’était le dessin donné par le maître, dessin que celui-ci d’ailleurs pouvait modifier d’une commande à l’autre. On voit apparaître dans la grande Croix du Louvre des idées extraordinaires qui seront déclinées dans une croix, postérieure et beaucoup plus luxueuse, celle destinée à l’église d’Ognissanti de Florence : par exemple, le motif des bras croisés qui est utilisé pour saint Jean dans la croix du Louvre sera repris et réinterprété, mais cette fois pour la Vierge de douleur, dans le crucifix florentin. Je trouve personnellement que l’exécution de la croix du Louvre ne s’accorde pas tout à fait avec celle des oeuvres données entièrement à Giotto. Si on compare le dessin sous-jacent du visage du Christ à celui des quatre panneaux de Florence, Washington et Chaalis dont nous avons parlé plus haut, on constate que le travail préparatoire est plus minutieux, n'a pas cette liberté extraordinaire que l'on remarque dans les panneaux du polyptyque en question. L’inspiration me paraît aussi d’une autre nature, très émouvante, mais plus sentimentale."

 

Giotto, Croix peinte, bois, Paris, musée du Louvre, département des peintures

© RMN-Grand Palais (Musée du Louvre) / Adrien Didierjean

 

Comment caractériser le rapport au sacré de Giotto et comment cette expression est-elle rendue tout au long de sa vie essentiellement consacrée aux représentations religieuses ?


Dominique Thiébaut :
"Par rapport à un artiste comme Cimabue qui prend en compte le monde de l’au-delà, Giotto s’intéresse, lui, à la réalité qui l’entoure, et tente de la restituer dans sa réalité tridimensionnelle et sa variété. Ce changement de mentalité s’inscrit dans un contexte plus large, celui de l’Italie de la fin du Duecento, et a été favorisé par les écrits des penseurs franciscains. Il ne faut pas oublier non plus l’amour porté par saint François lui-même à la création divine. Une des manifestations les plus frappantes de cette curiosité pour la nature se rencontre une fois encore dans la Stigmatisation de saint François, et notamment dans la scène de la Prédication aux oiseaux : les oiseaux y sont des espèces courantes de l'Italie centrale de son époque et non pas des oiseaux symboliques comme l’aigle ou la colombe. De même pour les étoffes, figurées dans la Confirmation de la règle ou sur le trône de plusieurs Vierges, Giotto s'inspire d'authentiques tissus de son temps. Quant aux personnages sacrés, le Dieu le Père de Padoue ou le Saint Etienne du Museo Horne pour prendre des exemples dans l’exposition, ils se caractérisent par leur expression apaisée et cordiale, mais conservent toujours une certaine distance aristocratique."

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L’importance du travail de restauration pour la compréhension des œuvres de Giotto : rencontre avec Rosaria Motta – restauratrice de la couche picturale.


Rosaria Motta :"Cette exposition est également l’occasion d’évoquer les restaurations essentielles réalisées sur certaines des œuvres de Giotto.
Le premier point à souligner est évidemment la démarche scientifique qui préside à toute restauration d'œuvre. Dans ce type de peinture nous suivons un protocole bien particulier, notamment pour la réintégration des lacunes. La Crucifixion était un tableau très abîmé et qui avait beaucoup souffert lorsqu’il nous a été présenté. Nous avons pu redécouvrir une polychromie qui était à peine perceptible avant le nettoyage tant les couches de vernis successifs avaient éteint les couleurs. Nous avons même pu faire une découverte assez extraordinaire sur le fond du tableau avec ce paysage vallonné qui, à une époque ultérieure, a remplacé le fond d’or d’origine, parce que celui-ci était abîmé, ou ne correspondait plus au goût de l’époque. Nous avons d’ailleurs retrouvé quelques traces d'or au microscope, notamment dans les lacunes où il apparaît par endroits. Nous parvenons ainsi petit à petit à nous rapprocher de ce qu'était l'œuvre originelle et de l'intention de l'artiste tout en respectant son histoire matérielle. Lorsque les lacunes ou les traces d’usure sont importantes, nous n’intervenons pas comme cela se faisait souvent autrefois, nous les laissons volontairement visibles. Quant à la Croix peinte, nous avons redécouvert le bois de la croix avec ses veines, l’expression du Christ en train de mourir et des détails anatomiques qui avaient quasiment disparu sous les couches successives de vernis."

 

A lire : - Catalogue de l'exposition Giotto e compagni, 276 pages, broché, 24,5 x 29 cm, 200 illustrations, Officina Libraria 2013.

             - Giotto par Marcelin Pleynet, Hazan, 2013.

 

 

 

 

FENÊTRES DE LA RENAISSANCE Á NOS JOURS
Lausanne, Fondation de l’Hermitage, jusqu’au 20 mai 2013

LEXNEWS | 17.04.13

par Bertrand Galimard Flavigny

 



Ce n’est pas la première fois qu’un musée expose des œuvres picturales fondées sur la fenêtre. « Depuis toujours, la fenêtre fascine les artistes », constate Sylvie Wurhmann, directrice de la Fondation de l’Hermitage à Lausanne, en livrant pour la première fois de son histoire, une approche iconographique avec une exposition consacrée à ces fenêtres qui s’ouvrent dans les tableaux depuis la Renaissance à nos jours. Organisée en collaboration avec le Museo Cantonale d’Arte et le Museo d’Arte de Lugano, elle présente plus de 150 œuvres recouvrant plus de cinq siècles d’histoire de la peinture (1). Si le musée de Lugano, plus vaste, a permis de donner plus d’ampleur à l’art contemporain, la Fondation de l’Hermitage donne une approche plus intimiste à ce thème métaphorique, avec notamment la peinture du dix-neuvième.
Dans son traité De Pictura daté de 1435, Leon Battista Alberti (1404-1472) fait du miroir l’emblème de la peinture, celle-là étant comme une fenêtre ouverte sur le monde, qui donne à voir la réalité. Il est vrai que la fenêtre est partout, elle assure un lien entre les différents univers. De cet artifice, les peintres ont largement abusé, d’autant plus qu’il est source de lumière. Le parcours de l’exposition ne laisse aucun répit au visiteur transformé en voyeur. Il abandonne rapidement les portraits des peintres de la Renaissance, considérés comme des « miroirs de l’âme ». La fenêtre n’est pas seulement, en effet, une ouverture avec toute la symbolique qu’elle représente, elle peut être aussi un jeu. Celui de sa recherche dans les panneaux flamands du XVIIe siècle. Plutôt que de la représenter, les peintres utilisaient leur reflet dans des verres ou des vases. Dans Le déjeuner au jambon de Willem Claesz, la fenêtre apparaît ainsi deux fois dans un gros verre et une autre dans un petit vase. Nous pourrions suivre le même chemin face à deux tableaux, l’un de Vuillard, l’autre de Pierre Bonnard. Chacun à leur tour, ils ont brouillé les espaces. Le premier avec une admirable composition, Fleurs sur une cheminée (1932) et le second avec Intérieur (1905), utilisent les reflets d’un miroir afin de montrer la fenêtre, à un tel point qu’au premier regard, on s’égare.

Plus subtilement Balthus, ouvre une fenêtre sur celles de ses voisins, toutes obscurcies. Albert Marquet, Henri Matisse et dans un autre registre René Magritte, ont largement utilisé les fenêtres ouvrant la voie à de nouvelles perspectives étudiées par Achille Funi, Umberto Boccioni, Robert Delaunay, sans oublier Piet Mondrian. La fenêtre de Marcel Duchamp (Fresh window) imaginée en 1920 est fermée et nécessite un soin particulier (pour la nettoyer !) ; tandis que celle de Mark Manders est recouverte de papier journal. Elle est autant un témoin que la vitre passée au badigeon (Rue du Faubourg saint Honoré) vue par Bertrand Lavier. Cette évolution conduit à l’abstraction et, naturellement aux visions intérieures de Mark Rothko qui fait face à un écran de télévision, ces fameuses « petites lucarnes » …

 

Henri Matisse Nice, cahier noir , 1918 huile sur toile, 33 x 40,7 cm
Hahnloser/Jaeggli Stiftung, Winterthur photo Reto Pedrini, Zurich
© Succession H. Matisse / 2013, ProLitteris Zurich


Les modernes et les contemporains ne parviennent pas à se maintenir dans la pure abstraction, derrière ou devant une fenêtre. Duchamp, Balthus et même Lavier racontent des histoires. Sans doute pas aussi claires que celle suggérée par l’élégant La reine Hortense à Aix-les-Bains peint en 1813 par Antoine Duclaux ou le plus rustique A la fenêtre (1877) de Hans Thomas et les champêtres La Lettre (1886) et Intérieur, jeune fille cousant (1894) par Johann Julius Exner. Que l’on le veuille ou non, la fenêtre accumule à travers les époques, les symboles comme dans la Femme au perroquet (vers 1665) par Gérard Dou (et son atelier), qui désignerait une prostituée. La fenêtre est autant une ouverture qu’un enfermement : une histoire, une romance peut-être. La Femme asphyxiée (1822) par Charles Desains en est illustration dramatique ; la porte-fenêtre de « Mme Hessel et Lulu » (1932) d’Édouard Vuillard, fermée elle traduit l’intimité de l’intérieur du salon. Les scènes décrites par l’artiste suédois Wilhelm Hammershøi, Ida lisant à la lumière du soleil (vers 1900) et Figures près de la fenêtre (même date) sont à ce propos discrètement terrifiant : les meneaux sont dépourvus de poignées. Demeure la romance la plus insolite, celle de la Femme à la lorgnette (avant 1819) d’Henri Nicolas Van Gorp. Au visiteur de se la raconter.


(1) 2, route du Signal, Lausanne, Suisse. www.fondation-hermitage.ch

 

 

 

UN ARTISTE VOYAGEUR EN MICRONESIE

L'univers flottant de Paul Jacoulet

musée du quai Branly, jusqu'au 19 mai 2013.

LEXNEWS | 03.04.13

par Evelys Toneg

 



Des couleurs délicates, des poses lascives, des regards doux, parfois perdus vers un horizon lointain (certainement celui des voyages qu'a fait l'artiste lui-même), des paysages sans perspective où les personnages témoignent des cultures asiatiques ou de celles d'îles du Pacifique, montrant des scènes de la vie quotidienne, des costumes et tissus aux détails multiples et finement rendus, des coiffures, des maquillages délicats, des corps dénudés tatoués ou parés de fleurs, des insectes si beaux dans une nature riante baignant dans une lumière blanche, un univers où flotte quelque chose de latent, une respiration suspendue, l'ébauche d'un sourire ou d'un geste à venir, voilà la sensation douce et légère que l'on ressent devant les aquarelles et les estampes gravées sur bois de cet artiste unique qu'est Paul Jacoulet. Cet état de grâce nous fait oublier la complexité et la parfaite maîtrise nécessaire à la réalisation de ces estampes par la technique traditionnelle des grands maîtres japonais de l'Ukiyo-e que Paul Jacoulet a adoptée comme moyen d'expression privilégié. Né en 1896, c'est à l’âge de trois ans que Paul arrive au Japon avec ses parents où il va vivre et apprendre très jeune les arts japonais, la peinture, la calligraphie et le gidayu, récit chanté, le dessin, la musique, le japonais et l'anglais. Il est alors le premier occidental à suivre une scolarité typiquement japonaise et quelques années plus tard, bien qu'ayant aussi été initié à l'art, le dessin et la peinture occidentale, à travers Courbet, Millet, Matisse, Gauguin et Picasso, il deviendra le disciple de deux grands maîtres de la peinture classique japonaise, Terukada Ikeda et son épouse Shôen. En 1929, décidé à vivre pleinement son art, Paul Jacoulet part pour le premier de ses voyages en Micronésie, entre autre, où il prend conscience de la fragilité des populations de certaines îles comme celle de Yap. Il y peint de nombreuses esquisses et aquarelles relatant des scènes de la vie des îliens, pleines d'un charme évanescent.

 

Ornithoptera Lydius (papillon), mers du Sud, Paul Jacoulet, 1936. Crayon sur papier vert. Inv. 70.2013.1.2439, donation Paul Jacoulet © ADAGP, Paris 2013.

Dans le parcours que propose la scénographie de Nathalie Crinière, c’est le regard accentué des personnages qui interpelle en premier le visiteur car l’art de Paul Jacoulet est d’arriver par des jeux d’épaisseurs de traits, de couleurs vives ou en demi-teintes, une grande palette de sentiments très différents mais aussi, ce qui transparaît de manière constante dans cette œuvre si personnelle et inimitable, c'est l’esthétique japonaise, l’impermanence, la fragilité et la poésie du monde et de l’homme. Paul Jacoulet nous emmène vers la lumière des îles micronésiennes, nous parle du langage des fleurs et des corps, nous fait voir la beauté des papillons et autres insectes avec un réalisme que bien des naturalistes envieraient mais sans pour autant porter une attention scientifique particulière même si aujourd’hui ses reproductions fidèles des tatouages traditionnels de Micronésie sont un corpus unique dans ce domaine.
 

Jeune homme de Faïs tatoué, Ouest Carolines, Paul Jacoulet, 1935. Crayon et aquarelle sur papier, inv. : 70.2013.1.895, donation Paul Jacoulet © ADAGP, Paris 2013

 

Il faut s'attarder dans la petite salle où un film nous dévoile les étapes techniques de l'art de l'estampe Ukiyo-e. On appréciera d'autant plus les éléments de bois creusés, gravés des matrices xylographiques polychromes d'une des oeuvres exposées (Jeune fille de Saipan et fleur d'hibiscus) et on percevra l'étroite collaboration indispensable entre l'artiste créateur et le graveur imprimeur pour la parfaite réussite de l'oeuvre. On comprendra alors que les estampes de Paul Jacoulet, extraordinairement colorées, ont dû nécessiter des centaines de passages à l'impression pour un résultat parfait. Certes, à l'origine de cette technique, le procédé en noir et blanc ne laissait que peu de place aux couleurs, à la fois pour des questions techniques et de coût. Paul Jacoulet a, en quelque sorte, révolutionné ce procédé en le poussant à l'extrême vers l'excellence.
C'est un très bel hommage à l'œuvre de l’artiste franco-japonais, Paul Jacoulet, que propose jusqu'au 19 mai 2013, le musée du quai Branly. Il est d'ailleurs étonnant que cet artiste ne fut jamais exposé en Europe jusqu' à ce jour, alors qu'au Japon, en Corée, en Australie, aux Etats-Unis, son art y est connu et reconnu. A travers une sélection de plus de cent soixante dessins, aquarelles, croquis et estampes majoritairement créés et réalisés en Micronésie, au Japon ou en Corée, tous issus de la donation de Mme Thérèse Jacoulet-Inagaki, fille adoptive de l'artiste, au musée du quai Branly, Christian Polak, commissaire de cette exposition, réalise là son plus grand souhait, faire découvrir au public français l'oeuvre considérable (plus de trois mille oeuvres répertoriées) de ce peintre aquarelliste, artisan d'un art inspiré par les grands maîtres de l'estampe Ukiyo-e qui porte un regard attentif et une vision poétique sur les hommes et nous montre la beauté fragile et transitoire de la vie.
De nombreux événements et rencontres entourent cette exposition, toutes les informations pratiques sont disponibles sur le site : www.quaibranly.fr

 

 

 

 

 Marie Laurencin

Musée Marmottant, jusqu'au 30 juin 2013

LEXNEWS | 25.03.13

par Evelys Toneg


 


Rares sont les expositions qui consacrent l’œuvre d’une artiste femme ! Après Artémisia, Camille Claudel ou encore Berthe Morisot, c’est au musée Marmottan Monet que, jusqu’au 30 juin 20103, est mise à l’honneur l’œuvre de Marie Laurencin, peintre emblématique des années folles et, en son temps, muse de Guillaume Apollinaire. Reconnaissables entre toutes, les toiles de Marie Laurencin, aux teintes acidulées d’une palette subtile de couleurs en demi- tons de roses, de gris, de bleus, et d’ocres cernés de noir, à la facture ouatée, sont la signature même de cette artiste dont Matisse dira : « Au moins, en voilà une qui n’est pas une fauvette. » En ce début de XXe siècle, Marie Laurencin sera une des « femmes peintres » parmi les plus célèbres. Formée à l’Académie Humbert, au côté de Georges Braque, encouragée par Henri-Pierre Roché, écrivain, marchand d’art, collectionneur d’art moderne, elle saura s’entourer des habitués du Bateau-lavoir, cité d’artistes située dans le XVIIIe arrondissement de Paris, comme Picasso, le Douanier Rousseau, Matisse, Derain, Max Jacob, Apollinaire, Gertrude Stein, et bien d’autres encore, qui adopteront cette artiste originale par ses points de vue et la modernité de sa peinture. Elle sera la portraitiste prisée d’une société très choisie autour de la Baronne Gourgaud, la Comtesse Etienne de Beaumont ou Lady Cunard.

Si Marie Laurencin voue son œuvre à l’éternel mystère féminin, de jeunes femmes intemporelles parées de fleurs et de perles, aux regards nostalgiques parfois un peu tristes, dans un monde peuplé de biches, de colombes et autres symboles lyriques, elle se liera aussi d’amitié avec les artistes et les intellectuels de son temps.

Jean Cocteau, Paul Poiret, Jacques Doucet, Francis Picabia, Arthur Cravan, Saint-John Perse, Jean Giraudoux - pour ne citer que quelques grands noms - compteront parmi les relations de cette jeune femme mariée quelques années au peintre allemand Otto von Wätjen et qui vit très librement cette période dite « Art déco » éclatante de nouveautés et de créativité. Paul Rosenberg va fortement contribuer à sa notoriété en organisant des expositions autour de son œuvre, même si, cinquante ans après sa mort, il s’agit de la première exposition organisée par un musée français quant à cette artiste de renommée internationale, très appréciée au Japon qui lui a consacré un musée. Cet hommage autour de quatre-vingt-douze toiles, vingt aquarelles et quelques dessins de Marie Laurencin, artiste libre dans un monde avant-gardiste masculin, est aussi le parcours de toute la vie d'une femme née en 1883 à Paris et décédée dans la même ville en 1956, à soixante-douze ans.

 

Femme au chien et au chat, Huile sur toile 100x73cm Musée Marie Laurencin, Nagano-Ken, Japon Marie Laurencin, Femme au chien et au chat, 1916 © Adagp, Paris 2012


Elle laisse une œuvre considérable avec quelque deux mille peintures en un demi-siècle, de très nombreuses aquarelles, trois cents gravures sur cuivre et sur pierre, des illustrations de livres, des décors et costumes de théâtre et ballets, à sa fille adoptive Suzanne Moreau-Laurencin ainsi qu'à son exécutrice testamentaire, Micheline Sainclair, fille de Paul Rosenberg. Marie Laurencin laisse également aux futures générations d'artistes le témoignage de l'aventure du modernisme de cette époque où tout commençait à aller très vite, trop vite... Ainsi la douceur de ses toiles peut-elle se voir comme un havre de poésie face à cette accélération du temps.
 

2, rue Louis-Boilly 75016 Paris France
Tél. : 01 44 96 50 33

 

 

 

 

HODLER, LES OEUVRES TARDIVES
Fondation Beyeler - Bâle jusqu’au 26 mai 2013

LEXNEWS | 18.03.13

par Bertrand Galimard Flavigny

 



La Fondation Beyeler présente quelque 80 œuvres exécutées par Ferdinand Hodler (1853-1918), entre 1913 et 1918. Délesté des courants qui agitaient les écoles de la peinture au début du XXe siècle, reconnu par ses pairs et par un public fidèle, Hodler reprenait alors les thèmes de sa vie voire de ses obsessions, c'est-à-dire la peinture, les femmes et la mort. Il les a déclinés en séries et variations. Face au Lac [de Genève], depuis son balcon, par exemple, il en a saisi toutes les variations de la lumière. Hodler aimait la montagne, zoomant sur les sommets, toujours entourés de nuage et des brouillards, par exemple « Les Dents de Midi » ou la « Jungfrau » exprimées sous des lumières différentes, passant quasiment du noir voire du gris et blanc au bleu étincelant. À propos des vues des « Dents de Midi », nous nous surprenons à apercevoir quelques bovins paissant à leur pied. Surprenant. Il est vrai que les peintures alpestres ne manquent jamais de figurer un pic, un glacier, une cabane en ruine et des vaches ? A contrario Hodler a inventé la vision moderne des Alpes.

 

Thuner See mit Stockhornkette, vers 1913
Le lac de Thoune et la chaîne du Stockhorn
Huile sur toile, 59,5 x 89 cm Collection privée
Photo: SIK-ISEA, Zurich

 


Il est néanmoins malaisé de tenter de définir ce peintre au style ample et monumental, on peut dire avec Ulf Küster, commissaire de cette exposition, que Hodler est un cas spécial. « Alors qu’il avait développé, avec son idée du parallélisme, une théorie (tout à fait problématique) de l’abstraction, il demeurait pourtant figuratif dans ses sujets. » Ce parallélisme-là veut dire la répétition de ce qui se ressemble, ou la répétition par variations de ce qui se ressemble pour générer un ordre ; une théorie inventée par Oskar Bätschamann qui lui-même l’avait empruntée au critique d’art Charles Blanc, expliquée dans sa Grammaire des arts du dessin publiée en fascicules de 1860 à 1867. Cette théorie selon le commissaire est « la marque de la modernité influencée par l’industrialisation ».

____________________________
FONDATION BEYELER
Baselstrasse 101
CH-4125 Riehen/Bâle
Tél. + 41 (0)61 645 97 00
Fax + 41 (0)61 645 97 19
E-Mail : info@fondationbeyeler.ch

Nous pourrions croire que Hodler s’est concentré, malgré tout, durant ces dernières années, sur des thèmes relativement banals. C’est oublier ses débuts et son implication sociopolitique contribuant aujourd’hui à la mémoire culturelle de la Suisse. Le Bûcheron, La Retraite de Marignan et encore le Départ des étudiants d’Iéna pour la guerre de libération en 1813, sont devenus des icônes. Les anciens se souviennent que Le Bûcheron a illustré des billets de banque, comme d’ailleurs l’effigie de sa femme et…de sa maîtresse. Cette dernière ayant une valeur faciale plus importante que la première. Ces œuvres ont été reproduites en héliogravure, dans un porte-folio édité à Munich en 1913. La prise de position de Ferdinand Hodler contre le bombardement de la cathédrale de Reims par les troupes allemandes, en 1914, l’a rendu persona non grata en Allemagne. Cette éviction a peut-être été une chance pour Hodler dont les œuvres à caractère historique n’ont pas été utilisées par les nazis, à des fins de propagande. Seul revers de cette médaille, Hodler a longtemps été regardé comme un peintre régional, alors qu’il avait connu auparavant une renommée internationale.

 

Bildnis Valentine Godé-Darel (Französischer Frauenkopf), vers 1912
Portrait de Valentine Godé-Darel (Tête d’une Française)
Huile sur toile, 43 x 33 cm Kunsthaus Zürich, Vereinigung Zürcher Kunstfreunde
Photo: © Kunsthaus Zürich


Hodler suivait trois obsessions : la peinture, les femmes et la mort. Depuis la salle centrale de l’exposition consacrée aux vues du Lac, toutes présentées à la même hauteur selon la ligne d’horizon, surgissent, dans une salle contiguë, les portraits de Valentine Godé-Darel, la maîtresse de Hodler avec laquelle il eut une fille, Paulette. Ces portraits reflètent la maladie et la mort. Valentine apprit qu’elle avait un cancer, sans doute peu de temps après la naissance de sa fille. Hodler a suivi, avec ses pinceaux et une extrême acuité les étapes de la maladie se sa maîtresse. Le regard lucide effrayant et insistant de l’artiste sur la maladie, décrit finalement par l’intermédiaire de « la stabilité de la mort », cette autre vie dans l’au-delà. Selon Ulf Küster, Regard dans l’infini, la dernière composition achevée de Hodler, qui montre cinq femmes monumentales pareillement vêtues, chacune esquissant un pas de danse, exprime probablement « l’éternel féminin » en corrélation avec l’agonie et la mort de Valentine. Paul Klee, un autre peintre suisse avait une opinion très critique vis-à-vis de Ferdinand Hodler (1853-1918). Il devait pourtant dire, en 1911, « qu’il est avant tout un peintre de l’être humain, qui sait comme nul autre modeler l’âme à travers le corps ». Il ignorait qu’à peine quelques mois plus tard, cette opinion se vérifierait.

 

Regard dans l‘infini Huile sur toile, 446 x 895 cm
Kunstmuseum Basel Photo: © Kunstmuseum Basel, Martin P. Bühler

 

 

 

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Chagall, entre guerre et paix

Musée du Luxembourg, jusqu’au 21 juillet 2013

LEXNEWS | 18.03.13

par Philippe-Emmanuel Krautter

 



Chagall est au musée du Luxembourg avec une très belle exposition qui retrace le parcours d’un peintre qui n’est mort, on l’oublie trop souvent, qu’en 1985, et dont la peinture témoigne pleinement de ce XX° siècle « entre guerre et paix ». Peut-être pourrions-nous suggérer de retenir une image presque omniprésente dans l’œuvre du peintre – celle du survol – pour évoquer le parcours de l’artiste né en 1887 à Vitebsk en Russie. L’exposition débute par cette Russie natale qui subit la Première Guerre mondiale. Chagall observe son pays, avec Bella, sa femme, et après trois années passées à Paris auprès des artistes cubistes et futuristes, nouant des amitiés avec Apollinaire, Cendrars et Delaunay. Chagall n’adhérera pas à tel ou tel mouvement, mais gardera cette liberté aérienne, survolant ces expressions en regardant ce qui pouvait lui parler tout en conservant l’influence profonde de ses racines juives comme le manifeste avec force la toile Le Rabbin de Vitebsk. C’est justement dans cette ville natale qu’il observe et ressent toutes les manifestations du premier conflit mondial, un choc pour l’homme et pour l’artiste. Et, cela ne sera pas un hasard si la silhouette du Juif errant avec un balluchon sur l’épaule fait alors son apparition et restera récurrente dans son œuvre, une silhouette qui sera souvent aérienne, le Luftmensch…
 

La société traditionnelle héritée du XIX° siècle sera définitivement renversée par ce conflit et l’entre-deux-guerres du peintre se traduira par une émergence de plus en plus marquée du sacré dans l’œuvre de Chagall, boussole dans ces temps troublés. Dès 1923, Chagall et sa famille s’installent en France où il participera à l’illustration de plusieurs livres à la demande d’Ambroise Vollard : Les Ames mortes de Gogol, les Fables de La Fontaine, puis la Bible. Avec la Bible, le peintre peut à loisir développer ce qui lui tient à cœur : la tradition, la modernité, le judaïsme, les influences réciproques de l’orient et de l’occident… qui le conduiront à un voyage déterminant pour son œuvre future en Palestine, en 1931.
Le rêve, avec ses renversements des valeurs objectives, nourrit de très belles œuvres où conscience et inconscience tissent un discours intime et créatif chez Chagall. Mais les menaces assombrissent une nouvelle fois la palette du peintre : l’imminence, puis l’éclatement d’un nouveau conflit mondial le conduit à l’exil à New York. L’éloignement de l’artiste des malheurs subis par l’Europe n’enlèvent rien à la sensibilité extrême de ce qu’il continue à exprimer dans ses toiles d’exil, et cette terrible douleur sera accentuée par l’épreuve de la perte de Bella, son épouse, qui l’anéantira.

L’exposition se termine par une très belle salle consacrée à l’après-guerre et à son retour en France, une période plus sereine pour Chagall qui d’Orgeval à Vence éclaircira sa palette, ouvrant à ses œuvres une lumière qui tranche avec les épreuves précédentes. Chagall entre guerre et paix est à découvrir absolument jusqu’au 21 juillet, au musée du Luxembourg !

 

 
 

A lire également

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Verlaine emprisonné – Musée des Lettres et Manuscrits

jusqu’au 5 mai 2013.

LEXNEWS | 04.03.13

par Philippe-Emmanuel Krautter

 



Pouvons-nous être emprisonnés avec Verlaine ? L’exposition au Musée des Lettres et Manuscrits propose un parcours dans l’univers du poète qui nous fait entrer dans une certaine mesure, grâce à ces nombreux manuscrits réunis, dans cette intimité à la fois blessée et sublimée de celui qui tira deux coups de révolver sur Rimbaud.
La disposition de panneaux nourris par des manuscrits et des documents exceptionnels reproduit cet univers cellulaire, souligné par le très beau texte qui accompagne chacun de ces témoignages d’époque et qui suggère un dialogue à la deuxième personne du singulier avec Verlaine. Cette scénographie réussie enserre, toujours selon une métaphore carcérale, le fameux manuscrit « Cellulairement », classé trésor national depuis 2005 et conservé au Musée des Lettres et Manuscrits. Ce recueil de 67 feuillets fut écrit par le poète incarcéré en Belgique après l’altercation avec Rimbaud. Point d’orgue et en même temps sublime évocation de toutes les prisons qui enferment Verlaine, Cellulairement témoigne d’une sensibilité et d’une lucidité hors du commun. Les bruits perçus de l’extérieur de la prison, le quotidien de l’univers carcéral appréhendé par le regard du poète, tout est vécu avec une palette illimitée de sentiments. Il n’y aura d’ailleurs nulle édition en tant que telle du vivant du poète, seuls plusieurs de ses 32 poèmes seront insérés par Verlaine dans d’autres œuvres telles « Sagesse », « Jadis et naguère », « Parallèlement » ou « Invectives ». Verlaine est avant tout un artiste maudit qui s’inscrit dans son siècle et dans le sillage de Baudelaire qu’il admirait tant, même s’il ne l’avait jamais rencontré.

La prison familiale avec ses trois frères et sœur mort-nés avant sa naissance pèsera également lourdement sur les premières années et l’enfance du jeune homme. L’évasion dans des paradis artificiels - notamment l’absinthe - non seulement atténue les blessures, mais permet également d’accéder à d’autres perceptions, prélude à sa rencontre avec Rimbaud. Les deux poètes puisent réciproquement leurs créations de leur amitié et de leur vie commune jusqu’à la rupture tragique et définitive. Ces deux années passées en prison sont à la fois douloureuses comme en témoignent de nombreux vers de Cellulairement, mais également propices à d’autres paradigmes existentiels et poétiques, où la religion prendra notamment une place croissante.

 

Le manuscrit de Cellulairement


Il faudra prendre son temps pour lire sans urgences chacune des lettres, pour réaliser que ces fines écritures exposées devant soi sont bien celles du poète dont la voix sera si importante dans la poésie française de cette fin de siècle et dont la postérité reste intacte à notre époque. A cette condition, les portes de la cellule du poète maudit pourront s’ouvrir et nous laisser partager cette triste, mais sublime intimité dont on ne saurait ressortir indemne après ce très beau parcours !

Catalogue de l'exposition :

 

Jean-Pierre Guéno, Gérard Lhéritier "Verlaine emprisonné" Préface de René Guitton
Coédition Gallimard / Musée des lettres et manuscrits, Gallimard, 2013.
240 pages, ill., sous couverture illustrée, 225 x 285 mm, cartonné

 

 

 

 

Les peintres de Pont-Aven, autour de Gauguin
Atelier Grognard Rueil-Malmaison
12 janvier au 8 avril 2013

LEXNEWS | 04.03.13

par Philippe-Emmanuel Krautter


 


Les peintres de Pont-Aven sont à Rueil-Malmaison ! C’est autour de Gauguin que sont en effet réunies dans une belle exposition installée dans l’Atelier Grognard - un ancien bâtiment industriel datant de l’époque Eiffel près de la Malmaison - des œuvres de Paul Sérusier, Emile Bernard, Maurice Denis, Henry Moret, Maxime Maufra… Ce très large panorama de peintures, gravures et dessins, dont un grand nombre provient – il convient de le souligner - de collections privées, permet de mieux comprendre cette expérience artistique bien particulière de Pont-Aven sur une échelle chronologique allant de 1886 aux années 20. La figure centrale est bien entendu celle de Paul Gauguin, mais dont on oublie souvent qu’elle a été brève puisque le peintre et maître à penser de cette expérience picturale partira dès 1894. « Il me semblait intéressant de montrer l’importance indiscutable de Gauguin, mais aussi l’attraction que continuera d’exercer la Bretagne, avec sa rudesse, ses paysages contrastés, sa culture, sa vie quotidienne et sa ferveur religieuse, sur ces artistes qui, pour beaucoup, resteront ou reviendront à Pont-Aven après le départ de Gauguin pour Tahiti. Plus qu’une école, je considère Pont-Aven comme un laboratoire, un atelier à ciel ouvert », précise Hervé Duval, l'un des commissaires de cette exposition. Et c’est, en effet, l’impression immédiate qui ressort du voyage accompli en parcourant cette exposition particulièrement didactique : la force des éléments, la puissance de cette terre et de ses côtes maritimes empoignent littéralement le visiteur à travers les différentes perceptions artistiques des peintres réunis. Tout est parti de ces séjours répétés de Gauguin à Pont-Aven. Avec Emile Bernard, le principe du cloisonnisme est établi en ayant recours à des aplats de couleurs aux contours fortement appuyés, un peu à l’image du vitrail cerclé de plomb. Puis le synthétisme vient caractériser un style reconnaissable par sa simplification des formes pour aller à l’essentiel, éloignant de l’œuvre les soucis de perspectives et d’ombres, une novation incroyable si l’on pense que nous sommes encore à la veille du XX° siècle… Gauguin affirme « le droit de tout oser » et La Fenaison réalisée en 1888 (Musée d’Orsay) montre combien les barrières tombent et combien la créativité s’absout des contraintes artistiques antérieures.

