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Édition Semaine n° 48 / Novembre 2020

 

LES NEWS du Cinéma, DVD, TV

 

Nouveauté DVD

Cinéma - VOD

NOUVEAUTES DVD

« SECRET PEOPLE » (1952) ; Un film de Thorold Dickinson ; scénario de Thorold Dickinson, Christianna Brand et Wolfgang Wilhelm avec Audrey Hepburn, Serge Reggiani, Valentina Cortese ; Version originale anglaise, sous-titres français, Noir & Blanc, 96 mn, DVD, Doriane Films, 2020.

 


Dans les années 1930, Maria et Nora, deux jeunes filles d’Europe centrale, sont contraintes de quitter leur pays pour se réfugier à Londres, loin de la menace dictatoriale qui a coûté la vie à leur père. Sept ans plus tard Maria retrouve, au hasard des rues de Paris, son premier amour. S’ensuit alors une quête périlleuse de justice, qui compromettra les deux jeunes sœurs...

Thorold Dickinson livre avec « Secret People » une réflexion sur notre aptitude à la résistance face à une situation inique. Ce film d’espionnage au suspens crescendo fait partie à juste titre de la collection « Typiquement british » des éditions Doriane Films. Tourné en 1952 dans le contexte de la Guerre froide, celles et ceux qui luttent contre un tortionnaire d’un pays d’Europe centrale se métamorphosent progressivement et finissent par ressembler au sujet de leur combat… Ce film aurait-il été tourné de la même manière dix ans plutôt face à la montée du nazisme ? La question peut se poser.
Toujours est-il que l’interprétation de Valentina Cortese est lumineuse. De la candeur initiale à la prise de conscience effarée, la transformation de l’actrice dépasse celle de son physique pour gagner l’ensemble de son jeu, convaincant. À ses côtés, les débuts d’une jeune comédienne appelée à un bel avenir, Audrey Hepburn, ici, en danseuse insouciante, sa passion de jeunesse. Face à ces deux femmes, Serge Reggiani poussé par ses combats au-delà des liens livre également une performance d’acteur convaincante.
Secret People compte parmi ces films oubliés injustement et que cette belle édition permet de redécouvrir.

 


 

« Voir le jour » de Marion Laine avec Sandrine Bonnaire, Brigitte Roüan, Aure Atika, DVD, Pyramide Vidéo, 2020.
 


Jeanne travaille comme auxiliaire dans une maternité de Marseille. Nuit et jour, Jeanne et ses collègues se battent pour défendre les mères et leurs bébés face au manque d’effectif et à la pression permanente de leur direction. Jeanne vit avec Zoé, sa fille de 18 ans, qu’elle élève seule. Lorsqu’un drame survient à la maternité et que Zoé part étudier à Paris, le passé secret de Jeanne resurgit soudain et la pousse à affirmer ses choix de vie.

C’est le choix d’un réalisme épuré qui a été retenu par la réalisatrice Marion Laine pour son film « Voir le jour ». En adaptant le roman « Chambre 2 » de Julie Bonnie, la réalisatrice dévoile progressivement tout un pan de vie masqué par les blessures de la vie de l’héroïne interprétée avec sensibilité et tact par Sandrine Bonnaire. Sur fond de crise matérielle dans une maternité dont les échos ne manqueront pas de résonner avec la situation sanitaire actuelle, « Voir le jour » suggère subtilement une métaphore de l’appel à la vie pour chacun de nous. Par quel processus embryonnaire venons-nous à la vraie vie ? Quelles souffrances peuvent nous empêcher de respirer sans entraves ? Quel sera le révélateur d’une véritable prise de conscience de l’urgence de vivre pleinement le temps qui nous est imparti ? C’est à ces questions existentielles auxquelles s’attaque ce film sensible et délicat qui ne manque pas cependant de certaines scènes humoristiques. Grâce à des cadrages précis et incisifs, ce film parvient à souligner sobrement ces zones de flous et d’incertitudes qui envahissent progressivement – et parfois jusqu’à les étouffer - nos vies. Ce n’est pas le moindre des mérites de cette réalisation qui n’entend pas pour autant faire œuvre moralisatrice.

Sortie en DVD le 1er décembre - Sortie en VOD le 12 novembre
 

« WAITING FOR THE BARBARIANS » (2019), un film de Ciro Guerra avec Mark Rylance, Johnny Depp, Robert Pattinson, d'après le roman de J.M COETZEE, DVD, M6 VIDEO, 2020.
 


Un magistrat bon et juste gère un fort d’une ville frontalière de l’Empire. Le pouvoir central s’inquiète d’une invasion barbare et dépêche sur les lieux le colonel Joll, un tortionnaire de la pire espèce. Son arrivée marque le début de l’oppression du peuple indigène.

Avec « Waiting for the Barbarians », le souffle de l’inconnu ébranle les certitudes et s’introduit dans tous les interstices de la vie. Peurs et tremblements menacent alors l’ordre établi. Ces réalités vieilles depuis l’aube de l’humanité scandent le très beau film réalisé par Ciro Guerra à partir du scénario du Prix Nobel de littérature J.M. Coetzee. Hérodote avait déjà prévenu ses contemporains : « le barbare est celui qui n’est pas comme nous et ne parle pas notre langue. » De cette incompréhension naissent l’absence de dialogue, et rapidement la violence, comme le rappelait avec justesse l’académicienne Jacqueline de Romilly en de troublants échos à ce que nous vivons ces dernières années.
Ciro Guerra place en des temps anciens – sans les préciser pour autant – cette incompréhension, avec des réminiscences évidentes à deux autres œuvres littéraires du XXe siècle, « Le Désert des Tartares » de Dino Buzzati et « Le rivage des Syrtes » de Julien Gracq, pour mieux s’en distinguer par la suite. Les silences et leurs échos prennent une place croissante dans ce film âpre et dur dont la violence, sourde à ses débuts, s’intensifie crescendo. Aux confins du monde « civilisé » se trame un drame éternel, celui du pouvoir et de la domination, la fameuse « face hideuse de la Gorgone » rappelée par Hans Kelsen et que masque tout État…
Ici, La force diabolique du Colonel Joll interprété avec une froideur glaçante par Johnny Depp, les accents franciscains du magistrat que l’on pourrait prendre pour le bon Samaritain à l’égard de ceux qu’il pense protéger s’il ne se faisait pas lui-même l’instrument de leur malheur, certains aspects christiques quant aux mauvais traitements qu’il aura à subir lui-même de la part du tortionnaire égarent parfois le spectateur comme pour mieux le ramener à l’essentiel. Ce royaume inconnu métaphoriquement associé au sable du désert, grains dispersés à l’envi, mais pouvant en une tempête se rassembler comme une lame déferlante.
Avec de somptueuses images où l’on reconnaîtra cette beauté sauvage des paysages marocains, « Waiting for the Barbarians » convie le spectateur à interroger l’idée même de civilisation, d’ordre et de domination, d’altérité et d’identité, cela est déjà beaucoup et à mettre au crédit de ce film à découvrir assurément.

 

« La Voleuse », 1966 ; Un film de Jean Chapot avec Romy Schneider, Michel Piccoli, Hans Christian Blech, Sonia Schwarz, Mario Huth ; Scénario et Réalisation de Jean Chapot ; Dialogues de Marguerite Duras ; Musique d’Antoine Duhamel ; N&B , Version Originale Française et Allemande, Sous-titres Français & Anglais, 88 min, DVD PAL Multizones, Doriane Films, 2020.

 


Julie avoue à son mari qu’elle a un fils de six ans. L’enfant n’était qu’un nourrisson lorsqu’elle l’a confié à un couple à qui elle veut, coûte que coûte, le reprendre aujourd’hui.

C’est avec « La Voleuse », son premier film, que le réalisateur Jean Chapot commence dans l’univers cinématographique. Cette personnalité éclectique, qui touchera à de nombreuses facettes du métier (acteur, réalisateur, scénariste, producteur…) signe avec ce premier film une évocation oppressante du sentiment de maternité. Le scénario, auquel Marguerite Duras apportera dans les dialogues la force aiguisée des mots et des images qui font touche, sert d’écrin à un couple mythique du cinéma, celui de Romy Schneider et Michel Piccoli.
D’une rare modernité pour l’époque quant à son thème, « La Voleuse » s’inscrit également dans le contexte de la Nouvelle Vague avec ses plans d’une force redoutable, son traitement de la modernité et des ravages qu’elle laisse présager et, enfin, l’analyse psychologique de cette mère « malgré elle » interprétée avec sensibilité par Romy Schneider, plus vraie que nature.
Entre folie et passion, calcul et spontanéité, « La Voleuse » explore en profondeur ce qui relie une femme à son enfant, même lorsque ce dernier n’a pas été souhaité et désiré. Les protagonistes de cette réalisation dramatique se heurtent chacun à des monologues, la communication s’avérant vite impossible. Dans cette quête sans issue, les mots échouent sur les rives de l’incompréhension, un sentiment d’un « je-ne-sais-quoi » pour « cette idée » du lien indéfectible qui relie les êtres et que l’on nomme amour…

BONUS La Voleuse, Romy au sommet de Dominique Maillet - 26 minutes

 

« La belle de San Francisco » - Flame of Barbary coast – 1945 ; Un film de Joseph Kane avec John Wayne, Ann Dvorak, Joseph Schildkraut et William Frawley, Format : 1:33, 16/9, Audio : VOSTFR – VF, Durée : 91 min, DVD, Sidonis, 2020.

 

 

Cow-boy du Montana, Duke Fergus arrive à San Francisco où il se découvre une passion pour le jeu. Tandis qu'il bat les cartes, il tombe amoureux de la chanteuse Flaxen Terry, la petite amie du patron de saloon. Pour la séduire et l'attirer à lui, il ouvre son propre établissement.

Si « La belle de San Francisco » ne figure pas parmi les films les plus notables de John Wayne, cette réalisation de Joseph Kane au sortir de la guerre présente néanmoins le mérite de dresser un tableau pittoresque de la côte ouest au début du XXe siècle. L’univers du jeu confronté aux évolutions de la ville de San Francisco y impose ses nouvelles règles et une morale jusqu’alors peu présente. Du jeu truqué au music-hall qui débute alors sa longue histoire, Joseph Kane bénéficia d’un budget colossal pour l’époque, ce qui lui permit dès lors de mettre en œuvre des moyens importants pour les décors intérieurs fabuleux des salles de jeux, sans oublier l’impressionnant tremblement de terre dans la dernière partie du film.
À mi-chemin entre western, comédie musicale et film catastrophe, « La belle de San Francisco » offre un traitement inhabituel des genres. Un film, surtout, dans lequel Ann Dvorak apparaît magistrale dans son rôle de chanteuse faisant chavirer tous les cœurs !
 

« L'Étreinte du Destin » - “Count three and pray”, 1955 ; Un film de George Sherman avec Van Helfin, Joanne Woodward, Philip Carey et Raymond Burr ; Format : 2:55, 16/9 compatible 4/3, Audio : VOSTFR - VF restaurée, Durée : 102 min ; Bonus : Présentation Bertrand Tavernier et Patrick Brion ; Couleur, DVD, Sidonis Productions, 2020.

 


À l'issue de la Guerre de Sécession, Luke Fargo décide de changer de vie, d’oublier le joueur, bagarreur et coureur de jupons qu' il a été. S'il rentre chez lui, c' est désormais plein de bonnes intentions, dans les habits d’un pasteur pressé de reconstruire l’église locale. Mais son passé lui colle aux bottes et certains se chargent de le lui rappeler…

À la différence, pour une fois, du titre anglais original ((“Count three and pray”) « L’Étreinte du destin » résume assez bien l’esprit de ce western atypique et singulier. Dans cette réalisation inédite en France et jusqu’alors indisponible en DVD, le réalisateur George Sherman présente un héros ayant décidé de troquer le revolver contre une Bible en changeant de vie pour devenir pasteur… Alternant entre drame du déterminisme qui rattrape ce personnage à la fois taciturne et naguère jovial et comédie d’une société divisée au lendemain de la Guerre de Sécession, « L’Étreinte du destin » dépeint assez bien les contrastes d’une Amérique à la fois puritaine et consentant à tous les excès.
Le personnage central est interprété avec brio par Van Helfin, un comédien talentueux à la longue carrière cinématographique (« L'Homme des vallées perdues », « 3 h 10 pour Yuma », « La Piste de Santa Fe », « Le Salaire de la violence »…).
Plusieurs autres rôles viennent émailler également cette réalisation soignée aux paysages somptueux, telle Joanne Woodward, méconnaissable et dont c’est le premier rôle au grand écran avant de devenir l’épouse de Paul Newman, sans oublier Raymond Burr qui deviendra plus connu dans son rôle de L’Homme de fer.
« L’Étreinte du destin » devrait séduire un large public pour ce western sans Indiens ni caravane attaquée, mais avec beaucoup d’humour !

 

"QUELQU’UN DERRIÈRE LA PORTE" ; Un film de Nicolas Gessner avec Charles Bronson, Anthony Perkins et Jill Ireland ; 1h30, Langues : anglais 2.0, Français 2.0, sous-titres : Français ; COMBO DVD ET BLU-RAY, Studio Canal, 2020.

Chirurgien du cerveau, Laurence Jeffries recueille un soir un inconnu victime d’amnésie et l’amène chez lui. L’homme l’ignore encore, mais il est l’instrument d’une machination diabolique imaginée par Jeffries afin de se venger de sa femme et de son amant.
 


Studiocanal et Jean-Baptiste Thoret avec la collection « Make my Day ! » ont eu l’heureuse initiative de proposer dans de belles éditions Blu-ray + DVD, assorties de nombreux bonus, des films injustement relégués aux oubliettes du 7e art. « Quelqu’un derrière la porte » en fait à juste titre partie. Celui-ci, sorti en 1971, est en effet un film hors des sentiers battus. Le scénario machiavélique à souhait sert de cadre à un jeu d’acteur saisissant reposant sur un le duo-choc, Charles Bronson / Anthony Perkins ; ce dernier interprète, ici, à merveille un rôle trouble, jeu dont il avait le secret depuis le fameux « Psychose » d’Alfred Hitchcock. Charles Bronson, pour sa part, au fait de sa carrière joue le rôle atypique d’un homme ombre de lui-même, et pour une fois, une fois n’étant pas coutume, fragile et désemparé, un rôle atypique pour Bronson, mais qu’il parvient à rendre parfaitement.
La caméra de Nicolas Gessner (« La Petite fille au bout du chemin » – 1976) accompagne avec souplesse et art ces acteurs talentueux, osant parfois des cadrages audacieux sans oublier la remarquable musique de Georges Garvarentz.
Sombre et déroutant, « Quelqu’un derrière la porte » laisse l’impression étrange de personnages en errance, les trois protagonistes livrant sous la caméra du réalisateur une succession de rôles et de façades qui s’effritent au fur et à mesure de la progression de ce film à redécouvrir assurément.

 

"Traquée" (FRAMED – 1947), un film de Richard WALLACE avec Glenn FORD, Janis CARTER, DVD, Sidonis, 2020.

 


Stephen Prince, qui est banquier, et sa maîtresse Paula Craig décident de partir en emportant 250 000 dollars. Voulant faire croire à la disparition de Stephen, ils jettent leur dévolu sur Mike Lambert, qu’ils décident de tuer pour faire passer son corps pour celui de Stephen...

"Traquée" du réalisateur Richard Wallace compte assurément parmi ces films de série B qui mérite d'être découvert grâce à cette belle édition Sidonis, ne serait-ce que pour la qualité de son scénario et la beauté de la photographie mettant en valeur un travail soigné des cadrages. Ce film trop peu connu tient en haleine le spectateur dès les premiers plans, l'enchaînement des scènes conférant spontanément un dynamisme indéniable à ce long métrage de Richard Wallace tourné en 1947.
L'acteur Glenn Ford ajoute à la réussite de ce film trépidant aux multiples rebondissements alors même que sa renommée commençait à croître au grand écran après le fameux film "Gilda". Dans "Traquée", c'est un personnage à la dérive qu'il interprète avec brio, une nonchalance non sans rappeler celle du grand Robert Mitchum. Face à lui, une actrice plus méconnue, Janice Carter, énigmatique et froide dans un rôle singulier où ses talents de comédienne se déploient avec aisance alors même que, étonnamment, la sculpturale actrice ne brillera guère par la suite au grand écran. Une comète du cinéma, donc, qui surprendra agréablement le spectateur par ses multiples jeux…
"Traquée" est à découvrir dans cette belle édition Sidonis pour 83 minutes d'intensité cinématographique crescendo !


83 min • 16/9 - 1.33 • Noir et blanc restauré • VO restaurée mono - VF restaurée mono • Sous-titres français • Chapitrage

BONUS : Présentations François Guérif et Patrick Brion • Trailer

 

« Midi gare centrale » (UNION STATION), 1950, un film de Rudolph MATE avec William HOLDEN, Nancy OLSON, DVD, Sidonis, 2020.
 


MLorna Murchison, dont le père possède une importante fortune, est enlevée par des kidnappeurs qui espèrent obtenir, en échange de la jeune fille, qui est aveugle, une importante rançon. Mr Murchison est prêt à obéir aux ordres des ravisseurs mais la police découvre le drame. La gare centrale est dès lors sous une constante surveillance...

« Midi gare centrale » de Rudolph Maté compte parmi ces films noirs qui tiennent en haleine le spectateur des premiers plans jusqu’à son issue finale. Cette attraction est due à plusieurs facteurs. Le premier d’entre eux, réside dans la qualité du scénario de Sydney Boehm écrit d'après le roman de Thomas Walsh, qualité soulignée par les présentations de Bertrand Tavernier et Marcel Brion dans les bonus accompagnant le DVD. La réalisation soignée de Rudolph Maté renforce cette impression avec ses plans aux couleurs contrastées, entre pénombre et lumière, Rudolph Maté ayant été, à ses débuts, directeur de la photo sur le légendaire film Gilda. Enfin, le jeu des acteurs avec le talentueux William Holden (« Le pont de la rivière Kwai »), Nancy Olson (« Sunset Boulevard ») et le facétieux Barry Fitzgerald (« L’homme tranquille ») contribue à la réussite du film.
Midi gare centrale suggère une métaphore habile du combat entre les forces du bien et du mal avec pour paroxysme cette superbe scène finale dans les labyrinthes des sous-sols de la gare. Un film à découvrir dans cette belle édition Sidonis.

 

« Ouragan sur la Louisiane », (Lady from Louisiana), 1941, en France 1947 ; Un film de Bernard Vortrans avec John WAYNE, Ora MUNSON, Henri STEPHENSON ; Durée 82 mn, N&B, Format 1:33 • 16/9, Version VOST • MONO • CHAPITRAGE, BONUS ; Présentation par Patrick Brion, DVD, Sidonis Calysta, 2020.

 


Avocat originaire du Nord des États-Unis, John Reynolds descend dans le sud avec pour mission de débarrasser l'univers du jeu de ses éléments les plus notoirement convertis à la criminalité. S'il croit avoir trouvé un coupable en la personne du général Mirbeau, père de la jeune femme dont il s'éprend, il se trompe pour se rendre à l'évidence que c'est son bras droit, Blackie Williams, qui tire les ficelles, allant jusqu'à faire tuer un gagnant…

« Ouragan sur la Louisiane » compte parmi ces films méconnus et injustement oubliés dans les archives du cinéma et que les éditions Sidonis ont fort heureusement rendu de nouveau disponible. Abandonnant les films qui ont marqué ses débuts où la future vedette internationale avait parfois du mal à convaincre, John Wayne apparaît dans « Ouragan sur la Louisiane » (1941) comme un acteur confirmé juste après l’inoubliable « Chevauchée fantastique » (1939). Dirigé par le réalisateur Bernard Vorhaus (« Les Déracines » également avec John Wayne) au parcours atypique et aux convictions de gauche, John Wayne offre, ici, une interprétation alerte de son rôle, alternant sérieux et comédie avec aisance. Face à lui Ora Munson (« Autant en emporte le vent »), une actrice également convaincante, qui affiche une présence suffisamment rayonnante à l’écran pour ne pas être éclipsée par son écrasant partenaire… Ce film livre également quelques belles scènes de cinéma comme cette fête de Mardi Gras parfaitement filmée en un jeu de caméras soigné et finement ciselé en rythme avec les danseurs ; Ou cette autre scène d’anthologie avec l’ouragan comme métaphore biblique de la destruction de Sodome et Gomorrhe.
L’ambiance de la Louisiane à la fin du XIXe siècle, cette atmosphère de corruption à l’aune de l’industrialisation, et un scénario sur les rackets des établissements de jeux d’autant plus crédible qu’il repose sur une histoire vraie, font d’« Ouragan sur la Louisiane » un bon moment de divertissement et de cinéma.

 

The Browning Version (1h30mn) L'Ombre d'un homme - 1951 – un film d’Anthony Asquith avec Michael Redgrave, Jean Kent, Nigel Patrick, Collection Typiquement British, VOD & DVD, Doriane Films, 2020.

 


Andrew Crocker-Harris, maître d’école austère d’un établissement anglais pour garçons, se retourne avec amertume sur sa vie. Un mariage malheureux, une santé défaillante et les moqueries de ses élèves poussent ce professeur, autrefois brillant, à faire le constat de ses échecs.
Quand un jeune élève vient lui offrir un geste de gratitude inattendu qui bouleverse le vieux maître…


Le réalisateur Anthony Asquith plonge le spectateur avec « The Browning Version » dans une introspection sensible et touchante d’un enseignant au terme de son activité. Dans un cadre à la fois austère et ouvert à certaines excentricités d’un collège « so british », le personnage même d’Andrew Crocker-Harris, idéalement interprété par Michael Redgrave, contraste avec certains de ses collègues tour à tour facétieux ou charismatiques. Introverti, impassible et taciturne, un brin cynique, voire désabusé, le personnage n’offre guère d’attractions pour ses élèves qui se moquent prudemment de ce professeur redouté. Alors qu’il doit céder pour des raisons de santé son poste à un jeune professeur, cette période de transition sera l’occasion pour lui, et pour son entourage, d’un bilan, guère reluisant… Et pourtant, ce film délicat par un renversement de valeurs parvient à surprendre avec cette métamorphose brillamment interprétée par Michael Redgrave. Les rôles et étiquettes dont on s’affuble, et que l’entourage conforte parfois, peuvent céder ou voler en éclats à l’occasion d’un évènement ou d’une prise de conscience, la communication sociale entre individus réservant d’éternelles surprises comme en témoigne cette belle réalisation soignée et ciselée.
 

« La Ronde » un film de Max Ophuls (1950– N&B – 93 mn) avec Jean-Louis Barrault, Danielle Darrieux, Daniel Gélin, Fernand Gravey, Odette Joyeux, Gérard Philipe, Simone Signoret, Simone Simon, Anton Walbrook, nouveau Master Haute Définition, DVD, Carlotta, 2020.

 


À Vienne, un narrateur, le « meneur de jeu », présente une série d’histoires tournant autour de rencontres amoureuses ou « galantes ». Ainsi va la ronde, passant de la fille de joie au soldat, du soldat à la femme de chambre, de la femme de chambre au fils de bonne famille, et ainsi de suite jusqu’à ce que le cercle soit fermé…

Jean-Louis Barrault, Danielle Darrieux, Daniel Gélin, Gérard Philipe, Simone Signoret et bien d’autres comédiens de légende en un seul et même film ? Et oui ! Et c’est dans « La Ronde » de Max Ophuls sorti en 1950 et aujourd’hui proposé en DVD en version restaurée pour découvrir une adaptation libre, mais savoureuse, de la pièce d’Arthur Schnitzler qui fit scandale lors de sa sortie et l’objet de multiples censures car jugée trop osée. Si cela peut faire sourire aujourd’hui, il faut avouer qu’en mettant en scène ces rapports plus que libres juste à la sortie de la guerre, Max Ophuls prenait le risque de heurter l’air du temps de l’époque…
Le réalisateur avait souhaité inscrire cette réalisation soignée dans la ligne initiée par le dramaturge viennois. Le sentiment amoureux alterne avec le badinage, tour à tour mélancolique, joyeux ou insouciant. Ce manège incessant est celui de la vie où des âmes se croisent, se rencontrent et se distancient, sans jamais être sûres de véritablement se comprendre. Derrière l’apparente frivolité du discours et ses allusions souvent explicites à l’acte sexuel – encore plus notable dans l’œuvre de Schnitzler – sourde le sentiment d’une incompréhension existentielle entre les attentes de l’homme et de la femme ; Mais le manège tourne et tourne au rythme de « la ronde »…
Ce film superbement restauré sera également l’occasion d’admirer la photographie remarquable et ces étonnants travellings à 360° ajoutant au tourbillonnement amoureux des sentiments.

DVD 9 – NOUVEAU MASTER RESTAURÉ • Version Française Dolby Digital 1.0 • Audiodescription Dolby Digital 2.0 • Sous-Titres Sourds et Malentendants • Format 1.33 respecté • 4/3 – Noir & Blanc • Durée du Film : 89 mn

 

Coffret Ozu en 20 films, 15 DVD, Carlotta, 2019.

 



Évènement dans l’édition des films en DVD et BRD que ce coffret Ozu réunissant 20 des plus grands chefs-d’œuvre du maître japonais incontournable que fut Yasujiro Ozu (1903-1963). Le talentueux réalisateur qui aura connu tour à tour le cinéma muet, le noir et blanc pour terminer son incroyable filmographie par la couleur se trouve en effet commémoré dans cette très belle édition présentée sous coffret. La moitié des films réunis ont bénéficié d’une nouvelle restauration 2K et 4K et un nombre important de suppléments complète cet ensemble qui fera date dans l’édition avec notamment le docu « J’ai vécu » ou « Conversations sur Ozu », sans oublier des courts-métrages et des portraits d’acteurs fétiches comme l’incontournable Chishu Ryu que l’on retrouve dans la plupart des chefs d’œuvre d’Ozu.
Le réalisateur, né au début du siècle précédent, en 1903 à Tokyo, découvre très tôt le cinéma hollywoodien avec une prédilection pour Lubitsch. Débutant comme assistant-opérateur à la Shōchiku Kinema, il deviendra assistant-réalisateur avant de faire son premier film « Le sabre et la pénitence ». Toujours sous influence du cinéma américain, il poursuit sa carrière avec des comédies et commence à introduire des critiques sociales masquées notamment dans « Chœur de Tokyo » (1931). Curieusement, alors que le cinéma devient parlant, Ozu poursuit quelque temps dans le muet. Les films réunis dans ce coffret permettent justement de remarquer une évolution qui caractérisera désormais le style Ozu : l’analyse des rapports parents / enfants, un traitement de plus en plus épuré, l’importance des silences, de longs plans fixes et cette caméra à hauteur de tatami notamment à partir des « Gosses de Tokyo » (1932).
1935 marque un tournant pour le cinéaste avec le cinéma parlant et « Le fils unique » (1935) avant sa mobilisation dans l’armée. Après la défaite japonaise et son retour au pays, il tournera « Récits d’un propriétaire » (1948) et « Printemps tardif » (1949), ce dernier film consacrant le réalisateur sur le plan international. Désormais la poésie et l’attention portée à tous les détails de la vie quotidienne rythment ses réalisations sensibles notamment avec son premier film en couleurs « Fleurs d’équinoxe » (1958). Les dernières années du réalisateur introduisent une certaine mélancolie dans le traitement de ses films, Ozu constatant, toujours de manière délicate et suggérée, l’effritement des valeurs traditionnelles du Japon et les incompréhensions intergénérationnelles résultant de l’occidentalisation de son pays. « Bonjour » (1959), « Herbes flottantes », 1959, « Fin d’automne », 1960, « Dernier caprice », 1961 et « Le goût du saké », 1962 terminent en apothéose une carrière et un style unique qui rangeront définitivement Ozu dans le panthéon international du cinéma. A l’image des différentes lectures d’un haïku ou de la peinture des lettrés bunjin-ga, le cinéma d’Ozu peut être découvert sous divers angles, en connaisseur de la société japonaise ou en néophyte, chaque lecture en suggérera de nouvelles grâce à cette magnifique et incontournable édition.
 

4 évangiles - les films coffret DVD, Bibli’o Éditions, 2019.
 


Si le cinéma nous avait habitués depuis longtemps à des reconstitutions de la vie de Jésus plus ou moins heureuses, jamais la lettre de la Bible n’avait été approchée de si près sur l’écran jusqu’à la réalisation de ces films des 4 Évangiles disponibles en DVD chez Bibli’O. A partir d’un projet de l’Alliance Biblique, c’est le texte même des évangélistes, en effet, avec la version Parole de Vie qui se trouve ainsi narrée en voix off à l’écran. Une voix accompagnée parallèlement par un jeu d’acteurs en images, en un curieux retour au cinéma muet… Et l’effet joue à merveille !
Le spectateur réapprend à goûter la Parole et à moins focaliser son attention sur les affects du cinéma… Servi par un décor grandiose filmé dans le Maroc traditionnel, ces visages encore préservés pour la plupart des ravages de la modernité parviennent à donner l’impression d’être transportés deux mille ans en arrière au temps de Jésus. Ce Jésus incarné à l’écran apparaît plus humain et certainement plus proche de l’homme galiléen que les nombreux archétypes occidentaux livrés jusqu’alors par le grand écran, le représentant, en autre, blond aux yeux bleus. Pour ce film, c’est un Méditerranéen au regard profond et au sourire communicatif que le spectateur découvrira, un Jésus qui n’hésite pas à haranguer avec fougue son public, nous sommes bien loin du Jésus de Zeffirelli… L’un des mérites de cette heureuse initiative est aussi de pouvoir partager cette écoute de la Bible, les réalisateurs n’ayant rien ajouté, ni retranché aux livres des quatre évangélistes. Cette réalisation sera idéale pour les partages en famille au moment des fêtes, ou tout simplement pour retrouver ou découvrir, avec l’image, le sens des écritures.


- L’évangile de Matthieu, durée : 190 minutes
- L’évangile de Marc, durée : 123 minutes
- L’évangile de Luc, durée : 205 minutes
- L’évangile de Jean, durée : 161 minutes

 

Blanche comme neige un film d’Anne Fontaine avec Lou de Laâge, Isabelle Huppert, Charles Berling, Durée : 112 mn, DVD, Gaumont, 2019.
 


Claire, jeune femme d'une grande beauté, suscite l'irrépressible jalousie de sa belle-mère Maud, qui va jusqu'à préméditer son meurtre.Sauvée in extremis par un homme mystérieux qui la recueille dans sa ferme, Claire décide de rester dans ce village et va éveiller l'émoi de ses habitants...Un, deux et bientôt sept hommes vont tomber sous son charme ! Pour elle, c'est le début d'une émancipation radicale, à la fois charnelle et sentimentale...

C’est à une comédie à la fois légère et intériorisée qu’invite la réalisatrice Anne Fontaine avec Blanche comme neige, un film allégorique sur le sens de nos vies. Partant de la trame du fameux conte des frères Grim, le film développe tout un réseau de liens qui se nouent entre les protagonistes ballotés par la vie. Qu’il s’agisse de Claire, jeune femme étouffée par le déterminisme d’années de jeunesse difficiles et parachutée violemment dans un univers qu’elle n’a pas choisi, mais aussi de ces sept hommes aussi différents de caractères que les 7 nains du conte, tout fait signe et rien n’est anodin dans cette réalisation sensible d’Anne Fontaine. Au-delà des rires et des pleurs, du jeu d’acteur touchant de vérité de Lou de Laâge et glaçant de cynisme d’Isabelle Huppert, ce film questionne nos désirs, nos souhaits et nos actes. La marâtre étouffée de jalousie ne cache-t-elle pas la part d’ombre que nous possédons tous en notre for intérieur ? Les hésitations et balbutiements des protagonistes composent alors une belle métaphore de la vie - et de la mort – que ce film rend à merveille dans les décors sévères et somptueux du Vercors.

 

 

" Le triomphe de Buffalo Bill " - (PONY EXPRESS 1953), un film de Jerry HOPPER avec Charlton Heston, Rhonda Fleming, Jan Sterling et Forrest Tucker, DURÉE : 101 MN • TECHNICOLOR • FORMAT : 1:33 • 16/9, VERSION : FRANÇAIS ET VOST • MONO • CHAPITRAGE, BONUS : Présentation par Bertrand Tavernier, Patrick Brion, DVD, Sidonis, 2019.

 


1860. Buffalo Bill Cody et Wild Bill Hickok souhaitent établir un service de courrier entre l'Est et l'Ouest mais cette idée déplaît à certains qui voudraient que la Californie se détache de l'Union. Rance Hastings et sa soeur Evelyn font partie de ceux qui s'opposent au Pony Express. Cody s'éprend d'Evelyn ce qui irrite Denny Russell qui l'aime depuis longtemps. Si l'opposition des Hastings est d'ordre idéologique, Joe Cooper ne pense en revanche qu'au contrat de courrier qu'il a avec le gouvernement.

Pony express du réalisateur Jerry Hopper de 1953 est un classique du genre. Il relate la vie trépidante d’un célèbre personnage de l’histoire américaine, celle du fameux Buffalo Bill ayant laissé son nom à la postérité depuis. Si le film prend parfois quelques libertés avec la vraie vie de William Frederick Cody, plus connu sous le nom de Buffalo Bill, le long-métrage de Jerry Hopper n’en demeure pas moins une fresque réussie dans l’esprit du grand ouest qui animait alors ces hommes épris de liberté et de conquêtes. Coup bas et meurtres figuraient au quotidien de cette conquête de l’Ouest, les intérêts privés primant la plupart du temps sur l’intérêt général jusqu’à ce que certains s’opposent à cet état de fait avec l’établissement de la première ligne de courrier rapide par cheval, une histoire qui était loin de s’arrêter… Charlton Heston incarne à merveille la truculence de ce personnage singulier, introduisant légèreté et gravité successivement sur fond de vastes horizons de l’Utah pour le tournage. L’équilibre est ainsi atteint entre la légèreté des propos et la gravité des situations avec un jeu d’acteur réussi pour un grand spectacle pouvant être vu en famille.
 

La Flèche brisée - (Broken Arrow – 1950), un film de Delmer Daves avec James Stewart, Jeff Chandler, Debra Paget, Master HD restauré- 1.33 - 4/3 - 1h29 - Couleur - VF - VOST, Suppléments : Nouvelle présentation de Patrick Brion filmée en studio, Présentation de Bertrand Tavernier, DVD, Sidonis, 2019.



C’est à la demande du Gouvernement que le pionnier Tom Jeffords se bat pour la paix auprès des Indiens. Il remporte une victoire éclatante lorsque, après avoir sauvé un jeune guerrier, le chef Apache Cochise lui accorde son amitié. Puis la main de la princesse Sonseeahray de sa tribu. Tous ne veulent cependant pas que les fusils se taisent…

 

C’est une histoire vraie qui a servi de source d’inspiration à ce long-métrage de Delmer Daves La Flèche brisée, celle du pionnier Tom Jeffords qui, contre toute attente, parvint à nouer des liens d’amitié puissants avec le chef indien rebelle Cochise pour faire cesser la lutte acharnée entre son peuple et les blancs. Réalisé en 1950, avec des figurants indiens Hopis que Delmer Daves connaissait pour avoir vécu quelque temps parmi eux, ce film marque un tournant dans l’histoire du western en décrivant les Indiens sous un angle radicalement nouveau. C’est aujourd’hui un film qui fait référence et, qui à ce titre, mérite d’être vu. Il n’est en effet plus question de sauvages assoiffés de sang et incultes, mais d’un peuple, certes, fier mais ayant une culture ancestrale en osmose avec la nature. Sans pour autant verser dans un sentimentalisme excessif, La Flèche brisée évoque ces moments de tension et d’incompréhensions entre deux mondes qui s’affrontent, celui de la civilisation occidentale inexorablement en marche et celui des cultures traditionnelles vouées fatalement à disparaître. Le chef Apache Cochise avait eu la prescience de cette transition, prévoyant que son peuple disparaîtra soit à très court terme lors d’une bataille fatale ou à petit feu dans des réserves, mais il avait aussi prédit que l’homme blanc ne cesserait de combattre ses prochains, où qu’ils se trouvent et même au-delà des mers, une leçon à méditer servie par un très bon jeu d’acteur entre James Stewart inspiré et Jeff Chandler plus que crédible dans le rôle de Cochise. À noter deux bonus passionnants de Bertrand Tavernier et Patrick Brion.
 

Nuestro Tiempo un film de Carlos Reygadas avec Carlos Reygadas, Natalia Lopez, Phil Burgers, DVD, Les Films du Losange, Blaq OUt, 2019.

 


La campagne mexicaine. Une famille élève des taureaux de combat. Esther est en charge de la gestion du ranch, tandis que son mari Juan, poète de renommée mondiale, s’occupe des bêtes. Lorsqu’Esther s’éprend du dresseur de chevaux, Juan se révèle alors incapable de rester fidèle à ses convictions.

Tout pour être heureux, enfin… presque ! C’est le sentiment qui domine dans les premières minutes de ce long-métrage du réalisateur mexicain Carlos Reygadas dans Nuestro Tiempo… Si ce n’est que ce film dure presque trois heures – un très long métrage, donc, et qu’après ces débuts idylliques, la pluie tant attendue survient et balaye tout sur son passage, y compris l’amour. Carlos Reygadas interprète, ici, le rôle de cet éleveur de taureaux tout occupé par sa passion des bêtes et la poésie pour laquelle il a acquis une renommée mondiale. Quelle place reste-t-il alors pour sa femme et ses enfants ? Des rôles joués pour l’occasion par ses propres enfants et sa vraie femme, Natalia Lopez ; Quelle place reste-t-il pour cet amour, absolu dans les premières années, et qui s’est effrité, distendu depuis ? Avec poésie et une esthétique certaine dans les prises de vues de ces paysages sauvages de la campagne mexicaine, les sentiments s’exacerbent, se tendent pour éclater comme ces nuages qui progressivement occupent la place laissée libre dans le ciel azuréen. Jalousie, espionnage, voyeurisme, perversion, autant de réactions qui vont alors se développer comme une partition sauvage sur fond d’élevage de taureaux, contrepoint métaphorique d’une éthologie humaine. Les acteurs réussissent parfaitement à rendre cette complexité des sentiments, le mari trompé qui par compréhension et perversion cherche à maintenir le dialogue tout en favorisant la passion de sa femme, cette dernière à la fois coupable et cédant à ses instincts cherche une justification à ces errements qui la dépassent, l’ami et amant compréhensif joué par Phil Burgers et qui s’étant initialement prêté au jeu du trio tente en fin de compte de s’effacer de cette relation mortifère… Et puis, enfin et surtout cette nature si sauvage qui reprend ses droits laissant la violence d’un combat de taureaux imposer la dure réalité de la vie. C’est cette exploration qui prend toute la place de l’image captée par le réalisateur dans un film sensible dont le spectateur ne ressort pas toujours indemne.

 

« Tumultes » un film de Bertrand van Effenterre avec Bruno Cremer, Nelly Borgeaud, Julie Jezequel, Laure Marsac, Clotilde de Bayser, 1989, 89 min , Combo DVD BRD, Mallia Films, Renn Production, Paradise Films, 2019.

 


Patrick est mort. Patrick, le fils, le frère. Autour de cette disparition, la famille se réunit dans la maison des parents, là-bas, tout au fond de la Bretagne, face à la mer…

« Tumultes » débute par deux évocations, deux homonymies, plans successifs de la mer en Bretagne et de cette mère de famille au visage ravagé par la mort de son fils, Patrick. À partir de cette mère meurtrie et de son mari, couple inextricable, la caméra sensible de Bertrand van Effenterre, qui allait ensuite tourner pour la télévision quelques épisodes du fameux commissaire Maigret avec Bruno Cremer, plonge dans cet océan de silences, de douleurs et de non-dits. Car « Tumultes » est un film reposant avant tout sur la force et la faiblesse des liens de cette famille, entre ces parents et ces quatre enfants, se tissant, s’étirant jusqu’à la rupture pour Isabelle ou au contraire fusionnels comme pour les deux jumeaux pourtant séparés à jamais. La famille, reconstituée à l’occasion du drame, alterne entre ces extrêmes, instants de réunions, de retrouvailles, de souvenirs légers, mais toujours scandés par la force de l’inévitable, l’absence définitive d’un des leurs. Cette tension progressive servie par une image redoutablement belle de cette côte bretonne et ce Requiem de Cherubini composé à la mémoire de Louis XVI transportent le spectateur dans l’intimité de cette famille déchirée jusqu’à la révélation des circonstances de la mort du jeune Patrick. À partir de ce point d’orgue, les relations s’inversent, les façades s’effritent jusqu’à l’acceptation du deuil ou au contraire le refus de l’inacceptable et cette poignante scène finale. Bruno Cremer excelle dans ce rôle qui met en valeur une fois de plus le large éventail de ses talents ainsi que Nelly Borgeaud, l’actrice suisse appréciée d’Alain Resnais, dont les silences occupent l’espace et retient la caméra du réalisateur Bertrand van Effenterre qui signe avec ce film une évocation intime et poignante de la vie familiale.
 

 

Fortuna de Germinal Roaux, DVD Blaq Out, 2019.

 


Fortuna, jeune Éthiopienne de 14 ans, est accueillie avec d'autres réfugiés par une communauté de religieux catholiques dans un monastère des Alpes suisses. Elle y rencontre Kabir, un jeune Africain dont elle tombe amoureuse. C'est l'hiver et à mesure que la neige recouvre les sommets, le monastère devient leur refuge mais aussi le théâtre d'évènements qui viennent ébranler la vie paisible des chanoines.

À Rome, la déesse Fortuna accompagnait le destin de chacun de ses fidèles, que leur sort soit favorable ou non. Nous avons hérité de cette divinité l’expression « bonne fortune » et, malheureusement, ce n’est pas la première image qui vient à l’esprit quant au destin tragique de ces réfugiés évoqués avec délicatesse et sobriété par le réalisateur Germinal Roaux dans ce long-métrage sensible Fortuna. Venu de l’univers de la photographie, le réalisateur plonge littéralement les spectateurs dans un univers noir et blanc, qui contrairement à ce que l’on pourrait penser, ne cherche pas à une pureté quelconque mais bien plutôt à faire valoir les différentes variations entre ces deux couleurs, une infinité de variations. Car c’est une réalisation toute de nuances que propose Germinal Roaux avec ce destin tragique d’une jeune Éthiopienne incarnée avec une candeur et un naturel désarmant par Kidist Siyum Beza. Après les brèves évocations sous forme de flashes d’une traversée de la Méditerranée rappelant le Déluge de la Bible, ces âmes ballottées et marquées à vie par ces heures terribles devront commencer une nouvelle vie… mais celle-ci est loin d’être acquise, est elle-même envisageable ? Si l’opulence de la Suisse qui les héberge fait naître des promesses justifiées par la générosité de quelques bonnes âmes en la personne de ces moines bienveillants, il demeure néanmoins qu’il convient de ne pas heurter les bienséances et lorsque l’inévitable survient, tout est remis en question. Bruno Ganz incarnant le frère Jean, et dont ce fut l’un des derniers films avant sa disparition, suggère sans asséner un autre rapport à l’autre, qui non fait de leçons morales, ni même d’une bienveillance toujours relative dans cet occident si frileux à ces hordes venues du sud, mais d’une empathie naturelle, un amour sans bornes, ouvert à ce que peut-être chacun ne comprendra jamais tout à fait chez l’autre, l’altérité d’un Levinas. Le film Fortuna évite toute leçon de morale ou même de prise de positions religieuses même si des scènes inoubliables notamment à l’intérieur d’une étable offriront des évocations bibliques inévitables, tout cela subtilement suggéré, une réalisation à l’image de ces nuages sur les cimes alpines laissant danser leur ombre comme un destin…

Suppléments :
Entretien avec Germinal Roaux, réalisateur
Des tas de choses, documentaire (2004, 28 min.)
Icebergs, court-métrage (2007, 14 min.)