Cette déconcertante liberté est encore plus flagrante avec la Fête Gloanec dont les parties composent un tout éclatant de beauté renforcée par l’angle inhabituel de cette nature morte éclatante. Emile Bernard et Paul Sérusier, dont de magnifiques œuvres sont présentes dans l’exposition, adhéreront intimement à cette novation artistique. D’autres artistes, moins connus tels Mogens Ballin, Meijer de Haan ou encore Roderic O’Connor, seront également attirés par ce vent d’indépendance qui souffle dans cette Bretagne à la croisée de deux siècles. Cette inspiration artistique résistera bien après le départ de Gauguin pour l’Océanie, et chaque peintre suivra, selon sa sensibilité, une voie propre dont les échos de la Bretagne reviendront régulièrement colorer ou influencer les évocations, au gré des créations… Ainsi Les Baigneuses aux voiles blancs de Sérusier affectent une allure antique soulignée par la verticalité des troncs d’arbre d’un rouge dont il connaissait si bien les secrets. La foi et les croyances bretonnes nourrissent les œuvres de Maurice Denis ou celles de Ferdinand Loyen du Puigaudeau, telle cette incroyable évocation de Batz sur Mer au clair de lune

 

 Henry Moret, Batteuses de blé, 1892, hsp, 37.5 x 50 cm © B. Galéron


Les découvertes sont multiples à l’occasion de cette exposition et notamment avec cette dernière section qu’il faudra regarder avec attention. Une cinquantaine d’œuvres sur papier démontrent en effet l’importance du trait dans ces évocations de l’instant (Henri Delavallée Bretonne sur la dune) ou encore des émotions lorsque Gauguin suggère : Soyez amoureuses et vous serez heureuses !

 

 

Catalogue de l’exposition Les peintres de Pont-Aven, autour de Gauguin, Ville de Rueil-Malmaison, 2013.

lire notre chronique
 

 

 

 

6 avenue du Château de Malmaison
92500 Rueil-Malmaison
http:/mairie-rueilmalmaison.fr

 

 

 

Ethnies, poupées, reflets des peuples

musée de la poupée jusqu’au 22 juin 2013

LEXNEWS | 27.02.13

par Evelys Toneg

 



C’est au fond d’une impasse en plein 3e arrondissement de Paris que se trouve le musée de la poupée. Ancienne habitation, ce lieu atypique abrite jusqu’au 22 juin 2013 une charmante exposition dédiée à la collection particulière de Micha, dame honorable qui se cache peut-être parmi ses poupées collectées dans tous les pays du monde et qui, envahissent littéralement toutes les vitrines de ce « musée-clinique », véritable caverne d’Ali Baba, consacré à ces objets d’enfance. Certes, les poupées ici présentées ont été des jouets ou objets rituels dans une autre vie, mais ici, elles reflètent les peuples, leurs atours, costumes, coiffures, accessoires, des quelques 150 pays visités sur une cinquantaine d’années par Micha et ce à travers les cinq continents. Infatigable voyageuse, chineuse hors pair, elle nous entraîne dans un tour du monde de plus de mille poupées, des plus petites au plus grandes et des plus rustiques aux plus sophistiquées. Attention, aucun propos ethnologique ou anthropologique dans ce lieu, seuls les témoignages esthétiques et le travail de création artisanal autour des poupées constituent le propos. Quels que fussent leurs destins, jouets (reproduction du monde adulte pour les enfants), souvenirs et témoignages de voyages (poupées de collection en costumes folkloriques), rites religieux ou magiques (poupées investies de pouvoirs de guérison ou de mort, de fertilité ou poupée fétiche de croyances multiples), spectacles (marionnettes de toutes sortes, à fils, à gaine, d’ombre…), ou simples figurines figées dans une attitude particulière, toutes témoignent de l’utilisation universelle de ces êtres petits êtres de bois, d’os, de raphia, de tissus, de porcelaine, de mousse, de papier mâché, de terre cuite parmi la vingtaine de matériaux répertoriés pour leur fabrication, liés aux pays, aux cultures et aux fonctions mêmes des ces poupées.

Chacune d’elles, femme, homme ou enfant portant les costumes des différents peuples et civilisations, foisonnement de tissus, perles, bijoux, coiffes, reflète une part du voyage d’aventure et de découverte tout autour du monde dont nous rêvons tous. Qu’elles soient du peuple Skookum d’Amérique du Nord, d’Alaska, de Corée, du Tibet, d’Autriche, d’Afrique noire ou du nord, d’Indonésie ou du Bangladesh, d’Australie ou de Bora Bora, des coins les plus reculés du globe comme des plus visités, Micha a su chercher, dénicher et collecter ces fabuleux témoignages humains et ces liens entre l’Océanie, l’Afrique, l’Europe, les Amériques et l’Asie et nous emporte dans un voyage imaginaire entre nos propres souvenirs d’enfance et nos rêves d’adultes.
Ethnies, poupées, reflets des peuples est à voir en famille car chacun posera un regard différent sur cette étonnante quête.

 

 

 

Bois sculpté, Ashanti, Afrique



Des visites guidées, ateliers créatifs autour des poupées pour enfants sont organisés autour de l’exposition.
Vous trouverez tous les renseignements sur le site du misée : www.museedelapoupeeparis.com
ou sur le site crée par Micha : http://poupees-et-peuples.fr

 

 

 

 

 

Musée Delacroix : Des Fleurs en hiver
Delacroix - Othoniel -Creten

Exposition jusqu'au 18 mars 2013

 

Eugène Delacroix Corbeille e fleurs
Palais de Lille ©RMN-GP/ René-Gabriel Ojéda

 

 

Siècle du triomphe de l’industrie, du charbon et du chemin de fer, le XIXe siècle a cultivé tout comme nous la nostalgie de la Nature. Ce n’est pas le moindre paradoxe de la carrière de Delacroix, que l’auteur de l’icône absolue du combat révolutionnaire – La Liberté guidant le Peuple, 28 juillet 1830 – ait voulu présenter au Salon de 1849, au lendemain d’une nouvelle révolution, cinq tableaux de fleurs. Habitué du parc du château de Nohant où l’invitait Georges Sand, Delacroix acquit ensuite une petite maison dans le village de Champrosay pour s’y reposer seul, dans le calme de son jardin, et se promener en forêt de Sénart. C’est aussi la jouissance d’un jardin privé qui l’incita à s’installer dans l’appartement de la rue de Fürstenberg en 1857. À l’occasion de la rénovation de cet enclos secret, niché au cœur de l’îlot où le peintre bâtit son atelier, le musée Delacroix présente cet hiver une exposition rassemblant les principaux tableaux de fleurs de l’artiste et ses plus belles aquarelles, venus de musées et de collections d’Europe et des Etats-Unis.
 

Cette présentation exceptionnelle sera accompagnée de celle d’œuvres de deux artistes actuels de renom qui placent les fleurs au cœur de leur inspiration : Jean-Michel Othoniel, le créateur du Kiosque des noctambules à l’entrée du métro Palais-Royal et dont la rétrospective vient de remporter un immense succès au Centre Georges Pompidou, et Johan Creten, sculpteur dont les créations pour la manufacture de Sèvres comptent parmi les interventions les plus remarquées de ces dernières années dans le domaine de la céramique contemporaine. Le parallèle ne vise pas à être détonnant mais à illustrer la permanence de l’inspiration florale, au XIXe comme au XXIe siècle, chez des artistes aux parcours pleinement inscrits dans leur temps.

 

Eugène Delacroix Crâne et iris
Musée du Louvre / ©H. Bréjat

 

Musée national Eugène Delacroix
6 rue de Furstenberg
75 006 Paris
Tél. : (standard) 00 33 (0)1 44 41 86 50

 

 

 

 

Versailles et l'antique - Château de Versailles
Du 13 novembre 2012 au 17 mars 2013 - Salles d’Afrique et de Crimée.

 

LEXNEWS | 10.01.13

par Philippe-Emmanuel Krautter

 

 


L’Antiquité fut omniprésente à Versailles et il suffit de nos jours de se promener à l’intérieur du Château avec ses nombreuses allégories mythologiques représentées dans ses tableaux ou encore à l’extérieur dans le parc, où bassins, statues et fontaines composent un livre ouvert dans lequel l’Antiquité prend de nouveau vie. Et c’est justement ce thème qui est à l’honneur avec une très belle exposition dans les salles d’Afrique et de Crimée jusqu’au 17 mars, exposition d’autant plus intéressante qu’elle a été le fruit d’une heureuse collaboration avec le Musée du Louvre qui a pour cette occasion prêté de nombreuses œuvres de ses collections. La scénographie est une véritable réussite, ce qui n’étonnera guère lorsque l’on sait qu’elle a été réalisée Pier Luigi Pizzi, le metteur en scène italien célèbre pour ses scénographies théâtrales et d’opéra. Versailles a souvent été qualifié du vocable prestigieux de « nouvelle Rome », et nul ne s’en étonnera lorsque l’on découvrira l’un des projets de reconstruction pour le château de Versailles avec une colonnade directement inspirée de celle de Saint‐Pierre de Rome ! Plus de deux cents œuvres vont faire la démonstration que le thème de l’antiquité est presque constitutif de la grandeur de Versailles. C’est avec une émotion certaine que l’on pourra admirer de nombreuses œuvres qui ont retrouvé le chemin du château pour la première fois depuis la Révolution…

Ces tableaux, ces sculptures ou encore tapisseries et autres objets d’art servent non seulement un discours rhétorique manifeste de l’absolutisme, mais représentent également la surprenante renaissance d’un rêve que l’on pensait éteint depuis l’an 476 de notre ère chrétienne… Les références mythologiques sont omniprésentes, certaines évidentes même à notre époque, d’autres plus subtiles et qu’il nous appartient de retrouver à l’aide du précieux catalogue édité à cette occasion. Versailles a ainsi conduit à l’achat des œuvres antiques prestigieuses ou lorsque ce n’était pas possible même pour le monarque le plus puissant, à les copier dans de brillantes copies ou réinterprétations également présentées. L’Histoire est sous nos yeux dans ce qu’elle a de plus magique lorsqu’elle estompe les chronologies et que Rome et le Grand Siècle dialoguent ensemble, sans heurts, ni fracas d’armée !

 

Marie‐Joseph Peyre (1730‐1785) Projet de reconstruction pour le château de Versailles avec une colonnade à la façon de celle de Saint‐Pierre de Rome vers 1780 Dessin. H. 40 cm ; L. 90 cm
Versailles, Châteaux de Versailles et de Trianon, INV.DESS 1252
© RMN – Grand Palais (château de Versailles) / Gérard Blot

 

A lire, notre chronique du catalogue de l'exposition...

 

 

 

Seduced by art, photography past and present,
National Gallery, Londres, jusqu’au 20 janvier 2013

LEXNEWS | 24.12.12

par Bertrand Galimard Flavigny


 


L’idée selon laquelle la photographie a été ou est la rivale de la peinture, n’a cessé d’agiter les esprits. Déjà, en 1863, Louis-Désiré Blanquart-Evrard (1802-1872), un chimiste qui étudia le procédé du calotype inventé par William Henry Fox Talbot (1800-1877) et inventa en 1850 le procédé d’impression à l’albumine, fit paraître « des mémoires sur la société » titrés : l’Intervention de l’Art dans la photographie (Lille, L. Daniel). Pour en savoir plus, il suffit de se rendre à la National Gallery à Londres qui explore sous le titre de Seduced by art, photography past and present, à travers 90 photographies, sans compter les tableaux sortis de ses collections, les liens qui existent entre la peinture ancienne, les débuts de la photographie au milieu du XIXe siècle et même d’aujourd’hui. Le projet était audacieux, quoique la confrontation entre la peinture et la photographie soit naturelle dans la mesure où les premiers photographes ont utilisé cette technique nouvelle pour capter la réalité. Pour la « Gallery » il s’agit de la première grande exposition de photographies,
Il fut un moment pourtant où la photographie tenta de gagner ses lettres de noblesse face à la peinture. La démarche derrière l’objectif répond sans doute au même mouvement que devant une toile. Le photographe saisit, après avoir étudié la lumière et choisi un cadrage, un sujet comme l’aurait composé un peintre. Il ne suffit pas toujours de faire prendre une pose quasi semblable à un modèle imitant une figure peinte, pour offrir une correspondance à un tableau. Ce qu’a réalisé pourtant Tom Hunter avec la « Mort de Cotelli » (2009, 122 x 52 cm) dont l’attitude est reprise du personnage féminin affalé sur la couche où se meurt Sardanapale sous le pinceau de Delacroix (1827, 392 x 496 cm).

 

Ori Gersht, 'Blow up: Untitled 5', 2007.
LightJet print mounted on aluminium. 248 x 188 x 6 cm (framed)
Collection of Robin and Peter Arkus, USA. © Courtesy of the artist and Mummery + Schnelle, London
Watch an extract from Ori Gersht's video 'Big Bang 2', 2007.
 

 


Tom Hunter (né en 1965) retranscrit à sa manière, en insistant sur les couleurs, une scène « déjà vue ». Maisie Maud Broadhead (née en 1980) va plus loin encore puisque, par exemple, Keep Them Sweet (2010, 145 x 106.5 cm) est copie quasi conforme de l’Allégorie de la Richesse (1633, h/t, 170 x 124 cm) de Simon Vouet.
Le résultat est, et nous nous en doutions, ces deux expressions sont bel et bien complémentaires et inspiratrices l’une de l’autre. Mr and Mrs Andrews ( h/t, 69.8 x 119.4 cm) un portrait très conventionnel d’un couple représenté dans la campagne, peint par Thomas Gainsborough vers 1750, trouve un écho un tant soit peu ironique avec Signs of the Times, England (51 x 61 cm) le portrait d’un couple photographié en 1991, dans son salon par Martin Parr. En contrepoint des photos de Craigie Horsfieldet de David Wilkie Wynfield, artistes de l’époque victorienne, ne dissimulent pas l’influence qu’a exercée sur eux Anthony van Dick. Mieux encore dans The Two Ways of Life, Oscar Gustav Rejlander a exercé en 1857 tous ses talents de metteur en scène pour réaliser un cliché dans le genre très victorien de son époque que l’on ne peut s’empêcher de comparer au Roman de la décadence romaine peint dix ans plus tôt par Thomas Couture.

 

Ignace-Henri-Théodore Fantin-Latour, 'The Rosy Wealth of June', 1886.
© The National Gallery, London


Finalement, toute l’histoire de la peinture s’inscrit dans celle de la photographie. Les transpositions des portraits de jeunes femmes de Gustave Doré ou George Frederic Watts par Julia Margaret Cameron, sont aussi séduisantes que les tableaux. Que dire, également de la force de La grande vague à Sète prise par Gustave Le Gray, vers 1856/59, et de celle de La Tempête peinte en 1862 par Peter Balke ?
La meilleure démonstration de cette double inspiration réside, sans doute, An Ode to Hill and Adamson, une création de Maisie Maud Broadhead et Jack Cote, réalisée en 2011. Cette vidéo qui retrace la mise en scène d’une prise photographique donnant l’apparence d’une peinture, inspirée par un portrait photographique datant des années 1840, par David Octavius Hill et Robert Adamson, utilise toutes les ressources de ceux deux expressions artistiques. L’exercice consistant à donner à choisir entre la peinture et la photographie, s’efface ici grâce à ce jeu de miroir, même si l’on se souvient de la réflexion de Dominique Ingres : « La photographie, c’est mieux qu’un dessin, mais il ne faut pas le dire ».
 

 


National Gallery, Londres, jusqu’au 20 janvier 2013. Réservation par téléphone : + 44 208 127 49 20 et sur le site : www.nationalgallery.org.uk

 

 

 

Au-dela du Street Art

au musée de la Poste
 

LEXNEWS | 24.12.12

par Evelys Toneg

 

 


Le musée de la Poste expose jusqu’au 30 mars 2013, onze artistes internationalement reconnus dans le monde du Street Art. Voilà une exposition haute en couleurs, en graphismes, en personnalités, en créativité, avec quelques soixante dix œuvres sur des supports très éclectiques (toiles, murs, panneaux de signalisation, bois, linoléum, boîte aux lettres, tôle, fragments d’affiches, photographies, supports vidéo… Et autant de techniques employées, pochoir, peintures aérosol, mosaïque, papier découpé, gravure, acrylique, gouache et aquarelle, tampon…) qui donnent à voir la ville autrement et aiguisent le regard sur les graffitis et toutes autres peintures murales du Street Art, messages écrits ou collages qui nous montrent un art vivant, clandestin et interdit, mais qui délivre des messages de liberté hors du champ académique de l’art exposé dans des cadres bien reconnus d’aujourd’hui (musées, galeries…). Là, tout est énergie ! Un véritable mouvement artistique en marche depuis les années 70 que personne n’a pu faire taire et qui aujourd’hui force le respect et oblige le monde de l’art à s’interroger sur ses propres limites. Les artistes rassemblés ici, Bansky légende du Street Art à l’identité secrète, C215 et ses sublimes portraits, Dran et son humour corrosif et noir, Invader et son grand jeu vidéo « space invaders » tout autour de la planète, L’Atlas et ses labyrinthes de calligraphies koufi, Ludo avec ses créatures hybrides végétales et minérales, Miss.Tic et ses pochoirs aux silhouettes séductrices, Rero et ses mots messages systématiquement barrés, Shepard Fairey alias Obey qui décortique les mécaniques des pouvoirs, Swoon et sa vision humaniste du monde et Whils qui creuse la matière des murs dans des dizaines de villes à travers le monde et crée des héros anonymes, sont tous les dignes descendants d’Ernest Pignon Ernest, de Daniel Buren ou de Gérard Zlotykamien initiateurs de l’Urban Art dès les années 60.

A chacun son univers, ses techniques privilégiées, c’est ce que la scénographie voulue par Céline Neveux, commissaire de cet événement, met en valeur et permettant à tous de s’immerger dans celui de chaque artiste. A cette occasion, six d’entre eux, Whils, C215, Ludo, L’Atlas, Rero et Miss. Tic ont spécialement réalisé une œuvre ou installation, au musée même. Il est temps, aujourd’hui, de se pencher sur le mouvement artistique le plus important du siècle, sur ce qui fait la force de cet art urbain, de ses messages individuels ou collectifs, artistiques ou engagés socialement ou politiquement, de cette culture qui dépasse toutes les frontières à travers des manifestations comme l’internationale du graffiti. Jamais aucun mouvement n’aura généré autant de passerelles dans le monde et de documents photographiques que le Street Art. L’exposition « Au-delà du Street Art » met en évidence les démarches personnelles d’artistes nourris par l’histoire et la culture d’un art, d’un style de vie, d’un regard sur l’urbanisation et sur ces créations produites en priorité pour et dans la rue et qui appartiennent dès lors à notre environnement. Voilà donc encore une belle occasion d’ouvrir les yeux sur la ville et de noter que le musée de la poste a là une mission culturelle légitime : réveiller la curiosité !
Le musée de la poste c’est la bonne adresse pour découvrir et aller au-delà du Street Art !

 



Une série d’événements entoure cette exposition, vous trouverez tous les renseignements sur le site du musée www.ladressemuseedelaposte.fr
Le musée de la poste est la bonne adresse pour découvrir et aller au-delà du Street Art !
Le catalogue de l’exposition est disponible au musée.
Coédition Critères Editions et L’adresse Musée de la Poste
94 pages - illustrations en couleurs

 

 

 

 

 

Les préraphaélites, un rêve à l’avant-garde
Tate Britain, Londres, jusqu’au 13 janvier

LEXNEWS | 13.12.12

par Bertrand Galimard Flavigny




Le critique britannique John Ruskin (1819-1900) lança, dit-on aux jeunes peintres réunis au sein d’une confrérie que s’étaient baptisés les Preraphaelite Brothers (PRB) : « Go to nature ». Ceux-là s’y jetèrent à brins d’herbe perdus, il n’en manque jamais. La luxuriance de leurs décors est à l’aune de la beauté de leurs sujets féminins qui allient la grâce et la volupté. Nous songeons naturellement à la, devenue très classique, Ophélie peinte vers 1851/52 par John Everett Millais (1829-1896), et encore à Marie-Madeleine par Frederik Sandys et Portrait d’Edith Villiers par George F. Watts, qui en sont en sont les meilleurs exemples. Les PRB furent autant inspirés par l’histoire, la nature, le Salut, au sens religieux, la mythologie que par, tout simplement la beauté.
Tout avait commencé lorsqu’à la Royal Academy à Londres. William Hunt (1827-1910) et John Everett Millais, considérant les tonalités claires, vives et chantantes des grands maîtres d’autrefois, décidèrent de les retrouver, les mettre en œuvres et fonder leur création à partir d’elles. Puis Dante Gabriele Rossetti (1828-1882) rejoignit les deux autres jeunes artistes. Le petit groupe se donna vocation de retrouver la pureté des primitifs italiens, prédécesseurs de Raphaël, trop pompeux et contraire à la « spiritualité vraie », selon le mot de Hunt. Ils se donnèrent pour vocation de privilégier le réalisme, le sens du détail et les couleurs vives. « Il ne suffit pas que l’art soit suggestif, soit didactique, soit moral, soit populaire ; il faut encore qu’il soit national » devait affirmer William Morris (1834-1896), qui avait rejoint à son tour la confrérie.
La Tate Britain, à Londres, propose une exposition consacrée à ces « préraphaélites » sous-titrée « avant-garde victorienne », réunissant 180 œuvres.

 

Dante Gabriel Rossetti
The Beloved ('The Bride') 1865-6
Oil on canvas
support: 825 x 762 mm frame: 1220 x 1110 x 83 mm
Purchased with assistance from Sir Arthur Du Cros Bt and Sir Otto Beit KCMG through the Art Fund 1916

De quoi former une rétrospective. Une de plus, diront les familiers de ce mouvement ; si ceux-là – ce qui nous étonnerait – ont boudé les salles du musée londonien, de nouveaux mateurs s’y pressent en grand nombre. L’exposition qui retrace l’évolution des artistes depuis leur formation en 1848 jusqu’à l’arrivée du symbolisme en 1890, est classée par thèmes comme la « nature », le « paradis terrestre », la « mythologie », le « Nouveau Testament » et encore la littérature. Rienzi, le dernier des tribuns romains (86 x 121 cm) peint vers 1848/49 par William Hunt est, par exemple inspiré du roman de Bulwer Litton, comme le fera Wagner pour son opéra du même nom. Ce tableau est intéressant à plus d’un titre, car, d’abord il est signée par d’un énigmatique « PRB » – Preraphaelite Brothers – et ensuite parce qu’on reconnaît parmi les personnages peints par Hunt, Rienzi sous les traits de Dante Gabriele Rossetti et le soldat à sa droite, sous celui de John Everett Millais ainsi les trois fondateurs de la Confrérie des Préraphaélites, auxquels se joindront après 1848, d’autres artistes comme le sculpteur et poète Thomas Woolner (1825-1892), les peintres James Collinson (1825-1881), William Morris, Edward Burne-Johns (1833-1898) sans oublier Lawrence Alma-Tadema (1836-1912) et même Oscar Wilde (1854-1900) . Ceux-ci furent suivis par une bonne vingtaine d’artistes pour lesquels, comme eux, « l’art médiéval, exempt de tout faux semblants académiques, devait être considéré comme un modèle de probité et de liberté artistique.

 

Edward Coley Burne-Jones
Laus Veneris 1873–1878
© Tyne & Wear Archives and Museums

 

La confrérie préraphaélite fera alors siens les récits mythologiques, s’entichera des histoires de la table ronde, et mettra en scène des scènes littéraires plutôt que des grandes scènes de genre. » C’est ainsi que l’on retrouve le Chatterton d’Henry Wallis (1855/56) et La Belle Iseult de William Morris (1857/58). Rossetti domine naturellement l’ensemble, et nous sommes séduits par La Bien-aimée ou La Mariée (1865/66) et davantage par Lady Lillith qu’il peignit entre 1866 et 1868 et retoucha en 1872/73. L’Annonciation réalisée en 1849 fit scandale, car l’artiste montre une vierge angoissée et prostrée.
Ces préraphaélites eurent une grande influence sur les arts décoratifs, et c’est là l’un des mérites de la Tate Britain d’avoir joint aux tableaux et sculptures, des meubles, vitraux et tapisseries.Dès 1861, William Morris créa avec deux autres artistes, un atelier, nous dirions aujourd’hui de décoration. S’y joignirent Rossetti, Brown, Webb et Burne-Jones. Cette compagnie prit, en 1875, le nom de Morris & co et fabriqua des meubles, des broderies, tapis et tapisseries. En 1891, Morris dont les idées sociales faisaient partie de réflexions de la Compagnie, fonda la Kelmscott Press pour la production de livres imprimés à la main. La présence d’un lit à baldaquin ou d’apparat ne surprend plus. Il vient de Kelmscott Manor, et est garni de broderies faites par Jane et May Morris. Les PRB ont exercé leur avant-gardisme autant dans leurs représentations de l’histoire, la nature, le Salut, au sens religieux, la mythologie que dans, tout simplement la beauté.

Tate Britain, Millbank, Londres. Tel : +44 (0)20 7887 8888. Ouv.t.l.j. de 10 à 18 h. jusqu’au 13 janvier 2013.

 

 

 

 

 

NIGERIA ARTS DE LA VALLEE DE LA BENOUE

Musée du Quai Branly

LEXNEWS | 13.12.12

par Evelys Toneg

 



Pour sa quatorzième exposition « Afrique », le musée du quai Branly présente les arts de la vallée de la Bénoué.
Etrange ruban d’eau que cette longue rivière qui court et ondule sur plus de 1000 kilomètres avant de se jeter, à Lokoja, dans le grand et mystérieux fleuve Niger. Sur ses rives fertiles, la Bénoué offrait tout ce qu’il fallait aux populations pour y vivre, loin des puissants royaumes et civilisations qui se développaient à l’écart et ne tarderaient pas à envahir la vallée, obligeant les populations à s’éloigner des plaines fertiles vers les collines, abandonnant derrières elles leur paradis terrestre. Pourtant quelques chefferies survivent chez les Idoma, Jufun, lIgala et Chamba face aux envahisseurs, guerriers, religieux, et autres chasseurs d’esclaves. L’exposition « Nigeria, arts de la vallée de la Bénoué » présente les différents courants artistiques de la région de plus de 25 groupes ethniques qui se sont installés tout au long des rives de la partie basse, moyenne et haute Bénoué. Elle met en avant l’incroyable diversité des codes stylistiques locaux, les traditions communautaires étonnantes de cette région ainsi que la liberté créatrice des artistes. C’est au fur et à mesure des événements historiques, des conflits de pouvoirs ou d’invasions religieuses, des migrations forcées et des liens commerciaux qui se sont produits au fil de l’eau, que se retrouvèrent partagés et intégrés aux productions artistiques, toutes les nuances culturelles des peuples de la région, créant ainsi un art caractéristique de cette vallée. Les terres de la basse et de la moyenne Bénoué, qui s’écoule au Niger, sont les territoires des royaumes igala, jukun, idoma et tiv. Ils expriment leurs rites et croyances dans une production impressionnante de sculptures et de masques en bois alors que celle de la haute Bénoué, frontalière du Niger et du Cameroun, est le théâtre d’une toute autre culture où se développe l’usage du laiton et du fer (méthode à la cire perdue) et d’étranges céramiques anthropomorphes qui toutes répondent à des fonctions spécifiques (guérison des maladies).

 

Statuette féminine Idoma, Bénoué, Nigeria
© musée du quai Branly, photo Patrick Gries


Le parcours de cette balade au fils de l’eau se divise en trois grandes sections :
Les identités artistiques en basse Bénoué, les ressemblances visuelles et le patrimoine commun en moyenne Bénoué et les capacités expressives et rituelles de l’argile en haute Bénoué, qui illustrent chacun des propos que les quatre commissaires de cette exposition nous font découvrir. Les arts de la basse Bénoué, avec, en autre, sa statuaire de maternités, plus admirables les unes que les autres (maternité avec enfants de la basse Bénoué faisant partie d’une tradition transrégionale de la basse Bénoué), protégeant la santé des femmes et des enfants mais aussi la fertilité de la terre, et, qui semble commune à plusieurs groupes ethniques. Des sanctuaires spécifiques leur sont consacrés que l’on découvre exposés ou photographiés in situ. Leur pouvoir et leur efficacité ont été attestés dans toute la région. De nombreux cimiers (Ogline Idoma ou Egbira), masques heaume anthropomorphes (masque casque Epe Igala) ou zoomorphes (éléphant itrokwu Idoma) ont une place particulière dans les cérémonies rituelles de type mascarades qui étaient organisées pour incarner les ancêtres, communiquer de manière permanente avec les esprits, affirmer les codes sociétaux, honorer les guerriers, l’autorité d’un chef ou bien tout simplement divertir.
 

Tous les mouvements migratoires de l’histoire des peuples de la vallée de la Bénoué ont participé à la diffusion et la mobilité de ces masques que l’on retrouvera parmi bien des ethnies. Les chefs de tribus Tiv affirmaient leur statut et leur pouvoir à travers des « regalia » en métal. De nombreuses pièces, armes, haches, montrent qu’il existait des centres de fabrication d’objets de bronze et en cuivre le long de la rivière Bénoué reflétant une tradition métallurgique (fouilles archéologiques de la ville d’Ife – arts royaux du royaume du Bénin) et la maîtrise de la fonte à la cire perdue. La découverte des sculptures Junkun utilisées comme intermédiaires rituels, incarnaient les esprits de Man. Elles recueillaient les espoirs de prières pour toutes sortes de guérisons, de guerre ou de problèmes climatiques. Elles sont reconnaissables à leurs têtes comme suspendues sur la poitrine, le visage plat et rectangulaire donnant l’impression qu’elles portent des masques horizontaux (masque cimier zoomorphe– Mangam ou Yukuben) ou masques-planches. La région la plus étendue est la moyenne Bénoué qui est certainement la plus complexe en termes d’indentification ethnique. Que dire alors des sculptures anthropomorphes Mumuye, au style figuratif très éloigné du réalisme des maternités de la basse Bénoué. Elles sont si surprenantes avec leurs corps longiligne (dits en colonne) et géométriques, que ces messieurs de l’art cubique auraient pu s’en inspirer… Reconnaissables entre toutes avec leur tête surmontée d’une crête et le minimalisme des traits du visage, elles sont d’une beauté élégante. Plus énigmatiques sont les grands masques verticaux de taille spectaculaire des Wurkun / Bikwin par exemple. Ils sont si grands et si lourds que l’on peut mal imaginer comment le porteur pouvait en faire usage. Taillés dans la masse d’un tronc, ils étaient sans doute utilisés à des fins de déambulation plus que portés pour des mascarades. La vallée de la Bénoué n’a pas fini de nous étonner avec dans sa partie la plus haute et éloignée, d’étranges récipients d’argile, qui jusqu’au 20ème siècle, ont tenu leur rôle dans les pratiques rituelles locales. Ici pas de masques, pas de figures de bois comme dans les deux autres régions, mais ces récipients anthropomorphes, d’une grande richesse ornementale, conçus pour contenir des forces spirituelles de différentes types qui étaient utilisées contre les maladies, protéger les chasseurs et les guerriers de toutes sortes de maux en activant les esprits des ancêtres. D’autres ornés des symboles de la transformation de l’inévitable passage de l’enfance à l’âge adulte laissent voir des scarifications incisées sur les corps des jeunes femmes. Tous ces différents types d’ornements établissaient les liens entre les êtres humains et les esprits invoqués pour faciliter les altérations positives sur la destinée humaine. La grande majorité de ces céramiques était abritées dans l’enceinte d’autel qui pour la plupart avaient disparus laissant leur contenu sans protection, aux pilleurs et à la destruction.

 

Paire de statuettes anthropomorphe Wurkum, Bénoué, Nigeria

© musée du quai Branly, photo Patrick Gries, Valérie Torre

 

L’exposition s’achève sur d’imposantes effigies de chefs de villages qui devaient être érigées lors des rites funéraires célébrés après les enterrements et avant la saison des plantations afin de bénéficier de la bénédiction du défunt.
C’est donc ce parcours étonnant et riche de 150 sculptures, masques, poteries, céramiques, armes et autres programmes multimédias et documents photographiques in situ, focus sur l’œuvre et le style de quelques grands artistes, que propose le musée du quai Branly jusqu’au 27 janvier 2013 sur la mezzanine Est.
Et comme le préconisait Jacques Kerchache : « laissons-nous porter par la magie des œuvres parmi les plus fortes produites en Afrique… Et ouvrons nos cœurs et nos esprits aux incroyables richesses de l’humanité ».

Catalogue de l’exposition est coédité par les éditions du musée du quai Branly et Somogy.
136 pages 80 illustrations couleur et noir et blanc
Différentes rencontres, visites guidées ou contées performances musicales et chorégraphiques ponctuent cet événement.
Vous trouverez tous les renseignements sur le site du misée : www.quaibranly.fr

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Exposition
LES ORS ET LA LUMIERE DE VAN EYCK

Musée Boijmans van Beuningen, Rotterdam, jusqu’au 10 février 2013

LEXNEWS | 03.12.12

par Bertrand Galimard Flavigny

 

Légendes 02 : Jan van Eyck, Les trois Marie au tombeau, vers 1430-1435.

Panneau, 71,5 x 90 cm. Rotterdam, Museum Boijmans Van Beuningen
 

 

 

Dans son « De viris illustribus » paru en 1456, Bartolomeo Fazio (1410-1457), un humaniste au service du roi de Naples, Alphonse V d’Aragon, évoque parmi les grands hommes de son temps, des peintres originaires de différentes régions. C’était la première fois, avant Vasari, qu’un ouvrage plaçait sur le même plan les guerriers et les artistes. Il cite ainsi quatre peintres dont il loue avec une égale ardeur les mérites : Gentile Fabriano (vers 1370 - 1427), Pisanello (1395-1455), Rogier van der Weyden (1400-1464) et Jan van Eyck (vers 1385/1395 – 1441). Pour Fazio, ce dernier était le « peintre principal de notre temps », montrant des « minuscules figures d’hommes, les montagnes, les bosquets, les villages et châteaux rendus avec tant d’adresse qu’on les croirait distants de cinquante mille pas les uns des autres ». Van Eyck était alors considéré, même en Italie, comme un grand novateur et le premier peintre entre tous aux Pays-Bas. On lui attribue fréquemment l’invention de la peinture à l’huile, ce qui est erroné, car elle a commencé à s’imposer dès le Xe siècle dans le nord de l’Europe. Van Eyck dont on admire à Gand, le Retable de l'Agneau Mystique dans la Cathédrale Saint-Bavon, a, en revanche, porté cette technique à la perfection. Ses contemporains utilisaient encore les feuilles d’or, alors qu’à l’aide des couleurs et de ses pinceaux il donne l’illusion de son éclat (1) .

 

Légende 11 : Atelier Jan van Eyck, Crucifixion, plume, pinceau?,
environ 25.4 x 18.7 cm, issu de la collection d’un particulier

 


Regardant le Petit jardin du Paradis (26.3 x 33.4 cm), une œuvre anonyme qui pourrait être de Strasbourg, réalisée vers 1410/20, nous suivons le cheminement des artistes de cette région du Haut-Rhin influencés par van Eyck, c'est-à-dire l’observation de la nature plutôt que la connaissance. Les lys sont présentés par exemple sous différents angles. Ce tableau fait partie des quelque quatre-vingt-dix œuvres dont cinq de van Eyck lui-même, réunies pour l’exposition « La voie de Van Eyck » organisée au musée Boijmans van Beuningen de Rotterdam.

Peintures, sculptures, objets de ferronnerie d’art, miniatures et dessins ont été réunis afin d’apporter une réponse aux sources d’inspiration de van Eyck et surtout comprendre comment il a pu développer son style révolutionnaire et réaliste. L’une des pièces parmi les plus importantes, le « Triptyque de Norfolk », par sa structure architecturale, le rendu des visages et les attitudes des personnages, l’illusion du trompe-l’œil, les perspectives, se montre le plus proche du style de van Eyck. À un tel point qu’il lui fut longtemps attribué. Dans son Annonciation (panneau transféré sur toile, 92.7 x 36.5 cm) exécuté vers 1430/35, les rayons filant d’un vitrail autour de la colombe incarnant le Saint-Esprit, s’estompent inutiles. On pourrait dire, paraphrasant Bartolomeo Fazio, que dans les tableaux de van Eyck, « un rayon de soleil est digne d’être pris pour un soleil réel ».

 

Légende 01 : Jan van Eyck
L’Annonciation, vers 1430-
1435. Panneau transféré sur
toile, 92.7 x 36.7 cm.
Washington DC, National
Gallery of Art, Andrew W.
Mellon Collection


Les peintures de cette période située entre 1390 et 1430, que l’on qualifie souvent de « Gothique international » sont relativement rares. Il était malaisé de les situer, car elles ont voyagé selon les déplacements du duc de Bourgogne. Cinq années ont été nécessaires à la préparation de cette exposition. Elles ont permis de découvrir cinq œuvres inconnues auparavant, antérieures à van Eyck. Ce qui porte à 25/30 œuvres connues de cette période dans les Pays-Bas. La comparaison entre deux dessins provenant du nord des Pays-Bas, a permis d’en découvrir les similitudes, notamment entre les visages d’un saint Jean-Baptiste et d’un saint Christophe, ainsi que dans les formes des rochers. Cela a offert aux commissaires la possibilité de les relier au même atelier ; de la même manière, une miniature ornant un « Livre d’Heures de Rouen » fut rapprochée d’une autre, prouvant ainsi son origine de Bruges. Reste la présentation d’un dessin provenant de l’atelier de van Eyck. Cette Crucifixion du Christ (25.4 x 18.7 cm) dont on ignorait l’existence, il y a quelques mois encore, met en scène une immense foule autour de la croix, tandis que l’on devine à l’arrière Jérusalem. Van Eyck a utilisé la mine d’argent et d’or pour le composer.
Le nom de van Eyck est apparu pour la première fois en 1422-1424, comme peintre et « valet de chambre » de Jean de Bavière qui lui avait confié la décoration de son palais de La Haye. Dès le 19 mai 1425, il entrait au service de Philippe Le Bon, duc de Bourgogne, avec ce même titre de « peintre et valet de chambre », ce qui lui assurait des revenus confortables. Les relations entre le souverain et l’artiste furent privilégiées, le premier envoyant le second en « voyages », en fait pour des missions diplomatiques tant à Rome qu’en Espagne et au Portugal. Les sujets – tous religieux - traités par van Eyck, selon les commandes de Philippe Le Bon, ne différaient pas fondamentalement de ceux des autres artistes ; mais lui a su développer son talent en apportant dans ses compositions une expression particulière et une profondeur plus grande liée à sa manière de traiter la lumière.


 


Musée Boijmans van Beuningen, Rotterdam, jusqu’au 10 février 2013, - Email: boijmans@paydro.net tel : +31 (0)20 820 21 30 - http://paydro.net/ www.boijmans.nl

( 1) Une campagne de restauration a démarré en septembre 2012 et doit durer cinq ans. Le retable est toutefois toujours visible, mais les panneaux transférés dans les ateliers du musée des Beaux-Arts de Gand, sont remplacés par des reproductions en noir et blanc, ce qui ne manque pas de surprendre. Ce démontage a permis d'effectuer un travail de documentation technique financé par la Getty Foundation, qui a débouché sur la mise en ligne d'images en haute résolution, réalisées grâce aux réflectographies infrarouges (IRR) et aux radiographies (RX). : http://closertovaneyck.kikirpa.be/

 

 

 

Design en Afrique – s’asseoir, se coucher et rêver.

Musée Dapper, jusqu’au 14 juillet 2013

LEXNEWS | 27.11.12

par Evelys Toneg

 



C’est au musée Dapper, lieu à la conception si originale, que jusqu’au 14 juillet 2013, sont mis à l’honneur douze designers contemporains africains. Ces artistes connus, du Sénégal, du Cameroun, du Gabon et de Côte d’Ivoire, dans une exposition conçue et réalisée par le musée « Design en Afrique, s’asseoir, se coucher et rêver », apportent une nouvelle dimension esthétique à un domaine resté longtemps hors du champ artistique. La réflexion de Christiane Falgayrette-Leveau, commissaire de cette nouvelle exposition, à travers ces installations, porte sur le travail de ces créateurs, une réflexion à la fois sérieuse et ludique. Elle est consacrée aux objets d’artisanat ou d’art traditionnels utiles et voués à supporter le corps ou une partie du corps et sur les influences de ces objets et dans la création des designers contemporains qui volontairement ou involontairement puisent leur réflexion et leur inspiration dans le répertoire culturel de leur pays d’origine. Ils n’hésitent donc pas, comme l’explique Cheick Diallo (qui travaille en France et au Mali), à utiliser des matériaux de récupération, à les détourner et à travailler avec les artisans locaux possédant les savoir-faire ancestraux.
 

Ensemble ils réinventent un appuie-tête, un siège (chaise d’Ousmane Mbaye), un lit (Slimb bed de Kossi Assou), un fauteuil (fauteuil Mobutu d’Iviart Izamba), un tabouret (Tabouret Tombouctou de Jules-BertrandnWakam), les transformant au-delà des époques et des frontières, tout en laissant leur fonction initiale, l’assise ou le repos. Certains de ces objets recréés peuvent aussi avoir un message visuel symbolique comme l’œuvre d’Alssane Drabo « Cadre d’Union » pensée et conçue comme une métaphore de l’idée que « l’Afrique doit se ranger elle-même ». Mettant parfois leurs origines en commun comme Christian Ndong (d’origine fang) et Antonio Pépin (d’origine vili) pour créer ensemble une bibliothèque ngil et son tabouret. Les designers africains ne manquent pas de subtilité, d’humour et on perçoit aussi dans cette exposition le grand respect qu’ils ont pour l’histoire des objets qui les inspirent et leur utilisation toujours actuelle.

Qu’elles soient anciennes ou contemporaines, les quelque cent pièces présentées ici se répondent subtilement, dans leur forme, dans leur fonctionnalité, dans leur utilisation au quotidien ou pour des événements exceptionnels, dans les matériaux employés, dans leur passé et leur futur, montrant clairement que la créativité de ces d’objets est directement incitée par des besoins concrets. Ces artistes ont un regard moderne sur des formes traditionnelles.
Tout le monde s’assoie, se couche et rêve, mais ces actes de la vie quotidienne peuvent toute fois être investis d’une symbolique particulière selon le statut social ou le pouvoir. Les photographies de Daniel Lainé présentées en prologue de l’exposition en sont une parfaite illustration.
L’exposition « Design en Afrique, s’asseoir, se coucher et rêver » nous invite au repos et au rêve, au-delà de nos conceptions occidentales culturelles et porte notre attention sur une certaine vision du confort, de son utilité ou de sa futilité. Elle met ainsi en valeur la simplicité et l’épure des formes adaptées aux gestes d’aujourd’hui dans ces créations contemporaines qui deviennent universelles et intemporelles.
Les créations de ces designers sont montrées et vues comme des oeuvres à part entière et la grande frustration de cette superbe exposition est que l’on ne peut ni s’y asseoir, ni s’y coucher…
 

 

Une série d’événements entoure cette exposition, vous trouverez tous les renseignements sur Le catalogue de l’exposition.
Editions Dapper
22X29 cm
184 pages – illustrations
Broché ou relié sous jaquette

Eivelys Toneg

 

 

 

Hopper en liberté

Grand Palais, Paris, entre Champs-Élysées

jusqu’au 28 janvier 2013

LEXNEWS | 06.11.12

par Bertrand Galimard Flavigny

 

Morning Sun / Edward Hopper
Columbus Museum of Art, Ohio: Howald Fund Purchase 1954.031
© Columbus Museum of Art, Ohio

 

Laissons tranquille Hopper ! « Récupéré par l’historiographie nationaliste, Hopper est en réalité l’un des plus fervents contempteurs des travers de la modernité fonctionnelle américaine, alors en pleine émergence, qu’il s’agisse d’opposer la solitude à la culture de masse, le mystère à la communication visuelle à des fins commerciales, le caractère méditatif de ses personnages au dynamisme imposé en modèle, le calme d’espaces vides à l’essor des grandes cités », veut expliquer le critique Stéphane Renault dans le magazine « grand format » de la RMN. S’il est un peintre qui n’exige aucune explication sur son œuvre, c’est bien lui. L’immobilité de Hopper provoque l’imagination. Dans chacune de ses toiles, il se dégage une atmosphère insistante, un charme captif. Nous ne pouvons passer devant ces rues, ces maisons et ces personnages, sans chercher à imaginer un instant ce qui pourrait s’y dérouler, leur histoire, leur vie. L’ambition de l’artiste était de trouver une équivalence plastique au stress, à l’angoisse, à la peur des grands ensembles, à la solitude foncière de la nature humaine. Qu’ils soient à Gloucester, sur la côte du Maine, face à la mer comme à Cap Code, à New York, dans un train, les hommes sont plongés essentiellement dans une architecture. Ce qui pourrait paraître neutre… Mais le secret est là : soudain, Hopper donne de la lumière à ses sujets. Qu’on le veuille ou non ces maisons de phare sur la côte de la Nouvelle-Angleterre, font irrésistiblement songer aux tableaux de Hopper, comme certaines maisons recouvertes de lattes de bois peintes en blanc, ces collines qui bordent la mer, et même ces chaluts à demi-échoués dans les ports.

Edward Hopper (1882-1967) est devenu le maître du réalisme américain, observant sa société et son évolution. Il est en effet facile de disserter à loisir sur ses intentions et son message. Les commissaires de la rétrospective qui lui est consacrée au Grand Palais rivalisent de commentaires. L’un voit en lui un mélange de réalisme et d’abstraction, un autre voit en ses toiles une inspiration pour le cinéma, un autre encore le hisse au rang de héraut de l’art américain. C’est laborieux. Que disait donc Hopper que cite d’entrée de jeu dans son « Découvertes » Didier Ottinger, le commissaire de l’exposition : « Le grand art est la projection de la vie intérieure de l’artiste, et cette vie intérieure façonnera sa vision personnelle du monde. Aucune somme d’inventions, si habiles soient-elles, ne peut remplacer cette qualité essentielle qu’est l’imagination » (1). C’est là, la grande qualité de ses compositions, car elles offrent à celui qui les contemple une image dont il peut s’approprier.

 

Edward Hopper: New York Office , 1962.
Crédits photo : © Montgomery Museum of Fine Arts


Ouvrir, par exemple, l’exposition du Grand Palais, par des toiles de Marquet parce que Hopper l’aurait rencontré lors de son séjour à Paris, distrait notre attention, comme l’intéressant mais inutile diaporama des photographies d’Atget. Lors de son passage à Paris, en 1909, il a peint le Louvre et la Seine, les berges et les ponts, d’une manière réaliste, à l’exception du Bistro. Cette composition qui porte également comme titre « The Wine Shop » (61 x 73.5 cm) a quitté le décor parisien pour ne conserver qu’une mince bande d’immeubles au pied duquel un couple face à face est assis autour d’une table, tandis que le reste de la toile baignée dans une lumière crue est seulement marquée par l’esquisse d’un pont qui pourrait être le Pont Royal, surmonté par… quatre cyprès. Des toiles surprenantes qui nous montrent un aspect négligé, paradoxalement pour nous Français, de ce peintre considéré comme le maître du réalisme américain. Hélas, cette toile ne figure pas au Grand Palais. Elle préfigure l’authentique vision de l’artiste : « Une des faiblesses des peintres non figuratifs est leur tentative de substituer les trouvailles de l’intelligence à la fraîcheur originelle de cette conception imaginative », disait-il en 1953 fort de sa maturité. Il parvenait, en effet à rendre désertes les rues, les boutiques et les maisons. Il les isole pour mieux leur donner leur stature, leur forme et leurs teintes.

Il choisit bien sûr ses heures ou ses angles. Tôt le dimanche matin daté de 1930, montre un immeuble bas à un étage dont les seuls personnages sont la bouche d’eau et l’enseigne tricolore d’un coiffeur. Skyline near Washington square (1925) semble jaillir du néant, en fait d’un toit voisin. Les personnages eux-mêmes semblent être immobiles. Qu’il soit l’homme assis sur les marches d’une boutique, dans Sunday (1926) ou la femme assise sur un lit tenant une feuille de papier – une lettre – dans ses mains, dans Hotel room (1931) ou encore l’ouvreuse de cinéma adossée contre un mur, dans un couloir durant une séance, dans Movie (1939), il est en attente. Les exemples peuvent se multiplier. Il se dégage de cette atmosphère insistante, un charme captif. Nous ne pouvons passer devant ces rues, ces maisons et ces personnages, sans chercher à imaginer un instant ce qui pourrait s’y dérouler, leur histoire, leur vie. L’ambition de l’artiste était de trouver une équivalence plastique au stress, à l’angoisse, à la peur des grands ensembles, à la solitude foncière de la nature humaine.

 

Gas / Edward Hopper The MoMA
©2012. Digital image, The Museum of Modern Art, New York/Scala, Florence


L’immobilité de Hopper provoque l’imagination. Gas, cette toile qui met en scène trois pompes à essence, sur une route vide pourrait paraître désespérante. Les sobres coloris utilisés par l’artiste se combinent avec l’efficacité du trait. Hopper ne fait pas de littérature. Excursion into Philosophy (1959) présente un couple dans une chambre dépouillée dont la fenêtre est ouverte sur la campagne. On aperçoit la femme allongée sur le côté, la robe relevée sur ses fesses et jambes dénudées. Lui est assis, habillé, les mains posées sur les genoux. À ses côtés un livre ouvert. Nous savons par l’explication qu’en a donné, Hopper, qu’il s’agit d’un ouvrage de Platon « lu trop tard ». Et soudain, il donne de la lumière à ses personnages. Parce qu’il s’agit de sa propre femme Jo in Wyoming, sa muse de toujours lisant une carte dans sa voiture (juillet 1946) ou parce que l’image est volontairement positive. Le meilleur exemple en est Evening wind, le vent du soir, une pointe sèche datée de 1921. Une jeune femme nue s’apprête à se glisser dans les draps, face à la fenêtre ouverte, le rideau bousculé par le vent. Cette scène prêterait à de nombreuses interprétations. Elle nous montre, si besoin en était, l’excellence du dessinateur.

 

Edward Hopper: Room in New York , 1932. Crédits photo : © Sheldon Museum of Art


Les dessins sont la partie la moins étudiée de son œuvre. Il a réalisé des gravures- seulement vingt-cinq au total - des aquarelles et des peintures à l’huile pour les vendre, mais il n’a que rarement exposé ses dessins, même ses illustrations qui furent pour lui, jusqu’en 1925, une activité lucrative. Une des salles du Grand Palais les propose en un gigantesque kaléidoscope. Sinon, Hopper tenait un « Registre » dans lequel il dessinait les sujets qu’il envisageait de porter sur la toile, agrémentés de commentaires écrits et de descriptions. Ce véritable catalogue raisonné de ses œuvres ne figure pas dans les vitrines du Grand Palais, nous les avions vues il y a deux ans, à la Fondation de l’Hermitage, à Lausanne. Pour le Soleil au balcon, par exemple (1960, 101.92 x 127.48 cm) où l’on voit une femme assise dans un fauteuil lisant et une jeune femme en maillot de bain assise sur le rebord d’un balcon, le dessin préparatoire comme tous les autres, est plus détaillé que le résultat peint. Nous retrouvons ce même souci de précision avec Soleil du matin (1952, 71.44 x 101.93 cm) grâce à cinq croquis et esquisses. L’étude de la femme elle-même assise les bras enserrant ses genoux, le lit étant à peine souligné et la fenêtre encore absente, est couverte d’indications tant pour préciser les couleurs que la lumière.
La popularité d’Edward Hopper n’a jamais fléchi au long du siècle dernier, sa gloire, pourtant fut longue à venir. Il vendit sa première toile à un musée, alors qu’il était âgé de quarante-cinq ans. Considéré comme un maître de la lumière et du réalisme, il emporte les adhésions grâce à sa manière avec laquelle il a peint la modernité américaine, inspirant par la même et encore notre imagination.


(1) Hopper, Ombre et lumière du mythe américain, Découvertes Gallimard, 128 p.110 ill.

 

 

 

L’Œuvre tardive Edgar Degas

Fondation Beyeler jusqu'au 27 janvier 2013

 

LEXNEWS | 17.10.12

par Bertrand Galimard Flavigny

 

 



Dans la ville, sur le trottoir encombré d’un boulevard, un homme âgé se fraie difficilement son chemin. Il est coiffé d’un chapeau melon et vêtu d’une redingote sombre. Sa chevelure blanche dépasse son couvre-chef et de larges pattes également blanches, encadrent son visage. La séquence ne dure que quelques secondes ; mais c’est la seule image mouvante du peintre Edgar Degas (1834-1917) que nous connaissons. Elle a été prise à la sauvette par un jeune homme qui s’était mis dans la tête de filmer les élites françaises. Nous étions en 1917, quelques mois avant la mort du peintre, Sacha Guitry venait de se muer en paparazzi, sans doute le premier d’entre tous. Degas avait obstinément refusé de recevoir le reporter en herbe. Il en fallait plus pour celui qui allait écrire « Le roman d’un tricheur ».
Vers la fin de sa vie, ne voyant presque plus, contraint d’abandonner son atelier de la rue Victor Massé, Degas avait délaissé toute activité artistique. Il passait son temps à se promener dans Paris, seul ou avec sa nièce Jeanne Fèvre. Dans notre imaginaire, Edgar Degas conserve l’image d’un peintre sensible et raffiné de la vie parisienne, telle qu’elle se déroulait sous le Second Empire et au début de la Troisième République, produisant des tableaux figurant des danseuses et des nus, des scènes de cafés, de courses de chevaux, exécutés selon les nouveaux canons de l’impressionnisme. Il aurait sans doute pu continuer dans cette veine, s’il ne possédait pas en lui cette indépendante créatrice qui l’a placé à part de ses confrères. « Si Degas était mort à cinquante ans, il aurait laissé la réputation d’un peintre excellent, sans plus ; c’est à partir de cinquante ans que son œuvre s’élargit et qu’il devient Degas », disait Pierre-Auguste Renoir.

 

Femme au tub (Detail), um 1883, Pastell, 70 x 70 cm, Tate, Vermächtnis von Mrs. A. F. Kessler, 1983, Foto: © 2012 Tate, London

 

L’exposition consacrée à l’œuvre tardive de Degas par la fondation Beyeler, révèle justement, cette prodigieuse quantité de variations sur certains motifs, avec une énergie obsessionnelle. Comme le constate Martin Schwander, son commissaire, « [il] produit ce faisant de vastes ensembles d’oeuvres fondées sur un concept artistique nouveau, qui ouvre la voie du futur ».
On n’avait pas eu le loisir de voir « l’œuvre tardive » de Degas depuis 1994/95, alors que les expositions consacrées à sa période impressionniste abondent. Cent cinquante œuvres, prêtées par une centaine de collectionneurs et institutions différents, dont quelques-unes n’avaient pas été vues depuis trente ans, se trouvent aujourd’hui réunies.

Cela peut ressembler à un inventaire : 60 pastels – et l’on sait combien il est difficile d’obtenir des prêts de pastels réputés fragiles – 12 monotypes, 20 peintures et aussi 12 photos et 28 signatures. En fait toutes les techniques avec lesquelles Degas travailla. Celles-là sont présentées sous la seule lumière naturelle, sans ordre chronologique, mais selon l’évolution des thèmes qu’il ne cessa d’étudier.
Les danseuses sont toujours là, comme les nus à la toilette, les chevaux et les portraits. Ceux-là sont peu nombreux, car Degas refusait d’en exécuter sauf pour ses proches. Ce n’est donc pas sans une certaine émotion que l’on contemple le double portrait d’Henri Rouart et de son frère cadet Alexis (1895-1898). Son autoportrait réalisé en 1900 nous montre le visage d’un vieillard au visage triste et attentif. Degas n’appréciait pas « la peinture de plein air », il vilipenda à ce propos Monet. Il réalisa néanmoins quelques monotypes de paysages rêvés ou non. Si d’aucuns les considèrent un rien symbolistes, d’autres peuvent estimer qu’il aurait dû s’abstenir.

Après la dernière exposition impressionniste de 1886, Degas, se sentant libre de ses choix, ne suivit pas le même chemin que ses compagnons. Il décida de « raréfier » ses œuvres sur le marché et se consacra davantage à de nouvelles recherches stylistiques, notamment avec le pastel et la sculpture. Ce changement était sans doute provoqué par une atténuation de sa vue et il comptait se ménager. Il se concentra désormais notamment sur les danseuses et les nus nous devrions dire les « salles de bain », car il n’a pas réalisé de nu au sens académique du terme, à l’exception sans doute d’une « étude de nu » (1885-86) au rideau jaune qui sort de l’ordinaire et présente, lui, une attitude davantage sensuelle que les nombreuses représentations de femmes à la toilette, contorsionnées, tordues, penchées, couchées, l’éponge ou la serviette à la main. Cette galerie obsessionnelle relève davantage de la virtuosité que de la sensation charnelle. Degas les a même modelées ses modèles, une transgression des normes esthétiques et morales, comme il la fait des danseuses. Celles-là font davantage songer, grâce à leurs tutus colorés de bleu, de jaune, de vert, à des champs de fleurs en mouvement. Degas ne hantait plus les scènes de l’opéra, mais se souvenait de ces jeunes filles au repos debout, assises, à demi-allongé ou à l’exercice dans les coulisses.

 

Danseuses aux jupes jaunes (Detail), 1903, Pastell, 82 x 92 cm, Privatsammlung, Courtesy M.S.F.A., Foto: Courtesy M.S.F.A.

 

Il n’était pas hanté par les corps, mais par les mouvements qu’ils produisaient. « L’étude de nu pour une danseuse à la barre » (1895-98) est sans doute la plus saisissante. Tout est là dans le mouvement, le corps aux reflets verdâtres est étiré jusqu’à la limite du claquement, tandis que le visage disparaît dans une bouillie de traits entremêlés offrant un profil monstrueux. Bacon n’est pas loin. Lui qui admirait les pastels de ce maître lointain et en appréciait « les hachures et les lignes qui traversaient les corps ». Souvenons-nous du scandale provoqué par "la petite danseuse de quatorze ans", non tant à cause du réalisme qu’elle offrait que par son visage disgracieux. Au moment de la disparition de Degas, son amie le peintre américain, Mary Cassatt pensait qu’avec lui disparaissait le « dernier grand artiste du XIXe siècle ». Était-il en réalité un précurseur de l’art moderne ? Il fut sans doute mal compris par les historiens de l’art. Mais, comme le souligne Martin Schwander, lorsque Degas a peint ses derniers pastels en 1910/1912, deux jeunes peintres Picasso et Braque, entamaient « la révolution copernicienne » du cubisme.


Fondation Beyeler, Baselstrasse 101, CH-4125 Riehen/Bâle – jusqu’au 27 janvier 2013. www.fondationbeyeler.ch

 

 

 

 

Aux sources de la peinture aborigène Australie- tjukurrtjanu.

musée du quai Branly jusqu'au 20 janvier 2013

 

LEXNEWS | 17.10.12

par Evelys Toneg

 



C’est un univers pictural qui raconte souvent les mêmes histoires, les mêmes mythes, les mêmes rêves, ceux racontés par les femmes et les enfants, mais dont chaque artiste présent fait une œuvre originale. C’est un monde que de points et de lignes, un domaine graphique où il n’y a pas de place pour le vide. C’est la couleur de la terre, du désert, des roches, et aussi de l’eau, des ocres, des rouges, des noirs et blancs, parfois des violines ou encore des orangers posés sur de fins panneaux de bois recyclé, d’agglomérés, de boucliers, de couteaux, de mirru (propulseurs) et jusque sur de gigantesques toiles contemporaines. Une myriade de points d’une étonnante vitalité qui trouve son essence et son sens dans l’histoire des peuples aborigènes d’Australie et dans leurs cultures ancestrales. L’exposition « Aux sources de la peinture Aborigène – Australie-Tjukurrtjanu » présente le moment décisif, dans l’histoire de l’art aborigène, de l’émergence d’un art fécond et culturellement pertinent qui s’épanouit à Papunya (Australie centrale) et rayonna dans le monde de l’art comme nous l’expliquent Judith Ryan et Philip Batty, les deux commissaires de cet événement unique. Sans passé, il n’y a pas de futur, et pour mieux appréhender l’art contemporain aborigène (mouvement qui c’est mis en marche dans les années 1970/1971 avec l’arrivée de Geoffroy Bardon, professeur de dessin à Papunya) nous suivrons le parcours de l’exposition aux sources même de cet art.

 

(9) Bouclier, années 1960. Pigments naturels sur bois (Erythrina vespertilio)

 

Langage visuel ancestral composé de signes topographiques utilisés par les peuples aborigènes de génération en génération, à l’aide de dessins tracés dans le sable, on retrouve ces signes et ces marques laissés par les êtres ancestraux sur les boucliers, objets ornés, peintures corporelles rituelles tout comme sur le sol foulé par les pas des danses sacrées et par la voie les chants qui forment l’ensemble des traditions culturelles du désert de l’Ouest.

Ces traditions sont issues du temps du rêve, Tjukurrtjanu, en langue Pintupi et Luritja. La croyance dans le « dreaming » en anglais ou « le temps du rêve » en français (conception Aborigène de l’ordre physique et spirituel qui régit l’univers et qui unit de manière dynamique, passé, présent et futur), est une force de vie active qui donne corps à l’identité spirituelle et sociale des groupes aborigènes toujours en vigueur aujourd’hui.  La sélection d’objets du désert australien, qui sont à la source du mouvement Papunya, présente de véritables raretés artisanales datées de 1880 au début du XXème siècle. Boucliers, parures de cheveux, aborigène, permettent de saisir le lien entre le répertoire graphique et iconographique classique et les peintures contemporaines, d’une étonnante inventivité, produites dans les années 1970-1972 et celles des années 1980 par les artistes de Papunya. Les premières peintures de Papunya se présentent comme une succession d’expérimentations esthétiques. 1971 marque l’histoire de cet art. C’est Geoffroy Bardon qui encouragea les artistes à utiliser leur langage de signes pictographiques dans leurs œuvres dans de grandes fresques, sur les murs de son école, ayant comme prétexte le rêve de « la fourmi à miel », récit traditionnel lié au site de Papunya. A cette époque fut créée la coopérative des peintres de l’école de Papunya Tula. L’histoire de ce mouvement artistique est en marche. Des dizaines d’œuvres des tout premiers artistes anmatyerr qui ont travaillé sur d’autres thèmes que ceux des rêves ancestraux forment le premier espace de cette exposition. On y trouve Tim Leura Tjapaltjarri,et Clifford Possum Tjapaltjarri, Kaapa Mbitjana Tjampitjinpa et Long Jack Phillipus Tjakamarra. Walter Tjampitjinpa et Jhonny Warangkula Tjupurrula, deux peintres souvent inspirés par le thème du « rêve de l’eau ». Sont aussi présents quatre des plus grands artistes pintupi , à l’origine langue parlée dans le désert de l’Ouest et devenue par extension les habitants de cette région, Uta Uta Tjangala, Charlie Wartuna Tjungurrayi, Shorty Lungkata Tjungurrayi et Yala Yala Gibbs Tjungurrayi, qui avec une soixantaine de leurs œuvres, donnent un aperçu des évolutions de la peinture aborigène : supports, formats et sujets peints. Ils nous ouvrent, peu à peu, les portes des secrets, écrits de points et de lignes, de leur culture essentiellement visuelle. Espace sacré, peintures interdites réservées aux masculins initiés, espace tactile, chacun des visiteurs établira un lien intime entre sa propre culture et celle des aborigènes.

 

(11) Sans titre, Shorty Lungkata Tjungurrayi (Pintupi), 1972. Acrylique sur panneau, 67,7 x 46 cm


C’est jusqu’au 20 janvier 2013 que sont exposées ces œuvres magistrales où « le rêve de l’homme » qui symbolise cette exposition donne le ton des mystères de ces terres désertiques qui, à travers ce voyage hypnotique, calme et déroutant nous emporte bien au-delà de nos frontières physiques et spirituelles.

Catalogue de l’exposition «Aux sources de la peinture Aborigène – Australie, Tjukurrtjanu».
Coédition du musée du quai Branly et de Somogy éditions d’art – sous la direction de Judiht Ryan et Philip Batty. 320 pages – 228 illustrations. Format 22 X 28,5 cm.
Autour de cet événement, vous pourrez assister à des conférences, voir des concerts ou participer à des ateliers de création dont les thèmes et les dates sont disponibles sur le site du musée.
Vous trouverez toutes les informations pratiques sur le site : www.quaibranly.fr ou sur contact@quaibranly.fr

 

 

 

 

Canaletto

à Paris !