 

« Girl » un film de Lukas Dhont avec Victor Polster, DVD, Diaphana Distribution, 2019.

Lara, 15 ans, rêve de devenir danseuse étoile. Avec le soutien de son père, elle se lance à corps perdu dans cette quête d’absolu. Mais ce corps ne se plie pas si facilement à la discipline que lui impose Lara, car celle-ci est née garçon.
 


Premier long-métrage du réalisateur Lukas Dhont remarqué au Festival de Cannes l’année dernière, Girl ne laisse pas indifférent. Le thème de l’identité sexuelle du personnage central est traité de manière si réaliste, mais avec une délicatesse et pudeur écartant toute caricature. Dès les premières minutes, le spectateur se trouve happé par cette histoire singulière, celle de ce jeune homme rêvant de devenir danseur, une quête d’absolue qui se double alors d’une autre quête celle de devenir aussi femme… Inspiré d’une histoire vécue et relatée à Lukas Dhont, Girl nous fait entrer dans le cœur même de ce qui à l’adolescence confirme l’identité et les difficultés relatives. Naît-on fille ou garçon ou le devient-on ? Certains traits physiques tels que des attributs masculins peuvent-ils aller à l’encontre du sentiment d’être une femme et de le revendiquer ? Renvoyant aux mythes anciens de l’androgynéité, du double masculin et féminin et de ses intersections, aux revendications plus récentes de la transidentité et de l’intersexuation, ce film n’en est pas pour autant un combat militant agressif, mais une plongée pudique au cœur de l’identité d’un être humain. Le jeune comédien Victor Polster donne toute sa profondeur à cette thématique qui aurait pu être traitée de manière caricaturale ou outrancière. Les expressions multiples et variées du comédien, ses hésitations entre ce que son corps lui commande et les influences de son entourage enrichissent bien cette réflexion qui pour être sensible n’en sombre pour autant pas dans le pathos.
 

"Coffret Mikio Naruse 5 films de Mikio NARUSE | Drame | Japon | 1954-1967 | 528mn | Couleurs et N&B, DVD Carlotta, 2018.
 


Shingo, un vieil homme d'affaires, ressent une profonde affection pour sa belle-fille Kikuko, qui se consacre à son mari et à ses beaux-parents. Le jeune couple n'a pas d'enfants, et ses relations sont instables. Un jour, Kikuko va prendre une grave décision qui va bouleverser le fragile équilibre de la maisonnée…

Avec Le Grondement de la montagne, le réalisateur japonais Mikio Naruse (1905-1969) nous invite à l’une des plus belles leçons de cinéma du XXe siècle. Le cadre intimiste associé au nombre restreint des protagonistes ne compose pourtant pas une fresque virtuose à la Kurosawa, Naruse se rapprochant plus de l’univers intimiste de l’autre géant du cinéma japonais Ozu, tout en s’en distinguant. Avec ce film directement adapté du magnifique roman de l’écrivain Yasunari Kawabata (prix Nobel de littérature) avec qui il partage cette rare sensibilité de la fugacité de la vie, Naruse dresse le portrait d’un monde en profonde mutation. Moins d’un siècle après l’ouverture Meiji et au lendemain de la défaite du Japon lors de la Deuxième Guerre mondiale, les structures de la société traditionnelle japonaise volent en éclats, ce que ne peut que constater avec une certaine amertume résignée Shingo, vieil homme d’affaires vivant avec son épouse, son fils et sa belle-fille dont il apprécie la prévenance et gentillesse symbolisant cette société d’antan. Ce milieu du XXe siècle cristallise en effet sous la caméra du réalisateur ces lignes désormais brisées qui prévalaient jusqu’alors : dignité, abnégation, discipline, courage, des valeurs mises à mal avec la confrontation à d’autres modèles culturels imposés par les vainqueurs de l’occident. Naruse offre ici un rare portrait de femme, celui de Kikuko qui, à la manière de ces images du monde flottant, discourant très rarement mais dialoguant bien plus par son regard, son corps, ses mouvements dignes des plus belles estampes d’Utamaro. Ce portrait contraste avec celui des autres personnages féminins emportés par le tumulte – le grondement sourd – de la modernité. So Yamamura et Setsuko Hara livrent ici un jeu rare de sensibilité et d’affinités complexes, même si la sensualité, plus présente dans le roman, se fait ici plus discrète.

Avec le coffret Naruse, Carlotta propose 5 magnifiques portraits de femmes et 5 films majeurs du cinéaste Mikio Naruse : Le Grondement de la montagne, Au gré du courant, Quand une femme monte l'escalier, Une femme dans la tourmente, Nuages épars.

 

"Le dernier des géants" (THE SHOOTIST), un film de Don Siegel – 1976 avec John Wayne, Lauren Bacall, James Stewart, Ron Howard, version restaurée • durée : 100 mn • n&b/couleur • format : 16/9 – 1.85, version : vf / vost français • chapitrage, bonus : présentations par Patrick Brion et Bertrand Tavernier, DVD, SIDONIS, 2018.

 


Atteint d’un cancer en phase terminale, John Books (John Wayne), tireur d’élite vieillissant mais au brillant palmarès, s’installe dans une pension de famille où le fils de la gérante, l’ayant reconnu, s’attache à lui. Résolu face à la mort, qui fut sa compagne durant des années, il cherche le moyen de partir en beauté et de laisser derrière lui l’image d’une légende.

Il faut voir ou revoir ce dernier film de John Wayne car il révèle une facette atypique de ce personnage accoutumé à occuper tout l’écran par sa présence forte et dominatrice. Avec cette réalisation signée Don Siegel, pourtant moins habitué au genre western (Duel sans merci, Les rôdeurs de la plaine, Une poignée de plomb), c’est un film sensible pour un thème inattendu qui est proposé: celui des faiblesses du héros principal atteint d’un cancer incurable. Alors que le générique rappelle le parcours tout en puissance du tireur d’élite avec des scènes reprises de grands westerns antérieurs de John Wayne, les premiers plans-séquences montrent un héros, certes vieillissant, mais encore bien alerte. Nous voyons ainsi l’image traditionnelle du héros sûr de sa force et décochant calmement une balle à un petit malfrat voulant le détrousser avant son arrivée dans la ville où il a décidé de revoir un vieux médecin qu’il avait connu par le passé. John Books se sait malade, avis confirmé par le médecin qui lui annonce abruptement qu’il ne lui reste plus que quelques semaines à vivre… Commence alors un compte à rebours avec la mort, le vieil homme souhaitant la prendre par surprise et inverser la logique des choses. Cette réalisation offre non seulement un casting impressionnant avec le duo John Wayne / Lauren Bacall, mais également la présence de James Stewart sans oublier le rôle tout en nuances du jeune Ron Howard. Le film alterne les scènes cocasses et plus sombres sans verser dans le larmoyant avec une belle prestation de John Wayne qui se savait lui-même atteint d’un cancer et qui devait disparaître trois ans plus tard…

 

"Mary Shelley" un film de Haifaa Al Mansour avec Elle Fanning, Douglas Booth, Tom Sturridge, DVD, Pyramide Video, 2018.

 


En 1814, Mary Wollstonecraft Godwin entame une relation passionnée et scandaleuse avec le poète Percy Shelley et s'enfuit avec lui. Elle a 16 ans. Condamné par les bienpensants, leur amour tumultueux se nourrit de leurs idées progressistes. En 1816, le couple est invité à passer l'été à Genève, au bord du lac Léman, dans la demeure de Lord Byron. Lors d'une nuit d'orage, à la faveur d'un pari, Mary a l'idée du personnage de Frankenstein. Dans une société qui ne laissait aucune place aux femmes de lettres, Mary Shelley, 18 ans à peine, allait révolutionner la littérature et marquer la culture populaire à tout jamais.

Le film « Mary Shelley » de la réalisatrice Haifaa Al Mansour invite à découvrir une femme injustement peu connue pour elle-même, mais bien plus pour sa « création » passée à la postérité du monstre Frankenstein, ainsi que le fait d’avoir été l’épouse du poète Percy Shelley. Et pourtant, Mary Shelley née Wollstonecraft Godwin mérite que l’on retienne son nom de jeune fille à part entière car si sa vie passée avec le poète a pu nourrir son inspiration, c’est bien son propre esprit créateur qui se fait ressentir dès son plus jeune âge jusqu’à sa disparition, une vie marquée de quêtes de bonheur, de liberté frappée sans répit par la tristesse, le malheur et les deuils. Mary n’a en effet pas hérité que du seul prénom de sa mère, Mary Wollstonecraft , défenseur des droits de la femme au cœur du XVIIIe siècle anglais, mais également de son caractère indépendant et combatif. Son père hésite entre une éducation d’une jeune fille plus classique et l’image que sa fille lui renvoie de son amour défunt épris de liberté. C’est ainsi en bravant ces barrières mi-ouvertes que la jeune Mary s’engage subrepticement dans l’univers des lettres, surtout dès sa rencontre avec le jeune poète Shelley dont elle tombe amoureuse. Mary s’enfuit alors avec lui dans une vie de bohème, faite d’insouciance et de libertés, une liberté parfois chèrement payée lorsqu’elle perd son premier enfant en fuyant leurs créanciers. Le film montre combien la naissance de son inspiration puise dans son expérience biographique et notamment cette association entre le fait d’avoir perdu sa mère par sa naissance, son premier enfant mort-né et la créature littéraire en gestation. L’accouchement sera une fois de plus difficile dans une Angleterre peu encline à voir reconnaître un génie littéraire chez une femme, surtout dans un genre atypique, ce sera tout le combat de Mary finalement reconnue grâce à son mari et son père. Elle Fanning incarnant Mary est convaincante dans les nuances qu’elle a su apporter à son personnage. Et même, si ce film eut pu s’appeler Mary Wollstonecraft Godwin, son titre “Mary Shelley » contribuera tout de même à mieux faire connaître ce personnage atypique.
 

 "De Gaulle" ; Un film de Gabriel Le Bomin avec Lambert Wilson, Isabelle Carré et Olivier Gourmet ; Scénario de Gabriel Le Bomin et Valérie Ranson Enguiale, DVD, M6 Video, 2020.

 


1940. De Gaulle s’oppose à Pétain car il souhaite poursuivre l’offensive militaire. À Colombey, Yvonne, sa femme, est contrainte de partir. La famille connaît les routes de l’exode jusqu’en Bretagne. Alors que l’armistice se profile, de Gaulle choisit de partir à Londres où Churchill, qui devient un allié, lui permet de parler à la BBC le 18 juin. Yvonne et Charles finissent par se retrouver, après un long périple, dans la capitale londonienne.

La figure historique du général de Gaulle est bien connue et s’impose à la mémoire collective depuis la disparition, il y a cinquante ans, de celui qui contribua à sauver la France des périls qui s’abattaient sur elle. Celle, plus intime, de sa vie privée était cependant jusqu’alors rarement abordée, l’homme n’offrant guère de prise aux épanchements publics. Aussi est-ce une initiative louable et aboutie de la part de Gabriel Le Bomin et Valérie Ranson Enguiale de revisiter le mythe de Gaulle, non point pour faire tomber la statue du Commandeur, mais plutôt afin d’esquisser un pas de côté et suggérer l’autre facette, plus secrète et subtilement évoquée, dans ce long-métrage. La vie personnelle de celui qui n’est encore que le colonel de Gaulle n’est en effet guère aisée à appréhender et à rendre en dehors des nombreux témoignages et correspondances de celles et ceux qui vécurent à ses côtés. C’est à partir de ces bribes que les scénaristes ont souhaité s’immiscer dans la vie intime de l’homme et du Général devenu « illégitime », celui de juin 1940, celui qui n’est plus avalisé par le gouvernement français et n’a pas encore remporté la définitive victoire avec les alliés. L’homme apparaît à la fois solide et fragile, colosse aux pieds d’argile, cette fragilité s’exprimant notamment pour son amour si sensible porté à sa fille Anne trisomique. De même, qu’il refusa de baisser les bras face à cette enfant dépendant pour le restant de sa vie, de même il écarta énergiquement la défaite, au risque de son propre avenir. Ces tensions extrêmes sont parfaitement rendues par cette belle réalisation avec un scénario démontrant combien l’Histoire en train de s’accomplir n’allait pas de soi et comportait de nombreux échecs possibles. Le jeu d’acteur remarquable de Lambert Wilson rend lumineuse cette évocation, avec cette dimension ambivalente parfaitement rendue entre l’homme de conviction et l’homme privé. Face à lui, Isabelle Carré offre une interprétation sensible et lumineuse de l’épouse du général, une femme également convaincue des combats à livrer, tant pour la France que pour leur propre famille.

 

 

 

« Les Monstres » (I Mostri), 1963, un film de Dino Risi avec Ugo Tognazzi, Marino Mase, Vittorio Gassman, Rika Dialina, Michèle Mercier, Ricky Tognazzi, Franco Castellani, coffret DVD + livret 36 pages + bonus, LCJ Editions, 2020.
 


I Mostri de Dino Risi est en fait constitué de vingt sketches s’enchaînant à un rythme effréné et en autant de satires de la société italienne des années soixante. Comédie grinçante, souvent humoristique, « Les Monstres » s’attache à forcer le trait sur les dérives vécues par l’Italie en ces temps de reconstruction d’après-guerre. Avec une toute autre approche, mais conduisant aux mêmes conclusions que celles du cinéaste Pier Paolo Pasolini, Dino Risi souligne combien l’Italie est en train de perdre ses valeurs sous prétexte de modernité et de progrès.
Le duo Vittorio Gassman et Ugo Tognazzi joue à merveille ce jeu de déconstruction avec une verve et un sens rare de la comédie à l’italienne. La férocité avec laquelle les protagonistes dénoncent les turpitudes du quotidien, qu’elles relèvent de la religion, la politique, du peuple ou au sein de la famille et du couple, ajoute au charme de cette série de sketches devenue une anthologie du cinéma demeurant d’une criante actualité…
Derrière les traits forcés et les gros rires se masque, en effet, un angoissant questionnement quant aux valeurs structurant cette Italie des années 60, valeurs se fissurant pour Dino Risi à un rythme aussi effréné que celui de cette modernité aussi vécue que subie.
Cette version restaurée en 4K est de toute beauté avec ces contrastes de la vie quotidienne plus encore soulignés, ce jeu des acteurs ébouriffants de transformations et métamorphoses, cette vitalité encore perceptible et qui a depuis subi tant d’avanies…
Ce coffret « Les Monstres » mérite rien que pour cela d’être redécouvert dans cette belle édition qui assurément fera date.

 

« Le Relais de l'or maudit » -Hangman's knot, 1952 ; Un film de Roy Huggins avec Randolph Scott, Donna Reed, Lee Marvin et Claude Jarman JR ; Format 1:33, 16/9 ; Audio VOSTFR ; VF restaurée ; Bonus, présentations de Patrick Brion et de Bertrand Tavernier, Couleur, DVD, Sidonis Calysta, 2020.

 


Commandés par le major Matt Stewart, des soldats sudistes attaquent un convoi nordiste transportant de l'or. Une de leurs victimes leur apprend que la guerre est terminée depuis un mois, et qu’ils sont désormais considérés comme des bandits…

Ce western réalisé par Roy Huggins met en scène à partir d’un scénario extrêmement bien conçu une intrigue centrée sur une succession de mouvements et de huis clos. Tour à tour prédateurs traquant leur proie dans un guet-apens, les soldats sudistes deviendront après une mémorable chevauchée dans une diligence eux-mêmes confinés dans un relais de poste sous la menace de mineurs tentés par l’appât de l’or.
Cette action est menée avec maestria par le réalisateur Roy Huggins dont ce sera curieusement le seul film connu, ce dernier poursuivra sa carrière en tant que scénariste talentueux et producteur de télévision (les séries légendaires Maverick, Le Virginien et Cheyenne).
La réussite de ce film tient également à la présence rayonnante de Randolph Scott, un acteur légendaire dont le seul nom deviendra, à l’instar de John Wayne, synonyme de western. Face à lui des acteurs également prometteurs lui donnent la réplique, tel le jeune Lee Marvin, appelé lui aussi à un bel avenir, sans oublier l’actrice Donna Reed, inoubliable dans « La Vie est belle »…
Les somptueux décors de Charles Lawton Jr, ainsi que les nombreuses cascades dirigées de main de maître par Yakima Canutt (Ben-Hur, Spartacus), font assurément de ce film « Le relais de l’or maudit » un western à redécouvrir dans cette belle édition Sidonis !

 

« Les bravados » ; Un film d'Henry King – 1958 avec Gregory Peck, Joan Collins, Stephen Boyd et Lee Van Cleef , Sidonis Editions, 2020.

 


Jim Douglass arrive dans la petite ville de Rio Arriba ; il souhaite assister à la pendaison qui doit se dérouler en ces lieux où la potence est en train d'être construite, celle-ci est destinée à quatre malfrats qui parviennent à s’échapper. Commence alors une traque sans merci…


Le film d’Henry King « Les bravados » sorti en 1958 offre l’exemple d’un western sortant des idées reçues et des scénarios convenus. Alors que les faits condamnent d’avance quatre malfrats arrêtés pour le cambriolage d’une banque, surgit un personnage solitaire, Jim Douglass, dont la détermination à leur égard intrigue tous les habitants de la petite ville Rio-Arriba.
Avec des plans soignés et une réalisation impeccable, Henry King laisse imaginer plusieurs issues possibles jusqu’à ce que l’improbable survienne, à la fin de ce film atypique. Construit patiemment sur le thème de la justice et de la vengeance, « Les bravados » tisse alors une réflexion bien menée sur les sentiments en fin de compte entremêlés et déployés, ici, sans caricatures à partir du personnage central interprété avec maestria par Gregory Peck.
Si tous les ingrédients d’un western classique sont, certes, réunis (violence, chasse à l’homme, shérif, pendaison…), c’est surtout dans des nuances inattendues que réside la réussite indéniable de ce film original signé par un réalisateur qui compte bien d’autres grands films à son actif, tels « La Cible Humaine » ou encore de « Le Brigand Bien-Aimé ».
Le casting réunissant Joan Collins (La terre des pharaons), Stephen Boyd (Ben Hur, Le voyage fantastique) ou Lee Van Cleef (Le train sifflera trois fois, Barquero), ainsi que des paysages époustouflants ajoutent au charme et à l’intérêt de redécouvrir « Les bravados » dans cette belle édition Sidonis.

 

"La poursuite impitoyable" - The Chase – 1966. Un film de Arthur PENN avec Marlon Brando, Robert Redford, Jane Fonda, E.G. Marshall, Angie Dickinson, Janice Rule et Robert Duvall ; Scénario de Lillian Hellman, d’après le roman et la pièce de théâtre de Horton Foote, DVD, Sidonis, 2020.

 


Bubber Reeves s’évade de prison avec un complice qui, après avoir volé une voiture et tué son conducteur, l’abandonne. Bubber est alors accusé du crime. Dans sa ville natale de Tarl, au Texas, l’annonce de son évasion et du meurtre déchaîne les haines et les passions, trop longtemps retenues…

« La poursuite impitoyable » est à l’origine une pièce de théâtre de Horton Foote adaptée pour Broadway et dans laquelle les protagonistes se débattent pitoyablement dans l’inanité de leur vie passée dans une petite ville du Texas profond. Parmi les turpitudes du quotidien, un shérif intègre se débat, lui aussi, comme il le peut pour assurer la sécurité de ses administrés jusqu’au jour où un de ses habitants jusqu’alors emprisonné ne s’échappe et revienne vers sa ville natale…
Le réalisateur Arthur Penn a développé à partir de cette intrigue un film crépusculaire assez déconcertant se déroulant sur une seule journée. Au fur et à mesure que les heures défilent et que la pénombre gagne, les habitants de Tarl déchaînent leurs passions destructrices faites d’animosités, racisme, veuleries… Mais au-delà de ce quotidien consternant, la tension déjà crescendo, grimpe à son paroxysme à l’arrivée imminente de l’évadé. Menaçant ces équilibres déjà précaires, le repris de justice va alors devenir la proie d’une ville entière, et le shérif Calder interprété avec un calme olympien par Marlon Brando, son protecteur.
« La poursuite impitoyable » dépeint une société américaine d’après-guerre dont les seuls objectifs sont l’appât du gain pour les plus ambitieux et la mesquinerie voire la lâcheté pour la plupart des autres. Face à ce sombre constat, cette réalisation soignée d’Arthur Penn parvient à rendre cette spirale des passions qui se déchaînent inexorablement sans que la justice puisse apporter quelques réponses que ce soit. C’est un sentiment amer qui ressort de ce film dont le casting s’avère impressionnant avec de jeunes acteurs alors inconnus à l’époque comme Robert Redford et Robert Duvall, mais aussi de plus chevronnés, tels Marlon Brando, Jane Fonda, Angie Dickinson, sans oublier d’anciennes gloires du muet avec Henry Hull, Miriam Hopkins.