 

Canaletto à Venise
Musée Maillol jusqu’au 10 février 2013

LEXNEWS | 26.09.12

par Bertrand Galimard Flavigny

 

Antonio Canal dit Canaletto
Il Canal Grande da Palazzo Balbi 6 Le Grand Canal, vu du palais Balbi
1726-1728 environ Huile sur toile 45 x 73 cm
Florence, Galleria degli Uffizi
© Su concessione del Ministero per i Beni e le
Attività Culturali


Le nom de Canaletto est tellement attaché à celui de Venise, qu’on imagine qu’il pourrait être guide et nous conduire le long du Canal grande ou sur la Piazza voire dans le Palais des Doges. En deux siècles la Sérénissime a changé, mais l’illusion reste la même. Patrizia Nitti et Annalisa Scarpa ont fait le pari de suivre néanmoins Canaletto dans Venise, afin, non pas de tracer des itinéraires, mais de le suivre dans les lieux qui l’ont inspiré et montrer la manière dont il travaillait. On dit souvent que face à l’eau [il] utilisait les reflets afin de reproduire la ville. Jusqu’au seuil du XVIIIe siècle, les peintres ne représentaient que les édifices prestigieux de Venise, c’est-à-dire le palais – il n’y en a, en réalité, qu’un seul, celui des Doges, les autres grandes maisons étaient et son encore les casa ou la ca suivi du nom du propriétaire, par exemple la ca’ Dario – et l’église Saint-Marc. Les vedute montrent au contraire la ville sous tous les aspects de la cité et racontent à leur manière la vie quotidienne des Vénitiens.
Le premier à s’intéresser à la réalisation de vues de la ville fut Luca Carlevarijs (1663-1730) considéré, en 1700 comme un « peintre d’architecture et de perspective ». Sa série de 103 gravures de vues vénitiennes, Le Fabriche, e Vedute di Venetia », composée en 1703, eut une grande influence sur les peintres vénitiens. Parmi ceux-ci, on cite le plus souvent, Gaspar van Wittell (1653-1736), Michele Marieschi (1710-1743), Bernardo Belloto (1722-1780), et plus particulièrement Francisco Guardi (1712-1793) dont le musée Correr à Venise commémore le tricentenaire de la naissance, et naturellement Giovanni Antonio Canal (1697-1768) autrement appelé Canaletto. Celui-ci surpassa tous les autres une vingtaine d’années plus tard, et réussit à se maintenir face à des rivaux plus jeunes que lui, grâce à une faculté d’adaptation, tout en conservant son propre style. Canaletto dont nous savons qu’il se rendit à Rome, vers 1719, eut comme professeur son père Bernardo, réalisateur de décors de théâtre. Il semblerait qu’aux ruines romaines, il préféra très vite, les places et les palais et le canal de sa ville. L’une de ses premières vues est La Place saint-Marc vers le Sud (vers 1723) alors en travaux, dépourvue de son dallage. Cette toile figure dans l’exposition du musée Jacquemart-André. Maillol présente, en revanche, une vue de la basilique San Marco et le campo San Basso réalisée en 1722 et constitue un unicum dans l’ensemble des vedute peints par l’artiste.
Ces cartes postales avant la lettre séduisirent les amateurs britanniques comme d’autres qui cherchaient des aide-mémoire des lieux qu’ils avaient visités lors de leur « Grand Tour ». L’exposition du musée Maillol réunit ainsi plus de cinquante peintures. Canaletto fut l’un des grands pourvoyeurs des Anglais, grâce au marchand britannique. John Smith. Ce dernier servit, en effet d’intermédiaire entre des collectionneurs comme, par exemple le 4° duc de Bedford qui commanda à Canaletto vingt-quatre toiles, et Charles Spencer 3° duc de Malborough, lui, pour vingt vues de petit format. Le maréchal Johann Matthias von der Schulenburg qui vivait à Venise fut aussi l’un des mécènes de Canaletto. Si le marché était florissant, la concurrence était rude.

 

Antonio Canal dit Canaletto
La chiesa di San Giovanni dei Battuti a Murano, con Venezia nel fondo
L'église de San Giovanni dei Battuti à Murano, et Venise dans le lointain
1724-1725 environ Huile sur toile 66 X 127,5 cm
Saint-Pétersbourg, Musée d’Etat de l’Ermitage
© The State Ermitage Museum/Vladimir Terebenin,
Ltonard Kheifets, Yuri Molodkovets


Canaletto réussit grâce à une technique sans cesse renouvelée à surpasser ses concurrents. Il utilisait une chambre obscure et étendait son angle de vue en déplaçant légèrement son miroir et élargissait ainsi son dessin. Nous pourrions dire que Canaletto a inventé le grand angle ! Il trichait encore en représentant en plus petite taille les personnages afin de donner une plus grande ampleur aux monuments. S’il se montrait aigu et direct dans ses compositions, il « les ensoleillait ». Il reproduisait la réalité avec une minutie exagérée tempérée par ses jeux de lumière. Son carnet de croquis présent sous vitrine, mais que l’on peut feuilleter grâce à une version numérisée, est sans doute la pièce maîtresse de cette exposition. Ceci sous le regard de l’artiste dont un autoportrait (que l’on pense être) semble embrasser toutes les œuvres réunies pour une visite de sa ville. Ce document nous permet de l’accompagner, et de comprendre que face au Canal, l’artiste semble s’être placé sur une embarcation pour le peindre afin d’utiliser, comme nous le soulignions plus haut, les reflets de l’eau pour reproduire la ville.

 

catalogue de l'exposition "Canaletto à Venise" Maillol-fondation DinaVerny/Ed. Gallimard, 224 p., 120 ill.


Musée Maillol, 59-61 rue de Grenelle, 75007 Paris, jusqu’au 10 février 2013. Ouv.t.l.j. de 10 h 30 à 19 h 00 – nocturne le vendredi jusqu’à 21 h 30. –

Canaletto – Guardi, Les deux maîtres de Venise
Musée Jacquemart-André 14 septembre 2012 – 14 janvier 2013.

LEXNEWS | 26.09.12

par Philippe-Emmanuel Krautter

 

Canaletto (Antonio Canal dit)

La Place Saint-Marc, vers l'Est 1723

Huile sur toile  141,5 x 204,5 cm

Madrid, Museo Thyssen-Bornemisza

© Museo Thyssen-Bornemisza


Les plus fameux vedutistes sont invités au musée Jacquemart-André en cet automne ! Envie de lagune ? de gondoles et autres canaux ? Les tableaux réunis en une exposition sous la responsabilité de son commissaire Bozena Anna Kowalczyk associent les deux grands maîtres en la matière : Antonio Canal dit Canaletto (1697-1768) et son cadet Francesci Guardi (1712-1743). Le parcours débute de manière très didactique par les précurseurs incontournables de cet art bien particulier en la personne de Gaspar van Wittel (1652/3-1736) et Luca Carlevarijs. Leurs œuvres accrochées dans la première salle permettent d’élargir la vision que l’on avait d’un genre pictural trop souvent associé à la seule personne de Canaletto, genre qui rencontra très rapidement un vif succès à son époque. La veduta, sorte d’instantané urbain d’un site renommé, suscita en effet très tôt l’intérêt des nombreux voyageurs que Venise attirait en ce XVIII° siècle. Cette photographie avant l’heure fut favorisée par une invention technique en la camera obscura ou chambre noire. Le peintre entrait dans une pièce obscure (pour les versions les plus grandes) dont un des murs était percé d’une petite ouverture de laquelle était projeté de manière inversée le paysage extérieur sur le mur opposé. L’artiste pouvait ainsi placer sa feuille de dessin sur ce mur et reproduire le paysage à main levée. Si les grands maîtres se détacheront progressivement de son usage pour des interprétations plus personnelles et plus libres, il demeure que ce procédé technique, évoqué en détail dans l’Encyclopédie de Diderot, préfigure la rencontre de la technique et de l’art appelée à tant d’avenir aux siècles suivants.

 

Francesco Guardi

Le Canal de Cannaregio, avec le Palazzo Surian-Bellotto, siège de l'ambassade de France

vers 1778-1780

Huile sur toile 48,9 x 77,5 cm

New York, The Frick Collection

Gift of Miss Helen Clay Frick, 1984

© The Frick Collection


Peut-on en conclure pour autant que ce genre de peinture est figé ? La réussite de cette exposition est notamment de démontrer le contraire. Si un ou deux tableaux observés isolément dans un musée ou une collection pourrait laisser croire à une certaine monotonie de l’exercice, la mise en rapport de toutes ces toiles, démontre combien la représentation formelle dépasse l’académisme pour être un tremplin à la créativité du peintre. C’est une fois acquise la rigueur de la pratique de la veduta que tout le génie de l’artiste se décline en de multiples variations. La comparaison qui s’impose entre Canaletto et Guardi, grâce à une habile scénographie, souligne la parenté qui unit Guardi à son aîné Canaletto tout en dégageant les différences notables qui ressortent parfaitement de la mise en rapport de ces différents tableaux. Canaletto est bien connu pour avoir donné à cet art une incroyable lumière que seule Venise peut susciter et la vitalité initiée par les éléments atmosphériques qui animent ses toiles : il suffit pour s’en convaincre de passer d’une toile à l’autre du grand peintre en comparant son traitement du ciel en une infinie variété et dans un dialogue incessant entre la nature et le paysage urbain selon les saisons.
Francesco Guardi, dont nous fêtons le 300e anniversaire de la naissance, a su intégrer de nombreux éléments de l’art de son aîné, tout en s’en démarquant plus nettement que Michele Marieschi ou encore Bernardo Bellotto, disciples plus fidèles de Canaletto. Une remarquable expressivité ressort des toiles accrochées de Guardi et chacune de ces œuvres contient un élément de vie qui s’anime dans le moindre et infime détail architectural tel ces personnages affairés ou un geste d’une main perdu à travers mille autres évocations. Cette charge émotionnelle qui se dégage des œuvres de Guardi, qu’il s’agisse des vies qui les peuplent ou des ciels incroyablement suggestifs pour toute âme sensible, obligera plus d’un visiteur à revenir devant ces tableaux avant de les quitter à regret !

 

Catalogue de l'exposition "Canaletto Guardi, les deux maîtres de Venise" Collectif sous la direction scientifique de Mme Bozena Anna Kowalczyk - Ed. Fonds Mercator, 2012.
 

Musée ouvert tous les jours de 10h à 18h. Nocturnes tous les lundis et samedis jusqu'à 21h.
158 boulevard Haussmann
75008 Paris
Tél. : 01 45 62 11 59

 

 

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CHEVEUX CHERIS - Frivolités et trophées

jusqu’au 14 juillet 2013 au musée du quai Branly

LEXNEWS | 26.09.12

par Eivlys Toneg


 


Yves Le Fur, Docteur en histoire de l’art, conservateur du patrimoine au MNAAO, conservateur général et actuellement Directeur du département du patrimoine et des collections du musée du quai Branly, est l’initiateur et le commissaire de l’étonnante exposition : « Cheveux chéris, frivolités et trophées » proposée jusqu’au 14 juillet 2013 au musée du quai Branly. Ce sont deux cent quatre-vingts œuvres, sculptures, photographies, peintures, gravures, objets sacrés ou insolites, coiffes, bijoux, accessoires, masques, armes, parures et autres reliques et trophées qui jalonnent le parcours de l’histoire de ce qui est depuis des millénaires l’objet de toutes les attentions, tant féminines que masculines, et qui continue d’être l’attribut de séduction par excellence : les cheveux. Qu’ils soient frisés, crépus, lisses, courts, longs, blonds, bruns, roux, blancs, hirsutes, lâchés, coiffés, lissés, fins, épais, postichés ou rasés, ils sont le support d’expression ou de communication des individus, des sociétés et des civilisations européennes comme non-européennes. C’est au croisement de l’anthropologie, de l’histoire ancienne et contemporaine que se situe ce propos quelque peu «décoiffant», qui à travers la multiplicité des mises en scène des cheveux, montre cet attribut universel comme autant de prescriptions d’ordre social, politique ou religieux qui font de la chevelure de chacun un vecteur de représentation, de différenciation et de classification au sein des sociétés. Yves Le Fur explique que les cheveux longs peuvent signifier l’état sauvage autant que celui de l’artiste, du clochard ou des rois Francs, d’un ermite ou d’un rebelle. La tonsure, elle, peut exprimer le renoncement, le crâne rasé être celui d’un bonze, d’un moine, d’un skinhead ou d’une personne malade. Mais réputés imputrescibles de la naissance jusqu’après la mort, les cheveux, passeurs de l’intime vers l’Au-delà, nous conduisent aux frontières des mondes où vivent les ancêtres (momies du Pérou des XIème et XVème siècles ou de l’Egypte, époque romaine).
 

Buste de femme noire, Charles Cordier, Muséum national d’Histoire naturelle

© MNHN, Daniel Ponsard

Sans être un langage, les cheveux deviennent des signifiants multiformes porteurs de messages visuels précis comme à certains moments clé d’une vie (mariage, deuil), rites de passage ou les cheveux sont généralement mis à contribution (rasage, tressage). Gaelle Seltzer, qui a conçu la scénographie de l’exposition, a pris le parti de bien marquer chaque propos du parcours pour une lisibilité claire et fluide de ce qui est proposé ici. L’exposition s’ouvre sur une galerie de bustes de marbres blancs, illustration des codes figés des coiffures des aristocrates européens et de bronzes patinés de bustes représentant les civilisations non-occidentales. Dans un couloir, c’est une option très visuelle qui suit avec de grandes photographies et peintures de toutes les frivolités possibles, ethniques, modes successives, groupes sociaux et leurs revendications d’ordre symbolique, culturel ou politique, à travers leurs coiffures. Le parcours se poursuit vers l’inéluctable : la perte, acceptée ou contrainte, d’une partie de soi, nos propres cheveux.
 

Dans un espace plus anthropologique, témoin des pratiques rituelles où les cheveux deviennent des éléments symboliques chargés de pouvoirs magiques y jouant un rôle primordial, le visiteur découvrira de véritables trésors et autres pièces étranges, effrayantes ou sublimes de créativité et d’exécution artisanale. Les impressionnants masques de deuilleurs kanaks surmontés d’une énorme boule de cheveux, les têtes réduites, les manteaux de paysans, les bijoux et armes où se mêlent cheveux et autres matières, fibres végétales, perles, plumes, tissus…, confirment, dans nombre de civilisations, les croyances et les pouvoirs qui sont projetés dans les cheveux lors de rituels spécifiques et pour un objectif précis.
Et aujourd’hui, quand est-il du lien avec nos cheveux et de la signification de nos coiffures ? Quel regard leur portons-nous dans nos sociétés où coexistent et se mélangent différentes cultures ? Quelle est la part de l’apparence, du visuel, celle du culturel et de la tradition ?
Si en sortant de l’exposition «Cheveux chéris, frivolités et trophées » vous vous questionnez sur ce que peut signifier l’apparence des personnes que vous croiserez sur votre chemin, c’est que vous ne regarderez plus de la même manière toute cette mosaïque de coiffures, d’hommes et de femmes et que le musée du quai Branly, dans sa mission de passeur de culture, aura de nouveau ouvert les esprits de ses visiteurs.

 

Coiffe de chef Fang, Pahouin, avant 1899, Gabon, Afrique (détail)

 © musée du quai Branly, photo Claude Germain



Vous trouverez tous les événements qui entourent l’exposition sur le site du musée : www.quaibranly.fr
Catalogue de l’exposition en coédition musée du quai Branly et les éditions Actes Sud
Sous le direction d’Yves Le Fur.
320 pages, format 22X28 cm
Illustrations couleur et noir et blanc
ISBN : 978-2-330-00992-2
Hors-série Beaux Arts magasine
44 pages illustrées

 

 

 

 

Les Dames de Trianon jusqu’au 14 octobre 2012

château de Versailles, Grand Trianon


Les Dames de Trianon sont de retour à Versailles ! Si les lieux sont indissociables des figures masculines royales de Louis XIII, Louis XIV, Louis XV ou encore Louis XVI, les femmes sont cependant tout aussi incontournables de cette partie du domaine royal et la présente exposition en fait une brillante démonstration…
Le Trianon a toujours été le havre de paix des monarques, plus à l’abri des obligations et du protocole de la Cour en ces coins reculés. De ce fait, ces lieux ont été particulièrement influencés par les reines et les maitresses royales qui se disputent ce petit bout de royaume, à l’abri des regards. Aujourd’hui encore, les lieux sont assez confidentiels, le château accaparant tous les regards. Or, il suffit de se perdre quelques instants dans les labyrinthes des jardins du parc, pour tomber, presque à coup sûr, sur un rêve de marbre et une féérie intacte, même au XXI° siècle ! C’est à ces instants d’insouciance qu’invite cette belle exposition réalisée sous la direction de son dynamique commissaire, Jérémie Benoît, conservateur en chef au château de Versailles.

Vous entrez tout d’abord discrètement dans l’antichambre, une pièce de service, puis, plus noblement dans le boudoir de l’impératrice. Débute alors des rencontres charmantes avec des portraits, plus vrais que nature, posés sur des chevalets, mais ces derniers savent se faire oublier, tant leur noble hôte attire tous les regards… Vous avez la curieuse impression d’être face à ces noms historiques, familiers pour certains, inconnus de vous pour d’autres. Leur regard perce toujours et si vous ne parvenez pas à en déchiffrer toutes les nuances, vous savez qu’un dialogue est entamé, à vous de l’honorer. Il faudra s’attarder dans le Salon des Glaces, car Marie-Antoinette et sa suite vous y attendent.

La vue y est splendide et les reflets des soieries bleues sur les nombreuses glaces suscitent quelques vertiges pour qui n’est pas habitué à la beauté des lieux ! A partir de là, les rencontres seront nombreuses, toujours suggérées, jamais assénées. Le parcours invite à la redécouverte des lieux de manière vivante sous les regards tantôt enjoués, parfois boudeurs ou encore espiègles… La palme revient à la duchesse de Berry, Marie-Caroline pour les intimes, dont le regard mutin est irrésistible, surtout lorsque Jérémie Benoît vous rappelle qu’à l’endroit où vous vous trouvez, la jeune femme n’hésita pas à brandir un pistolet, chargé de surcroît, pour venir à bout de l’insurrection de juillet 1830 qui grondait !

 

Marie-Caroline de Bourbon-Siciles, duchesse de Berry (1798-1870)
Sir Thomas Lawrence (1769-1830) 1825
Huile sur toile. H. 0.91 m ; L. 0.71 m

A Lire
« Les Dames de Trianon » de Jérémie Benoît, éditions Berg International, 2012.
Les éditions Berg International ont publié à l’occasion de l’exposition Les Dames de Trianon un catalogue indispensable pour approfondir les liens très étroits existants entre l’histoire des lieux et ces dames qui les ont animés. Réalisé par le commissaire de l’exposition, Jérémie Benoît, cet ouvrage dresse pour chaque tableau reproduit avec soin, un portait complet et vivant des personnages historiques qui demeurent indissociables de l’histoire de Versailles et de France.
 

 

 

Misia, reine de Paris
Musée d'Orsay
jusqu'au 9 septembre 2012.

Misia Godebska (1872-1950) est une figure de légende de la vie artistique française de la Belle Epoque aux Années folles. Elle commence à se faire connaître par son talent de pianiste. Son mariage en 1893 avec Thadée Natanson, le directeur de La Revue blanche, la propulse au centre d'un groupe de créateurs défendant un art symboliste et décoratif.
Au sommet de son influence, elle devient l'une des femmes les plus portraiturées de son temps, posant pour Bonnard, Vuillard, Vallotton, Toulouse-Lautrec, Renoir. Amie de Diaghilev, Nijinsky, Stravinski, Cocteau, Chanel, elle finance les Ballets russes pendant plus d'une décennie.
Cette exposition pluridisciplinaire se propose de réunir des portraits de Misia et de son entourage ainsi que des oeuvres, des documents et des témoignages d'artistes contemporains illustrant le foisonnement de la création au temps où Misia était la Reine de Paris.

Commissariat
Isabelle Cahn, conservateur au musée d'Orsay
Marie Robert, conservateur au musée d'Orsay
Cette exposition est organisée par le musée d'Orsay avec le concours de l'Opéra national de Paris et coproduite avec le musée Bonnard, Le Cannet.

Félix Vallotton (1865-1925)Misia à sa coiffeuse1898Détrempe sur cartonH. 36 ; L. 29 cmParis, musée d'Orsayacquis avec la participation de la Fondation Meyer, 2004 © RMN (Musée d'Orsay) / Hervé Lewandowski

 

 

 

 

La Tendenza - Architectures italiennes 1965-1985
Centre Pompidou
20 juin - 10 septembre 2012

Aldo Rossi, Perspective Composizione, Teatro del Mondo, Venezia, 1980, Centre Pompidou, Musée national d'art moderne. Don de l'artiste en 1992
© Eredi Aldo Rossi. Courtesy Fondazione Aldo Rossi

 

 

 

 

Le Centre Pompidou présente la première exposition rétrospective en France consacrée à la Tendenza, mouvement international fondateur de l'architecture de l'après-guerre, venu d'Italie, et dont Aldo Rossi fut le chef de file. Elle rassemble une sélection de plus de 250 dessins, des maquettes historiques, des photographies, des peintures, des films, ainsi qu'une très riche documentation retraçant les moments forts du mouvement.

« Tendenza », le mot est équivoque. Il cherchait à définir un nouveau mouvement, un groupement d'architectes interpellant la mémoire et l'histoire de leur discipline conçue comme un domaine spécifique et autonome. « Tendenza » pour « tendance », une simple réorientation pour refuser la notion d'avant-garde et d'utopie, pour initier une architecture politique et critique en prise avec le réel. Ce retour sur un langage transhistorique propre à l'architecture, cette reconnaissance du « postmodernisme » érigé en un phénomène culturel mondial, s'affirme avec l'image du « Teatro del Mondo », ce pavillon de bois, théâtre flottant sur le Grand Canal, et à travers la fameuse exposition « la Strada Novissima » dans la corderie de l'Arsenal de Venise, lors de la Biennale d'architecture de 1980. Après la publication, en 1979, de La Condition postmoderne de Jean-François Lyotard, l'exposition semblait accompagner la crise du modernisme, l'épuisement des discours réductionnistes et puristes du rationalisme architectural hérité des avant-gardes, pour introduire un nouveau regard spéculatif sur l'histoire. Érigé en véritable style par le monde anglo-saxon, le postmodernisme, objet de tous les débats universitaires touchant aussi bien l'esthétique, le politique, que toutes les sociologies du monde contemporain, marque la scène artistique, brouillant les hiérarchies entre culture dominante et culture populaire, multipliant les références à l'histoire en une débauche de signes et de simulacres.



 

Aldo Rossi n'a jamais revendiqué la notion même de postmoderne. C'est au coeur d'une approche théorique marquée par la prééminence de l'historien et critique Manfredo Tafuri, une vision de l'architecture tournée vers le langage et le sens du discours architectural, qu'il faut saisir la dynamique d'un mouvement intellectuel qui au travers d'une myriade de publications, revues et collections d'ouvrages diffusés par de nombreuses petites maisons d'édition affirme tout à la fois une dimension critique et une volonté politique d'intervenir dans la ville. Sur une période de près de vingt ans, de 1965 à 1985, l'exposition est constituée d'une sélection de dessins et de maquettes au sein des très riches ensembles d'architectes italiens de la collection du Centre Pompidou. Elle retrace une évolution qui, du néo-liberty au néo-réalisme, a animé les débats entre différents groupes d'architectes pour finalement laisser émerger l'école de la Tendenza, un nouveau rationalisme ancré au coeur du réel. D'inspiration structuraliste et animée d'une volonté socio-critique militante, la Tendenza instaure une compréhension typologique de l'architecture, recherchant des constantes formelles au travers de l'histoire du bâti, mais aussi au travers des villes et des morphologies urbaines. La typo-morphologie ouvre ainsi un vaste domaine de recherche, fondant une nouvelle théorie de l'enseignement de l'architecture, mais aussi une nouvelle approche du projet architectural fondée sur un renouveau du dessin et de l'image.

 

Au travers des projets néo-réalistes de Mario Ridolfi, du manifeste polémique qu'a représenté la célèbre Tour Velasca érigée à Milan par le groupe B.B.P.R, des débats autour d'une nouvelle géométrie animés par Paolo Portoghesi et le Groupe G.R.AU à Rome, l'exposition retrace le parcours qui mène à celle, manifeste, du mouvement Architettura Razionale à la Triennale de Milan en 1973, où la notion de ville analogue, « Città Analoga », constituée d'éléments composites d'emblèmes monumentaux taux, se concrétise à travers les dessins d'Arduino Cantafora. Jalonnée par la présentation de réalisations emblématiques comme l'ensemble du Gallaratese (1967-1972) de Carlo Aymonino et Aldo Rossi, la manifestation est tout d'abord une formidable exposition de dessins illustrant la quête d'un nouveau langage architectural, peut-être l'ultime expression graphique de l'architecture avant la généralisation de l'outil informatique. La culture du projet architectural, celle d'un dialogue avec le contexte, avec la trame urbaine et architecturale sédimentée par l'histoire, stimulera de très importantes expériences formelles se multipliant par les recherches graphiques d'un Franco Purini, les dessins de Massimo Scolari, les peintures d'Arduino Cantafora ou de Dario Passi, rassemblés aujourd'hui dans l'exposition. De cette effervescence qui aura touché toutes les régions d'Italie, de Venise à Milan, de Rome à Naples, est né un tissu d'échanges qui, au travers de l'emblématique revue Controspazio, gagnera un écho mondial résonnant dans la production d'architectes aujourd'hui sur le devant de la scène. Source d'inspiration marquant l'architecture contemporaine, l'expression graphique et les stratégies urbaines de l'architecture italienne ont directement influencé l'École du Tessin avec Mario Botta ou Fabio Reinhart, la scène allemande avec des architectes comme Oswald Mathias Ungers avec qui travaillait le jeune Rem Koolhaas, l'école française autour d'Antoine Grumbach ou Christian de Portzamparc, les Espagnols du groupe 2C Construcción et enfin Peter Eisenman et son Institute of Urban Studies qui diffusera l'oeuvre d'Aldo Rossi auprès de nombreux architectes aux États-Unis. Première exposition consacrée exhaustivement à la Tendenza, cet événement ouvre de nouvelles perspectives sur les sources européennes d'une architecture contemporaine qui a connu dans les vingt dernières années une fortune critique sans précédent, les préceptes et les concepts de ce néo-rationalisme alimentant encore les débats les plus actuels sur la ville et le territoire, à l'instar du Grand Paris.

 

Par Frédéric Migayrou, conservateur, directeur adjoint du Musée National d'Art Moderne, responsable des collections architecture et design

 

 

 

Exposition La Sainte Anne, l'ultime chef-d'œuvre de Léonard de Vinci

du 29 Mars 2012 au 25 Juin 2012

Musée du Louvre

Léonard de Vinci (1452-1519), Sainte Anne, la Vierge et l’Enfant jouant avec un agneau dit La Sainte Anne. Vers 1503-1519. Huile sur bois (peuplier). H. 168,4 ; L. 112 cm (1,299 m avec agrandissements latéraux). Paris, musée du Louvre, département des Peintures, INV. 776. Après restauration
© RMN, musée du Louvre / René-Gabriel Ojéda.

 

 

Curieusement, l’un des tableaux les plus anciens entré au Louvre en 1797 n’a cessé d’interroger et de faire couler beaucoup d’encre... La Vierge à l’Enfant avec sainte Anne était-elle bien le fait du grand Léonard de Vinci, peintre ayant aimé la France au point d’y laisser son dernier souffle, à Amboise, en 1519 ? Pour quelles raisons de telles interrogations avaient pu naître à l’encontre d’une œuvre d’un peintre pourtant réputé et apprécié sans contestation du temps même de son vivant ?
La réponse venait justement du temps et de ses agressions sur la précieuse toile qui avait eu à souffrir jusqu’à l’époque la plus récente de multiples affronts. C’est un peu comme si tout le génie du peintre s’était vu obscurci par un discours pesant et malhabile, discours qui aurait eu un effet sur la peinture elle-même. Or, ces discours ont pris la forme de restaurations malheureuses, non pas inspirées par le génie du peintre, mais très certainement par la revendication d’ego en mal de reconnaissance. Ces attaques allèrent même jusqu’à semer le doute sur son authenticité… La représentation de la Vierge tenant son Fils sous le regard de sa mère avait fait l’objet d’un jugement péremptoire de la part de Giorgi Vasari, pourtant habituellement mieux informé sur ces questions ! L’auteur de la biographie de Léonard de Vinci alla jusqu’à affirmer que Léonard n’avait jamais peint cette œuvre dont il n’avait que dessiné la composition, sans la traduire en peinture. Voilà quel était l’héritage laissé à cette œuvre en souffrance : choisir entre le statut d’être une copie ou un original dégradé !

 

Vierge à l’Enfant avec saint Jean Baptiste et un ange, dite La Vierge aux rochers. Vers 1483-1490 ? Bois transposé sur toile. H. 199 ; l. 122 cm. Paris, musée du Louvre, département des Peintures, INV. 777.
© RMN / Franck Raux

Heureusement, le dossier Sainte Anne, comme il faudra dès lors le nommer, allait donner lieu à toute une série de découvertes qui allaient confirmer que le tableau avait bien été la propriété de François 1er dans ses collections royales. Léonard était assurément le peintre de la représentation sacrée, une note écrite par Agostino Vespucci datant de 1503 confirmait que le célèbre peintre avait commencé une Sainte Anne, tableau qui allait l’occuper pendant au moins quinze ans et qui restera inachevé à sa mort. Différents examens sur l’œuvre entrepris en 2008, puis entre 2010 et 2012 avec sa restauration complète ont révélé le cheminement créatif de la composition. Les leçons tirées de cette genèse de l'œuvre allaient dès lors non seulement jeter un éclairage saisissant sur le travail de Léonard, mais également offrir de précieux enseignements pour l’histoire de l’art de cette époque.

 

Bernardino Luini (Bernardino Scapi, vers 1482 –
Milan, 1532), Vierge à l’Enfant avec sainte Anne, saint
Joseph et saint Jean Baptiste enfant. Vers 1530. Bois.
H. 117 ; l. 93 cm. Milan, Veneranda Biblioteca
Ambrosiana, Pinacoteca, inv. 92
© Veneranda Biblioteca Ambrosiana / DeAgostini Picture Library / Scala, Florence
 


Il faut ainsi découvrir cette dernière exposition du Musée du Louvre avec cet état d’esprit, celui d’une extraordinaire épopée, une véritable « renaissance » de la peinture comme l’a rappelé le commissaire de l’exposition, Vincent Delieuvin, lors de la présentation de l’exposition. Tous les témoignages de la lente progression de l’œuvre sont ainsi pour la première fois réunis dans cette exposition à la fois riche et émouvante sur la vie et le génie d’un artiste en perpétuelle recherche, jusqu’à son dernier souffle !

 

 

 


La Sainte Anne, l’ultime chef d’œuvre de Léonard de Vinci, catalogue de l’exposition sous la direction de Vincent Delieuvin, coédition Officina Libraria / musée du Louvre, 2012.

retrouvez notre chronique
 

 

 

Informations pratiques
Du 29 mars au 25 juin 2012
Lieu :
Hall Napoléon, sous la pyramide
Renseignements :
01 40 20 53 17

 

 

 

Cima da Conegliano, Maître de la Renaissance vénitienne
5 avril – 15 juillet 2012
Musée du Luxembourg - Paris



Cima da Conegliano est invité au musée du Luxembourg de Paris jusqu’au 15 juillet 2012. Toutes celles et ceux qui ne connaitraient pas encore cet admirable peintre auront le plaisir de découvrir une exposition raffinée et parfaitement présentée grâce au très beau travail réalisé par le commissaire de l’exposition, Giovanni Carlo Federico Villa, professeur à l’Université de Bergame.
C’est à Venise, et de manière plus générale dans la Vénétie, que l’art de Cima a su rayonner avec un artiste emblématique de la peinture vénitienne de la fin du XVe et du début du XVIe siècle. Nous pouvons débuter notre parcours avec cette magnifique Vierge à l’Enfant en trône, un retable réalisé en 1490 pour l’église San Bartolomeo de Vicence. C’est la première œuvre connue du peintre et elle laisse déjà admiratif tant la composition est assurée et les détails rendus avec délicatesse et précision. Ce sera le leitmotiv de cette exposition : raffinement et luxe des détails. Que l’on s’attarde aussi quelques instants sur cette incroyable vigne en treille, et le visiteur percevra intuitivement tout le symbolisme rattaché à cette évocation…
Cet art, à nul autre pareil en cette fin du XVe à Venise, vaudra rapidement une gloire certaine à Cima dans la Cité des Doges. Alors même que le jeune homme appartenait à une famille d’artisans aisés, il se voit propulsé au même rang que des artistes aussi prestigieux que Giovanni Bellini ou Vittore Carpaccio, ses contemporains.

 

Saint Jérôme dans le désert vers 1493 - 1494, bois, 37 x 30 cm Milan, Pinacoteca di Brera

© Archives Alinari, Florence, Dist. Service presse Rmn– Grand Palais / Maura Magliani
 

Viendra alors le temps des grandes commandes avec lesquelles Cima déploie tout son art. La tragique Lamentation du Christ mort entre saint François et saint Bernardin ne cesse d’étonner, tant l’évocation traduit de manière saisissante le drame de la représentation. Le Christ est mort, il vient d’être déposé de la Croix, tout près de sa mère, la Vierge Marie, dont le visage semble presque éteint de vie, à l’image de son fils. Même les angelots au-dessus de la terrible scène ne peuvent retenir leurs larmes, alors que les mains des différents protagonistes tissent un langage chargé de sens sur la douleur qui empoigne les cœurs…

 

Vierge à l’Enfant, vers 1490-1493, Florence, Galleria degli Uffizi

© Archives Alinari, Florence, Dist. RMN / Daniela Camilli


Cima est également le peintre de la couleur, une couleur acquise grâce à sa maîtrise de la peinture à l’huile encore récente à son époque. Sa palette est riche, elle sait parfaitement rendre la variété et la splendeur des nombreux tissus vénitiens de son temps. Admirons pour cela ses deux tableaux de Vierge à l’Enfant où ces œuvres de maturité rendent non seulement toute la beauté des tissus, mais soulignent encore l’épaisseur et la texture des drapés. Cima excelle dans le détail avons-nous dit, il sera cependant également l’un des premiers peintres à traiter le paysage d’arrière-plan avec autant de soin que les éléments au cœur du tableau. Sur ces mêmes tableaux de la Vierge à l’Enfant, l’œil averti remarquera en se rapprochant de la toile ce petit village à peine perceptible en haut d’une colline ou encore au sommet d’un piton rocheux, ce château en ruines. C’est là toute la grandeur de l’art de Cima, la scène la plus importante de la foi est associée aux détails les plus infimes de la vie terrestre en un inextricable dialogue symbolique.
 

Catalogue de l'exposition :

 

« Cima da Conegliano, Maître de la Renaissance vénitienne » de Giovanni Carlo Federico Villa, Musée du Luxembourg – Réunion des Musées Nationaux, 2012.

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Musée du Luxembourg 19 rue de Vaugirard 75006 Paris Tél. : 01 40 13 62 00

 

 

 

 

ARTEMISIA, pouvoir, gloire et passion d’une femme peintre

musée Maillol jusqu'au 15 juillet 2012.



Ce sont ces peaux pâles où la lumière créé des ombres franches et douces, des clairs-obscurs, ces nus, ces fouillis de cotonnade blanche, ces imposants bouillonnés de velours lourds bleu intense, ocre ou rouge sombre, ces turbans et châles brodés d’or qui attirent en premier le regard et puis il y a cette saisissante violence des scènes bibliques ou autres portraits qui dévoilent une autobiographie et des autoportraits si peu dissimulés. On y voit de la rage, de la furie, de la vengeance et du sang qui coule et souille le tissu des splendides robes des criminelles…
Partout ce regard dur et ce visage, ce corps, les mêmes, sur toutes les toiles, ceux d’Artemisia, son propre modèle. Première femme peintre reconnue dans ce 17e siècle où l’art appartient uniquement aux hommes, tel son père, Orazio Gentileschi (1563-1639) reconnu comme un grand peintre de cette époque par Le Caravage lui-même.

 


Artemisia, aînée d’une fratrie de 6 enfants, est née en 1593, un temps où les femmes n’avaient aucun droit, même pas celui de sortir dehors. Douée, très douée pour les arts, elle fut formée par son père à toutes les étapes de la création d’une œuvre picturale, en cachette, dans les hauteurs de l’atelier entre la piazza del Popolo et la piazza di Spagna. Au début de sa carrière, Artemisia, bien qu’adulée en son temps, fut bien plus connue du grand public par le roman de sa vie que par son art pourtant si affirmé (histoire du procès de son viol par le collaborateur de son père Agostino Tassi, publié en 1876 par Bertolotti qui la réintègre dans l’histoire de l’art après des siècles d’oubli).

 


 

Dès son arrivée à Florence en 1613, au bras de son époux, le peintre Pierantonio Stiattesi dont elle aura plusieurs enfants et libérée de la tutelle de son père, du haut de ses 20 ans, le charme de la jeunesse, le talent et son histoire dans ses bagages, elle connaîtra un succès immédiat, protégée de la cour de Cosme II de Médicis. Elle peignait comme les plus grands maîtres florentins. Elle gagnera définitivement son indépendance de femme et d’artiste lorsqu’elle fut admise à l’Accademia del Disegno en 1616, où elle rencontra Galilée et se lia d’amitié avec le grand physicien. Elle a su aussi s’entourer du dramaturge Michelangelo Buonarroti (petit neveu de Michel-Ange) et en 1622 du peintre français Simon Vouet. Elle fréquenta alors musiciens et peintres et parfit sa culture auprès des plus grands. Artemisia va voyager entre Florence, Rome, Venise, Londres et Naples, au grès de ses amours, des commandes et des dettes qu’elle fuyait. D’autres femmes peintres exerçaient à l’époque l’art de la nature morte ou du portrait, mais la rage de vivre d’Artemisia en fit la seule qui peignit des nus, des scènes bibliques alors réservées aux hommes, elle s’affirma dans la première toile signée de son nom « Suzanne et les vieillards » (1610) et s’attaqua plus tard aux héroïnes de l’histoire antique, des résistantes à la condition des femmes.

 

 

C’est vraiment dans ces œuvres fortes et d’une esthétique unique, qu’elle fut considérée comme la première femme peintre expliquent Roberto Contini et Francesco Solinas les deux commissaires de cette première rétrospective des œuvres d’Artemisia à Paris. Dans le parcours proposé, certains sujets sont déclinés plusieurs fois à différents moments et l’on y distingue l’œuvre maîtresse des autres tout aussi intenses, comme « Suzanne et les vieillards » ou « Bethsabée au bain » (1640-1645). La délicatesse des portraits, « autoportrait au luth » (1615-1619), « Sainte Cécile » (1610-1612), « Sibylle » (1608-1609), « portrait de religieuse » (1613-1618) ou ses allégories « Muse de la peinture » (1635), « l’allégorie de la renommée » (1630-1635) n’en sont pas moins faits de grâce et de volonté. Certaines toiles ne lui furent pas attribuées, explique Alexandra Lapierre, écrivaine, parce qu’on les disait trop belles pour être celles d’une femme… Pendant quarante ans, cette femme cultivée, ambitieuse, intelligente et déterminée à ÊTRE ce pour quoi elle savait qu’elle était destinée, va peindre, peindre et encore peindre. On perd la trace d’Artemisia autour de 1654. On suppose qu’elle meurt âgée de 61 ans en 1656 pendant l’épidémie de peste. Elle est enterrée à l’église San Giovanni dei Fiorentini à Naples.
Bien que des collectionneurs privés, comme Don Antonio Ruffo, achetèrent nombre de ses toiles, il faudra attendre 1883, la réédition des archives du procès de Tassi, pour qu’Artemisia soit de nouveau perçue comme une grande artiste dans le monde de l’art. Mais c’est véritablement dans les années 1960/1970 que sa peinture est regardée plus attentivement comme une œuvre militante et qu’à travers la supériorité de son art elle a fait triompher LA FEMME.
Sur les trente six lettres inédites écrites par Artemisia entre 1618 et 1620, que Francesco Solinas a découvertes, cinq sont exposées à Paris et confirment que cette femme d’affaires était aussi une amoureuse passionnée.
« Si j’avais été un homme, je doute que cela se serait passé de la sorte…», se plaignait-elle souvent…

C’est jusqu’au 15 juillet 2012, au musée Maillol-Fondation Dina Vierny, que sont exposées les toiles de la période napolitaine de cette femme d’exception que fut cette artiste italienne du 17e siècle : Artemisia.

Eivlys Toneg
 


A lire :
Le catalogue de l’exposition – coédition Musée Maillol/ Gallimard.
256 pages

 

 

Exposition Berthe MORISOT – musée Marmottan Monet
8 mars 2012 au 1er juillet 2012


 

Quoi de plus naturel que de rendre un hommage à Berthe Morisot au musée Marmottan, lieu qui abrite tant de ses peintures léguées par la famille du peintre ?
Cette exposition jette un nouveau regard sur celle qui fut trop souvent occultée par les figures de proue de la peinture de cette fin du XIX° siècle que furent Manet, Degas, ou encore Renoir. Et c'est avec le regard porté par Berthe Morisot sur elle-même que nous pouvons commencer la visite. Cette admirable représentation date de 1885, le peintre a alors 44 ans, et il ne lui reste plus que dix ans à vivre. Le visage est assuré, à peine marqué par les années depuis le fameux tableau que Manet lui avait consacré et qui est également présent à quelques mètres de là. Le corps est droit, le regard noir, toujours aussi perçant, qu'un foulard sombre vient renforcer. La représentation n'est pas idéalisée : Berthe Morisot se voit avant tout comme un peintre, tout dans sa tenue, ses vêtements et dans son corps manifeste ce seul désir. Nous ne savons pas si le léger sourire, à peine esquissé sur ses lèvres, s'adresse à elle-même par distance, ou bien à son art.

 

Berthe Morisot, Autoportrait, 1885 - Huile sur toile - 61 x 50

- Musée Marmottan Monet, Paris - © Musée Marmottan Monet, Paris / Bridgeman Art / Presse


Toujours est-il que Berthe Morisot est peintre avant tout, à l'image des hommes de son époque et qui l'ont d'ailleurs accueillie comme telle. Elle saura très rapidement faire évoluer son style vers des teintes pastel délicates qui ne seront pas sans rappeler Watteau ou Fragonard, mais une fois encore nous cédons là à des références masculines...
Tout le propos des commissaires de cette exposition audacieuse est de démontrer justement que Berthe Morisot n'est pas une artiste de second plan, mais bien un peintre ayant acquis une réputation solide lui permettant une vision d'avant-garde qui anticipera souvent sur bien des novations réalisées quelques années plus tard par Monet par exemple.
 

L’influence de l'impressionnisme est déjà bien présente dans de nombreuses œuvres ayant pour thème l'enfance. Le visiteur sera certainement troublé par ce "Cerisier" peint en 1891 où les lignes des arbres se mettent à fuir sous l'effet de la cueillette. La lumière abonde, les vêtements cotonneux se fondent dans le végétal, retrouvant ainsi leur état initial. Nous avons presque le sentiment d'être déjà au XX siècle...

Mais ce sont surtout des toiles comme celle intitulée "sur le lac du bois de Boulogne" qui emporteront conviction : une femme et une jeune fille sont assises dans une barque sur le fameux lac enchantant encore les Parisiens. Deux cygnes et des canards s'approchent de l'embarcation. Au-delà, la surface de l'eau subit une métamorphose incroyable qui n'est pas sans rappeler ce que fera Monet, des années plus tard à Giverny. L'onde est traitée par touches successives à un tel point qu'un canard n'y retrouverait pas son petit ! Et pourtant la magie gagne, l'effet rendu est audacieux, nous sommes en plein Impressionnisme. Il faudrait encore s'attarder sur ces meules peintes en plein champs, ces jours d'été vaporeux où seules quelques impressions nourrissent la toile...

 

Berthe Morisot, Sur le lac du bois de Boulogne, 1884 - Huile sur toile - 55 x 43

- collection particulière © Christian Baraja, studio SLB

 

Nous quittons définitivement le XIX siècle avec cette œuvre peinte par Berthe Morisot, alors même que l'artiste ne connaîtra pas le siècle nouveau. Sa peinture manifeste une véritable relecture des formes et des lignes, annonciatrice des grandes mutations à venir dans l'univers pictural du XX siècle.
 

Bergère nue couchée, 1891 Huile sur toile, Carmen Thyssen-Bornemisza, Madrid, en prêt au musée Thyssen-Bornemisza © Carmen Thyssen-Bornemisza Collection, on loan at the Thyssen-Bornemisza Museum


Catalogue de l'exposition Berthe Morisot 1841-1895, HAZAN éditions, 2012.

 

Le musée est ouvert du mardi au dimanche de 10 h à 18 heures et nocturne les jeudis jusqu'à 20 heures - fermeture le lundi, le 1er mai, le 25 décembre, et le 1er janvier.
2, rue Louis-Boilly 75016 Paris France
Tél. : 01 44 96 50 33

 

 

Matisse, paires et séries
Centre Pompidou
Jusqu’au 18 juin 2012



On entre dans la peinture de Matisse comme dans une véranda inondée de lumière. Partout, les sollicitations de couleur submergent l’œil découvrant cet univers à nul autre pareil. C’est ce rayonnement pictural qui est particulièrement bien rendu dans l’exposition du Centre Pompidou sous la direction du commissaire Cécile Debray. Qui mieux qu’Aragon a su décrire cet effet d’apparente simplicité de la peinture d’Henri Matisse, simplicité de ce qui est parvenu à l’essentiel dans l’art. Aragon dans son poème « Matisse parle » prononce cette phrase prophétique à l’égard de la peinture du maître :
Tout ce qu´enfle un soupir dans ma chambre est voilure.
Et le rêve durable est mon regard demain
Le poète souligne ainsi la poésie du peintre qui sait expliquer sans les mots le pas qui fait la ronde, le soleil sur l’épaule pensée, et tout cet univers capté par l’artiste et rendu vivant dans ses toiles.
Cette très belle exposition suggère d’appréhender l’œuvre de l’artiste sous l’angle de la répétition, pratique qui ne relève pas de l’exercice, mais plutôt de la tentative de capter le réel et l’imaginaire en une seule peinture. Les séries ainsi présentées, souvent pour la première fois depuis leur création, suggèrent alors un univers incroyable, pourtant à la portée de notre regard et en même temps si éloigné de notre perception du réel. Le peintre, à l’image du poète, a brisé -ou pour Matisse plutôt effacé- les rigidités de la représentation, qu’il s’agisse des formes ou des couleurs.

Ces soixante peintures et cette trentaine de dessins proposent ainsi d’entrer dans l’intimité du peintre quant à sa perception du monde. Le visiteur pourra alors percevoir cette « explication » du monde pour reprendre le poème d’Aragon, dimension que seuls le poète, le musicien, le danseur ou encore le sculpteur atteignent parfois dans le génie de leurs créations.
 

Arrêtons-nous devant ces Capucines à la danse dans leur version I et II dans lesquelles Matisse entrelace dans une farandole d’une légèreté aérienne le mouvement des corps en écho avec celui des fleurs au centre du tableau. La nature suggère l’imitation de la danse à moins qu’elle ne se plaise à imiter les hommes dans leur légèreté… Les éléments rigides du mobilier ne sont là que pour mieux souligner le caractère éthéré de la ronde. Ainsi, grâce à ce choix particulièrement éclairé des œuvres du peintre, nous pouvons déambuler à travers les différentes salles comme dans une invitation à la danse initiée par le peintre, entre esquisses et tableaux achevés !

 

Capucines à La Danse I      Capucines à La Danse II
Issy-les-Moulineaux, printemps-début été 1912 Issy-les-Moulineaux, printemps-début été 1912
Huile sur toile  Huile sur toile
191,8 × 115,3 cm  190,5 × 114 cm
The Metropolitan Museum of Art, New York  Musée d’État des Beaux-Arts Pouchkine, Moscou
Legs de Scofield Thayer, 1982  Ancienne collection Serguei Chtchoukine



Centre Pompidou
75191 Paris cedex 04
Téléphone : 00 33 (0)1 44 78 12 33
Métro : Hôtel de Ville, Rambuteau
Horaires : Exposition ouverte
tous les jours de 11h à 21h, sauf le mardi

 

 

 

La pluie

exposition au musée du quai Branly

jusqu'au 13 mai 2012



En ces temps de changements climatiques et de phénomènes météorologiques majeurs, dans différentes régions du monde jusqu’alors préservées, on constate un véritable bouleversement des saisons, des températures et essentiellement du manque de pluie ou son contraire, d’inondations. Ce déséquilibre qui a des conséquences dramatiques pour les hommes et son environnement. Quels rapports avons-nous avec les éléments naturels qui nous dépassent par leur force, leur violence ou leur absence soudaine. Nous qui sommes faits à presque 80% d’eau, quels sont ceux que nous entretenons avec notre source vitale ?
Quelques réponses se trouvent au musée du quai Branly, mezzanine Est, jusqu’au 13 mai 2012 avec, sous le commissariat de l’ethnologue Françoise Cousin, l’exploration de ce dénominateur commun à toutes les cultures depuis la nuit des temps : La pluie. La diversité des mythes, de la symbolique, des rites et cérémoniels permettent de comparer les approches culturelles de cet élément universel, qu’il soit imploré ou maudit.
« La pluie, on la prévoit, on l’appelle, on l’attend, on la craint, on s’en protège, on la reçoit comme le plus grand cadeau » commente Françoise Cousin, et c’est le fil conducteur de cette exposition étonnante qui nous montre les différentes représentations réalistes, figuratives ou abstraites, symboliques ou métaphoriques allant jusqu’à la divination de chaque goutte tombée du ciel. Rassemblant une centaine de pièces et documents iconographiques, le parcours de l’exposition nous amène à appréhender la pluie dans le système global de l’univers, explorant ces différents aspects à travers une sélection d’œuvres collectées en Afrique, Asie, Océanie et Amérique. Tous ces objets « à forte charge émotionnelle et esthétique » en côtoient d’autres, plus ordinaires ou strictement utilitaires. Sont donc réunis en ce même lieu, le trivial et le spirituel, le profane et le religieux dans le contraste métaphorique de ce que représente la pluie dans l’équilibre de la vie même. Divisée en trois sections, l’exposition commence par des pierres dont les formes font penser à des nuages, ou encore dites « pierre à magie » à l’aura magico-religieuse qui donnent d’emblée la dimension des projections du désir profond de faire venir la pluie à travers certains rituels que l’on retrouvera dans toutes les cultures concernées. Et quand elle tombe avec plus ou moins de violence sur les cultures et apporte tous ses bienfaits à la terre, l’homme, lui, s’en protège.

C’est l’occasion de montrer des vêtements de pluie et accessoires parfois très sophistiqués et qui prouvent une connaissance des matériaux naturels et d’un savoir-faire ancestral dans la réalisation de ces protections (notons par exemple un « K-Way » esquimau en intestins de phoque). Tous les rituels autour de la venue de la pluie démontrent sa nécessité vitale, mais aussi de l’importance d’en favoriser et d’en contrôler sa venue. La pluie fertilise la terre pour de bonnes récoltes et nourrir les peuple, de même symboliquement elle fertilise aussi le ventre de la femme, elle est donc associée à la fécondité et on trouvera des rituels communs pour ces deux attributions. Tous ces rites et cérémonies soulignent l’importance des liens qui unissent les hommes à leurs divinités (système de croyances animiste) et leur place dans l’environnement, conscients que sans cet équilibre naturel, ils ne sont rien, et même en sont les jouets. Faire venir la pluie, par l’intermédiaire de danses, de mascarades, de chants, de transes, de musiques (extraits de films de Jean Rouch sur des rituels de la pluie en Afrique), d’expositions de figurines et sculptures, vecteurs des liens entre les hommes et le réel pouvoir que la nature à sur eux, stimulent la production de créations artisanales d’objets essentiellement consacrés à la pluie depuis la plus lointaine des civilisations. La venue de cette pluie si souhaitée, vénérée, idéalisée et parfois maudite s’est intégrée dans un système de pensée cosmogonique (qui est relatif aux récits mythiques de la formation de l’univers) et a entraîné une symbolique forte liée à la pluie, comme l’arc-en-ciel en tant que lien entre l’inframonde et le supramonde, des représentations d’animaux (essentiellement des batraciens et reptiles) liés à l’humidité et à la saison des pluies : «Il pleut, il mouille, c’est la fête à la grenouille, il fait pas beau, c’est la fête aux escargots ! ». On retrouvera leurs effigies sur des tissus des indiens d’Amérique, des bijoux, amulettes, instruments de musique et autres objets de culte. Dans toutes ces cultures il est nécessaire de concilier avec les divinités, les entités supérieures représentées dans les mythes et conceptions du monde liés à la pluie, ce qu’illustrent les peintures sur écorces des aborigènes de la terre d’Arhem en Australie visant à maintenir l’équilibre entre des forces naturelles identifiées ou non, équilibre tout simplement garant de la survie des hommes.
Que penser de notre avenir, hommes du XXIe siècle, sur cette planète écologiquement en perdition après ce « voyage au bout de la pluie » ? Toute réflexion reste ouverte.

 

Livre cartonné portant la mention manuscrite "Album d'Hokusai".

Japon © musée du quai Branly, photo Claude Germain



Un astucieux livret-jeux en direction des plus jeunes visiteurs est à disposition en début de parcours.
Vous trouverez toutes les informations pratiques sur le site www.quaibranly.fr
Hors-série Beaux-Arts 44 pages


Eivlys Toneg

 

 

 

Pour l'amour de l'art, Artistes et amateurs français à Rome au XVIIIe siècle
musée des beaux-arts du Canada - musée des beaux-arts de Caen

4 février - 23 avril 2012

 

 

Quel rapport Rome entretient-elle avec ses artistes, notamment français, une fois passée la Renaissance qui a tant fait parler d’elle ? C’est toute la problématique retenue par la dernière exposition du musée des Beaux-arts de Caen qui a organisé à partir d’une scénographie réussie une ambiance propice à un nouvel imaginaire néo-classique. Nous sommes au XVIII° siècle, et les Français ont leur mot à dire et de nombreuses œuvres à réaliser. L’antiquité est bien entendu la première sirène qui enchantera Hubert Robert, Fragonard, Vernet ou encore David, qui déambuleront dans des éboulis rêvés, souvent dans un piteux état… Peu importe, la Rome éternelle ne saurait être détruite, elle ! Le paysage romain naît sous leurs yeux et leur palette reflète cette lumière qui semble parfois diluée dans l’antique, une couleur à nul autre pareil.
Le musée, sous la direction du dynamique Patrick Ramade, offre une très belle sélection d’une centaine de dessins, estampes et peintures qui évoquent cette période exceptionnelle où amateurs, mécènes et artistes vont décidément interpréter une nouvelle version des gouts réunis. Le visiteur aura du mal à résister à ces évocations sincères in illo tempore où les colonnes et les marbres avaient d’autres fonctions que d’attirer les touristes en masse. Cette force d’attraction, encore sensible malgré les décombres de l’antique, permettait à Hubert Robert ces incroyables jardins où les dieux venaient juste de quitter les lieux, quelques instants auparavant…

N’allons pas croire que cette Rome fantasmée était occasion de Bohême ! L’académisme y a droit de cité et les dessins d’une rigueur technique irréprochable sous l’égide de l’Académie de France sont là pour le prouver. Il s’agira de faire ses preuves en copiant les Anciens et l’anatomie n’est pas une option libre en ces temps-là. Mais l’attraction des mythes et de l’imaginaire semblent une fatalité en ces lieux et les peintres les plus aguerris cèderont vite à leurs charmes. Nous avons cité Hubert Robert, prenons également quelques instants pour nous arrêter devant ce Parc romain avec une fontaine, peint en 1774 par Fragonard. Deux grands arbres, des ifs probablement, font figure d’esprit titulaire des lieux. Ils enserrent un sarcophage, ce qui renforce la première impression. Immédiatement le regard se porte sur ces colonnes qui dominent une terrasse bordée de balustrades. Dans ce décor, à la fois atemporel et en même temps animé d’un souffle immémorial, de tout petits individus semblent presque saugrenus, perdus dans cette immensité qui les dépasse. Voilà, un bel exemple de l’imaginaire de ces artistes du XVIII° siècle, épris d’Histoire, nourris de mythe et en même temps amoureux de la vie qu’ils soulignent de leurs traits inspirés !

 

Philippe-Emmanuel Krautter

 

Hubert robert, Jardin d'une villa italienne (detail),1764,

huile sur toile. Ottawa, Musée des beaux-arts du Canada.


L'exposition présente trois albums rares sous vitrine et consultables dans leurs versions numériques : un album de dessins de Joseph- Marie Vien, un recueil de gravures de Jean Barbault (Les plus beaux monuments de la Rome ancienne, 1761) et un Recueil d'antiquités égyptiennes, étrusques, grecques et romaines (1752-1767).

 

 

 

SHO 1 - 41 maîtres calligraphes contemporains du Japon
Musée Guimet
Du 14 mars au 14 mai 2012

L’exposition conduite en partenariat avec la fondation Mainichi Shodo Kai (Association pour la calligraphie dépendant du journal Mainichi Shimbun), exposera en « avant-première », les lauréats du concours de calligraphie national organisé chaque année par la fondation.

41 calligraphies contemporaines seront exposées dans l’enceinte du Musée Guimet, au sein des collections permanentes.

Témoignages vivants d’une certaine diversité stylistique, elles suggèrent déjà les principaux courants de la calligraphie japonaise. Cette exposition rendra compte en Europe de la vivacité de la pratique contemporaine de la calligraphie au Japon ; Elle permettra dans le même temps d’appréhender peu à peu l’histoire de cet art au Japon et de témoigner de son importance fondamentale dans l’esthétique extrême-orientale, et notamment quelle compréhension les collectionneurs, les artistes, les contemporains et les écrivains, ont développé de cet art.

Pour cette raison, créant le lien entre ses collections patrimoniales et le Japon d’aujourd’hui, le musée Guimet a choisi de mettre en regard ses collections, les lauréats de ce concours de calligraphies contemporaines, mais aussi des œuvres essentielles appartenant à la collection de la fondation Mainichi Shodokai.

Musée Guimet
6, place d’Iéna
75116 Paris
Tel : 01 56 52 53 00
 

 

 

 

Les masques de jade Mayas

Pinacothèque de Paris

jusqu'au 10 juin 2012



« Ils partent vers l’au-delà, le visage couvert d’un masque où leurs traits se mêlent habilement à ceux du dieu du maïs K’awiil : passeport vers la réincarnation… »
Ce que nous propose la Pinacothèque de Paris, jusqu’au 10 juin 2012, dépayse la pensée cartésienne occidentale et l’emporte avec subtilité dans cette mystérieuse culture millénaire maya en créant un parcours de visite original à travers les sépultures de personnages de haut rang de la période dite « classique », qui s’étendait de 250 à 900 de notre ère, mettant en avant cet aspect méconnu de la civilisation maya.
Les Mayas avaient une forte prédilection pour la couleur verte et le jade qui était pour eux le matériau le plus rare et donc le plus précieux. Apanage de l’élite de la société, le jade était associé au sacré, considéré comme un élément vital et primordial comme le ciel ou l’océan, sources de vie dans lesquelles se trouvaient les dieux créateurs. Il est aussi le symbole de l’une des principales divinités, K’waiili, le dieu du maïs, qui donnait l’immortalité au souverain. Le jade symbolisait la pérennité, l’humidité, la fertilité, le renouvellement, la renaissance et le souffle de l’essence vitale. Il était aussi celui des voies de communication entre les trois plans du cosmos. Les treize masques, ici exposés, sont un témoignage artistique, sociétal et politique créé pour les gouverneurs les plus prestigieux de la cité et avaient pour mission d’assurer la vie éternelle à ces hauts dignitaires après leur mort. Ces masques ont donc été retrouvés dans des tombes d’élite, sur la péninsule du Yucatan.
 

Masque funéraire en mosaïque de jade et de chrysoprase
Chambre 203, Temple des Cormorans, Dzibanché, Quintana Roo.
Classique tardif, 600-750 apr. J.-C.
Mosaïque en chrysoprase, jade, Unio sp. et obsidienne 22,5 x 17,5 x 9 cm
Centre INAH, Quintana Roo, Chetumal © Photo : Martirene Alcántara / INAH

Les artistes mayas les confectionnaient à partir de tesselles de jade et de pierre verte, de coquillages, d’escargots de mer, d’obsidienne, d’hématite et plus tard de turquoise et d’amazonite. Ils faisaient montre d’une grande virtuosité dans l’agencement de ces mosaïques, poussant leur art vers le plus grand réalisme possible. Ces masques représentaient généralement le mort sous ses traits de jeunesse et étaient posés sur son visage ou sur son épaule gauche, du côté du soleil couchant. Présentés dans leur contexte originel, les masques de certains dignitaires ou aristocrates, comme le roi Pakal, sont placés avec le reste du trousseau funéraire qui comprenait des colliers de jade, des boucles d’oreille, des pectoraux, des bracelets, des céramiques polychromes, des perles, des offrandes diverses comme des pots de résine ou encore de tapis funéraires confectionnés de graines et de conques. Les masques étaient considérés comme des êtres animés, investis des pouvoirs de ceux qu’ils représentaient (ce que l’on retrouve dans toutes les civilisations où les masques et leurs rituels sont pratiqués), les Mayas les nommaient k’oh, « image », « représentation ».
Vases tripodes, représentation du dieu jaguar de l’inframonde, stèles, figurines, têtes sculptées, masques funéraires et autres récipients cérémoniels, conservés et restaurés, retrouvent une intégrité qui fait d’eux des œuvres d’art d’une qualité exceptionnelle. Environ cent trente pièces constituent ce panorama de l’art et coutumes funéraires maya et donnent une occasion unique de découvrir ces œuvres conservées au musée national d’anthropologie de Mexico et mis en espace sous le regard de Madame Sofia Martinez del Campo Lanz, experte renommée et commissaire de cette exposition.
 

Masque funéraire en mosaïque de jade
Tombe 1, structure VII, Calakmul, Campeche
Classique tardif, 660-750 apr. J.-C.
Mosaïque de jade, Spondylus princeps, Pinctada mazatlanica et obsidienne
grise 36,7 x 23 x 8 cm
Musée d’Architecture maya, Fuerte de la Soledad, Campeche
© Photo : Martirene Alcántara / INAH


Vous trouverez toutes les informations pratiques au 0142680201 et sur le site www.pinacotheque.com

L’album de l’exposition :
24X33 cm, broché – reproductions couleur
Edition Pinacothèque de Paris.
Le journal de l’exposition

Evelys Toneg

 

 

 

 

Christopher Wool
Musée d’Art moderne de la Ville de Paris
30 mars – 19 août 2012

Sans titre, 2001
Encre pour sérigraphie sur toile de lin
Collection particulière
Courtesy de l’artiste et de la galerie Luhring Augustine, New York

 


Depuis plus de 30 ans, Christopher Wool explore les territoires de la peinture abstraite par une continuelle interrogation du procédé pictural : recours à la répétition, application de méthodes de l’art conceptuel et minimal, adaptation d’images photographiques, et travail avec différentes techniques comme le spray, l’encre pour sérigraphie et la reproduction numérique.
Conçue en étroite collaboration avec l’artiste, l’exposition se concentre sur plus d’une trentaine d’œuvres de grand format peintes entre 2000 et aujourd’hui.

 

Né à Chicago en 1955, Christopher Wool émerge sur la scène new-yorkaise au milieu des années 80. Cherchant une troisième voie entre la peinture informelle et le pop-art auquel il emprunte son esthétique (répétition, détournement), il partage avec Jeff Koons, Cady Noland et Robert Gober l’attrait pour la banalité du quotidien.

Durant les années 1990, Wool s’est imposé par une œuvre où domine une esthétique urbaine : notamment avec des motifs gestuels abstraits en noir et blanc, des mots au pochoir à l’humour impassible, adressés au spectateur.

Dans les années 2000, la construction picturale de ses peintures subit une profonde métamorphose. La composition des éléments picturaux – des lignes noires peintes à la bombe ou des clichés d’images sérigraphiées sur toile – se fait de plus en plus complexe et diffuse.

Ses peintures plus récentes associent techniques sérigraphiques et peinture à la main. Entre improvisation et composition, ces œuvres aux techniques multiples font preuve d’une grande liberté formelle.

L’œuvre de Christopher Wool a fait l’objet de nombreuses expositions internationales, en particulier celles au Museum Boymans van Beuningen (Rotterdam) en 1991, au Museum of Contemporary Art (Los Angeles) en 1998, au Musée d’Art moderne et contemporain de Strasbourg en 2006 et au Ludwig Museum (Cologne) en 2009. L’artiste a participé à la Biennale de Venise en 2011. En 2013, le Musée Solomon R. Guggenheim de New York organisera une importante rétrospective de Christopher Wool.