Format : 2:35 Cinémascope, Audio : VOSTFR - VF restaurée, Durée : 135 min, Bonus : Présentation de François Guérif • Trailer original • Livre par François Guérif

 

"PANIQUE DANS LA RUE" (Panic in the streets), 1950 ; Un film d’Elia Kazan avec Barbara Bel Geddes, Dan Riss, Jack Palance, Paul Douglas, Richard Widmark, Zero Mostel ; DVD, Coll. Hollywood Classics, Fox, 2020.

 


Nouvelle-Orléans. Un homme arrivé clandestinement par bateau est assassiné et dépouillé par trois gangsters. Lors de l'autopsie, on découvre que celui-ci était contaminé par la peste. Les autorités locales en alerte, une course contre la montre se met en place pour retrouver les trois meurtriers, touchés par le virus...

Après « Le Mur invisible », Elia Kazan délaisse quelque peu les studios pour les décors naturels de la Nouvelle-Orléans avec le tournage de « Panique dans la rue ». Dès les premières scènes, son goût pour une photographie en clair-obscur compose un environnement esthétique propice au développement du thème de ce film utilisant pour la première fois la technique du plan-séquence. Si l’intrigue semble policière avec la recherche du meurtrier d’une victime retrouvée dans un port, très rapidement l’enquête révèle que cette dernière était atteinte de la peste pulmonaire, hautement contagieuse. Un film de 1950 qui n’est donc pas sans une certaine actualité…
Ici, c’est une véritable course contre la montre qui s’engage alors, non seulement pour retrouver le meurtrier, mais surtout pour prévenir la diffusion de l’épidémie. « Panique dans la rue » permet dès lors au réalisateur de déployer sa perception de la société américaine, les bas-fonds de la ville contrastant avec la middle-class dont sa caméra parvient à mettre en évidence les traits marquants.
Le réalisateur d’origine grecque, né en Turquie au début du XXe siècle, connaît les milieux modestes, son père ayant débuté dans le commerce de tapis. Ce regard aiguisé et cette acuité de saisir une expression résignée ou la crainte d’un personnage traqué confèrent à ce film d’indéniables accents de vérité.
La réussite du film tient également au jeu réussi des acteurs, Richard Widmark troquant le rôle d’un tueur psychopathe de « Le Carrefour de la mort » pour celui d’un médecin du service sanitaire avec une prestation qui préfigure ses grands rôles des décennies à venir. Autre réussite, l’inquiétante présence de Jack Palance dont c’est le premier film et qui déjà en quelques plans parvient à envahir l’écran de son sourire sardonique…
Certains ont vu dans ce film une métaphore de la traque du communisme aux États-Unis et de la chasse aux sorcières, notamment des artistes suspectés d’affinités avec ce courant politique. Si Elia Kazan avait adhéré dans ses jeunes années au parti communisme, il s’en était cependant, rapidement séparé et l’esprit qui anime « Panique dans la rue » tient plus d’une fine analyse de la société de son époque que d’un quelconque manifeste politique.

 

« Une balle au cœur », 1966, un film de Jean-Daniel Pollet avec Sami Frey, Françoise Hardy, Jenny Karezy, Spyros Fokas, Vasilis Diamantopoulos, Lucien Bodard ; Version restaurée, 14 x 19 cm, Livre + DVD, Les Editions de l’œil, 2020.
 


Francesco de Montelepre a été dépouillé de son château de Sicile par un gangster, Rizzardo. Cherchant à se venger, il part en Grèce retrouver un homme susceptible de lui fournir des preuves de ses crimes. Poursuivi par les tueurs du gangster, sa vie est menacée et son entourage fait l’objet d’une suite de meurtres…

Le réalisateur Jean-Daniel Pollet, au milieu des années 60 et de la Nouvelle Vague, signe avec « Une balle au cœur » une réalisation atypique sur la fuite d’un homme poursuivi par ses démons intérieurs. Alors que ce jeune aristocrate sicilien semble avoir dilapidé l’héritage de ses ancêtres, c’est par un sursaut d’identité qu’il décide de dire non et de s’opposer à la mafia s’étant emparée du seul bien qui lui restait, son palais familial. Commence alors une longue fuite métaphorique vers la Grèce - retour aux origines mythologiques et historiques tant vénérées par Pollet – où le héros dans sa dérive et soif de vengeance rencontrera deux femmes symboliques. L’une, interprétée brillamment par Jenny Karezy, chanteuse de rébétiko dans un cabaret louche d’Athènes, qui incarne la vitalité spontanée et généreuse de la Grèce alors que l’autre, Françoise Hardy, affiche une beauté sculpturale indéchiffrable et inaccessible, à l’image de la statuaire antique grecque.
Samy Frey oscille entre ces repères, pris entre peur et animalité d’une proie traquée, et offre un jeu d’acteur convaincant même si le film souffre parfois de quelques imprécisions dans sa deuxième partie malgré la beauté des paysages de l’île de Skyros. « Une balle au cœur » c’est aussi une admirable musique du légendaire Mikis Theodorakis, qui vient souligner la beauté de la photographie des paysages de Grèce et renforcer les affres des protagonistes au rythme du rébétiko.
Les Éditions de l’Œil ont fort heureusement rendu accessible ce film méconnu grâce à une belle édition sous forme de livret-DVD riche d’analyses de Costas Ferris et d’un dossier de presse, sans omettre les magnifiques photographies prises lors du tournage. Un bonus, comportant un court-métrage « La Femme aux cent visages » de Jean-Daniel Pollet (1966, 10 min.), ainsi qu’un entretien avec Pierre-André Boutang, complète cet hommage à un réalisateur amoureux de la Grèce au point de mettre en œuvre un autre film lors de la Dictature des Colonels afin de rapatrier en France deux de ses amis Mikis Theodorakis et Costas Ferris…

 

« Le maître du gang (THE UNDERCOVER MAN) », 1949 ; Un film de Joseph H.LEWIS avec Glenn FORD, Nina FOCH ; 85 min, Noir et blanc, Ratio 16/9 - 1:33, Image et son restaurés, VO - VF restaurées mono, Sous-titres français, Chapitrage ; Bonus - Présentations de François Guérif, Patrick Brion et Bertrand Tavernier ; Trailer, DVD, Sidonis, 2020.

 


Agents du Trésor américain, Frank Warren et George Pappas se lancent dans une mission sous couverture afin de confondre un parrain de la mafia de Chicago. Frank n’hésite pas à mettre en péril son mariage, et même sa vie, dans l’espoir de faire tomber pour fraude fiscale celui qui, jusqu’alors, a toujours échappé à toute poursuite, malgré ses nombreux crimes...

Le film noir américain ne repose pas toujours sur des faits réels, leur préférant souvent l’évocation de peurs et obsessions de la société. Avec « Le maître du gang », c’est bien la noirceur de la véritable pègre régnant notamment sur Chicago dans les années 50 qui est ainsi évoquée à partir du personnage d’Al Capone, non expressément nommé, mais que le spectateur reconnaîtra facilement. Mais la véritable réussite de ce film de Joseph H. Lewis, réalisateur talentueux, dont le fameux « Démon des armes », repose incontestablement sur le traitement particulier de cette enquête laissant de côté héros et faits d’armes pour favoriser l’analyse de l’investigation dans ses moindres détails, y compris comptables… Il faut avouer que l’interprétation du personnage central en la personne du comédien Glenn Ford (Gilda, Le Déserteur de Fort Alamo, 3h10 Pour Yuma…) confère un brio certain à cette réalisation soignée. L’acteur parvient en effet à rendre toutes les nuances exigées par un rôle délicat où pistolet et coups de poing ont été troqués pour une vérification comptable comme le fit le véritable enquêteur Frank J. Wilson pour faire tomber Al Capone, et dont le récit autobiographique a servi de base à ce film. Joseph H. Lewis, l’un des meilleurs réalisateurs de films de série B, parvient avec le « Le maître du gang » à tenir en haleine le spectateur jusqu’au terme du film ; Une réalisation qui dévoile aussi bien les failles du système que celles de ses héros.

 

"Le cercle noir" ; Un film de Michael Winner - 1973 - THE STONE KILLER, avec Charles Bronson, Martin Balsam, Jack Colvin, Paul Koslo, Stuart Margolin…, DVD, Sidonis Calysta, 2020.

 



Muté pour avoir abattu le délinquant qu’il poursuivait, Lou Torrey prend ses fonctions à Los Angeles précédé d’une solide réputation de flic à la gâchette facile. Flanqué d’un nouvel équipier, il se lance immédiatement sur les traces d’un trafiquant de drogue avant que les circonstances l’amènent à s’occuper du cas d’un parrain de la Mafia prêt à tout pour élargir sa zone d’influence et se débarrasser de ses concurrents.

« Le cercle noir » compte parmi ces films américains du début des années 70 mettant en avant le rôle de l’individu face à une société de plus en plus corrompue et à un pouvoir politique souvent complice ou tout au moins inefficace à apporter les bonnes réponses. Sorti un an avant le fameux film « Un justicier dans la ville », le réalisateur américain Michael Winner anticipe sur les malaises contemporains d’une société post 68 et des années de guerre au Vietnam.
Charles Bronson est bien entendu le pivot central sur lequel repose ce film aux accents parfois baroques dans des scènes faisant intervenir une communauté hippy ou encore des arrestations plus que rocambolesques. En dehors de ces quelques excès, « Un cercle noir » offre un film solide et construit à partir du scénario bien ficelé de Gerald Wilson qui travailla essentiellement pour Winner. La musique ajoute au plaisir de ce film rythmé par le jazz particulièrement mis en avant. Ce film atypique offre par ailleurs quelques nuances quant au traditionnel racisme de la police américaine à l’encontre de la communauté noire américaine ; si celui – ci est bien présent dans de nombreuses répliques, il est ici tempéré par une attitude plus ouverte de l’inspecteur ne versant pas dans ces excès. À l’inverse, ses méthodes d’investigation et d’enquête anticipent sur les héros à venir faisant fi des règles et des lois en usant plus que de mesure de la contrainte physique ;
Charles Bronson excelle dans ce film célébrant le culte du héros solitaire et taciturne dans la lignée de l’Inspecteur Harry sorti en 1971 avec un certain Clint Eastwood…
Un film à redécouvrir pour son rythme et ses scènes bien ficelées, un genre appelé à cette époque à un riche avenir pour plus d’une décennie.

DURÉE : 95 MN • COULEUR • FORMAT : 1:85 • 16/9 VERSIONS : FRANÇAIS ET VOST • MONO • CHAPITRAGE Présentation Bertrand TAVERNIER et Patrick BRION, Documentaire : sur le traces de MICHAEL winner

 

"Son Dernier rôle" un film de Jean Gourguet, avec Gaby Morlay, Marcel Dalio, DVD, Éditeur : DORIANE FILMS, 2020.

 


Hermine Wood, une grande vedette de la scène, mène une vie trépidante avec son amant Raoul, brillant auteur, mais passionné et jaloux. Sujette à des malaises, elle rencontre un médecin spécialiste du cœur, qui renonce à lui révéler sa grave maladie cardiaque…

Sorti en 1946, le film « Son dernier rôle » laisse dès les premiers plans une délicieuse impression de voyage suranné dans le temps avec cette photographie et ces cadrages soignés du réalisateur Jean Gourguet ; Ce « modeste artisan du cinéma », comme il aimait à se nommer lui-même, et qui n’avait pas encore entamé son évolution en tournage extérieur. Réalisé, en effet, dans les studios de Boulogne Billancourt, « Son dernier rôle », entre cinéma et théâtre, offre le charme d’un scénario énergique ; Accompagné de répliques choisies et plaisamment humoristiques, ces dernières instillent là aussi un charme certain à ce film dont le jeu d’acteur élégant de Gaby Morlay et Marcel Dalio conjugue aisance et une certaine légèreté dans la première partie du film. À cette époque d’après-guerre, ces deux grands et célèbres acteurs sont déjà depuis longtemps en haut de l’affiche, et si Marcel Dalio a émigré aux États-Unis, Gaby Morlay aura, quant à elle, encore devant elle une longue carrière. Le choix des seconds rôles a su également des acteurs appréciables livrant ainsi un film équilibré agréablement mené. Puis le ton se fait plus grave avec le changement de cadre, et de vie de l’héroïne, une impression renforcée par le maquillage adoptée pour vieillir la comédienne. C’est alors une leçon de vie d’inspiration stoïcienne qui succède à la frivolité initiale, « Vis maintenant ! » enjoint Sénèque à ses lecteurs, ce film pourrait bien s’adresser quelque peu aujourd’hui à nous-mêmes de la même manière…

 

"Breakthrough" un film de : Roxann Dawson avec Chrissy Metz, Marcel Ruiz, DVD, Sage Distribution, 2020.

 

 

Quand John, le fils adoptif de Joyce Smith (Chrissy Metz), se noie dans le lac glacé de Saint-Louis en Missouri, tout semble perdu.


Lorsque le corps médical considère que la vie a fait son chemin et que l’irrémédiable est accompli, la fatalité s’impose pour la famille et les proches, laissant habituellement place au deuil et au recueillement… Mais lorsque la maman de John décide, grâce à sa foi inébranlable, que la prière pourra sauver son fils, ce sont des montagnes qu’elle s’apprête à déplacer, à la surprise d’un grand nombre, y compris son mari. C’est cette force interne – non dénuée parfois de doutes qui surgissent lors des pronostics médicaux et surtout dans les regards des autres – qui est développée avec nuances par la réalisatrice Roxann Dawson dans ce film à la fois puissant et sensible à partir d’une histoire vraie. L’histoire débute par le quotidien d’une famille américaine, John est l’enfant adoptif d’un couple d’Américains anonymes, Joyce, la maman, étant très impliquée dans sa communauté religieuse. Puis survient le drame, l’effroyable accident qui met tout en péril jusqu’à atteindre jusqu’aux derniers retranchements, ceux de la foi. Lorsque la science impose un constat rationnel que peut donc bien opposer une conviction spirituelle, aussi forte soit-elle ? C’est toute cette thématique qui est développée avec nuances par ce beau film qui montre de manière éclatante que l’amour peut rayonner à un point tel qu’il peut faire basculer nos certitudes, quelles que soient nos convictions religieuses. Il n’est pas jusqu’au sauveteur non croyant qui ne se trouve ébranlé par ses doutes. Les miracles peuvent naître de cette foi absolue, ceux qui notamment permettent aux hommes de quitter leur individualisme pour une cause commune, telle cette fascinante prière collective spontanée, ainsi que l’émouvante chanson « I’m standing with you » interprétée par Chrissy Metz, nommée à l’oscar de la meilleure chanson originale. Un film fort, un film poignant, surtout lorsqu’on découvre à la fin les vraies photographies avec une réelle ressemblance…

 

"Le Jeune Messie" un film de Cyrus Nowrasteh, avec Sean Bean, Adam Greaves-Neal, Genre: Drame / Bible, Versions : VF / VOSTFR, DVD, (disponible également en VOD) Saje Distribution, 2020.

 


Âgé de 7 ans, Jésus quitte l’Egypte avec ses parents où ils vivaient exilés, pour retourner à Nazareth. Hérode, qui a entendu parler de l’existence d’un prétendu messie, envoie alors le centurion Severus pour chasser l’enfant.

Les récits sur l’enfance de Jésus sont très limités dans les Évangiles synoptiques reconnus par l’Église catholique, ces derniers se concentrant essentiellement sur la naissance, puis sur les dernières années de sa vie terrestre. Aussi, est-il nécessaire d’aller puiser dans les écrits apocryphes pour trouver plus de détails sur l’enfance du Christ, des récits associant souvent merveilleux et quotidien. Des évocations dès lors bien moins connues, bien que certaines bribes le soient paradoxalement de nombre d’entre nous, qui méritaient dès lors un traitement cinématographique fin.
Le film de Cyrus Nowrasteh est parvenu à éviter bien des écueils, en proposant une histoire à la fois sensible et plausible de ce qu’ont pu être ces années de jeunesse de Jésus. Le jeune garçon, interprété avec intelligence par Adam Greaves-Neal, est convaincant en offrant à la fois un visage sensible et en quête d’ineffable, tout en ayant la candeur de son jeune âge, comme tous les enfants de cet âge. Quelques miracles sont sobrement évoqués comme celui du petit oiseau mort auquel le jeune Messie redonne vie sur la plage, mais priorité est donnée avec « Le Jeune Messie » à l’ouverture progressive aux mystères de sa vocation au regard de ses parents et proches composant la Sainte Famille. Et c’est certainement là que le film s’avère le plus convaincant, en présentant, progressivement, les interrogations de Marie et de Joseph, devant leur rôle d’éducateurs et de parents d’un enfant dont ils savent qu’il les dépasse en tout…
À cette trame s’ajoute une intrigue, elle aussi, plausible, mais non avérée, d’une mission pour un centurion de l’armée romaine (brillamment interprété par Sean Bean) d’éliminer à tout prix celui qui aurait survécu aux massacres des Innocents dans la région de Bethléem sept ans plus tôt, sans oublier de merveilleux décors et une réalisation soignée, un film à découvrir en famille !

 

Le messager de la mort Un film de Jack Lee Thompson - 1988 - MESSENGER OF DEATH avec Charles Bronson, Trish Van Devere, Laurence Luckinbill, Daniel Benzali, Jeff Corey, John Ireland…, DVD, Sidonis, 2019.

 


Journaliste spécialisé dans les affaires les plus délicates, Garret Smith s’intéresse à un carnage perpétré dans une communauté mormone d’Arizona. Les victimes : les femmes et enfants d’une seule et même grande famille. Si les premières constatations de la police indiquent que les meurtres ont été commis sous prétexte de religion, Smith n’y croit guère. Au péril de sa vie, il découvre peu à peu que la vérité est ailleurs...

Le film débute par quelques beaux plans soignés du réalisateur Jack Lee Thompson, faisant entrer le spectateur dans l’univers bien particulier des Mormons. Puis, vient la scène du massacre, apparemment froid et gratuit… Charles Bronson pour une fois n’est pas le justicier ni le policier de cette curieuse intrigue, le fameux acteur d’« Il Était une fois dans l’Ouest », « Le Passager de la pluie » et « Un Justicier dans la ville » endosse pour « Le messager de la mort » un rôle atypique dans sa carrière, celui d’un journaliste d’investigation qui va mener une enquête elle-même singulière dans un monde austère et hostile à ceux qui lui sont extérieurs. Le réalisateur des fameux « Canons de Navarone » imprime, ici, un rythme rugueux à cette narration qui mène le spectateur sur une piste qui connaîtra de nombreux rebondissements. Charles Bronson plus stoïque que jamais reste crédible dans ce rôle qui ne lui donne pourtant pas le statut de héros justicier auquel il sera souvent associé à ce stade de sa longue carrière. À l’écoute, ouvert et sensible à un monde qu’il ne connaît manifestement pas, l’acteur progresse dans les méandres du monde des Mormons et celui de la politique locale pour une intrigue qui au final dépasse le cadre fratricide d’une communauté religieuse rigide qui n’est pas sans parallèle avec le film Witness avec Harrison Ford.

DURÉE : 91 MN • COULEUR • FORMAT : 1:85 • 16/9 VERSIONS : FRANÇAIS ET VOST • MONO • CHAPITRAGE, BONUS : PRÉSENTATION DE FRANÇOIS GUÉRIF + DOCUMENTAIRE SUR CHARLES BRONSON

 

« Samson » un film de Bruce Macdonald avec Taylor James, Caitlin Leahy, Jackson Rathbone, Versions : VF / VOSTFR, DVD, Saje Productions, 2019.

 


Samson, un jeune Hébreu doté d'une force surnaturelle doit répondre à l'appel de Dieu pour sortir son peuple de l'esclavage. Après avoir perdu l'amour de sa vie par la faute d'un cruel prince philistin. Samson va entrer en guerre avec l'armée philistine. Il est prêt à tout sacrifier pour venger son amour, son peuple mais aussi son Dieu…


Réalisé en Afrique du Sud, avec de splendides paysages mis en valeur par une photographie soignée, « Samson » plonge le spectateur dans l’univers biblique dans la lignée du péplum historique revisité par le cinéma moderne. La comparaison sera, bien sûr, inévitable avec le « Samson et Dalila» de Cecil B. DeMille sorti en 1949, il y a exactement 70 ans… Victor Mature et Hedy Lamarr livraient alors une vision très hollywoodienne du texte biblique avec la présence à l’écran de V. Mature incarnant idéalement cette figure atypique dans la Bible, et un juge haut en couleur devant sa renommée à son extraordinaire force. Pour cette réalisation, en revanche, Taylor James ne développe pas ce même charisme, mais offre cependant un très beau jeu révélant plus les tourments intérieurs du héros biblique, un homme à la force fragile. Une force provenant d’un don divin annoncé par l’Ange du Seigneur à l’épouse de Manoah : « Tu es stérile et tu n’as pas eu d’enfant, mais tu vas concevoir et tu enfanteras un fils ». Une condition est cependant fixée à cette naissance : la mère ne devra boire ni vin ni boisson fermentée et ne rien manger d’impur, car l’enfant est appelé à une haute destinée, il sera nazir de Dieu, un ascète israélite. Mais, une autre condition est également imposée par l’Ange : les cheveux de Samson ne devront jamais connaître le fil du rasoir… Le film de Bruce Macdonald reprend et traite la plupart des évènements tumultueux de la vie de Samson : il tombe amoureux d’une femme dans le clan ennemi des Philistins, déchire un lion à mains nues, tue une multitude de Philistins avec une seule mâchoire d’âne… Mais l’épisode le plus célèbre de la vie de Samson reste incontestablement sa rencontre fatale avec la belle Dalila. Le réalisateur présente, ici, également une Dalila plus fragile et agissant par la peur quant au subterfuge qu’elle mettra en œuvre pour connaître l’origine de la force de Samson et le livrer aux Philistins. Trahison et rédemption seront respectées dans cette grande fresque qui, à aucun moment, n’omet le lien rattachant Samson à Dieu qu’il invoquera même aux moments les plus désespérés. Samson à l’issue du film retrouve sa mission initiale, celle d’être le bras armé de Dieu. Un film qui pourra être regardé en famille, pour retrouver un épisode singulier de la Bible servi pour cette belle réalisation par une production à grands moyens.
 