Musée d’Art moderne de la Ville de Paris
11 avenue du Président Wilson - 75116 Paris - Tél. 01 53 67 40 00 – www.mam.paris.fr

 

 

« Henri Edmond Cross et le néo-impressionnisme. De Seurat à Matisse ».

musée Marmottan Monet jusqu'au 19 février 2012

 

Le musée Marmottan Monet présente du 20 octobre 2011 au 19 février 2012 une exposition intitulée « Henri Edmond Cross et le néo-impressionnisme. De Seurat à Matisse ».
Cette exposition suit l'évolution chronologique de l'oeuvre d'Henri Edmond Cross (1856 - 1910) et la confronte à celle des autres néo-impressionnistes. Elle met en évidence les liens tissés par le peintre, des années parisiennes durant lesquelles il côtoie Seurat, Signac et les premiers « néo » jusqu'aux années 1892-1910 lorsque Cross s'établit à Saint- Clair et Signac à Saint-Tropez, point de ralliement de toute une jeune génération où Matisse et les futurs fauves s'initieront à la « division ».

C'est au total une centaine de toiles et d'aquarelles en provenance de collections particulières et de musées internationaux (Allemagne, Belgique, Japon, États-Unis….) qui a pu être réunie, permettant ainsi de découvrir des oeuvres inédites de la plus haute importance pour l'histoire du néo-impressionnisme.

La première partie de l'exposition présente des toiles des artistes du premier groupe néo-impressionniste (Cross, Signac, Angrand, Dubois-Pillet, Pissarro, Luce, Van Rysselberghe), qui ont mis en pratique la technique rigoureuse du courant, à travers le mélange optique, la division de la touche, le contraste de tons et l'emploi des complémentaires. L'exposition se poursuit par le parcours parallèle de Cross, Signac et Van Rysselberghe dont les toiles témoignent d'une véritable révélation de la couleur, point de départ d'un « second néo-impressionnisme » qui voit la touche s'élargir et la couleur devenir plus sonore. La dernière partie met en évidence les liens entre Cross et les peintres de la jeune génération, tels que Camoin, Manguin ou encore Matisse, faisant du peintre un jalon essentiel et unique entre le divisionnisme de Seurat et le fauvisme de Matisse et Derain. Enfin, l'exposition laisse une place privilégiée aux aquarelles de Cross, qui jalonnent sa carrière.

Organisée en partenariat avec le musée départemental Matisse du Cateau- Cambrésis, une partie de l'exposition du musée Marmottan Monet sera présentée au Cateau-Cambrésis du 12 mars au 10 juin 2012.
Ces deux expositions, proposant un fonds commun d'oeuvres, enrichies l'une et l'autre de pièces inédites, donneront à l'oeuvre de Cross un éclairage nouveau, dans le but de favoriser sa reconnaissance internationale. En la singularisant parmi les artistes de son époque, tels que Seurat, Signac, Luce, Angrand, Camoin, Matisse…, elles mettront ainsi en avant la nature poétique de son oeuvre et démontreront son importance dans l'aventure de l'art moderne et son influence déterminante.

Commissariat
Françoise Baligand Conservateur honoraire du patrimoine, musée de Douai

 

Le musée est ouvert du mardi au dimanche de 10 h à 18 heures et nocturne les jeudis jusqu'à 20 heures - fermeture le lundi

2, rue Louis-Boilly 75016 Paris France
Tél. : 01 44 96 50 33

 

 

 

Sorcières , mythes et réalités

musée de la Poste jusqu'au 31 mars 2012



Le musée de la poste prendrait-il le risque de refaire venir des sorcières dans la capitale avec sa nouvelle exposition temporaire « Sorcières, mythes et réalités » ? Quoi que vous sachiez ou croyez savoir sur ces femmes de l’ombre, acoquinées au Diable et à ses suppôts, c’est jusqu’au 31 mars 2012 que vous pourrez vous plonger dans cet univers entre mythes et réalités. À travers un parcours à thèmes, de l’imaginaire de la sorcellerie, de la sorcellerie au cinéma, de la chasse aux sorcières, des pratiques magiques et jusque chez Mme P, envoûteuse du 20e siècle, les objets et documents présentés pourraient vous glacer le sang ! Mais, c’est aussi la tragique et réelle histoire de ces femmes qui ont été chassées, torturées, jugées et condamnées au bucher pour des raisons très discutables aujourd’hui, que nous propose avec pédagogie Patrick Marchand, commissaire de ce voyage dans l’inconscient populaire qui a créé bien des mythes autour de ces personnages énigmatiques. L’approche historique, culturelle, ethnologique, ainsi que les productions artistiques qui ont ont pu naître autour de ce monde étrange, entre guérisons et sortilèges, entre crédulité des esprits et prise de position de l’église inquisitrice, sont prétextes à une interprétation inédite des différences dont les sorcières mises au ban de la société ont payé le prix fort.

Cette exposition est également l’occasion de comprendre comment le personnage de la sorcière a cristallisé les peurs complexes d’une société entière, du roi au ravi du village, du pouvoir à la soumission totale. Les sorcières fascinent et effraient, l’ambigüité de leur « non-statut » dans la société en font des êtres à part qui focalisent toutes les peurs ancestrales notamment celle de la mort. Associée au monde des ténèbres, on en oublie qu’elles étaient de parfaites phytothérapeutes et connaissaient bien des secrets du monde végétal, animal et minéral. Sans doute la pharmacopée des sorcières faisait aussi peur que tout le « folklore » des rituels magiques qui accompagnaient la prise d’une potion, l’envoûtement ou son contraire, les sortilèges et autres pratiques qui leur incombaient. Si les sorcières sont devenues des boucs émissaires facilement identifiables notamment par l’église, c’est bien évidemment parce qu’elles reflétaient aussi l’impossibilité de cette dernière d’apporter la véritable réponse au questionnement fondamental humain. Les sorcières étaient-elles des femmes affranchies, libérées ou de grandes schizophrènes ? Les réponses qui jalonnent le parcours de l’exposition nous montrent que face à ses peurs (du néolithique à nos jours) l’homme a toujours eu recours au dit « surnaturel » pour essayer de comprendre et a interprété tout ce qu’il ne comprenait pas en passant par les domaines défendus de la magie (noire ou blanche) de la sorcellerie, de l’exorcisme et autres angoissants systèmes de guérison, celles de l’âme certainement avant celle du corps.
Un parcours enfants attend tous les aventuriers qui n’ont pas peur des grimoires, des chouettes, des serpents, des chats noirs, des pattes de crapauds, des potions et filtres…
Cette exposition est une belle escapade historique entre les 13e et 20e siècles, et rappelle les fondements de nos cultures régionales qui somme toute ont toutes un point commun : les sorcières !
Une série d’événements entoure cette exposition, vous trouverez tous les renseignements sur le site du musée

www.ladressemuseedelaposte.fr
Le catalogue de l’exposition est disponible au musée.
Coédition Ladresse et LVE
160 pages - illustrations couleur et noir et blanc

Eivelys Toneg

 

 

L’invention du sauvage

Exhibitions

musée du quai Branly



Dans la société et la culture dans lesquelles je vis, pour qui suis-je « le monstre », « la curiosité », « l’anormal », « l’exotique », « le sauvage » ? Pour qui suis-je « l’autre » ? Celui ou celle que l’on exhibe, dont on se moque, dont on ne veut pas dans son groupe parce qu’il ou elle est différente. De qui ? Forcément quelqu’un qui ne me verra pas comme je suis, ne supportera pas mes défauts physiques, n’appréciera pas ma culture et ma langue, reculera devant la couleur de ma peau, trop claire ou trop foncée, n’aimera pas mes cheveux, ni mon odeur, ni tout simplement ma façon de vivre et d’appréhender le monde qui m’entoure, quel est cet autre qui me décrirait comme… Un primitif…
Une partie de la réponse se trouve peut-être dans la mezzanine Ouest du musée du quai Branly qui propose, sous le commissariat général de Lilian Thuram et des commissaires scientifiques associés, Pascal Blanchard et Nanette Jacomijn Snoep l’exposition « Exhibitions, l’invention du sauvage » jusqu’au 3 juin 2012. Son propos met en lumière un « drôle » de processus mis en place dès le 15e siècle et jusqu’au milieu du 20e siècle par les Européens : celui d’exhiber les différences de femmes, d’hommes et d’enfants que les premiers grands voyageurs tels Christophe Colomb rapportent dans les cales de leurs bateaux, comme « curiosités de la nature », à exhiber dans les cours royales.


L’histoire aurait pu s’arrêter là et la découverte de l’autre, des différentes cultures devenir très vite un partage généreux entre humains… Mais quelle idée folle est passée dans l’esprit de certains pour dépasser la frontière ambigüe de la découverte à l’exhibition organisée et la justification scientifique qu’il y aurait des races et non pas des types humains ; une race supérieure, la blanche, et ainsi par le biais des exhibitions, des zoos humains, des spectacles, des villages reconstitués, faire naître dans les esprits l’idée de l’intolérance et du racisme établis dont toutes les cultures du monde sont intellectuellement, et dans les actes, encore imprégnées.
C’est en 1800 que la Société des Observateurs de l’Homme donne corps à une première forme d’étude d’anthropologie. Les premières thèses racistes apparaissent et éveillent en Angleterre, Allemagne, France et aux Etats-Unis une curiosité saine ou malsaine autour de la curiosité de la différence appuyée par des thèses scientifiques qu’aucun, à l’époque, ne remettra en cause, trop heureux de la supériorité prétendue qu’elles accordent aux homo sapiens « blancs ». La construction de ces théories sont illustrées tout au long du parcours de cette exposition dans un processus historique et chronologique, des premières colonisations aux expositions universelles des années 1930, par des témoignages peints, sculptés, moulés, photographiés et diffusés par voie d’éditions, filmés, audios, et qui ne quitteront pas les cultures qui s’en seront emparés pour justifier actes de colonisation, d’évangélisation, d’exhibitions forcées ou de création de véritables spectacles (la revue nègre, le Wild West Show, les danses Zoulous, les spectacles orientalistes…). Même si cette exposition rend une dignité partielle à tous ces êtres rapportés, collectionnés, montrés, exhibés, observés, classés, mesurés, hiérarchisés, recrutés, diffusés, exposés, scénarisés simplement parce qu’on les a considérés comme différents, et à qui on a pu donner une identité, elle laisse un goût amer quant à la considération des hommes entre eux. Toutefois un espoir dans la lutte contre le racisme pointe à l’horizon de cette exposition aussi intéressante que dérangeante, avec le travail de fond des associations et fondations comme « Education contre le racisme » de Lilian Thuram qui travaillent au quotidien sur la déconstruction du concept purement intellectuel et culturel qu’est le racisme. « Pouvons-nous encore avoir une bonne estime de nous-mêmes sans dénigrer l’autre ? » telle est la question posée et qui nous poursuivra dans notre recherche d’égalité, de fraternité et de liberté envers l’Autre.

Le programme de toutes les manifestations entourant cet évènement est sur le site du musée.
www.quaibranly.fr

Evelys Toneg
 

 

 

Exposition Giorgio Vasari - Dessins du Louvre

musée du Louvre
jusqu'au au 8 Février 2012

Vasari Bacchanale

© RMN / Thierry Le Mage



A l’occasion du cinquième centenaire de sa naissance, le Louvre rend hommage à Giorgio Vasari, peintre, architecte et écrivain italien, à travers une exposition des plus beaux de ses dessins conservés par le musée.

Giorgio Vasari, peintre, architecte et écrivain italien, naît en Toscane en 1511. Il se forme à Florence, puis à Rome où il découvre l’Antiquité et les grandes créations de Raphaël et de Michel-Ange. De longues années d’itinérance enrichissent sa connaissance de l’art italien.

 

En 1554, il entre au service du duc de Toscane, Cosme Ier de Médicis, sous le règne duquel l’ancienne République florentine achève de se constituer en État monarchique. Peu à peu, il se retrouve au centre de toute la production artistique florentine, qu’il domine par l’extrême diversité de ses talents, par son sens de l’organisation et par son infaillible instinct de courtisan. Le palais des Uffizi, destiné à abriter l’administration du nouvel État, est l’expression la plus accomplie de son génie. Il meurt en 1574. Vasari est l’un des plus purs représentants de ce qu’il a lui-même contribué à définir comme la bella maniera, la « belle manière » moderne destinée à surpasser la nature et l’antique : un art de cour, élégant et précieux, plein de grâce, de douceur, d’apparente facilité, et dont l’unique fondement théorique et pratique est le dessin. C’est cette conception du dessin comme principe premier de tout acte créateur qu’illustre cette exposition.

Commissaire(s) :

Louis Frank et Stefania Tullio-Cataldo, musée du Louvre, département des Arts graphiques.

Informations pratiques
Adresse :
Musée du Louvre, 75058 Paris - France
Téléphone :
+ 33 (0)1 40 20 53 17
Horaires :
Ouvert tous les jours de 9 h à 18 h sauf le mardi
Nocturnes jusqu’à 21 h 45 le mercredi et le vendredi
Fermetures :
Les 1er janvier, 1er mai et 25 décembre

 

 

L'univers d'Edvard Munch
Musée des Beaux Arts de Caen

5 Novembre 2011- 22 janvier 2012

Soirée sur l’avenue Karl Johan, 1892, huile sur toile © Werner Zellien, kunstmusuem de Bergen
© The Munch Museum / The Munch-Ellingsen Group / Adagp, Paris 2011.


Edvard Munch est considéré comme le plus grand peintre de l'Europe du Nord. Contemporain de Gauguin et Van Gogh, il a été témoin et surtout acteur de la grande aventure de l'art moderne, à la suite de l'Impressionnisme. La tendance symboliste de sa peinture et son rôle dans l'émergence de l'expressionnisme lui ont donné une place exceptionnelle dans l'histoire de l'art. Si la production du peintre fascine par sa constance et son aptitude au perpétuel dépassement ; son oeuvre gravé n'en est pas moins exceptionnel. Munch commence la gravure à Berlin en 1894 mais c'est à Paris, en 1896, qu'il fait ses vrais débuts, apprenant la lithographie et surtout l'art difficile de la gravure sur bois. La rigueur de l'art graphique, la concentration qu'elle impose libère son art lui permettant d'atteindre plus complètement qu'en peinture cette puissance synthétique qu'il recherche éperdument. C'est pourquoi nous avons choisi de présenter les facettes de ce génie scandinave en confrontant deux modes d'expression essentiels chez lui: la peinture et l'estampe.
Ce parti a été possible grâce à la complicité de deux collections norvégiennes prestigieuses, l'une publique, le Kunstmuseum de Bergen et l'autre privée, la collection Gundersen.
 

Regroupées par thème, les oeuvres de l'exposition caractérisent l'univers de l'artiste: la Norvège, la mélancolie, la femme, le couple, l'angoisse, la mort ; présentées indépendamment de toute chronologie puisque, on le sait l'oeuvre de Munch est marqué par d'incessants allers et retours vers les thèmes centraux qu'il a exploré sa vie durant, parfois à plusieurs décennies d'écart.
Munch n'a pas fondé d'école mais la présence de son art est aujourd'hui intacte, tout comme sa sincérité, sa spontanéité, son âpreté aussi, en un mot sa modernité.

Commissariat
Patrick Ramade : conservateur en chef du patrimoine, directeur du musée des Beaux-Arts de Caen.
Avec la collaboration du Kunstmuseum de Bergen, Erlend Hoyersten, directeur, et Knut Ormhaug, conservateur
en chef.

 

Soirée sur l’avenue Karl Johan, 1892, huile sur toile © Werner Zellien, kunstmusuem de Bergen
© The Munch Museum / The Munch-Ellingsen Group / Adagp, Paris 2011.

 

 

Mascarades et carnavals- musée Dapper

jusqu’au 15 juillet 2012



C’est au musée Dapper et dans le cadre de l’année des Outre-mer que l’équipe qui entoure Mme Christiane Falgayrette-Leveau, directrice du musée et commissaire de l’exposition, s’est lancé un défi de taille : mettre en lumière les résonnances du ou des rôles des masques traditionnels de l’Afrique subsaharienne et les pratiques carnavalesques des Caraïbes. Le propos n’était pas simple, mais « Mascarades et Carnavals » est l’illustration du fruit de recherches et de réflexions dont l’intelligence est le fil d’Ariane de cette exposition.
Que sont devenus les mascarades et carnavals de nos sociétés occidentales ? De vastes festivités à caractère commercial, sans plus du souffle vital qui déstructurait la hiérarchie sociale, sans plus de symbolique, celui du monde à l’envers, journée folle où tout était possible, journée païenne de rôles inversés… Ou bien encore des journées « vitrines narcissiques » où l’on admire son reflet dans le flash des appareils photo des touristes à peine endimanchés…

 

VUVI GABON Masque Bois, fibres végétales et pigments
H. : 32 cm Musée Dapper, Paris Inv. n° 4291 © ARCHIVES MUSÉE DAPPER
PHOTO HUGHES DUBOIS.


En réunissant pour la première fois les créations d’Afrique et des Caraïbes, « Mascarades et Carnavals » expose les liens entre les masques d’Afrique et les productions carnavalesques des Caraïbes. A travers un parcours haut en couleur, et la mise en espace de pièces (masques et costumes entiers) de volumes impressionnants et de créations contemporaines toutes aussi fabuleuses, on appréhende l’idée même des différentes réalités du monde, transmises par les seuls membres de certaines confréries, habilités à « danser » les masques. Quels pouvoirs ont ces personnages qui semblent sortir d’une forêt mythologique, parés de cornes d’antilopes ou de buffles, symboles en mouvement de toutes cultures animistes, soucieuses de transmettre les traditions et les connaissances dans un avenir le plus lointain possible ? Qu’ils soient du Nigéria, de l’Angola, du Cameroun, de la RDC, du Sénégal, de Martinique ou encore de Trinidad, tous ces masques ou mas (masques en créole) et costumes ont des racines communes, et c’est bien là le propos de cette exposition : nous faire ressentir les liens qui unissent ces pays, ces hommes et ces cultures issus d’une même tradition et d’une histoire partagée.
 

 Aujourd’hui, les créations contemporaines autour du carnaval sont de véritables outils de médiation. C’est la dérision et la dénonciation des problèmes socio-économiques que montrent les œuvres d’Hervé Beuze, de Georges Grangenois, celle du groupe Psyché ou les photographies de Zak Ové, qui s’emparent du monde qui les entoure et le transforment en visions carnavalesques, en personnages de mascarades, dénonçant l’incohérence de la réalité des conditions humaines au sens le plus large. Quoi de plus impressionnant que d’imaginer l’embrasement de Vaval, roi du carnaval ? Celui exposé au niveau 2 du musée est particulièrement parlant, figure mi-homme, mi-femme qui crie haut et fort la « pwofitation », les conflits sociaux de 2009 qui ont marqué les Antilles. Que ce soit le « Diable rouge » de Martinique, les zombis de Trinidad ou le diable blanc (the Devil is White), chaque production autour du carnaval et des mascarades souligne les codes qui structurent ces fêtes comme pratique sociale et artistique.

 

KUBA / République démocratique du Congo Masque moshambwooy
Bois, tissu, cauris, perles, métal, plumes, poils et pigments. H. : 47 cm (masque) ; H. tot. : 246 cm Musée royal de l'Afrique centrale, Tervuren Inv. n° EO.0.0.15365 PHOTO STUDIO ROGER ASSELBERGHS FRÉDÉRIC DEHAEN, MRAC TERVUREN ©


 

C’est jusqu’au 15 juillet 2012 que vous pouvez vous plonger dans ces rites et coutumes, dérangeantes, provocantes, terrifiantes, belles et salvatrices, ces exutoires aux injustices sociales et économiques que font subir les grandes puissances aux hommes d’Afrique et des Caraïbes, ici représentés et à tant d’autres à travers le monde.
Cette exposition ouvre grand les yeux et on en sort l’esprit et le cœur plus ouverts encore.

 

De très nombreuses manifestations sont organisées autour de l’exposition. Des conférences, des projections cinématographiques, colloques et autres.
Vous trouverez toutes les informations pratiques au et sur le site www.dapper.com.fr

 

Le catalogue de l’exposition est disponible au musée.
Editions Dapper
Format 22 X 29 cm
328 pages – 158 illustrations couleurs et 36 en noir et blanc
Evelys Toneg

 

 

A la découverte

des musées de Lombardie

Un samedi matin d’été

à l’ouverture de la Pinacoteca di Brera…

 

Au 28 via Brera, à Milan, se trouve un ancien convent, aujourd’hui sanctuaire des plus belles œuvres de l’art italien. Une fois passée l’austère façade de l’édifice, le regard se porte sur une statue érigée par le sculpteur Antonio Canova en l’honneur de Napoléon Bonaparte dans la cour intérieure, statue qui le représente en empereur romain et qui est nettement moins sensuelle que celle qu’il réalisa de Pauline Bonaparte dans la Villa Borghèse…

 

 

On gravit les marches d’un escalier monumental, et il est impossible de ne pas croiser le regard de la statue de Cesare Beccaria, le grand juriste natif de ce quartier de Milan, et qui fut l’un des fondateurs du droit pénal moderne et premier adversaire de la peine de mort…
Alors même que de multiples trésors attendent à l’intérieur, flâner quelques instants sur ce balcon intérieur qui longe toute la cour au premier étage est un enchantement, surtout lorsqu’il est tôt, le musée ouvre « aux aurores », et qu’un beau soleil éclaire tout l’espace qui vous est réservé, sans l’ombre d’un autre visiteur. Une fois entré, vous pourrez avoir l’agréable surprise d’une exposition temporaire, comme celle réservée au peintre du romantisme italien Francesco Hayez dont on pourra admirer le célèbre « baiser », ainsi que les portraits également passés à la postérité de Verdi et de Manzoni. La collection permanente suit immédiatement, et là, un dilemme se pose inéluctablement : comment appréhender une telle richesse en une seule visite ! Il faudra naviguer, comme autrefois lorsque le quartier était bordé de canaux comblés bien malencontreusement par Mussolini, entre des chefs d’œuvre qui à eux seuls nourrissent des monographies entières…

 

Hayez Le Baiser © Pinacoteca di Brera


Il serait tentant d’aller immédiatement vers la Pietà de Giovanni Bellini, représentation émouvante de la mort du Christ à faire pleurer les cœurs les plus secs ou encore ses deux « Vierge à l’Enfant » qui vous feront presque oublier la proximité d’admirables tableaux de Mantegna à quelques mètres… Cette salle qui porte le numéro VI est décidément inoubliable, une seule solution y revenir au plus tôt…

 

 

©Pinacoteca di Brera


Un peu plus loin, c’est à Lorenzo Lotto que nos regards s’attarderont avec une autre Pietà où deux anges soutiennent avec difficulté le corps du Christ au bas de la Croix alors que sa mère effondrée est elle-même littéralement tenue par saint Jean, la souffrance extrême à la vue de son fils mort l’empêchant de se maintenir encore dans le monde des vivants. A peine reposé le regard de cette scène chargée d’émotions, vous apercevez tout à côté de vous des Tintoret, des Véronèse et même un Titien, vous ne rêvez pas, vous êtes à Brera et vous irez encore longtemps de découverte en découverte…

 

 

 

Piero della Francesca La Vergine con il Bambino e santi

©Pinacoteca di Brera

 

Pinacoteca di Brera
Via Brera, 28 20121 Milano
www.brera.beniculturali.it

 

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La Cène de Léonard de Vinci

La fragilité d'une œuvre éternelle...

 


Ce sont plus exactement deux grandes œuvres qu’abrite le très sobre réfectoire du couvent dominicain de l’église Santa Maria delle Grazie à Milan : la Crucifixion de Montorfano, bien évidemment trop souvent occulté par la fameuse Cène peinte par Léonard de Vinci !

C'est avec un nombre très restreint de visiteurs que nous entrons pour voir l’une des évocations les plus belles du dernier repas du Christ, objet de toutes les interprétations, même les plus farfelues, en raison de la notoriété de l’œuvre. Nous voyons cet espace dans une ambiance certainement plus lumineuse qu’à l’époque du peintre, car depuis, les ouvertures des fenêtres ont été agrandies. Cette lumière reste cependant tamisée et bien entendu tous les regards se portent sur cette fresque mémorable, que l’on n’imaginait pas ainsi alors même que l’on pensait pourtant tant la connaître.

 

© Museo del Cenacolo Vinciano

 

Mais laissons la parole à Goethe qui a consacré toute une réflexion à l’auteur de cette fresque très tôt appréciée dans l’histoire de l’art :


« Telle était l’époque dans laquelle parut Léonard de Vinci, et en même temps que son habileté naturelle lui rendait facile l’imitation de la nature, son esprit profond remarqua bientôt que, derrière l’apparence extérieure, qu’il savait si heureusement reproduire, étaient cachés encore bien des mystères qu’il devait s’efforcer sans relâche de découvrir. Il chercha donc les lois de la structure organique, la base des proportions ; il étudia les règles de la perspective, de la disposition, du coloris ; bref, il tâcha d’approfondir toutes les exigences de l’art. Mais ce qui l’intéressait surtout, c’était la diversité de la figure humaine, sur laquelle se manifeste aussi bien le caractère permanent que la passion momentanée, et ce sera le point auquel nous devrons nous arrêter le plus en étudiant le tableau de la Cène. »

 

détail du Christ © Museo del Cenacolo Vinciano

 

Cette attention toute particulière portée par l’artiste aux caractères des passions humaines par contraste à la Passion préfigurée par la trahison tout juste évoquée dans ce dernier repas est au cœur de la fresque que nous avons devant nous. Jésus vient d’annoncer qu’un des leurs, un disciple donc, le trahira et la stupeur se lit sur tous les visages peints par Vinci. Un espace se fait alors entre les disciples et le Maître, réservant déjà une distance préfigurant les épreuves à venir dans les heures que vont suivre.

 

©Museo del Cenacolo Vinciano

 

Seul Jean semble sinon serein tout au moins à peine surpris par l’annonce, nous savons qu’il sera le seul à rester jusqu’au terme du supplice et qu’il recueillera la Vierge Marie chez lui selon les ultimes paroles du Christ. La tempête règne plutôt chez les autres disciples, c’est à qui de s’interroger : est-ce lui ? Est-ce moi ? Les mains sont particulièrement éloquentes, la plupart des disciples, à l’exception de Jean, font des grands mouvements de protestation, l’épreuve a débuté, et la Cène préfigure la future Eglise en devenir qui aura fort à faire pour gagner son unité et sa paix. On quitte avec peine cette salle du réfectoire mais le temps est minuté pour ne pas endommager la fragile fresque réalisée par Léonard de Vinci…

 

detail © Museo del Cenacolo Vinciano

 

Museo del Cenacolo Vinciano Piazza Santa Maria delle Grazie, 2 - 20123 Milan

www.architettonicimilano.lombardia.beniculturali.it

 

 

 

La Pinacoteca Ambrosiana :

"Pour un service universel"

 


Il est des lieux rares qui, à leur première visite, vous empoignent par leur force, leur caractère, l’héritage laissé aux générations futures. La Pinacoteca Ambrosiana née en 1618 et de manière générale l’ensemble formant un tout conçu par l’admirable cardinal Federico Borromée, archevêque de Milan, font partie de ces lieux marquants qui croisent votre chemin plus que vous ne les avez choisis…

 

 

Si vous avez la chance de rencontrer l’un de ces personnages habités par ces lieux tel Don Rocca, un des docteurs du collège de cette institution, il soulignera dans ces premiers propos que l’institution fut souhaitée par le grand humaniste afin de préserver la culture et de la rendre accessible au plus grand nombre, surtout aux plus démunis. Il évoquera tous ces trésors gardés depuis ce début du XVII° siècle, dans le mouvement de la Contre-Réforme, afin de raffermir les croyants dans leur foi dispersé par les suites de la Réforme. Il soulignera aussi quelques anecdotes telle celle de la gratuité de l’accès à tous les ouvrages de la Bibliothèque en son temps avec la menace d’une excommunication irréversible pour tout vol de ces volumes… On est impressionné par tant de savoir réuni entre les murs de ce palais, particulièrement calme en ces heures d’été milanais.

 

cardinal Federico Borromée

 

La mission léguée par l’illustre archevêque perdure encore aujourd’hui avec la volonté de faire partager au plus grand nombre les trésors de la culture héritée des siècles précédents tout en les confrontant aux cultures d’autres civilisations et d’autres horizons. Chaque docteur, membre du collège administrant l’Institution présidée par un Préfet cooptés par eux, a sa spécialité, et elles sont diverses et variées. Ainsi, ils travaillent chacun à leur domaine tout en bénéficiant du savoir des autres spécialistes réunis en une seule et vaste salle de travail ou seul le silence et l’étude ont droit de résidence…
Le visiteur ne voit bien évidemment que la face immergée de cet édifice de savoir et de connaissance mais c’est grâce à une telle administration qu’autant de chefs d’œuvre et de recherches conjointes ont pu être réunis depuis plus de quatre siècles, exemple unique dans le monde. Des coffres dignes de ceux des banques les plus sûres abritent en leur sein de précieux et fragiles manuscrits, des centaines de mètres d’étagères, savamment classées, conservent des codex incroyables tel cet exemplaire unique et incroyable des œuvres de Virgile qui avait appartenu à Pétrarque et annoté par lui ! Les lieux abritent également dans leur sous-sol, les restes archéologiques du Forum de la ville à l’époque romaine au 1er siècle de notre ère…
Il est impossible de réunir en quelques lignes tout ce que ces lieux offrent à l’intelligence et à l’admiration de l’âme de nos contemporains. Les plus pressés auront à cœur de découvrir les trésors renommés de la peinture réunis dans la Pinacothèque, exposés avec goût et suffisamment d’espace pour reprendre son souffle, et il en faudra, tant les signatures, ici encore, impressionneront les plus blasés.

 

Titien La Maddalena           Luini Gesù Bambino con l'agnello

© Pinacoteca Ambrosiana


Après les fondations antiques de la ville, gravissons quelques escaliers et le premier regard pourra s’arrêter sur cette magnifique Madeleine peinte par le Titien, un personnage que le cardinal appréciait tant en raison du caractère humain qui s’en dégage, entièrement tourné vers la source divine de toute lumière, même les plus fugitives… La même salle offrira la tendre évocation de l’enfant Jésus enlaçant tendrement un agneau évoquée par cette peinture de Bernardino Luini, une œuvre pourtant si dramatique lorsque l’on réfléchit quelques instants à la symbolique représentée par ce jeune animal.

 

Le Caravage Corbeille de fruits © Pinacoteca Ambrosiana

 

Ces premières impressions ne sont que le début d’une visite qui occupera plusieurs heures pour les plus persévérants ou bien quelques découvertes flânées au hasard des salles telle cette célèbre nature du morte du Caravage sous forme d’une corbeille de fruits automnale si différente dans sa simplicité (elle s’autorise même la figuration de feuilles à moitié desséchées) de celle figurant à la Villa Borghèse à Rome. Impossible de passer à côté de l’admirable portrait d’un musicien peint par Léonard de Vinci, le seul portrait masculin que l’on connaisse du peintre et qui représente le compositeur Franchino Gaffurio, auteur de nombreuses messes et motets pour la cathédrale de Milan entre le XV° et XVI° siècle.

 

Léonard de Vinci Le musicien © Pinacoteca Ambrosiana


La liste est longue des trésors à découvrir dans ces lieux où le silence règne et ou le personnel de surveillance est d’une délicatesse rare dans les musées de nos jours. Il faudra encore réserver de longs instants pour admirer le Codex Atlantico de Léonard de Vinci séparé en feuilles préservées de l’agression du temps dans des vitrines protectrices alignées tout au long de l’impressionnante Bibliothèque conçue selon la règle du nombre d’or, prônant l’équilibre parfait des dimensions dont la Renaissance fera grand usage. Un instant de sérénité extrême vous gagne et vous n’avez qu’un seul désir à l’esprit, revenir goûter ces rares moments de bonheur dans des lieux si généreux !

 

Codex Atlantico © Pinacoteca Ambrosiana

(Lexnews tient à remercier tout particulièrement Don Rocca pour ses généreuses informations et présentation des lieux)

 

 

VENERANDA BIBLIOTECA AMBROSIANA

Piazza Pio XI, 2 - 20123 Milano
www.ambrosiana.eu

 

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Le Palazzo della Ragione per Accademia Carrara et une exposition de peinture italienne à Bergame…


 

« Vincere il Tempo », vaincre le temps… tel est l’ambitieux programme de cette nouvelle exposition dans l’éternel Palazzo della Ragione, symbole architectural de cette victoire sur le temps tant l’édifice a surmonté les siècles avec fierté et peut même s’enorgueillir de vieillir en beauté ! Dans un espace à couper le souffle avec une voute de plusieurs mètres de haut, cerné de toute part par des fresques sur les murs de pierre de taille et surmonté d’une charpente comme on ne peut même plus les rêver, voici réunie une sélection des plus beaux tableaux de l’Accademia Carrara.