« Natalia » un film de Bernard Cohn avec Philippine Leroy-Beaulieu, Pierre Arditi, Dominique Blanc, Ludmila Mikaël, - Combo Blu-Ray + DVD Toutes Zones - Couleurs - 218 min, Doriane Films, 2019.

 


En 1940, Natalia, jeune Parisienne fille d’immigrés juifs polonais, quitte sa famille et son fiancé pour faire carrière dans le cinéma. Le réalisateur Paul Langlade la fait tourner avant de devenir son amant. Alors que l’Occupation la menace, Paul lui obtient des faux papiers - mais cela ne suffira pas à la protéger...
Le réalisateur Bernard Cohn s’est attaqué avec le long-métrage « Natalia » à un sujet délicat, celui du rôle joué par le cinéma français sous l’Occupation pendant la Seconde Guerre mondiale. Si l’action débute dans l’insouciance à la veille du conflit et développe le thème de deux jeunes femmes souhaitant devenir comédiennes interprétées avec brio par Philippine Leroy- Beaulieu et Dominique Blanc, rapidement la tension monte avec les premières législations anti-juives imposées par le régime de Vichy et l’occupant allemand. Le réalisateur interprété avec finesse par Pierre Arditi passe alors progressivement d’un amour léger à une véritable passion pour cette jeune femme dont la sensibilité l’émeut, au point de prendre de sérieux risques en lui obtenant de faux papiers… Bernard Cohn n’a pas pour autant souhaité faire de « Natalia » un film sur la Shoah et le destin tragique des Juifs, mais plutôt sur la place et l’attitude du cinéma français dans ce contexte culturel particulier. C’est alors plus sur une analyse de clair-obscur que livre le réalisateur, un regard qui ne montre du doigt les salauds et les héros, mais qui a plutôt souhaité mettre l’accent sur les doutes, les peurs et les réactions face à ces passions humaines dépassant le plus souvent le volontarisme en ces périodes troubles et difficiles. Il en ressort un film sensible qui se prolonge de manière étonnante après la fin du Conflit en des errements tragiques de l’héroïne alors qu’elle semblait sauver… Un film puissant servi par un jeu d’acteurs remarquables et accompagné d’intéressants bonus documentaires sur le cinéma français pendant l’occupation et la revue Positif.
BONUS

OMBRES ET LUMIERE, LES ACTEURS SOUS L’OCCUPATION
Un film de Dominique Maillet. 52 minutes.
Entretiens avec Bernard Cohn, Jean-Charles Tacchella, Christine Leteux, Dominique Casadesus, Olivier Barrot, Alain Decaux, Dominique Delouche et Jean Delannoy.
POSITIF, UNE REVUE
Un film de Bernard Cohn. 52 minutes.
La revue "Positif" a fêté ses 50 ans en 2002, au Festival de La Rochelle. Interrogeant ses fondateurs, de Bernard Chardère à Michel Ciment, présentant les articles qui ont marqué ce demi-siècle de critique cinématographique, Bernard Cohn, l’une des anciennes plumes de la revue, en retrace l’évolution. Au temps de la célébration s’ajoute celui du bilan...

 

« Histoire du caporal » – un film de Jean Baronnet, avec Philippe Nahoun, Maurice Tuesch, Christian Defleur, Catherine Reynet, Jacques Herlin, Paul Gobert, Jean-Guillaume Le Dantec, Sélection Officielle du Festival de Cannes en 1984 Perspectives Cinéma Français, DVD PAL Toutes Zones - Couleurs - 100 min, Doriane Films , 2019.

 


En 1914, Antoine Combalat, jeune paysan provençal, est mobilisé. Envoyé sur le front en Artois avec son bataillon, il subit l’horreur et l’absurdité des tranchées durant trois longues années jusqu’au jour où, profitant d’une permission, Antoine se décide à déserter. Trouvant refuge dans les montagnes de Haute-Provence, entre la Durance et le Verdon, il vit de braconnages, rapines et cueillettes diverses. Sa rencontre avec un autre déserteur va donner une nouvelle orientation dramatique à son existence…

C’est un film atypique sur les effets de la guerre que livre Jean Baronnet avec cette « Histoire d’un caporal », un long-métrage sorti en 1984 et sélectionné pour le Festival de Cannes 1984. Le réalisateur propose en effet un parcours hors des sentiers battus, au sens propre, comme au figuré, avec cet antihéros qui n’apparaît pas pour autant lâche. Antoine Combalat après avoir été mobilisé comme un grand nombre de ses contemporains pour le premier conflit mondial fait son devoir, semble même s’en acquitter plutôt bien, étant promis à la distinction de caporal. Mais les non-sens de cette guerre à des centaines de kilomètres des siens lui font progressivement prendre conscience de l’absurdité de ce qu’il vit au quotidien, notamment lorsqu’un soldat ennemi cherche de loin à fraterniser et se trouve abattu d’une balle par un gradé sans conscience… C’est avec « la désertion », un mot choisi en un tout autre sens et en une belle résonnance par Jean Baronnet, que débutera, en fait, réellement la vie de ce caporal ; Ce Robinson Crusoé échappé du conflit mondial se rapprochera alors plus encore de la nature avec laquelle il faisait déjà corps en tant que paysan. C’est plutôt d’une osmose dont il s’agit avec cet être qui se fond progressivement dans ce splendide paysage situé entre la Durance et le Verdon et retenu par Jean Baronnet pour tourner ce film sobre et puissant.

 

« Avec André Gide » - Un film de Marc Allégret sur un scénario de Dominique Drouin et Marc Allégret, narrateur : Jean Desailly, - DVD PAL - Toutes Zones - VF - Sous-titres anglais, sous-titres pour sourds et malentendants, audodescription - N&B - 88 mn – 1951, Doriane Films, 2019.
 


C’est un troublant et très beau témoignage que celui livré par Marc Allégret sur André Gide, un an avant la disparition de l’écrivain, prix Nobel 1947 et figure incontournable des lettres françaises. André Gide sous la caméra donne une toute image de celle souvent austère reflétée par les diverses photographies le représentant. Sous la caméra d’Allégret avec lequel il donnera aussi naissance au film document « Voyage au Congo » en 1927), le portrait qui se veut volontairement intime dévoile des facettes inattendues du grand écrivain aux ouvrages incontournables comme Les Nourritures Terrestres, Les Faux-Monnayeurs, sans oublier son impressionnant Journal qui l’occupera jusqu’à ses derniers jours. Gide apparaît espiègle, mutin, cabotin parfois, toujours attentif à ses amis comme aux membres de sa famille avec ce regard à la fois pénétrant et si présent. C’est d’ailleurs peut-être ce caractère quelque peu moins connu ou oublié aujourd’hui que l’on retiendra de ce très beau film révélant une sensibilité délicate, notamment lorsqu’elle s’exprime sur un Scherzo de Chopin. L’écrivain transpose dans l’analyse de la partition une émotion commune à l’art littéraire et dépassant la virtuosité - toujours incontournable pour des musiciens comme Chopin ou Liszt – afin d'atteindre les tréfonds de l’œuvre, y relever telle tension, point culminant ou introspection du compositeur.
Là où certains concluront à une préciosité de goût, à l’image de son écriture, Gide oppose un éternel questionnement entre les tensions de l’âme et du corps. Écrivain engagé, Gide transparaît également dans ce film comme un homme de convictions opposé au colonialisme, un temps fasciné par le communisme… C’est avec pudeur – inévitable pour l’époque, qu’est sous-entendue son homosexualité, mais si des zones d’ombre planent bien entendu dans le film d’Allégret, celles touchant son goût pour des amours condamnées de nos jours, mais passées sous silence à l’époque. Reste « Avec André Gide » n’en demeure pas moins un témoignage précieux et inspirant sur l’écrivain, fourmillant d’anecdotes et de témoignages.
Un film incontournable et de référence, aujourd’hui, plus de 60 ans après la disparition de ce grand homme de lettres.

Version Restaurée BONUS
Livret illustré de 32 pages avec des textes de Marc Allégret, André Gide, Jean-Pierre Prévost, Pierre Masson, Garance Fromont et Bernard J. Houssiau
 

« Dernier Amour » un film de Benoît Jacquot avec Vincent Lindon et Stacy Martin d’après Les Mémoires de Casanova, DVD, Diaphana, 2019.

 


Au XVIIIe siècle, Casanova, connu pour son goût du plaisir et du jeu, arrive à Londres après avoir dû s’exiler. Dans cette ville dont il ignore tout, il rencontre à plusieurs reprises une jeune courtisane, la Charpillon, qui l’attire au point d’en oublier les autres femmes. Casanova est prêt à tout pour arriver à ses fins, mais La Charpillon se dérobe toujours sous les prétextes les plus divers. Elle lui lance un défi, elle veut qu’il l’aime autant qu’il la désire.

C’est un Casanova crépusculaire qui a été retenu pour ce dernier long-métrage de Benoît Jacquot avec Vincent Lindon et Stacy Martin d’après Les Mémoires de l’écrivain vénitien du XVIIIe s. Dernier Amour a en effet fait le choix de présenter une facette moins connue du célèbre séducteur emblématique du siècle des Lumières et du libertinage de son époque. Sous la caméra de Benoît Jacquot, Casanova paraît plus sombre sous sa perruque aux cheveux argentés, l’âge commençant à produire ses effets. L’homme s’avère plus fragile, surtout, émoussé, et ébranlé lorsqu’un amour singulier se présente à lui, lui qui avait pourtant brillé de tous ses feux dans cet art. Vincent Lindon incarne idéalement ce séducteur désemparé par cette passion soudaine qui lui résiste ; Stacy Martin, pour sa part, apparaît tour à tour séductrice, fragile, manipulatrice, à la fois attirée par cette ombre mais repoussant le mythe. Servi par des décors remarquables et des costumes d’époque sublimes, ce film étonne et surprend. Avec le recul, on se prête à penser qu’avec cet amour impossible, c’est un siècle qui s’estompe progressivement pour sombrer dans les tourments de la Révolution à venir. C’est tout le charme de Dernier Amour, un dernier élan vers la passion, un espoir « intranquille » qui vacille…

 

« 125 rue Montmartre » un film de Gilles Grangier d’après l’oeuvre d’André Gillois (1959) avec Lino Ventura, Robert Hirsch, Andréa Parisy, Dora Doll, Jean Desailly, Alfred Adam, Lucien Raimbourg… DVD, Pathé Films, 2019.

 



Alors qu'il tente de se suicider en se jetant dans la Seine, Didier est secouru par Pascal, passant par là par pur hasard. Les deux hommes ne tardent pas à se lier d'amitié mais alors que Didier recommence à retrouver goût à la vie, Pascal se retrouve impliqué dans une affaire de meurtre ! C'est d'ailleurs "à cause" de Didier que Pascal est soupçonné...

Ce film réalisé par Gilles Grangier devrait bénéficier, avec cette restauration remarquable réalisée en 2K à partir du négatif original, d’un regain d’intérêt certain alors même qu’il avait été boudé et tombé dans l’oubli depuis sa sortie. La fin des années 50 avait en effet donné la priorité à la Nouvelle Vague et ce polar aux dialogues écrits par Michel Audiard avait pu présenter injustement, à l’époque, un aspect passéiste peu propice à l’intérêt du public. Au XXIe siècle, l’effet « vintage » devrait assurément jouer avec ces dialogues hauts en couleur inimitables disparus depuis longtemps des rues de Paris, et ces petits métiers avec « les crieurs » de Paris ayant suivi la même voie de l’oubli… Le duo Lino Ventura, Robert Hirsch joue évidemment pour beaucoup dans la réussite de ce film. Si Lino Ventura trouve là son premier véritable rôle sur lequel il eut un droit de regard dans son contrat, le jeu de Robert Hirsch offre, quant à lui, un contraste saisissant pour cet acteur venu de la Comédie française. Adapté du livre d’André Gillois, 125 rue Montmartre évoque le milieu des crieurs, ces vendeurs de journaux des rues, un métier dont le dernier représentant a quitté depuis longtemps déjà, en 2005, le Quartier Latin où il vendait encore un quotidien du soir. La photographie remarquable sert une ambiance entre comédie et drame, l’étau se resserrant progressivement sur un Lino Ventura touchant pour sa candide naïveté et générosité. C’est un Paris des années 50 qui reprend ainsi vie avec ce film à redécouvrir dans cette belle version restaurée.

 

 

Alexandre Le Grand, un film de Robert Rossen, avec Richard Burton, Frederic March, Claire Bloom, DVD, Sidonis, 2019.
 

 

Né en 356 av. J.-C., sur fond d’intense agitation politique, Alexandre suivit l’enseignement d’Aristote avant d’être désigné pour prendre la suite de son père à la tête de son peuple, et de partir à la conquête du monde.

Le mythe d’Alexandre le Grand n’est plus à rappeler et si la grande production Alexandre d’Oliver Stone de 2005 a pu occulter les films antérieurs, il faut néanmoins rendre au film de Robert Rossen (Ceux de Cordura, L’arnaqueur) la grandeur et la flamboyance de sa réalisation en la replaçant dans le contexte de sa production en 1956. Certes les batailles et effets spéciaux ne pouvaient guère concurrencer ceux de cette superproduction plus récente, il n’empêche que le souffle épique n’en est pas moins omniprésent grâce au jeu éblouissant de Richard Burton qui crève l’écran du début jusqu’à la fin du film. Rendant bien la rivalité entre Alexandre et son père Philippe de Macédoine, incarné avec brio et la rusticité qui s’imposait par l’acteur Frederic March, le film glisse rapidement vers la figure centrale de cette épopée historique : le jeune prince à qui rien ne pourra résister. L’ombre de sa mère également omniprésente, et interprétée par une Danielle Darrieux radieuse, un brin illuminée par la conviction du rôle divin de son fils, ne fait qu’ajouter au charme de ce long-métrage convaincant et que l’on retrouvera avec plaisir dans cette belle édition présentée par Patrick Brion et Bertrand Tavernier.

2:35 cinémascope • 141 min • COULEURS • Version française et version originale • Sous-titres français, bonus présentation par Patrick Brion, François Guérif et Bertrand Tavernier
 

 

« Jason et les Argonautes » (1963), un film de Don Chaffey avec Todd Armstrong, Gary Raymond, DVD, Sidonis, 2019.

 


Pour reconquérir le royaume dont son demi-frère a usurpé le trône, Jason se lance dans la quête de la Toison d’Or. À bord de l’Argos dans lequel embarquent les meilleurs marins et guerriers, il met le cap sur une terre lointaine et dangereuse d’accès. S’il bénéficie de l’aide de certains dieux de l’Olympe, d’autres, par contre, dressent devant lui des créatures et monstres qui défient l’imagination : des squelettes encore très vivants, un titan de bronze, des harpies, un dragon à sept têtes...

« Jason et les Argonautes » compte parmi les classiques dans la catégorie des péplums. Qui n’a jamais frémi en voyant l’hydre et ses terribles soldats ou encore les harpies s’attaquer aux héros à la recherche de la toison d’or ? Ray Harryhausen (Septième voyage de Sinbad, Choc des Titans Un Million d’années avant Jésus-Christ) signe pour ce long-métrage un véritable exploit quant aux effets spéciaux, des effets extraordinaires qui étonnent encore de nos jours en ce XXIe siècle pour leur qualité. Certes, le film peut prendre quelques libertés avec l’histoire de ce récit, mais cette dernière ayant été elle-même brodée à partir de bien des mythes anciens antérieurs à l’Iliade, nous pouvons admettre que nous en sommes quittes ! Car l’esprit des aventures mythologiques propres à ces évocations est, en revanche, parfaitement respecté par le réalisateur Don Chaffey avec un jeu d’acteurs convaincant et naturel, contrairement aux excès de certains autres péplums. Le fantastique se mêle à la légende, les dieux invitent les humains dans leur panthéon, sans que l’on sache lesquels sont les plus sages, Hercule fidèle à lui-même décide de partir de son côté et Médée se rapproche du héros annonçant déjà un destin plus tragique pour la suite, demeurant non évoqué dans ce film. Une grande réalisation, et pour les amateurs de péplums, une aventure à revivre dans cette belle édition !

104 min • Format 16/9 1.66 • Couleur Version VF - VOST Français Mono • Chapitrage
BONUS : Livre de 152 pages sur Ray Harryhausen + Documentaire de 93 minutes sur Ray Harryhausen

 

Un Amour impossible un film de Catherine Corsini avec Virginie Efira, Niels Schneider, Jehnny Beth, (2h 15min), DVD, Le Pacte, 2019.

 


À la fin des années 50 à Châteauroux, Rachel, modeste employée de bureau, rencontre Philippe, brillant jeune homme issu d'une famille bourgeoise. De cette liaison passionnelle mais brève naîtra une petite fille, Chantal. Philippe refuse de se marier en dehors de sa classe sociale. Rachel devra élever sa fille seule. Peu importe, pour elle Chantal est son grand bonheur, c'est pourquoi elle se bat pour qu'à défaut de l'élever, Philippe lui donne son nom. Une bataille de plus de dix ans qui finira par briser sa vie et celle de sa fille.

Un amour peut-il être impossible ? C’est à cette question lancinante à laquelle nous serons confrontés tout au long de cette belle adaptation par la réalisatrice Catherine Corsini du roman de Christine Angot. Deux êtres, différents, pour ne pas dire opposés, s’unissent en une passion commune, mais dont la traduction en leur for intérieur, de par leur origine, idéaux et morale, est nécessairement toute autre. Pour quelles raisons « nécessairement » ? Tout simplement parce que nous sommes à la fois « seuls avec nous-mêmes » et, parallèlement, indissociablement unis par des liens que même la différence et les divergences ne sauraient réduire. C’est ce fil tendu, distendu et parfois même à la limite de la rupture lorsque les interdits sont violés, qui tisse la trame de ce récit, qui débute par une romance de province pour se développer en une tension rimant avec passion. Les fragilités transpercent avec un talent manifeste chez l’actrice Virginie Efira qui réussit ce pari d’accompagner tout le film de ses jeunes années jusqu’à un âge avancé avec une interprétation qui gagne en profondeur au même rythme que la progression de cette histoire chargée. Face à elle, Niels Schneider réussit, lui, à incarner cet être à part, pervers, papillon d’un jour butinant jusqu’à l’ivresse ce qui l’entoure, mais aussi jusqu’à la douleur de ces êtres qu’il détruit aveuglément. Un amour peut-il être impossible ? Ce film laisse planer un doute jusqu’à son terme, l’essentiel n’étant pas tout à fait d’y répondre…

 

Venise l’insolente. Un film de Laurence Thiriat et Leslie Grunberg Réalisatrice : Laurence Thiriat, Production : Illégitime-Défense, ARTE France, RMN Grand-Palais, 2018.
 


Venise est lumière, reflets, reflets du ciel dans l’eau qui se pare de nuages ou de rayons selon ses humeurs et saisons. Venise est fête lorsque les palais rient de leur opulence et dansent de leur faste. Venise est, aussi et surtout, amour lorsque les ombres de Casanova effraient les jeunes Vénitiennes ou les attirent ainsi qu’en témoigne ce beau film signé Laurence Thiriat et Leslie Grunberg… Se pourrait-il que la Sérénissime soit également insolente ? Pour les pensées mortifères assurément, celles et ceux qui ne cessent de prédire depuis des siècles son acte de décès et son déclin inexorables. Certes, la ville reposant sur l’eau connaît bien des vicissitudes mais ce film, par les arts et les splendeurs de Venise, parvient à évoquer ce qui fait toute l’attraction de ces lieux à nul autre pareils. Venise est plurielle, ce n’est un secret pour personne, et ce pluriel surprend malgré tout, tant l’espace est à taille humaine ; mais, le génie qui l’a créée demeure quant à lui, encore insaisissable… Est-ce encore une ville, un sanctuaire ou bien un mémorial ? Une oasis ou un mirage de sable sur l’eau ? Nous parcourons cette richesse au fil de l’eau grâce à la caméra qui restitue ce faste en de splendides prises de vue de palazzo, de canaux, de fêtes et de fantasmes. Le XVIIIe siècle est privilégié et la musique avec Vivaldi, la littérature avec Casanova sans oublier la peinture avec Tiepolo, Canaletto et Guardi sont autant d’odes à la gloire de la Sérénissime jusqu’à la date fatidique de 1797 et la capitulation de Venise devant Bonaparte. Mais Venise demeure un plaisir qui dissout le temps, celui qu’il fait tout comme celui qui passe ; peut-être est-ce cela, la quintessence du beau que de troubler les certitudes et de lever les doutes. Venise opère tous ces charmes et bien d’autres encore comme le relève ce film à découvrir !

 

« Paul, apôtre du Christ » Un film écrit et réalisé par Andrew Hyatt avec Jim Caviezel, James Faulkner, Olivier Martinez, John Lynch, Joanne Whalley, un film Affirm Films, en association avec Giving Films, une production ODB Films, en association avec Mandalay Pictures, DVD, Sony PICTURES, SAJE Distribution, 2018.
 


Alors que l’empereur Néron règne d’une poigne de fer sur Rome, Paul endure de terribles souffrances, seul dans sa prison avant son exécution. Mauritius, son ambitieux geôlier, a du mal à comprendre quel danger peut bien représenter son prisonnier. Cet homme âgé et brisé fut autrefois Saul de Tarse, l’impitoyable bourreau des
Chrétiens ; désormais ce n’est plus sa brutalité qui effraie, mais sa foi qui ébranle Rome tout entière.


Il fallait oser réaliser un énième film sur Paul de Tarse, plus connu dans le monde chrétien sous le nom de saint Paul, et ce, qui plus est, juste à partir des souvenirs du vieil homme à la veille de sa décapitation dans son cachot à partir des Actes des Apôtres qu’il dicte à Luc venu le rejoindre… Et pourtant, le réalisateur Andrew Hyatt réussit son pari avec facilité tant l’image, la distribution, l’étude des caractères et l’ambiance représentée laissent cette impression de revivre ces années incroyables des premières décennies de la chrétienté persécutée. Les images sont fortes, parfois très dures si l’on songe à ces torches humaines décidées par l’empereur Néron, fou de sa rage contre les chrétiens, une description que nous pensions pourtant connaître chez les auteurs latins et chrétiens, mais qui, représentée, déploie toute son horreur que nous retrouvons pourtant également au quotidien avec les nouveaux martyrs du XXIe siècle. Mais l’image la plus forte est peut-être celle de la fragilité, celle qui guette ces premiers persécutés de la chrétienté dans leur foi à peine acquise, celle qui aiguillonne aussi ces hommes de foi que sont Paul (James Faulkner) et Luc (Jim Caviezel), les deux saints pourtant passés au statut d’icônes vénérées dans le monde entier depuis. C’est aussi la fragilité de celui qui a le pouvoir, en l’espèce le directeur du Tullianum, la terrible prison Mamertine, militaire romain à l’ambition déchue par la folie du nouveau maître de Rome. Dans cet univers que l’on pourrait penser apocalyptique, la foi en une autre dimension de l’homme perce cependant dans les maisons sordides des faubourgs de Rome, tout comme dans les terribles cachots des arènes. Cette lumière de l’espérance touche les plus grands, comme les plus petits, dans l’épreuve, même si parfois le doute revient sur les blessures les plus vives pour les rouvrir impitoyablement. Ce sont toutes ces nuances et subtilités qui sont distillées dans ce film de presque deux heures qui passent à une vitesse incroyable jusqu’à cette dernière scène qui n’appartient plus qu’à la foi et à la croyance…

 



 

« Feux dans la plaine », un film de Kon Ichikawa (1959), avec Eiji Funakoshi, Osanue Takisawa, Mickey Curtis, Asao Sano, Masaya Tsukida, DVD et BLU-RAY, BONUS Interview de Bastian Meiresonne, éditions Rimini (Arcades distribution), 2016.

 


1945, aux Philippines. Les troupes américaines ont débarqué et conquis la capitale, Manille. Les soldats japonais, maîtres de l’Archipel depuis trois ans, sont contraints de se replier. Traqués de toutes parts, affamés, épuisés, ils ne pensent qu’à survivre coûte que coûte. Autour d’eux, tout n’est que bombardements, carnages et charniers. L’un de ces soldats, Tamura, est atteint de tuberculose. Parviendra-t-il à conserver un peu d’humanité dans cette atmosphère de fin du monde ?


C’est un film puissant et inhabituel dans le cinéma japonais d’après-guerre que livre Kon Ichikawa (1915-2008) avec Feux dans la plaine faisant l’objet pour la première fois d’une sortie DVD et Blu-Ray en France par les éditions Rimini (Arcades distribution). Le réalisateur de La Harpe de Birmanie (1956) et de La Vengeance d’un acteur (1963) est bien moins connu en France que les autres maîtres du cinéma japonais tels Ozu, Mizoguchi ou bien évidemment Kurosawa qui occupent depuis de nombreuses années déjà l’espace des sorties en salle et DVD. Et pourtant, en découvrant Feux dans la plaine, le spectateur réalise combien celui qui en une soixantaine d’années a réalisé quasiment un film par an n’a rien à envier à ses pairs. Ainsi que le souligne, dans le très complet bonus, Bastian Meiresonne, coauteur du Dictionnaire du Cinéma asiatique et Directeur artistique du Festival international des Cinémas d’Asie de Vesoul, Feux dans la plaine est indissociable du célèbre roman de Shohei Ooka Les Feux (Nobi) qui sortit en 1951 et compta parmi les plus célèbres romans d’après-guerre. Ce récit doit beaucoup à l’expérience personnelle de l’auteur du roman en tant que soldat engagé lors de la Seconde Guerre mondiale aux Philippines. Kon Ichikawa, qui ne sera pas lui enrôlé, s’inspirera très fortement de ce récit dans la réalisation de Feux dans la plaine, un film qui choqua non seulement le public japonais lors de sa sortie mais également les Américains qui ne souhaitaient pas que l’on ravive les blessures encore béantes de cette guerre sans piété. Toujours est-il que le réalisateur parvient dans cette sombre évocation d’une armée japonaise en déroute, sur fond de paysages cataclysmiques, à toucher de plus près ce qui constitue l’homme et les fragiles limites qui le séparent de l’animal. Ces êtres fantomatiques, affamés et épuisés, sont confrontés au tabou le plus extrême de l’humanité, frontière ténue évoquée avec une grande maîtrise par ce film puissant. Kon Ichikawa avait tenu à ce que ce long-métrage soit réalisé en noir et blanc, la beauté de l’image et des cadrages honorent cette initiative, près de soixante ans après la sortie de ce film à découvrir absolument dans cette version remastérisée.

 

Mia Madre, un Film De Nanni Moretti avec Margherita Buy, John Turturro, Giulia Lazzarini,
Nanni Moretti & Beatrice Mancini, DVD & BRD, Le Pacte, 2016.

 



Margherita est une réalisatrice en plein tournage d’un film dont le rôle principal est tenu par un célèbre acteur américain. À ses questionnements d’artiste engagée, se mêlent des angoisses d’ordre privé : sa mère est à l’hôpital, sa fille en pleine crise d’adolescence. Et son frère, quant à lui, se montre comme toujours irréprochable… Margherita parviendra-t-elle à se sentir à la hauteur, dans son travail comme dans sa famille?

Si l’avant-dernière réalisation de Nanni Moretti, Habemus Papam, était beaucoup plus extravertie, le dernier film Mia Madre adopte un ton beaucoup plus personnel et intime. Les premières scènes sont celles d’un tournage d’un film au cours duquel nous découvrons Margherita, réalisatrice tourmentée par le doute quant à son art et son travail, rongée par son souci de perfection et confrontée à la fin de vie de sa mère qui exacerbe toutes ces tensions. Nanni Moretti a en quelque sorte délégué ce rôle très personnel à Margherita Buy, cette actrice qui manifeste par ses regards, ses gestes interrompus, une sensibilité à fleur de peau mais retenue par une obsession du contrôle. Le réalisateur livre ici un témoignage ému sur ce que fut sa propre expérience de la disparition de sa mère, elle-même professeur de lettres et dont les élèves gardèrent un souvenir inoubliable. Nul dolorisme ici, les scènes sont très pudiques, ce qui les rendent d’autant plus fortes, nous rions parfois avec les excès de l’acteur américain John Turturro, nous tombons sous le charme de la grande comédienne italienne Giulia Lazzarini en grand-mère attachante, une larme vient parfois à l’œil avec ces évocations que chacun de nous a connues ou connaîtra. Certaines scènes évoquent des rêves ou des songeries sans que le spectateur ne soit certain qu’il ne s’agisse pas de la réalité, Nanni Moretti jette ainsi sur le quotidien un regard tendre, ironique parfois, mais toujours très personnel qui fait de Mia Madre une belle leçon de vie et de cinéma.

 

PASOLINI un film d'Abel Ferrara avec Willem Dafoe, – France / Italie / Belgique – Fiction – 84’ – 1:85 – 5.1, 2014, CAPRICCI, URANIA PICTURES, TARANTULA, DUBLIN FILMS et ARTE FRANCE CINÉMA.

 


Rome, novembre 1975. Le dernier jour de la vie de Pier Paolo Pasolini. Sur le point d’achever son chef-d’œuvre, il poursuit sa critique impitoyable de la classe dirigeante au péril de sa vie.
Ses déclarations sont scandaleuses, ses films persécutés par les censeurs. Pasolini va passer ses dernières heures avec sa mère adorée, puis avec ses amis proches avant de partir, au volant de son Alfa Romeo, à la quête d’une aventure dans la cité éternelle…

Délicat pari que de présenter la vie de Pier Paolo Pasolini en un long métrage de moins de 90 minutes, pari d’autant plus difficile que le scénario a fait le choix de retenir les seules dernières 24 heures d’un des plus grands intellectuels italiens du XXe siècle. Pier Paolo Pasolini n’était pas, en effet, seulement le poète apprécié pour sa sensibilité critique, la délicatesse de ses émotions et sa passion pour les dialectes tels le frioulan maternel, il était également l’homme qui inventa un nouveau cinéma, l’intellectuel engagé dans un combat sans merci sur les ravages du capitalisme sans oublier le mélomane, l’amoureux des arts et de la littérature qu’il servit toute sa vie… Le réalisateur Abel Ferrara a réussi, grâce à un travail d’imprégnation remarquable, à restituer toute l’épaisseur de cette figure majeure du paysage intellectuel et culturel du XX° siècle, sans le dénaturer, ni déformer ses traits. A quoi tient cette réussite ? Tout d’abord au choix d’un acteur littéralement habité par son sujet, Willem Dafoe, plus convaincant en Pier Paolo qu’en Christ, avec ce visage creusé par l’intériorité, les questionnements existentiels et cette quête qu’il poursuivit toute sa vie durant. Ce choix n’était pas si évident car l’acteur connaissait déjà Pasolini et avait bien entendu une idée du personnage, il dut néanmoins s’en défaire pour le reconstruire patiemment à partir de zéro, sans mimétisme servile, recréant une réalité propre, un Pasolini probable, sans pour autant l’enfermer dans une reconstitution figée. L’interprétation est réussie et, bien entendu, certains pourront relever que le personnage apparaît fragile, bouleversé parfois, doutant et combattant, ce qui correspond certainement plus au personnage réel qu’à l’icône du martyr que l’on a trop souvent retenu depuis son assassinat dramatique en 1975. Comme le souligne Abel Ferrara, c’est par touches successives – un peu comme un peintre du fauvisme – que s’élabore ce tableau saisissant que sont les dernières heures du poète-écrivain. La deuxième force de ce film tient à son scénario parvenant à concentrer toutes les tensions exacerbées de l’intellectuel au sommet de son art, mais également affaibli par les luttes incessantes et sa lucidité sur le monde qui l’entourait. Nous retrouvons alors les piliers indestructibles de l’univers pasolinien : l’amour de la langue, la passion de l’écriture, les combats politiques, la présence essentielle de la famille et notamment de la mère, les errances du corps et de l’âme… Ferrara a réussi en effet avec cette belle réalisation à restituer une pulsation qui restitue le personnage et l’œuvre de cette figure si particulière qu’était Pier Paolo Pasolini. Le film se termine par la violence du dernier souffle avec le choix délibéré d’écarter toute idée de complot pour lui préférer l’aberration de la violence, fruit d’une société aliénée.

 

RACHMANINOV (2007), un film de Pavel Lounguine avec Evgeni Tsyganov, Alexei Petrenko, Victoria Isakova, Miriam Sekhon, Russie, DVD Edition Collector, Condor, 2014.

 


Russie, début XXe. Manifestant des dons prodigieux pour la pratique du piano, le jeune Serguei est mis en pension chez un vieux maître acariâtre. Mais plutôt que de devenir un interprète virtuose au prix d’éprouvantes heures de répétition, lui rêve à d’autres horizons : les femmes, la liberté et le privilège de donner entendre ses propres compositions. Il ignore encore la vie mouvementée que lui réserve le destin, faite d’exils, de passions et de tourments.


A l’évocation du nom de Rachmaninov, les premiers accords du concerto n° 1 reviennent à la mémoire comme une douce mélancolie à peine suggérée, étroitement associée à des arpèges foudroyants. L’auteur en est pourtant un jeune compositeur russe de dix-huit ans… Ces contrastes et la vie mouvementée de celui qui sera bientôt un exilé tourmenté, composeront la trame d’un film d’une belle sobriété de Pavel Lounguine, le réalisateur russe de Taxi blues, La Noce, Un nouveau Russe, L’Île… La poésie s’exprime de multiples manières dans cette réalisation d’une subtile légèreté, comme ces lilas qui progressivement deviendront un leitmotiv en images mémorables, comme en musique avec le saisissant Opus 21 n° 5 du même nom que l’on s’attend à chaque fois à entendre... Avec ce film, la psychologie suggère plus qu’elle n’assène, le jeune Serguei a souffert manifestement d’un traumatisme que l’on devinera par quelques retours en arrière, cette sensibilité sera à jamais gravée dans sa mémoire et dans ce qu’il exprimera avec ses œuvres. Les mains hors du commun du pianiste virtuose étouffent le compositeur marqué par l’exil, les métaphores du train spécialement affrété pour une tournée sur tout le territoire des États-Unis préfigurent le « star-system » qu’un Franz Liszt avait anticipé presque un siècle avant lui. Les aspirations du compositeur sont bridées par ce que certains ont décidé de sa vie, et les accords sombres du trop célèbre Prélude Opus n° 3 n°2 préfigurent les déchirements de l’âme de celui qui arrêtera de composer avec son exil pendant huit années. Avec Rachmaninov, Pavel Lounguine livre une variation inspirée et poétique sur l’âme slave du grand compositeur russe sur fond d’exil et de nostalgie.

 

A noter en bonus le regard porté sur le compositeur par la pianiste virtuose Claire-Marie Le Guay
 

Ina Editions édite trois films inédits de Marguerite Duras dans un coffret 4 DVD unique, avec la collaboration de Jean-Max Colard, critique d’art et commissaire de l’exposition « Duras Song (Portrait d’une écriture) » à la Bpi du Centre Pompidou, l’Ina édite un coffret 4 DVD. 2014.

 

En publiant ce coffret réunissant trois films inédits de Marguerite Duras - La femme du Gange ( 1974) ; Baxter, Vera Baxter (1976 ) ; Des journées entières dans les arbres (1977), l’Ina Éditions offre l’opportunité – enfin ! - de découvrir ou redécouvrir une partie moins connue et souvent négligée de l’œuvre cinématographique de celle qui fût également ce grand écrivain français et dont 2014 marque le centenaire de sa naissance. L’écrivain a très tôt adopté une position décomplexée quant au cinéma, estimant que tout le monde pouvait parler du cinéma, désacralisant ainsi cette image du 7ième art sans pour autant lui enlever, bien au contraire, sa force, son génie parfois, et sa capacité à être le relais de l’écriture, car pour Marguerite Duras, il y le Cinéma et l’autre, celui du samedi... Relais ou mémoire de l’écriture, le cinéma pour Marguerite Duras est un acte de réminiscence à part entière pouvant participer activement, avec l’acte d’écriture, à cette déstructuration à laquelle il peut apporter un éclairage et un angle inédit intéressant. La femme du Gange que Duras considérait comme son film le plus abouti – plus encore qu’Hiroshima mon amour qu’elle estimait bavard – invite le spectateur à différents niveaux de lecture. Ce film fut tourné en 1972 à Trouville au fameux hôtel des Roches Noires où Proust avait auparavant, lui aussi, ses habitudes et dans lequel Duras avait acheté cet appartement qu’elle gardera quasiment jusqu’à la fin de sa vie. Diffusé au début de l’année 1974 sur la chaine de l’ORTF, ce long métrage est tiré du roman Le Vice Consul dans lequel un riche propriétaire terrien revient dans une ville en bord de mer où il a connu une passion amoureuse. La femme aimée est morte et l’homme erre en peine, absent à l’amour, comme à la vie. S. Thala, Lol V. Stein, bien sûr et toujours… Avec des plans fixes exploitant toutes les nuances de l’onde et de la plage, de l’attente et de l’absence, ce film d’une rare sobriété évoque par certains moments cet univers de l’Ukiyo-E, ce monde flottant avec ses acteurs dont on ne sait s’ils appartiennent au monde des vivants ou du passé. Ici, l’image fixe, ouverte vaut silence, cette force du silence des mots, du mot juste qu’obsédait tant Marguerite Duras. Le souvenir amène la perte et une des voix off fait cet aveu : « moi aussi, il me vient parfois une autre mémoire » et c’est très certainement l’une des forces de ce cinéma que d’inviter dans sa quête du désir impossible, du désir entier et mortel, cette distance qui sépare entre l’absolu et nos existences terrestres. Michael Richardson est-il le gardien de la mémoire de cette histoire d’amour ? La réponse est impossible tant le vide de la remémoration pose la question de ce qui reste après ce qui a été. La sirène retentit, celle de l’incendie et l’on entend cette phrase tranchante comme un couperet : « Ça brule souvent, ça brûle toujours quelque part… ». L’incendie de la mémoire, l’incandescence de la passion, face à l’omniprésence de l’eau qui menace, efface et ensevelit tous les désirs. Avec ce coffret de trois films inédits de Marguerite Duras incluant également Marguerite, telle qu’en elle-même ( 2002 ) et Duras et le cinéma (2014), l’Ina Editions nous offre assurément un beau cadeau auquel a collaboré Jean-Max Colard, commissaire de l’exposition Duras Song qui se tient actuellement à la Bpi du Centre Pompidou.

La femme du Gange - 1974
Comédiens : Catherine Sellers, Nicole Hiss, Gérard Depardieu, Dionys Mascolo, Christian Baltauss, Robert Bonneau, Véronique Alepuz, Rodolphe Alepuz.


Baxter, Vera Baxter - 1976
Comédiens : Claudine Gabay, Delphine Seyrig, Noëlle Châtelet, Nathalie Neil, Claude Aufaure et Gérard Depardieu. Avec la voix de François Périer.


Des journées entières dans les arbres - 1977
Comédiens : Madeleine Renaud, Bulle Ogier, Jean-Pierre Aumont et Yves Gasc.
En compléments, deux films sur Marguerite Duras réalisés par Dominique Auvray
Dominique Auvray était la monteuse de Marguerite Duras, mais également son amie. Dans le portrait Marguerite telle qu’en elle-même, elle réussit un film dans lequel Marguerite Duras évolue, bouge, parle, discute, rit, se souvient, se révolte, bref VIT. Duras et le cinéma, son deuxième film part à la découverte du cinéma en général, à travers la vision de Marguerite Duras en particulier, et de ses films par la même occasion.
Marguerite, telle qu’en elle-même - 2002
Duras et le cinéma - 2014

 

TESIS Un film de Alejandro AMENÁBAR avec : Ana TORRENT, Fele MARTĺNEZ, Eduardo NORIEGA, Miguel PICAZO, Javier ELORRIAGA| Thriller | Espagne | 1995 | 124mn | Couleurs | 1.85:1, DVD, Carlotta, 2014.

 


Angela, étudiante en communication, prépare une thèse sur la violence dans les médias. Son directeur de recherche se propose de l’aider à trouver des films aux images violentes à la vidéothèque de l’université. Le lendemain, il est retrouvé mort dans la salle de projection. Angela découvre le corps et vole la mystérieuse cassette que le professeur regardait avant de mourir. Elle décide alors d’enquêter aux côtés de Chema, un étudiant fasciné par les films gore. Ils découvrent bientôt l’existence d’un réseau de snuff movies au sein même de l’université…

Premier long métrage d’Alejandro Amenabar, réalisé à l’âge de 23 ans alors qu’il était encore étudiant, Tesis est un film d’autant plus intéressant qu’il place le spectateur face à lui-même, face au rapport que nous entretenons à l’image même. Se passant dans le milieu universitaire espagnol de la communication dans les années 90, milieu familier au réalisateur, ce film aurait pu être un film d’angoisse et un thriller de plus, si Alejandro Amenabar n’avait pas apporté cette touche personnelle d’une rare maturité pour un réalisateur aussi jeune à l’époque. Si le film évoque l’environnement de personnes fascinées par les films gore d’une rare violence, il n’en est pas pour autant prétexte à un voyeurisme exposé. Tout est suggestion ou presque chez Amenabar, ce qui ne surprend pas lorsqu’on sait la passion qu’il a pu avoir pour les réalisations d’Hitchcock. Le personnage central d’Angelo est particulièrement réussi et interprété avec une belle authenticité par la troublante Ana Torrent qui a commencé sa carrière d’actrice à l’âge de 7 ans avec les films remarqués L’esprit de la ruche et Cria Cuervos. Son rôle est en effet ambiguë, car de l’attitude morale commune de rejet et de dégout pour la violence et la morbidité, progressivement la caméra dévoile certaines failles dans sa « normalité » et nous invite ainsi à interroger notre rapport à l’image et à ce qu’elle peut révéler de pire en nous. Ce film d’une belle sobriété quant au sujet traité est d’autant plus fort qu’il brouille les pistes et tous les protagonistes de cette sombre histoire se retrouvent comme des coupables potentiels. Peut-être est-ce là l’une des leçons les plus terribles de ce film que de nous interroger sur cette part sombre ou noire qui habite en chacun de nous ; Un film qui interpelle à l’évidence.
 

Le Désert des Tartares de Valerio Zurlini (1976) - Film restauré par Galatée Films
Avec Vittorio Gassman, Giuliano Gemma, Helmut Griem, Philippe Noiret, Jacques Perrin, Fransciso Rabal, Fernando Rey, Laurent Terzieff, Jean-Louis Trintignant, Max von Sydow, DVD, Galatée Films, Pathé, 2014.