 

 

La vénérable institution est en travaux jusqu’à sa réouverture que l’on espère proche, en attendant des expositions se poursuivent néanmoins dans ce très beau Palazzo della Ragione . C'est ici que se tient la très belle exposition « Vincere il Tempo » qui poursuit d'une certaine manière l’exposition qui avait été menée jusqu’aux portes de Caen l’année passée avec une présentation des œuvres réunies par le comte Giacomo Carrarra tout au long du XVIII° siècle. La visite permettra ainsi d’apprécier toutes les œuvres de Lorenzo Lotto conservées par l’Accademia, un peintre qui réalisa un grand nombre de tableaux de qualité dans la ville et dans les églises avoisinantes en cherchant à entretenir un certain dialogue entre l’art vénitien et l’art lombard.

 

 

Giovanni Bellini                    Lorenzo Lotto

Madonna con il Bambino    Noces mystiques de Ste Catherine

Bergamo, Accademia Carrara. © LEXNEWS

 

 

De nombreux chefs d’œuvres furent réunis grâce à l’esprit visionnaire de collectionneurs avisés tels Carrara mais également Giovanni Morelli au XIX° siècle, qui surent réunir des peintures de Pisanello et de Bellini avec notamment cette magnifique Madonna col Bambino acquise en 1891. Le visiteur se laisse entraîner par une belle scénographie circulaire, presque dans la pénombre, allant de merveilles en merveilles de la peinture italienne détenue par l’Accademia Carrara…



www.accademiacarrara.bergamo.it

 

 

 

Cézanne et Paris
12 octobre 2011 – 26 février 2012
Musée du Luxembourg

 

 


L’idée de cette exposition part d’une intuition : celle d’inverser le regard habituellement porté sur l’œuvre du peintre Cézanne trop indissociablement associé à la lumière de la Provence. Si, bien entendu, il ne saurait être question d’occulter l’importance des fameuses représentations de la montagne Sainte-Victoire dans la création du peintre né à Aix (1839-1906), Denis Coutane, le commissaire de l’exposition, reconnaît volontiers que le défi serait atteint avec cette exposition si les visiteurs prenaient conscience de l’importance des « Paris » de Cézanne. Nous réalisons en visitant cette belle exposition placée dans un décor très sobre mettant en avant les œuvres bénéficiant de vastes espaces d’accrochage que Cézanne a passé en effet beaucoup plus de temps qu’il n’y parait dans et autour de Paris, près de la moitié de sa vie de peintre, autant qu’en Provence ! Une autre donnée statistique est rappelée dans l’exposition : sur près de mille tableaux peints par Cézanne, plus de trois cent cinquante ont été réalisés dans le Nord, cela donne à réfléchir ! Et c’est justement cette réflexion qui est sollicitée dès les premiers espaces d’exposition. Il ne faut pas s’attendre à de multiples vues de la capitale comme le fit son contemporain, Gustave Caillebotte. Le Paris de Cézanne est tout autre, plus intérieur et les quelques rares vues de la ville sont plutôt énigmatiques qu’emblématiques si l’on pense à cette surprenante vue sur les toits de Paris alors que l’artiste habitait rue de l’Ouest…

 

 

 

Paul Cézanne Les Toits de Paris 1881-1882 Huile sur toile 59,7 x 73

© Collection particulière


L’exposition rappelle que Cézanne était l’ami d’enfance de Zola dès le collège Bourbon d’Aix en Provence qu’ils fréquentaient en même temps. C’est d’ailleurs ce même Zola qui invitera ardemment son jeune camarade à venir le rejoindre à Paris où il avait déménagé avec sa mère. A partir de là, commence une maturation picturale dans laquelle la capitale va jouer à la fois le rôle de pigment et en même temps de toile. Il puise dans ces années une certaine familiarité avec le passé, il fréquente avec passion le Musée du Louvre, sans pour autant s’y enfermer. Il n’a pas de vision radicale balayant les maîtres du passé, mais plutôt cherche à « ajouter un nouveau chainon… » selon sa propre expression. Ce sont ces chainons qui sont mis en évidence dans ce beau travail analytique réalisé par les responsables de cette exposition. La dynamique de la création artistique est ainsi, d’une certaine manière, éclairée d’un jour nouveau et les toiles du maître se mettent à parler, comme les meilleurs témoins du peintre.

 

Poteries, tasse et fruits sur nappe blanche Paul Cézanne
The Métropolitan Museum of Art © The Metropolitan Museum of Art, Dist. service presse Rmn-Grand Palais / Malcolm Varon Vers 1877 Huile sur toile - 60,6 x 73,7 cm

 

Prenons les natures mortes et les portraits de Cézanne et ce qu’ils sont susceptibles d’exprimer à qui veut bien les écouter. Dans la même salle se trouve un tableau représentant un plat de pommes sur fond de papier peint, papier que l’on retrouve également dans Madame Cézanne cousant. Alors que le motif du papier commence à annoncer avant l’heure le cubisme, la représentation de premier plan exprime au mieux ce que Paris est en train de produire dans l’âme du peintre. Cette maturation que rend possible la vie foisonnante des ateliers d’artistes trouve progressivement ses repères dans ces formes simples et à la fois profondes, dignes des plus grandes évocations sociales de son ami Zola ! Paris est bien la capitale des arts et Cézanne y puise une sève nourricière mise en évidence par le très beau parcours proposé au musée du Luxembourg cet automne !

LES LECTURES DE L'EXPOSITION...

 

 

Le catalogue de l'exposition, lire notre chronique

 

 

 

 

Cézanne et Paris, Denis Coutagne

Cézanne, puissant et solitaire, Michel Hoog

Découvertes Gallimard, 2011

 

 

« Maori, leurs trésors ont une âme »

musée du quai Branly, Galerie Jardin, jusqu’au 22 janvier 2012.


 


C’est au musée du quai Branly, dans la Galerie Jardin et jusqu’au 22 janvier 2012, que les Maori de Nouvelle-Zélande exposent leurs trésors autour d’un événement unique « Maori, leurs trésors ont une âme ». Avec une approche qui n’est ni anthropologique, ni ethnologique, mais vivante et contemporaine, les Maoris ont investi « scènographiquement » la galerie jardin en mettant en espace et en lumière des œuvres majeures de leurs traditions ancestrales, les taongas, et celles des artistes contemporains qui expriment les liens et les imbrications, de génération en génération, de l’histoire du peuple Maori, des luttes politiques et de la préservation des richesses propres à leur culture.
Trois espaces principaux avec des focus historiques permettent à tout à chacun de suivre et de comprendre l’importance des traditions et celle de lutter en permanence politiquement et artistiquement pour garder la culture Maori indépendante et prête à être pleinement dans le 21ème siècle.
Dans la déclaration d’indépendance de 1835, les Maori affirmaient clairement leur volonté inextinguible de conserver leur souveraineté ; détermination confirmée lors de la signature en 1840 du « Te Tiriti o Waitangi » (traité de Waitangi), qui ancrait fermement l’autorité des Maori sur leurs terres, leurs forêts, leurs zones de pêche, de regagner le contrôle de leur culture, de leur identité et de leurs ressources.

Pūtōrino (bugle flute), date unknown, maker unknown, New Zealand, wood, flax. Te Papa

© Museum of New Zealand Te Papa Tongarewa


Pour les Maori, tout est lié et il existe naturellement une interrelation entre toutes choses animées et non animées. Il est proposé à chacun, en entrant dans l’univers du Whakapapa
(identité et interconnexion) de caresser une pierre belle et fraîche qui nous met en lien avec l’Esprit des Maori. Quelle meilleure façon d’accepter les différences et les propos culturels de ce peuple que de commencer par respecter une de ces traditions ?
 

Tout au long du parcours de cette exposition, et en traversant les différents espaces consacrés au Wahakapapa, système de référence généalogique et d’identité culturelle, à l’expression du Mana, l’intégrité - charisme et leadership, au Kaitiakitanga, la sauvegarde et la protection de l’environnement naturel, sont abordés tous les principaux sujets de réflexions culturelles contemporaines et traditionnelles qui rendent compte du contexte assez complexe de la culture des Maori. Alors, oublions tous nos modèles occidentaux, car cette exposition nous propose le monde vu selon les perspectives Maori, illustré par les 250 œuvres présentées, allant des récits cosmologiques et généalogiques aux œuvres des plus contemporaines. Du symbole de la pirogue par laquelle les ancêtres sont arrivés en Nouvelle-Zélande : le Waka, de l’importance de la maison communautaire et ses règles de respect : la Whare Tupuna, de l’art du tatouage : le Ta Moko, des trésors personnels et leurs véritables pouvoirs : les He Taonga Rakai, des instruments de musique : les Taonga Puoro, de la langue vivante Maori : le Te Reo, de l’influence des femmes dans le développement et la préservation de la culture Maori : le Mana Wahine à la gestion des ressources de l’environnement, c’est une découverte complète de la culture et de l’histoire du peuple Maori de Nouvelle-Zélande qui nous est expliquée là. De superbes pièces traditionnelles, ancestrales inédites se mêlent les œuvres d’artistes contemporains avec une douce évidence esthétique.
Art numérique, sculptures, photographies, colonnes et fronton sculptés de maison des ancêtres, bijoux, hameçons, pirogue et pagaies, proue de canoë, objets rituels de tatouage, flûtes, tous ces trésors témoignent du raffinement et de la richesse de l’art et de l’artisanat des Maori.

 

Matau (fish hook), 1500–1800, maker unknown, New Zealand, bone, fibre. Te Papa

© Museum of New Zealand Te Papa Tongarewa


La culture de Maori n’a donc jamais cessé d’exister même si des événements politiques ont tenté de la faire disparaître. Cette exposition qui s’adresse à tous, est le témoignage vivant de la force de cette culture et l’affirmation de la volonté de tout un peuple de maîtriser sa culture et son devenir. Comme le dit cet adage Maori « I Mua I Muri, le passé est devant, l’avenir est derrière » signifie bien que tous les éléments qui font la culture Maori sont interactifs et « inter-reliés ». C’est certainement pour cela que l’on se promène parmi tous ces trésors avec autant de plaisir, sans appréhension et sans complexe puisque cette puissance qui relie tout à tout nous enveloppe immédiatement. Sans doute l’âme des Maoris…
La plupart des objets exposés viennent du Museum of New Zealand Te Papa Tongarwa chargé du commissariat de cette exposition.

Pour tout un programme des manifestations qui entourent cette exposition, vous trouverez toutes les informations pratiques sur le site www.quaibranly.fr

Le catalogue de l’exposition
Coédition du musée du quai Branly-Somogy propose une traduction française du catalogue original « E tu Ake : Maori Standing Strong »
192 pages 21X24 cm 156 illustrations
En exclusivité depuis le 5 octobre à la librairie du musée avant la sortie nationale le 9 novembre, un DVD « Maori », premier volume de la nouvelle collection « Dialogues avec le monde » éditée par France télévision Distribution – Collection du quai Branly
Hors-série de 44 pages et environ 80 illustrations de Beaux Arts magazine

Evelys Toneg

 

 

Au Royaume d'Alexandre le Grand, la Macédoine antique

musée du Louvre jusqu'au 16 janvier 2012.

 



Pour Sophie Descamps-Lequime, commissaire de l’exposition, les nombreuses découvertes archéologiques entreprises depuis près de trente ans ont radicalement redessiné le paysage de la Macédoine antique. Que l’on pense quelques instants à la fascinante découverte de la tombe de Philippe II laissée depuis ces temps anciens inviolée et livrant des trésors qui allaient illustrer dorénavant tout ce qui n’était jusqu’alors qu’hypothèses et suppositions. 500 œuvres sont ici réunies, au musée du Louvre, dans une scénographie sombre et propice à faire ressortir l’éclat des nombreux trésors où les ors témoignent de l’extrême habilité des artisans telle cette admirable Couronne de feuilles de chêne en or retrouvée dans le sanctuaire d’Eukleia.

 

 

Il n’y a pas que les ors qui éclairent cette très riche exposition devant être lue à plusieurs niveaux comme le propose le parcours pédagogique conçu pour les visiteurs. La dextérité des autres métiers d’art surprendra également plus d’une personne, et là encore bien des préjugés tomberont sur des savoir-faire que l’on pensait réservés à une époque plus contemporaine de la nôtre avec des clairs-obscurs et des effets de perspective avant l’heure…

Les premiers espaces sont ouverts sur la Macédoine antique avec les grandes découvertes réalisées par les pionniers de l’archéologie macédonienne et notamment la mise au jour de l’immense tumulus de 110 mètres de diamètre par Manolis Andronikos en 1977 qui abritait la fameuse tombe inviolée de Philippe II !
La chronologie adoptée pour ce parcours permettra au visiteur de prendre conscience de l’émergence des premières dynasties royales. Avec cette organisation politique, les richesses s’accumulent démontrant rapidement que le Macédoine est un pays riche, avec lequel il faudra savoir composer, à la veille de la grande royauté des Ve et VIe siècles. L’œil ne sait plus où s’arrêter tant les témoignages de ces époques affluent, les uns pour leur importance archéologique, les autres pour la virtuosité extrême de ses artistes !

 

Médaillon d'Olympias


Le cœur même de l’exposition est bien entendu réservé à Philippe II et à son célèbre fils Alexandre. Philippe a retenu les leçons de sa captivité à Thèbes et va avoir à cœur d’améliorer la formation de l’armée macédonienne. La terrible sarisse, lance de près de 5 mètres, associée à l’organisation des soldats en phalange feront des ravages auprès des armées adverses. L’expansion est ainsi programmée sur des bases solides qui ouvriront les portes au futur conquérant de l’Orient…
Le visiteur s’arrêtera longuement sur des œuvres exceptionnelles si l’on en juge leur provenance : une Oenoché, une coupelle d’argent et un trépied trouvés dans la tombe de Philippe II.
Le parcours réserve encore bien des surprises avec des vitrines emplies de trésors du quotidien tel ce magnifique Bracelet à têtes de bouquetin en or ou encore l’incroyable buste d’Athéna coiffée de la tête de Méduse que l’on dirait fait d’hier…

 

 

Le catalogue de l'exposition, lire notre chronique

 

 

 

Pompéi - Un art de vivre - Musée Maillol
du 21 septembre 2011 au 12 février 2012

OEnochoé à tête de femme bronze H. 14 cm Inv. 77839
Soprintendenza Speciale per i Beni Archeologici di Napoli e
Pompei Fouilles de Herculanum © Soprintendenza Speciale per i Beni Archeologici di Napoli e
Pompei / Photo Pio Foglia


Peut-on encore imaginer le récit de Pline le Jeune à Tacite, ce 24 août 79, dans la baie de Naples après avoir vu la très belle exposition, Pompéi – un art de vivre au musée Maillol ? Tout semble tellement rayonner de beauté, de plaisir et d’insouciance qu’il est difficile de relire les lignes pourtant vécues en direct, premier témoignage digne d’un envoyé spécial… Ce fut le dernier jour de Pompéi, une catastrophe qui laissera à jamais une empreinte dans la mémoire collective jusqu’à nos jours, sublimant nos peurs et notre angoisse du jour dernier. Mais, ici, au musée Maillol, point de fumerolles ! Patrizia Nitti, la directrice artistique, a souhaité reconstituer pour notre XXI° siècle une domus représentative de cette époque. Le musée Maillol transformé en maison à atrium fait ainsi revivre les différents espaces quotidiens des Pompéiens avec un mode de vie d’une étonnante modernité qui surprendra le visiteur habitué aux préjugés sur les temps anciens. Deux cents œuvres venant de Pompéi et des autres sites du Vésuve sont ainsi mises en l’espace dans une très belle scénographie d’Hubert le Gall.

 

Baignoire bronze H. 44 ; L. max 63 ; l. 160 cm Inv. 73007
Soprintendenza Speciale per i Beni Archeologici di Napoli e
Pompei Museo Archeologico Nazionale di Napoli
© Soprintendenza Speciale per i Beni Archeologici di Napoli e Pompei / Photo Pio Foglia

 

C’est bien entendu les soins du corps et le thermalisme qui étonneront en premier. Les plus riches demeures sont équipées de bains privés et, à défaut, d’un lavabo (lavatio), d’une baignoire en marbre ou en bronze accompagnées de tout le nécessaire pour la toilette. Ces espaces de soins soulignent ainsi un raffinement toujours surprenant lorsque l’on considère ces premières décennies de notre ère.
 

 

 

 

 

Le corps est également abordé dans cette exposition d’une manière plus intime encore avec l’omniprésence d’Eros dans cette société pompéienne. Le professeur Antonio Varone, directeur des fouilles archéologiques de Pompéi, a bien su reconstituer un petit aperçu de l’univers érotique des habitants de cette ville. L’audace des représentations étonnera plus d’un visiteur, comme quoi l’Antiquité ne peut être taxée de pudibonderie à toutes les époques !

 

Barque en forme de phallus avec Pygmées fresque H. 78 ; L. 209 cm inv. 41654
Soprintendenza Speciale per i Beni Archeologici di Napoli e Pompei Fouilles de Pompéi
© Soprintendenza Speciale per i Beni Archeologici di Napoli e Pompei / Photo Pio Foglia

 

Satyres et Hermaphrodites venaient hanter l’imaginaire et les fantasmes des habitants de la Pompéi antique qui avaient sous les yeux dans ces fresques d’une étonnante fraicheur, l’évocation du plaisir, un plaisir d’ailleurs plutôt décliné au masculin…
Il faudra réserver un petit espace dans son agenda de la rentrée pour cette exposition à découvrir avant le 12 février, une exposition qui en quelques instants vous transportera sous les latitudes pour l’instant clémentes du climat napolitain…

 

Fontaine à cascade mosaïque H. 240 ; L. 200 ; P. 177 cm inv. 40689 a-g
Soprintendenza Speciale per i Beni Archeologici di Napoli e Pompei Fouilles de Pompéi
© Soprintendenza Speciale per i Beni Archeologici di Napoli e Pompei / Photo Pio Foglia

 

Musée Maillol
Olivier Lorquin, Président
Patrizia Nitti, Directeur artistique
Comité Scientifique
Teresa Elena Cinquantaquattro, Surintendante, Soprintendenza Speciale per i Beni Archeologici di
Napoli e Pompei
Alain Pasquier, Conservateur général honoraire du Patrimoine
Commissariat de l’exposition
Valeria Sampaolo, Directrice du Museo Archeologico Nazionale di Napoli
Antonio Varone, Directeur des fouilles de Pompéi
Stefano De Caro, Directeur général honoraire du Patrimoine archéologique, Professeur à l'Università
Federico II di Napoli
Scénographe
Hubert le Gall

Catalogue coédition Gallimard - Musée Maillol, 224 pages, 220 illustrations environ
Album de l’exposition Gallimard, 48 pages, 55 illustrations
Hors-Série Le Figaro

MUSÉE MAILLOL - FONDATION DINA VIERNY
59-61, rue de Grenelle
3375007 Paris
Tél : 01 42 22 59 58
Fax : 01 42 84 14 44
Métro : Rue du Bac
Bus : n° 63, 68, 69, 83, 84
www.museemaillol.com

 

 

Beauté, morale et volupté dans l'Angleterre d'Oscar Wilde
Musée d'Orsay

Cette exposition explore l'"aesthetic movement" qui, dans l'Angleterre de la seconde moitié du XIXe siècle, se donne pour vocation d'échapper à la laideur et au matérialisme de l'époque, par une nouvelle idéalisation de l'art et de la beauté. Peintres, poètes, décorateurs et créateurs définissent un art libéré des principes d'ordre et de la moralité victorienne, et non dénué de sensualité.

 


Des années 1860 à la dernière décennie décadente du règne de la reine Victoria, qui s'éteint en 1901, ce courant est étudié à partir des oeuvres emblématiques de Dante Gabriel Rossetti, Edward Burne-Jones et William Morris, James McNeill Whistler, Oscar Wilde et Aubrey Beardsley. Tous sont réunis dans une même quête associant la création artistique à l'art de vivre et qui trouve des terrains d'expression féconds dans les domaines de la photographie, des arts décoratifs, du vêtement et de la littérature.
 

Commissaires
Stephen Calloway, conservateur au Victoria & Albert Museum
Lynn Federle Orr, conservateur au Fine Arts Museum de San Francisco
Yves Badetz, conservateur au musée d'Orsay

Exposition également présentée à :
Londres, Victoria & Albert Museum, du 2 avril au 17 juillet 2011
San Francisco, Fine Arts Museums, du 18 février au 17 juin 2012

 

 

 

 
 

 

 

 

Fra Angelico

et

les Maîtres de la lumière

 

Musée Jacquemart-André

du 23/09/2011 au 16/01/2012

Fra Angelico et les Maîtres de la lumière

Le Musée Jacquemart-André consacre une exposition à Fra Angelico. Le Musée Jacquemart-André est le premier musée français à rendre hommage à Fra Angelico, figure majeure du Quattrocento. L’exposition présente près de 25 œuvres majeures de Fra Angelico et autant de panneaux réalisés par les peintres prestigieux qui l’ont côtoyé : Lorenzo Monaco, Masolino, Paolo Uccello, Filippo Lippi ou Zanobi Strozzi.


L’EVENEMENT : POUR LA PREMIERE FOIS, UN MUSEE FRANCAIS CONSACRE UNE EXPOSITION A FRA ANGELICO

Alliant dans ses œuvres l’éclat des ors, hérité du style gothique, à la nouvelle maîtrise de la perspective, Fra Angelico (1387-1455) a pleinement participé à la révolution artistique et culturelle que connaît Florence au début du XVe siècle. Il a ainsi été l’initiateur d’un courant artistique que les spécialistes ont appelé les « peintres de la lumière ».

Autour de lui, seront évoqués les peintres illustres qui ont eu une influence significative sur son art, comme son maître Lorenzo Monaco (1370-1424), Masolino (1383-v. 1440) et Paolo Uccello (1397-1475), ainsi que les artistes qu’il a inspiré à son tour, tels que Filippo Lippi (1406-1469) ou Zanobi Strozzi (1412-1468).

 

Fra Angelico (1387-1455), Le Couronnement de la Vierge, 1434-1435, tempera sur bois, 112 × 114 cm, Galerie des Offices, Florence
© 2010. Photo Scala, Florence - courtesy of the Ministero Beni e Att. Culturali

Musée Jacquemart-André :
158, bd Haussmann
75008 Paris
Tél. : 01 45 62 11 59
Fax : 01 45 62 16 36

 

 

Enluminures, Moyen Age et Renaissance
Jusqu’au 10 octobre 2011
Musée du Louvre

Guillaume Vrelant, Arbre de consanguinité,
département des Arts graphiques, musée du
Louvre, RF 1698 © 2006 musée du Louvre /
Martine Beck-Coppola

 

« La peinture mise en page », tel est le sous-titre d’une exposition qui se tient aux salles Mollien dans l’aile Denon du musée du Louvre cet été. L’expression est bien trouvée, car le visiteur s’étonnera plus d’une fois des prouesses qu’il aura fallu mettre en œuvre pour miniaturiser à ce point certaines évocations dans un si petit espace pictural ! Dominique Cordelier, le commissaire de l’exposition, est intarissable sur le sujet ! Il vous fait naviguer d’une enluminure à l’autre comme s’il était un contemporain des nombreux artistes qui ont concouru à créer cet art trop souvent ignoré jusqu’à peu. Soixante-dix enluminures sont ainsi réunies pour la première fois et forment de cette manière un tableau miniature de la rencontre entre la page et la peinture dans un dialogue entrelacé. Le livre peint s’offre à la lecture et à la contemplation, pour notre regard profane nous les jugerons essentiellement sur ce deuxième critère… Rassurons-nous, des esprits peu scrupuleux avaient dès le XVII° siècle opérer un tel tri de manière plus radicale en découpant ces petits tableaux des manuscrits pour lesquels ils avaient été créés !


L’art de l’enluminure désigne les peintures qui illustrent un texte, s’en font l’écho ou au contraire en annoncent les futurs développements. L’exposition en présentant des témoignages majeurs de Jean Fouquet, Lorenzo Monaco ou Giulio Clovio nous introduit dans un univers moins hermétique qu’il n’y paraît surtout lorsque leurs portes sont ouvertes avec tant d’intelligence.

 

Jean Fouquet, Le Passage du Rubicon par César
département des Arts graphiques, musée du
Louvre, RF 29493© RMN /Thierry Le Mage


Prenons l’un des noms les plus connus de l’enluminure française du XV° siècle, Jean Fouquet et traversons le Rubicon avec César, thème de l’œuvre présentée sur un parchemin haut en couleur où l’armée du grand stratège romain campe sur la gauche du fameux fleuve qui ne devait être en aucun cas traversé par des forces en armes. L’espace pictural est délimité par une miniature cintrée d’à peine plus de 2 cm de largeur et de hauteur.

 Le cheval ainsi que l’illustre cavalier sont bien loin des équipements antiques ! Armures et selleries sont toutes d’or revêtu, le cheval bien rassemblé fait signe d’un premier pas vers l’Histoire, sous nos yeux qui suivent l’admirable perspective suggérée par le fameux cours d’eau…

 

C’est toujours en Italie que nos regards s’attarderont avec l’art de Lorenzo Monaco pour une évocation sacrée des Trois Marie au tombeau. Il s’agit d’un livre de chœur dont Vasari avait souligné l’exceptionnelle beauté en son temps. La lettre A de l’Angélus enserre entre ses branches l’un des moments les plus importants de la chrétienté, celui du jour de Pâques où le Christ n’est plus dans son tombeau et un ange annonce aux trois femmes qu’Il est ressuscité… Comment un artiste pourtant habitué aux compositions les plus monumentales a-t-il pu insérer en un si petit espace autant d’intensité et d’émotions ? Les soldats endormis, le cercueil ouvert avec des formes triangulaires symbolisant la Trinité, les femmes écoutant le message si lourd de conséquences pour les siècles à venir et passés, tout est là, tout est dit…

 

Lorenzo Monaco, Les trois Marie au tombeau,
département des Arts graphiques, musée du Louvre,
RF 830 © RMN /Thierry Le Mage


Tous ces trésors se trouvent au Louvre, pendant cet été, au premier étage de l’aile Denon, passeport pour un merveilleux voyage dans l’Europe médiévale et de la Renaissance !

 

 

Philippe de Mazerolles (Maître du Froissart de Philippe de Commynes)

Bifeuillet du Livre d’heures noir de Charles le Téméraire

 département des Arts graphiques, musée du Louvre, MI 1091

 © RMN /Thierry Le Mage

 

 

7 juillet - 10 octobre 2011
Aile Denon, 1er étage, salles Mollien
Horaires
Exposition ouverte tous les jours de 9h à 18h,
sauf le mardi, nocturnes jusqu’à 21h45 les
mercredi et vendredi.
Renseignements
Tél. 01 40 20 53 17 - www.louvre.fr

 

 

 

Exposition Yamada
Métamorphoses
du 10 septembre au 8 octobre 2011

GalerieAnne-Marie et Roland Pallade - Lyon

 

L’empire du lien

La surprise préside au travail de Yamada. Ou mieux, l’étonnement, l’interrogation propice à la spéculation et au concept. Pour autant, rien n’est plus concret (on serait tenté d’écrire, essentiellement élémentaire) que cette œuvre qui perçoit plastiquement le monde tel un inépuisable vivier de matériaux et de formes. Tuyau, bois, fer, tissus, plexiglas, goudron, résine, papier, plomb, bronze, béton armé, peau, céramique… rendent compte du vide, du ductile, du rugueux, du lisse, du soyeux, par l’entremise de pratiques multiples (peinture, dessin, sculpture, photographie, installation).
La captation sensible, quasiment sensuelle, du réel, se dévoile ainsi dès le premier regard. Dans le même mouvement, l’art de Yamada s’avoue comme hétérogène. Il s’apparente à une culture du fragment, de l’objet abandonné, remis en question, réinvestit par l’artiste. L’œuvre devient le lieu complexe de la translation, de l’échange entre les choses et les personnalités, l’artiste se transformant en intercesseur, tel le garant d’une nouvelle approche cohérente du monde. Ici, se discerne un aspect «Grand horloger», un désir d’ordonnancement de l’univers à partir de ses éléments, de ses parcelles, de ses éclats. Yamada n’a-t-il pas réalisé dans la moitié des années quatre-vingt, une série de «peintures sans peinture», à partir de milliers de bribes d’affiches déchirées ? Le matériau prenant ainsi le pas sur la citation et la référence, le collage assumant son rôle de principe actif en renouvelant la technique de la mosaïque. Une pratique composite de la (re)composition du réel où la présence de l’homme s’affirme dans le temps et l’espace, dans sa profondeur intérieure, sa lisibilité relative, son rapport au visible et à l’invisible.


 

Sans doute est-il utile de rappeler que Yamada a quitté son Japon natal en 1973 pour étudier à Paris dans l’atelier de César. Un exil pour découvrir et approfondir une culture différente mais avant tout pour se réapproprier sa propre existence au travers d’autres références, d’autres signes, d’autres codes. Beaucoup plus qu’une simple formation, un voyage initiatique dont on retrouve les transpositions dans les traces, empreintes, souvenirs, réminiscences qui jalonnent son œuvre. La conversion et la transmutation impliquent un alchimiste. Les métamorphoses relèvent des Dieux ou des fabulistes. Yamada est tout cela mais plus encore un passeur occupant une place singulière à la confluence de deux mondes, deux esthétiques. Un point cardinal unique dont il a lui-même établi les coordonnées. Un point de vue qui lui permet de jouer avec la volupté des maîtres, de la tresse, de la torsade, de la ligature. Le lien comme pratique, comme sujet, comme expérience, structure ce travail en suspension, en attente, à l’image d’un plongeur saisit entre le ciel et l’eau. Au fil du temps, le plongeur de Paestum s’élance dans la Vague de Hokusaï…
Sous l’empire du lien, Yamada capte plus que jamais les métamorphoses de la forme, du sens et la trace de l’éphémère.


Robert Bonaccorsi
 

 

art contemporain
35, rue Burdeau - 69001 LYON
galerie@pallade.net
www.pallade.net
09 50 45 85 75

 

 

 

 

De Finiguerra à Botticelli. Les premiers ateliers italiens de la Renaissance
du 07-07-2011 au 10-10-2011
Musée du Louvre

Copiste d’Altichiero, Deux études de cabane,

trois oiseaux et une pomme encre et tempera sur parchemin,

département des Arts graphiques, musée du Louvre, inv. 844 DR /
Verso © 2008 Musée du Louvre / Angèle Dequier


Avec l’exposition « De Finiguerra à Botticelli », nous retrouvons les plus beaux témoignages de la collection du baron Edmond de Rothschild et nous entrons dans l’intimité des premiers ateliers italiens de la Renaissance pour y découvrir dessins, nielles et estampes, admirables de beauté. Catherine Loisel, conservateur en chef des Arts graphiques du Musée du Louvre et Pascal Torres, conservateur de la collection Edmond de Rothschild ont tous deux conçu un parcours remarquable dans ce qui peut être considéré comme l’antichambre de la Renaissance italienne. Pour quelles raisons ? La première tient à l’articulation de l’exposition autour de deux livres de modèles que le visiteur pourra découvrir en se souvenant qu’il s’agit presque là d’une date de naissance, d’un point de départ pour l’incroyable aventure qui éclairera tous les arts non seulement en Italie, mais dans l’Europe entière. Le baron, grand collectionneur, eu la justesse d’esprit et de goût de se porter acquéreur à la fin du XIX° siècle de plusieurs séries d’albums et de carnets de dessins d’artistes italiens très souvent délaissés à cette époque…
Ces dessins du Quattrocento sont ainsi mis en rapport avec des incunables, pour la plupart jamais exposés, et cette créativité sera telle qu’elle donnera naissance à l’art de l’estampe, naissance que nous pouvons presque deviner avec le travail exceptionnel de Maso Finiguerra. Le dessin est alors au cœur des arts de cette époque et se trouve à la base de toute recherche artistique. La plupart des recueils de dessins de cette époque ont été démembrés et ont disparu. Cela n’en donne que plus de valeur aux deux livres ici réunis. C’est à une véritable enquête que s’est livrée Catherine Loisel pour l’Album Bonfiglioli-Sagredo-Rothschild acquis chez Christie’s le 15 juin 1883 par Edmond de Rothschild. Le gothique prédomine sur ces cartons avec des édifices inspirés d’univers oniriques ou de souhaits les plus fous à une époque en devenir. Catherine Loisel passionnée par cette recherche n’hésite pas à vous avouer que ces architectures tissent des liens indéniables avec les fameuses fresques d’Altichiero tout en soulignant immédiatement que certains détails telles ces colonnes grêles qui reviennent souvent sur ces dessins laissent également penser aux fresques d’Avanzi…
Nous réalisons ainsi qu’à l’image d’une galaxie en formation, nous sommes dans une période d’une telle effervescence artistique qu’il faudra accepter ces interrogations comme preuve de la créativité de cette région de l’Italie septentrionale !
 