 


Dans l'immensité du désert résonne le chant des Tartares, cavaliers légendaires aussi insaisissables que le vent qui balaye la poussière. Dans la forteresse Bastiano, le jeune Lieutenant Drogo espère quelques faits d'armes pour rapidement quitter sa prison de sable. Les années passant, l'ennui consume peu à peu ses rêves de gloire face à un ennemi fantomatique, brouillard dans la plaine où résonne l'écho du désespoir de ceux qui attendent la délivrance du combat et de la mort.

Le roman « Le désert des Tartares » de Dino Buzzati, paru en 1940, a valu une notoriété certaine à son auteur déjà journaliste et essayiste. Influencé par l’univers de Kafka, athée s’interrogeant sur le sens du monde, Dino Buzzati a bouleversé un grand nombre de lecteurs avec ce récit à la fois sombre et onirique, poétique et sans issue. Valerio Zurlini a relevé le défi en 1976 en adaptant ce roman à l’écran avec un casting impressionnant qui ne sera pas, bien sûr, étranger à la réussite du film. Cette adaptation est d’une étrangeté captivante en ce sens que l’on y retrouve cette ambiance si particulière qui accompagne le roman jusqu’à son terme, un environnement exclusivement masculin, où les regards importent souvent plus que les dialogues. Le jeu des acteurs est d’une rare authenticité, à la fois respectueux des enjeux des non-dits et en même temps d’une force d’expression rare. Ce film de Valerio Zurlini séduit à la fois pour sa technique cinématographique rigoureuse, mais aussi pour la beauté poignante des paysages entourant la forteresse et cet éclairage particulier qui confère par cette esthétique suggérée une lecture originale -tout en restant fidèle au roman. Tous les protagonistes ont leur regard tourné vers l’immensité suggérée du désert, regard d’espoir et en même temps élan fatal qui prépare le destin tragique et inexorable de tout être humain. Le Désert des Tartares fait partie de ces chefs d’œuvre dont on ne ressort pas indemne et qu’il faut à tout prix (re)voir avec cette belle édition restaurée !


Infos techniques DVD :

Pavé technique :
DVD 9 - Format 1.85 - Ecran 16/9ème compatible 4/3 - Couleur - Durée : 2h15
Pavé audio :
Son : Français Dolby Digital Mono / Audiovision
Sous-titres : Anglais et Français pour sourds et malentendants
Bonus :
Le Désert des Tartares : de l'adaptation à la restauration
Entretiens avec Laurent Desbruères, Jean Gili, Gérard Lamps, Jacques Perrin, Luciano Tovoli et Max Von Sydow

(également disponible en Blu-Ray, Vod et téléchargement définitif)
 


A noter toujours chez Pathé la sortie de deux autres films mythiques restaurés :
Films policiers typiques des années 70, Borsalino and Co et Le Gang, deux des neuf collaborations de Jacques Deray avec Alain Delon, viennent d'être restaurés par Pathé.
Réalisés par un maître du genre, connu pour son sens inné du récit et de l'action, ces deux films, mettent en lumière un des acteurs les plus mythiques du cinéma français : Alain Delon.

 

La grande Bellezza un film de Paolo Sorrentino avec Toni Servillo, Carlo Verdone, Sabrina Ferilli, distribution Pathé Distribution, 2013.

 



Rome dans la splendeur de l’été. Les touristes se pressent sur le Janicule : un Japonais s’effondre foudroyé par tant de beauté. Jep Gambardella – un bel homme au charme irrésistible malgré les premiers signes de la vieillesse – jouit des mondanités de la ville. Il est de toutes les soirées et de toutes les fêtes, son esprit fait merveille et sa compagnie recherchée. Journaliste à succès, séducteur impénitent, il a écrit dans sa jeunesse un roman qui lui a valu un prix littéraire et une réputation d’écrivain frustré : il cache son désarroi derrière une attitude cynique et désabusée qui l’amène à poser sur le monde un regard d’une amère lucidité. Sur la terrasse de son appartement romain qui domine le Colisée, il donne des fêtes où se met à nu « l’appareil humain » – c’est le titre de son roman – et se joue la comédie du néant. Revenu de tout, Jep rêve parfois de se remettre à écrire, traversé par les souvenirs d’un amour de jeunesse auquel il se raccroche, mais y parviendra-t-il ? Surmontera-t-il son profond dégoût de lui-même et des autres dans une ville dont l’aveuglante beauté a quelque chose de paralysant...


La grande beauté serait-elle le remède au doute existentiel qui étreint souvent le cœur de l’homme ? C’est à cette interrogation à laquelle nous convie le dernier film de Paolo Sorrentino dans une belle réalisation alerte et enlevée qui n’est pas sans rappeler certains films de Woody Allen et de Denys Arcand dont notamment le Déclin de l’empire américain. La vacuité de nos vies est au cœur des questionnements de l’homme depuis la plus ancienne antiquité et déjà Sénèque raillait en son temps certains de ses contemporains vautrés dans la luxure qui ne savaient plus s’ils étaient allongés ou debout… Près de XX° siècle plus tard, l’Histoire se répète et Paolo Sorrentino soulève la même question du sens de la vie, de nos quotidiens, de nos rêves et de nos lâchetés. Cette longue digression est axée autour du personnage central de Jep Gambardella interprété avec grandeur par l’acteur fétiche du réalisateur Toni Servillo. Le tumulte des fêtes felliniennes, les gouffres kafkaïens qui avalent sans concessions les personnages ballotés par des vies sans significations, la beauté impériale et impérieuse de la ville éternelle tissent une toile inextricable avec laquelle le personnage central désabusé et cynique a peine à composer. Et pourtant des réminiscences offrent des voies possibles, celle d’une enfance dorée où les vergers d’agrumes évoquent les fruits de la vie à cueillir et l’image du premier amour, le souvenir éternel de ce qui aurait pu être… Mais les artifices sont bien présents pour rappeler inexorablement les lois physiques de l’attraction terrestre : drogues, fêtes, vanités, orgueil, méchanceté, ironie, désespoir, narcissisme, égoïsme et bien d’autres encore ternissent cette grande beauté qui paraît si lointaine et pourtant si proche dans cette ville de Rome. A revoir absolument en DVD !

 

« La Section Anderson » (1966), réalisation : Pierre Schoendoerffer, coffret 2 DVD, INA éditions, 2013.

 


Septembre 1966 : la guerre du Vietnam se durcit. Pierre Schoendoerffer se rend sur place pour le compte de l’émission de télévision « Cinq colonnes à la une ». En pleine jungle, il suit pendant plusieurs semaines la progression d’une section américaine, composée de jeunes appelés, menée par le lieutenant noir-américain Joseph B. Anderson.

Voici plus qu’un documentaire, sans être pour autant un film. À vrai dire, au terme de cet incroyable moment passé avec la section du lieutenant Anderson, toutes les fictions qui ont été réalisées – même les mieux documentées – paraissent bien artificielles. Car ce n’est pas du cinéma dont il s’agit ici, mais bien du témoignage d’un instant de vie essentiel à ces jeunes recrues qui, pour la plupart du temps, n’ont pas été volontaires pour combattre dans une guerre qui les dépasse. Mais le génie de Pierre Schoendoerffer (lire l’interview exclusive qu’il avait accordée à notre revue) est de dépasser ces contingences pour s’enfoncer au cœur de l’homme, comme il avait pénétré avec ces soldats caméra à l’épaule au cœur de la jungle vietnamienne. Et là, presque comme par magie, les visages sombres et gagnés par la peur, l’anxiété et la faim trouvent des moments de rayonnements, notamment lorsqu’en 1966, noirs et blancs américains oublient la couleur de leur peau et s’unissent dans une osmose parfaite non seulement de survie, mais également de fraternité. Il ne s’agit pas cependant d’un de ces films de propagande tels que les États-Unis ont su produire afin de remonter le moral des troupes, mais bien d’une fenêtre ouverte sur un instant d’Histoire, celle d’un conflit qui dépasse le seul Vietnam, et également sur des vies, bouleversées à jamais par ces instants exceptionnels. Avec cette réalisation ayant remporté un Oscar en 1968 du meilleur documentaire, un autre témoignage tout aussi émouvant est également proposé : « Réminiscence, 1989 » ; dans ce dernier document, le réalisateur français, 20 ans après ces évènements, est parti à la recherche des survivants de cette section, dans une Amérique qui avait pansé tant bien que mal les plaies de ce conflit à la différence des protagonistes que nous retrouvons, pour certains « réadaptés » à la vie civile, pour d’autres fragilisés à jamais.

 

"Madame de..." un film de Max Ophuls (1953), avec Charles Boyer, Danielle Darrieux, Vittorio De Sica, durée : 100 mn, collection Gaumont classiques, Gaumont, 2014.

 

 


Pour régler ses dettes, Madame de... vend à un bijoutier des boucles d'oreilles que son mari, le Général de..., lui a offertes et feint de les avoir perdues. Le Général, prévenu par le bijoutier, les rachète et les offre à une maîtresse qui les revend aussitôt. Le baron Donati les acquiert puis il s'éprend de Madame de... et en gage de son amour lui offre les fameuses boucles d'oreilles. Le parcours de ce bijou aura des conséquences dramatiques.


Ce nouveau master restauré en haute définition permettra à tous les nostalgiques des films de Max Ophuls de retrouver ce fameux « Madame de… » réalisé à partir du roman de Louise de Vilmorin et narrant les frasques de l’épouse mondaine d’un général d’empire. Le thème de l’amour fatal est récurrent dans l’œuvre de Max Ophuls et ce film ne fait pas exception. Alors que l’on pensait Madame de… (rôle idéalement dédié à Danielle Darrieux) inexorablement légère et insouciante, sa frivolité trouve un terme – qui deviendra vite dramatique – avec un amour-passion pour un ambassadeur italien joué avec finesse par Vittorio De Sica. Car Madame de… est, du moins dans la première partie, l’archétype même de la femme superficielle avec cette attitude distante et amusée que le réalisateur souhaitait imprimée à l’actrice incarnant Louise : « Votre tâche sera dure. Vous devrez, armée de votre beauté, votre charme et votre élégance, incarner le vide absolu, l’inexistence. Vous deviendrez sur l’écran le symbole même de la futilité passagère dénuée d’intérêt. Et il faudra que les spectateurs soient épris, séduits et profondément émus par cette image. ». Danielle Darrieux y parvient à merveille, à un point tel que le reste du film émeut par cette spirale des passions à partir du thème du bijou qui dépasse la vie de ses protagonistes. Merveilleusement filmée, cette belle réalisation fut l’avant-dernière œuvre du grand réalisateur qui nous est donnée à revoir dans tout son éclat grâce au beau travail de restauration réalisé.

 

Théorème (Teorema) – 1968, un film Pier Paolo Pasolini, avec Terence Stamp, Silvana Mangano, Laura Betti - Prix d’interprétation féminine à Laura Betti, Festival de Venise 1968, Prix de l’Office Catholique du Cinéma, 1.85 - 4/3 - 1h34 - VF - Italien - Sous-titres français, Blue-Ray, Sidonis, 2014.

 

 


Un étrange visiteur débarque dans une famille bourgeoise. Très beau, très séduisant, il bouleverse leur existence. Chacun s’éprend de lui à sa manière et, grâce à lui, va assouvir ses désirs sexuels les plus secrets et prendre ainsi conscience de ce qu’il est réellement. L’annonce de son départ va provoquer la panique.


Théorème a certainement marqué d’un point de vue cinématographique cette année 1968. Ce film a réussi en effet à diviser une fois de plus les détracteurs et les partisans de Pier Paolo Pasolini autour de l’interprétation à donner à ce récit et à cette réalisation pourtant sincère. Des procès eurent même lieu pour obscénité alors que le film reçut parallèlement le prix de l’Office Catholique du Cinéma, un prix d’ailleurs lui-même objet de vives controverses… Le spectateur du XXIe siècle s’étonnera certainement de ces combats et aura – on l’espère - la possibilité de mieux apprécier la poésie et la philosophie qui sous-tendent cette très belle réalisation d’un homme que l’on trop facilement qualifier d’iconoclaste. Car Pier Paolo Pasolini ne fait pas œuvre sulfureuse dans Théorème – pas plus que dans Salo- si l’on fait l’effort de bien vouloir saisir ce qu’il donne à voir. La provocation de Pasolini est d’introduire son propos dans le cadre d’une famille bourgeoise enfermée dans ses conventions et qu’un homme, certains diront un ange, vient bouleverser inexorablement. Et là, se trouve le dilemme : soit le spectateur décide de qualifier ce visiteur de démon en séduisant tour à tour tous les membres de cette famille « tranquille » pour semer dissension et désordre, soit on adopte une autre lecture qui voit dans cette intervention une manifestation de l’amour distribué à qui veut bien le recevoir (à aucun moment le visiteur n’use de subterfuges ou ne force qui que ce soit), amour qui à partir de là révélera ce qui est au cœur de chacun. Il semble évident que cette dernière lecture soit celle qui corresponde au souhait du réalisateur, un souhait qui bien évidemment demande un certain effort afin de sortir de nos représentations conventionnelles, surtout celles d’une Italie à la fin des années 60. Comment voir Théorème, aujourd’hui, en 2014 ? Tout d’abord, comme un merveilleux témoignage de la finesse d’un cinéaste qui met en scène avec poésie un décor quotidien dans lequel des êtres hésitent à vivre pleinement, et dont le voile terne – une fois levé – manifeste les aspirations ou au contraire les vides de chacun. Théorème est également une belle occasion de prendre conscience de toute la profondeur spirituelle d’un écrivain que l’on a trop facilement caricaturé comme obscène et blasphémateur, chacun pourra se faire une idée avec cette très belle édition qui sort chez Sidonis Calysta.


A noter des bonus remarquables :

- Entretien avec Henri Chapier, journaliste (26 min.)
- Entretien avec Pierre Kalfon, producteur (10 min.)
- Documentaire : Pier Paolo Pasolini, la mort d’un poète par Laura Betti (89 min.)

 

 

BARBEROUSSE Réalisé par Akira Kurosawa (1965) – Avec Toshiro Mifune, Yuzo Kayama, Terumi Niki, Reiko Dan, En édition Blu-ray + DVD + Livret, le 30 Août 2017, Wild Side Video 2017.

 


Début du XIXe siècle. Jeune homme brillant mais arrogant, Noboru Yasumoto rêve de devenir le médecin personnel du Shogun. Il ne peut que se cabrer lorsqu’il se retrouve affecté dans un dispensaire d’un quartier misérable d’Edo, sous les ordres du docteur Kyojio Niide, alias Barberousse, dont la sévérité et l’aspect constamment renfrogné ne font qu’ajouter à son insatisfaction… Pourtant, au fil des rencontres et au contact de ce personnage sage et mystérieux, Yasumoto va apprendre l’humilité et se découvrir un mentor…

Film mythique et atypique chez le grand réalisateur japonais Akira Kurosawa, Barberousse a marqué bien des générations depuis sa sortie ; Il fait l’objet, aujourd’hui, d’une remarquable restauration et édition par Wild Side Video. Plusieurs raisons justifient cette émotion puissante qui saisit le spectateur à voir ou revoir ce film à la fois sobre et fort, intimiste et bouleversant. Le cadre restreint tout d’abord du dispensaire, dans lequel la quasi-exclusivité du film est tournée, invite à l’introspection, celle du sens de la vie et des passions, des inégalités et du destin. Grâce à l’imposante prestance de l’incontournable Toshiro Mifune, acteur fétiche d’Akira Kurosawa, c’est à une opposition contrastée à laquelle nous assistons lors des premiers plans du film, où le jeune médecin ambitieux brillamment interprété par Yūzō Kayama fait la connaissance du redoutable directeur du dispensaire Barberousse. Tout les oppose, et pourtant, c’est une rencontre initiatique irréversible qui va se développer tout au long du film dans les confins de la détresse humaine. Cette superproduction a demandé deux ans de tournage, Toshiro Mifune s’étant même fait pousser cette fameuse barbe tout spécialement pour ce dernier film de Kurosawa en noir & blanc. La réception du public japonais fut, on s’en doute, positive de par le fil directeur qui relie chaque étape de ce film de plus de trois heures s’articule autour de l’idée de transmission de maître à disciple dans un contexte humaniste. L’approche sensible et intimiste de Kurosawa sublime ce regard porté sur la détresse humaine et malheurs qu’ont à affronter les médecins du dispensaire. Face à ce sombre constat révélé par une photographie exceptionnelle, Barberousse livre un message puissant et néanmoins optimiste sur le genre humain, même dans les conditions les plus sordides. Un grand classique du cinéma japonais à voir et revoir sans hésitation.

CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES DVD
Master restauré - Format image : 2.40, 16/9ème compatible 4/3 – Noir & Blanc - Format son : Japonais DTS Mono et Dolby Digital Mono - Sous-titres : Français - Durée : 3h00
CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES Blu-ray
Master restauré - Format image : 2.40 – Noir & Blanc - Résolution film : 1080 24p - Format son : Japonais DTS Master Audio Mono - Sous-titres : Français - Durée : 3h05

 


A noter chez le même éditeur la sortie d’un autre grand film de Kurosawa "Dodes’Kaden" (1970)


 

 

Soudain l’été dernier (Suddenly, Last Summer), Un film de Joseph L. Mankiewicz, Scénario : Gore Vidal et Tennessee Williams, d’après la pièce "Soudain l’été dernier" de Tennessee WILLIAMS, avec : Elizabeth TAYLOR, Montgomery CLIFT, Katharine HEPBURN, Producteur : Sam SPEIGEL, Drame, Etats-Unis, 1960, 114mn, N & B, 1.85, DVD, Carlotta, 2017. (En Blu-ray et DVD le 23 août en version restaurée)

 


Le docteur Cukrowicz vient de prendre ses fonctions à Lions View, un hôpital psychiatrique de La Nouvelle-Orléans, mais est rapidement découragé par le manque de moyens octroyés à l’établissement. C’est alors qu’il reçoit une étrange proposition de la part de Violet Venable, une riche notable qui vient de perdre son fils Sebastian dans des circonstances étranges. Celle-ci est prête à lever un fonds d’un million de dollars si le Dr Cukrowicz accepte de pratiquer une lobotomie sur sa nièce Catherine qui, selon elle, aurait perdu la raison depuis la mort de son cousin…

Ce film fort et puissant fait entrer le spectateur dans un univers de tensions et d’introspections propres au style de Tennessee Williams. L’histoire est à première vue banale, un médecin chirurgien spécialiste du cerveau entre dans un hôpital psychiatre manquant de moyens matériels et financiers pour lui permettre d’exercer efficacement son art, celui de la chirurgie du cerveau et notamment la lobotomie… Survient une riche veuve dont le fils unique vient de mourir qui lui promet un financement inespéré à la condition qu’il opère sa nièce dont on devine rapidement que des liens plus forts que ceux de la parenté les unissent. À partir de ce trouble paysage, et de cet univers familier à l’écrivain et dramaturge américain qui connut une situation similaire dans sa famille, se tisse une toile qui progressivement enserre tous les protagonistes, à commencer par le médecin, admirablement interprété par Montgomery Clift, souffrant lui-même psychologiquement de son homosexualité et des conséquences d’un grave accident de voiture. Joseph L. Mankiewicz réalise ici, grâce au brillant scénario de Gore Vidal, inspiré de la pièce de Tennessee Williams, un film puissant, à l’univers étrange, impression renforcée par l’importance des décors (angoissant jardin exotique entre Édens et Enfer) et le jeu inspiré des acteurs avec une Katharine Hepburn théâtrale, contrastant avec la sobriété émouvante d’Elizabeth Taylor (inoubliable Cléopâtre quelques années plus tard avec le même Mankiewicz). À partir de ce mi-clos, et de cet univers concentrationnaire de l’asile, les sentiments humains s’exacerbent. Une fine analyse des ressorts de la psychologie humaine associe rapports freudiens – les liens trop étroits de la mère et de son fils – et dimension jungienne sur la transcendance et la psychologie des profondeurs pour un film à redécouvrir avec une analyse passionnante en bonus du grand spécialiste du cinéma Michel Ciment.

 

CHURCHILL, Un film de Jonathan Teplitzky, avec Brian COX Miranda RICHARDSON John SLATTERY, durée 1h38, DVD, Orange Studio, 2017. (sortie le 10 octobre)

 


Juin 1944. Les 48 heures précédant le Débarquement qui scellèrent le destin de Winston Churchill et du monde.

C’est un Winston Churchill plus méconnu de l’Histoire sur lequel s’est penché Jonathan Teplitzky dans ce film intimiste et pudique. A la veille du débarquement, le Premier ministre britannique est déjà une légende admirée dans le monde entier, et au premier plan par les Anglais qui ont surmonté les épreuves du Blitz grâce au courage qu’il a su leur donner. Or, le réalisateur a décidé de montrer un aspect plus caché, intime du grand personnage historique, facette plus proche probablement des gouffres psychologiques de l’homme politique qu’il eut toute sa vie durant à surmonter et qu’il nommait son fameux black dog… Nous sommes quelques jours avant la décision finale du lancement de la plus grande opération navale que n’ait jamais connue l’humanité devant déterminer l’issue de la guerre. Face à la détermination sans faille d’une action militaire d’envergure décidée par Eisenhower, Montgomery et le Haut Commandement Allié, Churchill redoute ce qu’il avait déjà avec effroi vécu lors de la Bataille des Dardanelles, il ne voit que marée de sang sur les plages où il se promène pour prendre sa décision de s’y opposer. Le roc est fissuré, et si toute cette opération se soldait par un massacre généralisé ? La dépression combattue par l’alcoolisme et une consommation légendaire de cigares ronge l’homme qui devine par le regard de son entourage – sa femme Clemmie et son aide de camp notamment – qu’il n’est plus que l’ombre de ce qu’il était. « Momifiez-moi ! », s’écria Wilson à sa femme. Malgré tout, Churchill lutte, s’oppose à ce plan et cherche d’autres voies que tous sauf lui écartent comme irréalistes. Ce sont deux combats que mènent alors le grand personnage historique du XX° siècle : celui de l’Histoire et du destin du monde, mais le sien face à lui-même. Cette sobre réalisation, servie par le jeu remarquable de Brian Cox habité par son personnage, invite le spectateur à une réflexion nuancée sur les choix imposés par la vie et le destin, et souligne délicatement les frontières entre le déterminisme et le volontarisme, frontières que sut avec intelligence réinterpréter Winston Churchill en s’effaçant devant l’une des plus grandes décisions stratégiques du siècle. Un film sobre qui a su éviter bien des écueils et clichés rebattus.