Animé par la même passion, Pascal Torres vous fait découvrir cette exceptionnelle transition de l’art du nielle à l’estampe, perceptible à vos yeux, grâce à une très belle présentation d’œuvres uniques ici réunies. Cette technique de transfert d’émail noir sur papier au moyen d’une plaque de métal précieux anime tout le XV° siècle avant de tomber dans l’oubli. On sent toute son âme vibrer lorsqu’il évoque cette épreuve de nielle en soufre à quelques centimètres de nous, réalisée très probablement par Maso Finiguerra. Cette petite plaque représentant Le Couronnement de la Vierge prend alors une tout autre dimension : nous avons l’impression en l’écoutant que l’artiste florentin nous regarde et s’instruit lui-même de ce qui est dit. Finiguerra a-t-il eu conscience de l’avenir de cette technique du trait et de la gravure en Florence dans son atelier, marquant l’histoire de l’art pour les siècles à venir ? Il est fort probable que l’artiste devait être un peu comme ces apôtres du Christ dans cette épreuve de nielle en soufre « Jésus au mont des Oliviers » peu conscient du rôle qu’il allait avoir tout en étant dans l’Histoire en favorisant un dialogue fertile entre les grands ateliers de cette époque…

Maso Finiguerra (Florence, 1426-Florence, 1464),
Jésus au mont des Oliviers, épreuve de nielle en soufre,
6,1 x 4,5 cm., département des Arts graphiques, musée
du Louvre, 1 Ni © RMN / Stéphane Maréchalle


Toujours est-il que les découvertes sont nombreuses dans cette exposition qui aurait mérité un espace plus important, il faudra en effet se rendre dans les salles un peu exiguës de l’Aile Sully au 2e étage. Mais l’effort sera vite récompensé en ayant la chance jusqu’au 10 octobre de découvrir également l’incroyable « Combat d’hommes nus » d’Antonio Pollaiuolo considéré comme la première estampe signée de la Renaissance italienne !

Commissaire(s) : Catherine Loisel et Pascal Torres, département des Arts graphiques, Musée du Louvre

Informations pratiques
Lieu : Aile Sully, 2e étage, salles 20-23
tous les jours de 9 h à 17h45 sauf mardi, nocturnes mercredi et vendredi jusqu’à 21h45.
Renseignements :
01 40 20 53 17

 

 

Maya de l'aube au crépuscule, collections nationales du Guatemala
du mardi 21 juin au dimanche 2 octobre 2011
musée du quai Branly


Il aura fallu attendre le 19e siècle pour que soient découvertes, dans le foisonnement des forêts vierges du Belize, de l’Honduras, du Salvador, du sud du Mexique et du « cœur du monde maya » le Guatemala, les ruines mayas. L’attrait pour la culture « des Grecs du Nouveau Monde », comme les appelaient les archéologues du même siècle, n’a pas cessé de croître depuis et c’est une exposition unique que propose le musée du quai Branly, en retraçant le développement de la civilisation maya, son apogée et son déclin à travers 162 objets de cet art préhispanique, étonnant de modernité, prêtés par les collections nationales du Guatemala.
Quel saut dans l’histoire nous propose là le musée du quai Branly !
Tout au long d’un parcours, dans la mezzanine Est et jusqu’au 2 octobre 2011, on découvre, exposées pour la première fois en France, des œuvres guatémaltèques de toute beauté. Quels mystères cache encore cette civilisation dans toute sa complexité sociale, économique et politique, son remarquable système d’écriture (glyphes), ses calendriers d’une précision étonnante, qu’ils soient divinatoires ou temporels ? Qu'est-ce qui a précipité l’effondrement de la civilisation maya classique ? Quels grands secrets sont encore à découvrir sur cette culture, une des plus florissantes du monde précolombien ? A ce jour, seules des suppositions sont avancées, mais aucun archéologue ne connaît le véritable contexte de ce déclin total. Voici de bonnes raisons d’aller s’immerger dans les méandres de cette culture et de suivre chronologiquement l’héritage préhispanique du Guatemala (2000 av. J.C – 1524 apr. J.C) à travers les objets provenant des trois régions : les basses terres, les hautes terres et la côte pacifique. Cette exposition traite de plusieurs aspects de la culture maya et explique certains éléments de cette société qui reste encore énigmatique aux yeux du grand public. Des milliers de sites mayas préhispaniques ont été inventoriés, mais il est impossible de tous les mentionner, seuls les plus célèbres guideront ce parcours. Les Mayas ne vivaient pas à l’intérieur de frontières ethniques et politiques précises, ils ont cohabité et échangé avec d’autres groupes ethniques tout au long de leur histoire et l’influence de la biodiversité des régions de leurs territoires ont également influencé leur vision de monde, leurs croyances, et les formes institutionnelles de leurs pratiques religieuses. Les cités mayas sont de véritables zones de passage et leur économie est basée sur le commerce, les échanges de produits lointains qui étaient essentiels à leur économie locale et régionale. Toute la production artisanale exposée montre la nécessité d’objets du quotidien qui dépassant le fonctionnel et deviennent de véritables œuvres uniques, par l’originalité des formes, la gamme des couleurs rouge, ocre, noire, blanc, crème, quelques bleus délavés, quelques traces de verts.

Certaines sont surprenantes par leur « design » tout à fait contemporain. Les Mayas n’étaient pas des pacifiques et la guerre constituait un facteur de développement commun, mais aussi un élément certainement significatif de la disparition de leur société, par la dégradation de l’environnement, les pressions sociales, et l’épuisement même de la civilisation (successions de conflits entre les sites). Dans les premiers âges de la civilisation maya, les productions étaient précéramiques, des pointes de flèches (période pléistocène – âge de glace) essentiellement destinées à la chasse et la découpe de la viande. C’est pendant la période Préclassique que certains groupent se sédentarisent et produisent les premiers récipients, bols, cruches, plats et tecomates (vases) en céramiques monochromes aux formes et techniques décoratives (incisions, chanfreinage, inclusions…) qui révèlent alors une unité culturelle émergente intense et permettront de dater et d’établir des liens entre les groupes et les différentes régions. Les plus récentes recherches archéologiques et scientifiques prouvent le développement exceptionnel de la civilisation maya dans les domaines des arts, de l’architecture, dans l’organisation sociale et politique. Les grands sites se multiplient, l’architecture devient plus imposante, témoignage du fort accroissement de la population et du pouvoir politique et économique des Mayas.

 

 

Les premiers signes d’écriture hiéroglyphique apparaissent aussi au cours de la troisième période du Préclassique et une forme primitive de papier peut y être associée. Tout semble réussir à cette grande civilisation et pourtant vers 150 après J.C, des tensions apparaissent et poussent mystérieusement les populations guatémaltèques à quitter et à abandonner leurs lieux de vie. Le système social du Préclassique s’effondre, mais dès le début du Classique (de 250 à 1000 après J.C), les prémisses de l’apogée de la civilisation maya se font sentir. Commence alors une autre période d’histoire (classique ancien, récent et terminal) de cette grande civilisation… Mais elle ira à sa perte sur près de trois siècles et cela reste toujours un mystère pour les spécialistes.
Aller au Musée du quai Branly, c’est avoir envie de mieux appréhender les civilisations du monde. Voyager dans le temps avec une d’entre elles, celle des Mayas, c’est s’ouvrir aux autres et aux hommes d’aujourd’hui qui descendent de ces grandes histoires de l’humanité ! C’est pourquoi cette exposition se termine sur les Mayas d’aujourd’hui, à la recherche de leurs racines et réhabilitant leur culture pour que les générations actuelles et futures sachent d’où elles viennent.

Autour de l’exposition sont proposés un certain nombre d’activités, visites contées, et un colloque international dont vous trouverez tous les renseignements sur le site du musée : www.quaibranly.fr
 


Eivlys Toneg

 

 

Enluminures en terre d’Islam
entre abstraction et figuration
BnF Richelieu 7 juillet- 25 septembre 2011

Album de calligraphies,
Iran, XVIe - XVIIe siècle
BnF, département des Manuscrits


Une exposition vient d’ouvrir ses portes à la Bibliothèque nationale Richelieu à deux pas du Musée du Louvre où viennent de débuter également deux très belles expositions sur la Renaissance italienne et l’Enluminure médiévale. Ici, dans la prestigieuse bibliothèque, c’est à l’Islam que sont consacrées les plus riches enluminures possédées par la BnF. L’exposition porte le sous-titre « entre abstraction et figuration » qui résume la thématique abordée par le très beau travail réalisé par le commissaire de l’exposition, Annie Vernay-Nouri.
La question est éternelle, l’homme a de tout temps cherché la transcendance pour expliquer son existence. Chercher une finalité à son quotidien et faire de sa quête un absolu vers lequel tendre. Certes, les questions d’actualité feront de cette exposition un sujet brûlant, cela est tentant, mais ô combien réducteur. Tout, pour notre occident laïc, suspicieux du religieux, aura tendance à qualifier d’extrême et d’intégriste cette interdiction de la représentation du divin. Ces revendications existent bien et sont parfois manifestées de la manière la plus violente et aveugle, mais que l’on fasse un effort, et que l’on retourne à l’histoire la plus ancienne du monothéisme avec l’interdiction également présente de représenter le divin. L’exposition n’a pas choisi cette facilité, elle laisse libre le visiteur d’aller de l’une à l’autre salle, depuis l’absence absolue de représentation graphique (1re salle) jusqu’aux tentatives les plus osées de représenter le Prophète (2e salle).

 

Coran, VIIIe - IXe siècle
BnF, département des Manuscrits

 

 La question, on le comprend, est beaucoup plus profonde que notre crainte d’une religion poussée à l’extrême, cette question touche au cœur de tout à chacun : il s’agit de savoir si nous préférons l’abstraction la plus absolue pour appréhender notre existence ou alors dans un souci compréhensible de se rassurer, le choix délibéré de figurer cet absolu en le rendant tangible et en figurant, au sens étymologique du terme, la divinité.

 

Traité d’hippiatrique, Lucknow,
vers 1750-1760
BnF, département des Manuscrits

La question a longtemps occupé les premiers temps du monothéisme, elle l’occupera également les premiers temps de la chrétienté avec la querelle des icônes, pour cette représentation ou au contraire radicalement opposée avec l’iconoclasme. Voilà résumée la problématique, le commissaire de cette très belle exposition a souhaité la plus grande ouverture possible, tout est présenté dans une admirable scénographie avec une salle bleue, d’un bleu profond, où l’interdit le plus absolu fait l’objet, de la part des œuvres présentées, d’un respect magnifié par la beauté de l’art. Le divin n’est ici appréhendé que par le verbe, et ce verbe est manifesté par la lettre et l’art de la calligraphie. L’absolu est magnifié par l’art de l’enluminure et les différents styles d’écriture, qui forment autant de chants adressés au divin.

 

Coran, Espagne, 1304
BnF, département des Manuscrits

 

Le visiteur pourra se faire une idée de la beauté suscitée par cette inspiration divine en admirant les plus précieux Corans réunis pour l’occasion dans cette première salle. Puis, la tendance naturelle de l’homme le porte à toucher du doigt l’absolu et de le rapprocher de ce qui est plus connu et de ce qui le rassure : c’est l’objet de la deuxième salle, d’une couleur plus chaude, où la poésie, les sciences, la littérature, l’histoire tentent d’en dresser les contours, d’en donner une réalité plus tangible, mais tout aussi transcendante. Nous pouvons ainsi presque feuilleter les grands livres de poésie et de sciences (cela est tout à fait possible numériquement sur le site de la BnF) et remarquer l’extraordinaire créativité des arts de l’Islam dans toutes ses manifestations. L’influence des Persans et des Turcs a été grande dans ce développement de la figuration et les nombreux documents présentés laissent cette impression d’une immense arabesque, parfois visible, le plus souvent disparaissant sous nos yeux pour mieux graver notre imagination...

 

al-Harîrî, al-Mâqâmât (les séances)
[ Iraq ], vers 1240
BnF, département des Manuscrits


L’exposition est nourrie par une ambition de longue haleine, car elle se poursuivra bien au-delà de son terme avec la numérisation de toutes les œuvres déjà accomplie et accessible en ligne, ainsi que de nombreuses animations multimédias.
La question est lancée, cette exposition devra faire l’objet de débats et de recherches, pour dépassionner le débat et l’approfondir dans ses différentes dimensions, l’actualité facile y perdra, la théologie et l’histoire des religions et de l’art y gagneront !


Un travail didactique remarquable a été réalisée également dans l’espace numérique de l’exposition avec une un parcours commenté par le commissaire de l’exposition http://expositions.bnf.fr/islam/
 

Informations pratiques
Site Richelieu 5, rue Vivienne 75002 Paris
Tél : 33(0)1 53 79 59 59 (serveur vocal)
mardi - samedi de 10h à 19h
dimanche de 12h à 19h
sauf lundi et jours fériés

 

 

 

Huit maîtres de l’ukiyo-e / Maison de la culture du Japon
Chefs-d’œuvre du Musée national d’Art Asiatique de Corfou
Du 28 septembre au 17 décembre 2011


Le Musée national d’Art Asiatique de Corfou, unique en Grèce, possède une riche collection japonaise dont le noyau se compose de 1600 estampes. Elles ont été réunies par Gregorios Manos (1850-1928), ambassadeur de Grèce à Vienne de la seconde moitié du XIXe siècle au début du XXe siècle. Manos a acquis la plupart de ces œuvres à Paris après avoir quitté ses fonctions d’ambassadeur. Sa collection fait ainsi le lien entre le Japon, la France et la Grèce.

Cette exposition réunit 150 œuvres des huit plus grands maîtres de l’ukiyo-e sélectionnées parmi cette collection exceptionnelle : Sharaku, Hokusai, Hiroshige, Utamaro, Toyokuni, Kuniyoshi, Harunobu et Kiyonaga. Elle montre de manière éclatante l’originalité de ces huit artistes de l’époque d’Edo.
 

Maison de la culture du Japon à Paris 101 bis, quai Branly 75015 Paris

 

 

 

DOGON

Musée du quai Branly



C'est au musée du quai Branly et jusqu'au 24 juillet 2011 que les peuples Dogon dévoilent quelques secrets de leur art. C'est la meilleure occasion de découvrir ou de mieux comprendre la spécificité de ces créations artisanales. Bien qu'il soit un des arts africains des plus connus, l'art dogon n'en reste pas moins plein de mystères. En effet les différentes grandes familles qui ont formé au fil des temps, le grand peuple Dogon, méritaient une exposition d'envergure. Les Dogon ont occupé les falaises de Bandiagara, au Mali, depuis le X° siècle, au fil des invasions, fuyant la religion musulmane et des déplacements des populations animistes. Tous ces hommes ont bâti leurs abris et sanctuaires, gardés par de fascinants gardiens de bois sculptés aux bras levés vers le ciel, vers le dieu créateur. Ces protecteurs de la communauté s'inscrivent dans les croyances et rituels dogon dont la complexité est aussi fascinante que le mythe d'origine, complètement intégré dans chaque geste et événement des la vie quotidienne. Il aura fallu attendre l'expédition Djakar-Djibouti et dans les années 1930, les travaux et recherches de Marcel Griaule, pour que l'ethnographie française s'intéresse de très prêt à la richesse de la culture dogon. Le pays Dogon appelé aussi falaise de Bandiagara, se situe au centre-est de la République du Mali, à proximité de la frontière du Burkina Faso. Cette terre aride depuis la grande sécheresse du XIIIe siècle, est un refuge idéal pour fuir les guerres ou les famines. Entre le Xe et le XIVe siècle, les différents peuples se sont adaptés les uns aux autres sur ce plateau dogon, lieu d'échange et de rencontre, et ont donné naissance à une production artisanale et artistique riche qui évoluera au cours des siècles, avec différentes écoles ayant chacune développé un style propre. Essentiellement réputée pour sa statuaire et ses masques, la création plastique du pays dogon compte également des objets moins connus, d'usage culturel ou quotidien, d'une grande richesse de formes et de sens.

 

Maternité © musée du quai Branly, photo Hughes Dubois


Cette exposition restitue la diversité et l'évolution des formes et des concepts de cette région jusque dans ses styles locaux enfin identifiés et présentés au public pour la première fois. Elle présente l'histoire de l'art et de la culture dogon à travers 350 œuvres exceptionnelles, masques, objets, bijoux, portes, serrures et chose tout à fait unique un tissu Dogon. Nous traversons ainsi dix siècles d'histoire et d'esthétique en suivant un astucieux marquage au sol, une promenade d'un peuple à l'autre, nous permettant de comprendre visuellement et dans l'instant présent, les influences et les points communs récurrents de cet art. L'exposition s'articule en trois temps, de la statuaire et des formes en pays dogon, des masques, peintures rupestres et recherches anthropologiques enfin des objets de collections portés vers le sacré. Laissez-vous happer par le raffinement et l'élégance de la statuaire dogon et des représentations humaines déclinées en cavaliers (symbole du mythe), des splendides maternités, des hermaphrodites personnifiant l'idéal de la réunion des deux sexes ou encore des personnages aux bras levés implorant le dieu Amma pour faire venir la pluie. Ces oeuvres peuvent aussi être la représentation d'un ancêtre ou de son statut social et deviennent alors l'expression de l'énergie vitale de chaque individu pendant le nyama des morts. Dans d'autres cas, elles seront utilisées contre les maladies et la stérilité. On déambule entre styles et zones géographiques des Djennenke aux N'Duleri, Tombo, Niongom et Tellem, des Dogon-Mande, Tintam, Bombou Toro, Kambari et Komakan, témoignant tous de la richesse artistique de ces artisans, souvent des forgerons dispensés des tâches quotidiennes agraires pour se consacrer à leur art.

 Autant d'artistes que de styles et d'écoles reconnaissables par leurs spécificités. En fin de parcours chacun en saura assez pour se plonger plus profondément dans l'histoire de ces peuples. Les masques cérémoniels, (soixante-dix-huit types répertoriés par Marcel Griaule) impressionnants par leurs formes et leurs volumes, sont liés au mythe d'origine et représentent tout ce qui constitue l'univers. La société des masques, l'awa, uniquement formée d'hommes circoncis, font intervenir les masques à des moments précis de la vie des Dogon, comme le Dama -levée du deuil- et le Sigui -grande fête qui célèbre tous les 60 ans la révélation de la parole aux hommes ainsi que la mort et les funérailles du premier ancêtre-. Les recherches filmées par Marcel Griaule en sont des témoignages particulièrement parlants. On ne peut pas appréhender la culture dogon sans tenir compte de la cosmologie et du mythe de la création d'une étonnante complexité et qui sous-entend l'ensemble des coutumes et de l'art dogon. Surprenante est l'histoire de ce mythe. C'est à partir de la parole du dieu suprême, Amma, qu'a lieu la création du monde. Se décline alors un certain nombre d'événements liés les uns aux autres expliquant la naissance des Dogon. A découvrir...

 

Grande statue Djennenké

© musée du quai Branly, photo Patrick Gries


Ce voyage en pays Dogon se termine par quelque 140 objets qui évoquent toujours le mythe d'origine et montrent ainsi l'inclination des sculpteurs dogon à l'évoquer jusque dans les objets les plus singuliers, bijoux, poulies, boites en fer, appuie-tête, portes et serrures, sièges, coupes et plats... Ces objets déclinent les mêmes thèmes « magico-religieux » que les sculptures présentées dans le premier espace de l'exposition. Les piliers de Togu na (case à palabres), qui se situe au centre du village, sont subtilement sculptés de figures féminines ou masculine ou parfois de varans. Cet abri est associé à la parole et sa configuration est propice à l'échange. (La positon assise correspond à l'équilibre des facultés qui influence la parole, elle empêche les emportements et permet les échanges calmes.) En quelques décennies, l'islamisation du plateau de Bandiagara et les contacts avec l'Occident (industrie touristique) ont induit une transformation du mode de vie des Dogon. La culture dogon, désormais distincte de la religion, reste vivante et évolutive. Les Dogon adaptent leurs techniques créatrices aux matériaux modernes et de récupération. Aujourd'hui les quelque 400 000 Dogon qui peuplent le plateau ont ainsi pu préserver, adapter et renouveler leur art et leur culture, patrimoine toujours vivant. Chaque individu appartient à une série de groupes concentriques : Il est membre d'une lignée, d'un clan, d'un village avant d'être Dogon et enfin Malien, mais toutes les générations partagent les valeurs traditionnelles de l'harmonie, le respect des anciens et des objets rituels.
« L'art des Dogon n'est pas un art bavard qui se perd dans l'ornement. Il correspond à ce qui est pour moi la vraie sculpture : il va à l'essentiel. » écrit Hélène Leloup, spécialiste de l'art des Dogon, commissaire et scénographe de l'exposition.
Des programmes multimédias rendent plus concrètes certaines informations des chercheurs sur l'art dogon, sur les danses rituelles ou encore sur les patines des statuettes, liées à l'utilisation même des objets dans un contexte rituel et dont l'étude est un moyen d'approcher la fonction des objets.
Autour de cette exposition, le musée du quai Branly propose de nombreux rendez-vous au public : festival « Afrique dans tous les sens », performances artistiques, rencontres et conférences, des contes et ateliers pour les plus jeunes.
Vous trouverez toutes les informations pratiques sont sur le site www.quaibranly.fr

Les publications :
Le catalogue « Dogon ».
Coéditions Somogy éditions d'art / Musée du quai Branly
416 pages - illustrations couleurs.
A l’occasion de cette exposition, le musée du quai Branly propose un album iPad Dogon disponible en français et anglais..
Connaissance des Arts sort un hors-série de 68 pages et 80 illustrations.
Chez Gallimard découverte, un hors-série « En pays Dogon » est publié à l'occasion de cet événement. Se procurer l'ouvrage de référence d'Hélène Leloup, commissaire de l'exposition, « Statuaire Dogon » publié en 1994 par Amez.

 

Evelys Toneg

 

 

 

Manet, inventeur du Moderne

exposition Musée d’Orsay 5 avril – 3 juillet 2011



Manet a bouleversé l’univers pictural de son époque non seulement en préfigurant et en rendant possible l’introduction de l’impressionnisme, mais également, selon Michel Foucault, en élargissant « les propriétés matérielles de l'espace sur lequel il peignait ». La dernière rétrospective consacrée au grand peintre datait de 1983 ; or, depuis, un grand nombre de recherches ont jeté de nouveaux éclairages sur celui que l’on pensait pourtant bien connaître. Le commissaire de l’exposition, Stéphane Guégan, souligne combien il importe d’apprécier à sa juste valeur l’esthétique née de son art qui dépasse largement la notion de réalisme dont on le caractérise habituellement. Le titre de cette exposition se fait d’ailleurs bien l’écho des propos introductifs de Foucault : Manet peut être considéré comme un inventeur du Moderne.

 

Henri Fantin-Latour (1836-1904)Hommage à Delacroix1864Huile sur toile H. 160 ; L. 250 cm Paris, musée d'Orsay Donation d'Etienne Moreau-Nélaton, 1906© RMN (Musée d'Orsay) / Hervé Lewandowski


Cette modernité se développe tout au long du riche parcours d’une exposition amenée à faire date. Le point de départ, un tableau : L’Hommage à Delacroix peint par Fantin-Latour en 1864. Manet se tient entre Champfleury, défenseur de Courbet, et Baudelaire grand admirateur de Delacroix. Entre ces deux piliers du réalisme et du romantisme, Manet serait un trublion qui aurait brouillé les cartes. Qu’il s’agisse de la rencontre de Manet et de Baudelaire en 1860, et d’où va naître une « vive sympathie » pour un imaginaire que les deux hommes peuvent partager, ou bien du catholicisme bien particulier du peintre avec ses anges si décalés dans le contexte saint sulpicien de son temps, Manet étonne et invente sans cesse. Cet « inventeur du Moderne » va chercher son inspiration avec la réussite que l’on connaît en Espagne où son écriture picturale se nourrit des Velázquez du Prado, mais également de Greco et de Goya.

Edouard Manet (1832-1883)L'homme mort Vers 1864Huile sur toile H. 75,9 ; L. 153,3 cm Washington, National Gallery of Art Widener Collection © courtesy National Gallery of Art, Washington

 

Le visiteur de l’exposition pourra s’arrêter de longs instants devant L'homme mort, ce torero allongé éblouissant par la force qui se dégage de cette évocation pourtant morbide. Manet ne s’enferme dans aucune tendance et s’il se tient à l’écart de la première exposition des « impressionnistes », ce n’est pas par désertion, comme certains l’accusent, mais bien parce que son art ne peut être rattaché à un mouvement ou une école.

L’exposition du musée d’Orsay sera également la possibilité d’admirer les nombreuses natures mortes de l’artiste, natures qu’il convient de replacer dans leur contexte et surtout celui du peintre.

 

Edouard Manet (1832-1883)Vase de pivoines sur piédouche1864Huile sur toile H. 93,2 ; L. 70,2 cm Paris, musée d'Orsay Donation Etienne Moreau-Nélaton, 1906© Musée d'Orsay, dist. RMN / Patrice Schmidt

 

Si le Vase de pivoines sur piédouche émeut notre sensibilité par la fraicheur de ces fleurs dont certains des pétales sont tombés négligemment au pied du vase, le peintre les considérait plus modestement comme des instants propices à l’étude et au recueillement.
Manet s’éteint le 30 avril 1833, mais Olympia pourra longtemps encore lui adresser ce regard inimitable qui fait de l’artiste un peintre toujours vivant en témoigne cette très belle exposition à découvrir avant le 3 juillet de cette année !

Musée et expositions
* Ouverture de 9h30 à 18h
le mardi, le mercredi, le vendredi, le samedi et le dimanche
de 9h30 à 21h45 le jeudi
vente des billets jusqu'à 17h, 21h le jeudi
évacuation à partir de 17h30, 21h15 le jeudi
groupes admis sur réservation uniquement du mardi au samedi de 9h30 à 16h, jusqu'à 20h le jeudi
* Fermeture tous les lundis et les 1er janvier, 1er mai et 25 décembre

Spécial exposition Manet

Le samedi, ouverture de l'exposition Manet, inventeur du moderne jusqu'à 20h. Fermeture des caisses de 17h30 à 18h.

 

 

 

 

Le musée ART ROCH

Le premier misée d'art aborigène d'Australie


 


Le 24 mars dernier, au 24 rue Saint Roch dans le 1er arrondissement de Paris, un évènement tout particulier a eu lieu. Le Musée privé Art Roch, dédié à l’art aborigène d’Australie, a ouvert ses portes au public, dévoilant sa collection permanente d’objets et peintures traditionnelles et contemporaines aborigènes. Sous de magnifiques voûtes de caves du 17ème siècle, une des plus belles collections de cet art du « Temps du Rêve », a été rassemblée et mise en espace par le musicien iranien Moreza Esmaili. Cet artiste, qui a vécu avec les aborigènes, a été initié aux arts traditionnels de leur culture. Il a tissé, grâce à la musique, médiateur universel, des liens profonds et des ponts entre deux cultures, la tradition soufie (celle de son enfance) et la tradition ancestrale des aborigènes. Dans cette dernière, il n’est pas un peintre qui ne soit aussi musicien et danseur, il n’y a pas de cloisonnement des arts et moyens d’expression ; le chemin d’un partage authentique se dessinait comme autant de dessins traditionnels tracés dans le sable. Ce n’est que dans les années 1970 que les peintres aborigènes ont commencé à peindre sur des toiles, à la peinture acrylique, leur vision du monde, gardant les techniques anciennes pour passer « hors les murs » leur tradition et être découvert et apprécié dans une grande partie du monde par des « passeurs » tels que Morteza Esmaili.

La collection du musée composée de dizaines d’objets et peintures nous fait voyager dans les temps les plus reculés de l’histoire de ces peuples. Outre les traditionnelles peintures sur écorces, des totems, des objets cérémoniels, des représentations de figures mythiques millénaires (Wanjinas, Mimi, Yawk Yawk), des pointes de lance, des boucliers de chasse, des woomera (propulseurs de lance), des boomerangs, des passeurs de message, des coolamons et autre tablettes rituelles, la scénographie et le parcours du musé nous guident parmi les toiles de certains des plus grandes artistes de l’art contemporain aborigène actuel, nous berçant dans les origines de la création. Toutes les pièces présentées ont été choisies avec le souci de la connaissance et de rapprocher les cultures entre elles. L’approche intimiste des œuvres permet aux visiteurs de percevoir l’ordre intemporel du « Temps du rêve », si présent dans toutes les œuvres présentes ici. Le musée ne cherche pas à mettre en avant une démarche anthropologique, il valorise plutôt la charge expressive et la puissance d’évocation de cet art ancestral, que tout à chacun est à même de ressentir.
Aujourd’hui, l’art aborigène est reconnu comme un art tribal mais est également reconnu dans les sphères de l’art contemporain. Un lieu comme le Musée art Roch, devient alors le seul lieu d’immersion totale dans l’histoire de cet art et participe à ce que les grands noms de ces artistes figurent aux côtés des maîtres de la peinture occidentale.
Un lieu à découvrir absolument !


 Evelys Toneg
 

Musée ART ROCH
24, rue Saint Roch 75001 Paris
01 42 60 05 47
www.artroch.net

 

 

 

L’œil et la passion Musée des Beaux-arts de Caen.
Dessins italiens de la Renaissance dans les collections privées françaises
19 mars - 20 juin 2011

 


L’œil et la passion sont réunis à l’occasion d’une exposition remarquable au musée des Beaux-Arts de Caen jusqu’au 20 juin 2011. Une fois de plus, le musée dirigé par Patrick Ramade a réussi la prouesse exceptionnelle de réunir soixante-dix feuilles dignes des plus grands musées internationaux en un parcours à la fois didactique et esthétique. Provenant de riches collections privées françaises, ces œuvres du Cinquecento italien (XVI° siècle) sont emblématiques des styles de la Renaissance, du Maniérisme et de la Contre-Réforme, une exposition décidément exigeante et qui nécessitera de prendre son temps pour l’apprécier pleinement. Avec une scénographie sobre, cette exposition nous plonge au cœur du trait et du dessin des plus grands artistes de cette époque, et l’œil du visiteur sera plus d’une fois surpris de pouvoir admirer aussi librement (aucune distance entre le visiteur et l’œuvre) ces créations qui étaient pour la plupart d’entre elles des études et des projets pour les chefs-d'œuvre à venir. Véronèse, Tintoretto, Parmigianino ou encore Beccafumi sont réunis avec un éventail de dessins d’une grande variété. Avec Patrick Ramade, Catherine Monbeig Goguel et Nicolas Schwed ont conçu cinq parties suivant la succession des générations et les différents foyers artistiques. La plupart de ces dessins sont inédits et n’ont jamais été exposés. L’exposition présentée à Caen prend ainsi figure d’une collection idéale, rêve de tout esthète de la Renaissance…
 

Franco, Neptune sur son char (détail), DR

 

Le mouvement est au cœur d’une effusion picturale sous la pierre noire de Battista Franco, un peintre vénitien qui servira la Cité par ses nombreuses évocations mythologiques. Ici, Neptune sur son char est momentanément fixé sur le papier par l’artiste, mais nul doute qu’une fois l’œuvre regardée, le dieu des mers poursuive sa route sur sa monture effrénée !

 

Véronèse, Etude de manteau sur une figure debout, DR

Un peu plus loin, l’incroyable drapé d’un saint évêque qui prend forme sous le trait de Véronèse laisse songeur le visiteur qui croit avoir perçu le froissement de l’étoffe de celui qui pourrait bien être saint Ambroise, le saint bien-aimé de la ville de Milan.

 

Tintoret, Adoration des Bergers, DR

 

Une halte devant l’Adoration des Bergers de Domenico Tintoretto, le fils de Jacopo, témoigne des audaces de ces artistes du XVI° siècle, audace que ne désavouerait pas un peintre comme Picasso si l’on observe les traits évoquant les personnages de la sainte scène. L’essentiel n’est pas là, et devant la candeur d’un enfant Jésus dont les traits sont réduits au minimum (trois points…), la force de la composition est ailleurs, dans cette tension qui anime chacun des protagonistes, tension qui oscille entre surprise et émerveillement, stupeur des bras écartés et recueillement des bras croisés.
L’œil aiguisé par la beauté, mais aussi par la qualité des œuvres et l’état de leur conservation rencontre la passion de posséder ou plutôt d’acquérir, car est-il possible de « posséder » le beau ?
La réponse à cette question se fera pour tout à chacun en visitant cette très belle exposition où chacun d’entre nous pourra emporter avec soi quelques fragments de beauté qui hanteront longtemps après la mémoire de nos émotions.

 

 

 

 

 

 



Informations pratiques
Ouvert tous les jours sauf le mardi de 9h30 à 18h. Fermeture dimanche de Pâques, 1er mai et jeudi de l’Ascension
Commissariat
Commissariat scientifique :
Catherine Monbeig Goguel, directeur de recherche émérite (CNRS), département des Arts Graphiques du Musée du Louvre.
Nicolas Schwed, historien de l’art
Commissariat général :
Patrick Ramade, conservateur en chef du Patrimoine, directeur du Musée des Beaux-Arts de Caen.

Catalogue
Reproduction et analyse de toutes les œuvres dans le catalogue (editions Somogy).