 

« Alvarez Kelly » (1966), un film d’Edward Dmytryk, avec Richard Widmark et William Holden, 126 mn, Couleur, CINEMASCOPE, FORMAT : 2:35, image et son restaurés, version : vost et vf, chapitrage, bonus : Présentation par Patrick Brion et documentaire de 59’sur William Holden, DVD, Sidonis, 2017.

 



1864. L’éleveur mexicano-irlandais Alvarez Kelly est chargé de livrer à l’armée nordiste un troupeau de 2 500 têtes mais les Sudistes qui manquent eux aussi de vivres sont décidés à s’emparer du troupeau. Grâce à Charity Warwick, une belle Sudiste, Kelly tombe dans un piège et se retrouve prisonnier du colonel Rossiter. Ce dernier lui conseille de changer de camp et de voler le troupeau pour le compte des Sudistes. Kelly étant réticent, Rossiter lui promet de lui briser un doigt pour chaque jour de retard. Kelly est donc obligé d’accepter.

« Alvarez Kelly » est un western atypique de plus de deux heures, progressant selon un rythme crescendo. Réalisé de manière singulière par Edward Dmytryk, bien connu pour ses deux films mythiques Ouragan sur le Caine avec l’inoubliable Humphrey Bogart et Le Bal des maudits (Marlon Brando, Montgomery Clif, Dean Martin), ce long-métrage affiche un casting non moins prestigieux . Avec Alvarez Kelly, c’est en effet l’association explosive Richard Widmark et William Holden qui donne toute sa saveur à ce film original, non dénoué d’humour. Sur fond de guerre de Sécession, l’intrigue s’articule essentiellement sur un angle rarement abordé dans les films de guerre et westerns : le problème crucial de l’approvisionnement des troupes. Alors que la famine sévit dans le clan des Sudistes et que la situation n’est guère plus favorable pour les Nordistes, un éleveur-baroudeur mexicano-irlandais a depuis longtemps oublié tout scrupule et est bien déterminé à servir l’une ou l’autre cause du moment qu’elle lui rapporte suffisamment d’argent pour l’acheminement de bétail dont il aura la responsabilité. À partir de cette intrigue, le film développe le rapport conflictuel fait de haine et en même temps de curiosité entre le militaire ayant tout sacrifié pour sa cause et l’éleveur-mercenaire, cynique, mais qui se révélera plus généreux dans le déroulement de l’histoire. Parallèlement à ce traitement psychologique entre les deux hommes, le film offre de grands moments épiques avec le convoi du bétail sur fond de guerre de Sécession, le dernier épisode ne manquant pas de panache !

 

« L’ami, François d’Assise et ses Frères » un film de Renaud Fely et Arnaud Louvet, avec Jeremie Renier, Elio Germano, Yannick Renier, Eric Caravaca, Marcello Mazzarella, Stefano Cassetti, DVD, Blaq Out, 2017.

 


À l’aube du XIIIème siècle en Italie, la vie simple et fraternelle de François d’Assise auprès des plus démunis fascine et dérange la puissante Église. Entouré de ses frères, portés par une foi intense, il lutte pour faire reconnaître sa vision d’un monde de paix et d’égalité.


C’est un portrait atypique auquel se livre cette réalisation belle et sensible de Renaud Fely et Arnaud Louvet de la vie de saint François et de ses compagnons. Belle, tout d’abord en raison d’un soin manifeste porté aux choix des paysages de l’Ombrie médiévale où évoluait le saint ami de la nature. Dans un cadre épuré, où tout est propice à la conversation sacrée et au partage, nul idéalisme candide ne prédomine cependant. Les choses de la terre et ses réalités tragiques sont présentes, François le sait et a décidé de composer avec elles un mariage de fraternité inédit jusqu’alors, signe de la modernité de son message. Sensible, est le deuxième caractère qui ressort de ce film qui évolue doucement, comme le souffle d’un chant de la Divine Comédie… François et ses amis n’errent pas dans une forêt obscure, mais dans les friches d’une humanité encore divisée en ordres de puissants et défavorisés. Le saint homme a choisi le parti de ces derniers, en partageant tout, et ne possédant rien, sinon le trésor de la Parole et sa bonté qui irradie ceux qui l’entourent. Mais un tel ordre pour perdurer doit penser à ses statuts, sa reconnaissance par le pouvoir papal, au risque qu’une telle « nouveauté » n’apparaisse hérétique aux yeux des puissants… Ce sera le point d’achoppement entre François et son plus proche compagnon, Élie de Cortone, qui souhaite, lui, à tout prix cet accord du pape, quitte à faire des amendements et concessions au texte et à la philosophie franciscaine. C’est ce parcours qui est finement retracé entre le saint exclusivement tourné vers l’extase fraternelle et son ami, plus pragmatique, et conscient des enjeux qui sont ceux de son Ordre pour sa survie. A noter l’excellent témoignage du grand médiéviste Jacques Dalarun en bonus qui rappelle combien ce film contribue à rendre moins réducteur le portrait que l’on faisait d’Elie jusqu’alors, avec une action certes conciliante mais qui a permis que l’Ordre franciscain soit l’ordre mondialement le plus influent jusqu’à aujourd’hui encore, avec - faut-il le rappeler - un pape qui en a pris jusqu’à son nom…
 

"Jean Rouch, un cinéma léger !" (Coffret 10 DVD), Réalisation Jean Rouch, Audio / Vidéo, PAL Zone 2, couleurs, 10 DVD, Durée 16 h 02 min, Editions Montparnasse, 2017.
 


 

Les qualificatifs ne manquent pas lorsqu’il s’agit de caractériser le cinéma de Jean Rouch, l’ethnocinéaste, auteur de 180 films, dont un tiers est demeuré inachevé ! Celui qui fut créateur du « cinéma vérité » et compagnon de la « Nouvelle Vague » aurait eu, en 2017, 100 ans. Pour célébrer cet anniversaire, de nombreuses initiatives ont eu lieu dont la parution exceptionnelle d’un coffret réunissant en 10 DVD, pas moins de 26 films inédits de Jean Rouch. Les éditions Montparnasse ont entrepris depuis une douzaine d’années une large édition des films du cinéaste, et ce dernier coffret nommé « Jean Rouch, un cinéma léger ! » apporte une contribution importante à cet anniversaire. Entre cinéma et ethnologie, Jean Rouch n’a jamais cherché à faire un choix exclusif. C’est en associant la science de la recherche et la fantaisie du cinéma qu’il déploya son humour parfois décalé pour une vérité du cinéma qui transparait très tôt dans ces films ainsi qu’il en ressort immédiatement en visionnant ce coffret. Jean Rouch a eu une enfance protégée accompagnant son père dans certains de ses voyages autour du monde, ce qui l’a ouvert très jeune à l’altérité et à la différence. La rencontre avec le fleuve Niger qu’il découvre en 1941 lors de la guerre sera déterminante. C’est en ces lieux qu’il noue en effet une amitié profonde avec Damouré Zika, avec le fleuve Niger et plus généralement l’Afrique. Le cinéaste parcourra ce fleuve de sa source jusqu’à son embouchure toute sa vie, métaphore d’un riche parcours, à la fois flottant et au tracé déterminé. Si les débuts de sa carrière ont été essentiellement consacrés à l’écriture et aux prises de notes d’ordre ethnologique, c’est par la suite que la caméra s’introduira dans le travail de celui qui très jeune fut un cinéphile convaincu. C’est d’ailleurs avec un film ethnographique sur la possession « Au pays des mages noirs » qu’il entre dans le monde du cinéma, un film largement applaudi par Jean Cocteau en 1949. Ce sera alors l’occasion pour Jean Rouch d’expérimenter de nouvelles formes de cinéma avec notamment la « cinétranse » par laquelle celui qui filme se trouve transformé par ce qu’il observe.
Ce coffret réunit trois thématiques essentielles dans le cinéma de Jean Rouch. Tout d’abord, ces ethnofictions, entre documentaire et fiction, qui réunissent une bande d’amis franco-nigériens : Jean Rouch, Damouré Zika, Lam Ibrahim Dia, et bien d’autres encore… Puis viennent les films de rituels traditionnels et modernes, si importants dans l’œuvre de Jean Rouch qui très tôt assistera à un rituel de possession lors duquel il comprendra que seule la prise de vue pouvait en saisir toute la richesse. Le cinéaste atypique invente au fur et à mesure de ses réalisations une manière de filmer, dans laquelle il s’introduit souvent et sans distance par rapport au sujet filmé. Cette relation intersubjective a ouvert au dialogue contrairement à ce qui se pratiquait jusqu’alors, et comme le fera dans d’autres univers Pier Paolo Pasolini. Le troisième axe invite à quelques promenades parisiennes insolites telles les rencontres de Nadine qui vient d’arriver dans la capitale, une visite « commentée » de l’Histoire du cinéma ou encore cet hommage à Marcel Mauss avec le portrait de l’artiste japonais Tara Okamoto.
Quelle que soit la forme retenue, ce cinéma s’enrichit des sujets filmés au fil des créations, parfois inachevées pour certaines. Les collaborateurs invités trouvent, grâce au regard décolonisé de Jean Rouch, une voix inédite dans ses films qui restera gravée dans la mémoire de tous les spectateurs découvrant ou redécouvrant ce cinéma proposé par ce coffret de 26 films incontournables dans l’œuvre du cinéaste.

 

Après la Tempête, Un film de Kore-Eda Hirokazu, avec Hiroshi Abe, Kiki Kirin, Yôko Maki, Yoshizawa Taiyo, Dvd, Le Pacte, 2017.

 


Malgré un début de carrière d’écrivain prometteur, Ryota accumule les désillusions. Divorcé de Kyoko, il gaspille le peu d’argent que lui rapporte son travail de détective privé en jouant aux courses, jusqu’à ne plus pouvoir payer la pension alimentaire de son fils de 11 ans, Shingo. À présent, Ryota tente de regagner la confiance des siens et de se faire une place dans la vie de son fils. Cela semble bien mal parti jusqu’au jour où un typhon contraint toute la famille à passer une nuit ensemble…


Le réalisateur japonais Kore-Eda Hirokazu après Tel père, tel fils et Notre petite sœur ouvre une nouvelle fois sa caméra au je-ne-sais-quoi du quotidien, ce quotidien ordinaire en partie inspiré de faits personnels autobiographiques instillés subtilement en une réalisation à la fois épurée et en même temps redoutablement précise. L’histoire n’a rien de trépidant et se déroule essentiellement dans le cadre d’une cité d’HLM consternant de banalité. Ryota, remarquablement interprété par Hiroshi Abe, est à l’heure des bilans sans concessions, divorcé, écrivain d’un seul livre ayant obtenu un Prix et à la veine tarie, détective raté pour payer la pension alimentaire de son ex-épouse et ruiné par une passion du jeu compulsive, comme le fut en son temps son père décédé quelque temps auparavant…. Face à ces constats d’échec d’espoirs de vie, que reste-t-il à l’heure des bilans lorsqu’un typhon menace de s’abattre sur la cité et ces êtres fragiles ? C’est lors d’une soirée et une nuit passés ensembles, bloqués par l’arrivée du typhon, que le couple désuni, leur enfant unique et la mère de Ryota, interprétée avec malice et profondeur par Kiki Kirin, vont à la fois tenter l’impossible alors que le bilan de leur vie s’impose en un éternel retour du destin. Kore-Eda Hirokazu avec cette réalisation signe une nouvelle fois un film à la limite du documentaire par l’épuration de ses moyens, et en même temps redoutablement efficace pour explorer la profondeur des âmes en souffrance. Le réalisateur a une vision bien personnelle du langage qu’il souhaite employer pour rendre ces émotions et tensions intérieures, vision qui est particulièrement sensible dans le bonus qui accompagne ce DVD, indispensable pour plonger dans les arcanes de son cinéma. Tournant en argentique, rareté à souligner à notre époque numérique, Kore-Eda Hirokazu est un orfèvre du quotidien qu’il sait éclairer de manière unique par sa caméra sans concession et en même temps complice.

 

 

 

En salle, e-cinema, VOD...

 

 

« Hiroshima » - 1953, un film de Hideo Sekigawa avec Yumeji Tsukioka, Eiji Okada, Yasumi Hara, Isuzu Yamada – N&B – 104’ – 35mm – Nikkyôsô Prod. – VOSTF, Vidéo Club Carlotta, 2020.
 

Le jour où la bombe atomique fut larguée sur Hiroshima, le destin de milliers de civils japonais fut définitivement brisé. L’histoire de certains d’entre eux est évoquée dans ce film résolument opposé à la guerre.
 

Voici un film qui marquera probablement la conscience des Occidentaux, celle des Japonais l’étant depuis longtemps avec les nombreux films antimilitaristes, dits du Genbaku, du nom du dôme symbolique ayant résisté à l’explosion nucléaire. Ce récit des plus réalistes évoque dramatiquement le destin des victimes de Hiroshima. Nulle emphase ni effets spéciaux grandioses, en effet, mais un traitement cataclysmique d’un jour qui fut malheureusement réel, reposant sur une image crépusculaire des ruines de la ville atomisée.
Sorti en 1953, ce film fut longtemps introuvable, tant aux États-Unis qu’au Japon, les opinions communistes du réalisateur Hideo Sekigawa ayant condamné d’avance sa production. Il apparaît manifeste que le témoignage du réalisateur japonais est sans concessions tant sur le nationalisme aveugle de ses compatriotes que sur l’inconscience américaine ayant conduit à cette catastrophe sans précédent.

L’horreur nucléaire qui marquera de manière indélébile la conscience japonaise sur plusieurs générations trouve ses premiers développements avec ce film éprouvant ayant fait appel à des centaines d’habitants de Hiroshima même comme figurants, ajoutant ainsi au réalisme des scènes de désolation filmées…

La véritable consécration du film « Hiroshima » viendra quelques années plus tard par le réalisateur français Alain Resnais qui en reprendra quelques scènes pour son chef-d’œuvre « Hiroshima mon amour » avec également pour vedette le même acteur Eiji Okada. Un film, d’une dure réalité, mais qui ne saurait encore aujourd’hui rester au tires des films tabous et occultés.

 

« Au-dessous du volcan » (Under the Volcano) ; Un ufilm de John Huston avec Albert FINNEY, Jacqueline BISSET, Anthony ANDREWS, Ignacio LÓPEZTARSO ; Scénario Guy GALLO d’après le roman de Malcolm LOWRY, directeur de la photographie Gabriel FIGUEROA, musique Alex NORTH, producteurs Moritz BORMAN & Wieland SCHULZ-KEIL.
En salle pour la 1re fois en version restaurée à partir du 7 octobre 2020. Carlotta.


À la veille du 1er novembre 1938, la nuit s’est abattue sur Cuernavaca et l’animation est déjà vive dans les rues où l’on prépare le Jour des Morts. Geoffrey Firmin, ex-consul britannique, erre parmi la foule, ivre mort, pour oublier le départ de sa femme Yvonne.

Adapté du célèbre roman de Malcom Lowry, « Au-dessous du volcan » donne lieu à un étonnant et fabuleux jeu d’acteur de la part d’Albert Finney. Dans un véritable one man show, l’acteur britannique venu de l’univers du théâtre envahit l’écran avec cette interprétation exigeant qu’il apparaisse saoul de la première jusqu’à la dernière minute du film, et ce sans qu’à un seul instant cela ne semble artificiel…
Rongé par l’alcool et les remords du passé, ce colosse aux pieds fragiles offre, en effet, tout au long du film un étonnant portrait psychologique contrastant avec celui de son ex-épouse désarmée et interprété avec brio par la rayonnante Jacqueline Brisset.
Véritable drame dont la tension va crescendo au fur et à mesure de la progression du film, « Au-dessous du volcan » explore au plus intime la plongée dans le désespoir d’un être humain jusqu’à l’inexorable. La finesse des sentiments analysés par la caméra de John Huston est proportionnellement inverse à la démesure de consommation d’alcool du principal protagoniste.
Sur fond de société traditionnelle mexicaine avec sa fête des Morts contrastée et envoûtante, la violence contenue se libérant progressivement, « Au-dessous du volcan » offre une allégorie réussie des passions humaines par le truchement du personnage central. Sentiments déchaînés et destinées inexorables vont dès lors rattraper chacun des protagonistes de ce long-métrage remarquablement restauré.

Drame - USA - 1984 - 112 min - couleurs - 1.85:1 - VOSTF - DCP - Visa n° 59 097

« Manon » ; Un film de Henri-Georges Clouzot avec Cécile Aubry, Michel Auclair, Serge Reggiani, Gabrielle Dorziat ; D’après le roman de l'Abbé Prévost. Lion d'or au Festival de Venise de 1949, Prix Georges Méliès en 1949 ; Noir & blanc, 105 mn, VOD, Les films du Jeudi, 2020.

Une nuit, deux clandestins sont découverts dans la cale d'un bateau à destination de la Palestine. Le capitaine envisage de les livrer à la police aussitôt la ville d'Alexandrie atteinte, puis se laisse attendrir par cette passion dévorante dont le jeune couple entreprend le récit.

« Manon », le film d’Henri-Georges Clouzot s’inspire très librement du fameux roman de l’Abbé Prévost « L’Histoire du chevalier des Grieux et de Manon Lescaut », un récit qui fit scandale au XVIII° siècle.
L’histoire conte la rencontre fortuite de deux jeunes gens ballottés par les affres de la guerre à la Libération dans une petite ville de Normandie alors que les habitants souhaitent tondre la jeune femme, Manon, accusée d’avoir pactisé avec l’ennemi. Dès les premiers plans, c’est une passion dévorante qui va consumer les deux amants, Manon ne cherchant que la lumière et les fastes, quitte à s’y brûler, Robert ayant déjà, pour sa part, trouvé sa flamme dévorante…
Clouzot partant de cette intrigue commune va développer un film ciselé dont la photographie et les plans de toute beauté ne cessent de surprendre encore 70 ans plus tard.
À partir de cette quête impossible entre les deux amants, l’adversité, les épreuves, et finalement la mort, ne parviendront pas à briser ce qui n’aurait pourtant pas dû durer. Car tout opposait Manon et Robert, et pourtant un destin commun allait les réunir dans la passion et les sables du désert.
Si le roman de l’abbé Prévost avait déjà été porté plusieurs fois au cinéma avant la version de Clouzot, et le sera encore après lui, cette adaptation tient non seulement de l’allégorie du destin des jeunes d’après-guerre, mais aussi des affres sentimentales du réalisateur que ce dernier connut à l’époque avec sa compagne Susy Delair. Après le clair-obscur des mois suivants la Libération faits de combines et de petits trafics, vient le rayonnement solaire de l’échappée vers la Terre promise, un destin qui passe cependant par une longue et fatale traversée du désert… Cette illumination symbolique transposée à l’écran irradiera les derniers plans inoubliables de cette singulière histoire d’amour.


www.filmsdocumentaires.com/films/6963-manon

 

 

"Dark Waters" ; Un film de Todd Haynes avec Mark Ruffalo, Anne Hathaway ; Scénario Mario Correa, Matthew Michael Carnahan ; Directeur de la photographie Edward Lachman ; Montage Affonso Gonçalves ; Musique Marcelo Zarvos ; Durée 2h06 ; Le Pacte, VOD, 2020.

Robert Bilott est un avocat spécialisé dans la défense des industries chimiques. Interpellé par un paysan, voisin de sa grand-mère, il va découvrir que la campagne idyllique de son enfance est empoisonnée par une usine du puissant groupe chimique DuPont, premier employeur de la région. Afin de faire éclater la vérité sur la pollution mortelle due aux rejets toxiques de l’usine, il va risquer sa carrière, sa famille, et même sa propre vie...

L’histoire évoquée dans « Dark Waters » aurait pu naître dans l’imagination fertile d’un scénariste de films à grand spectacle d’Hollywood avec multiples effets spéciaux et musiques détonantes… s’il n’était malheureusement l’évocation sans trucages ni aucune invention d’une tragique histoire vraie, la nôtre !
Todd Haynes s’est en effet saisi de ce scandale mondial du téflon pour proposer un film témoignage particulièrement sobre si l’on songe aux tragiquesfaits évoqués. La photographie d’Edward Lachman parvient à rendre les teintes de cette nature abîmée de Virginie Occidentale par la cupidité et l’arrogance de l’homme alors que l’univers glacé des cabinets d’avocats d’affaires semble à mille lieues d’un tel désastre.
Sauf que l’un d’entre eux, Robert Bilott a décidé de dire non au système, risquant sa vie et sa carrière pour se dédier à cette cause perdue d’avance. C’est ce combat impossible de David contre Goliath qui est au cœur de ce film passionnant, qui tient en haleine le spectateur pendant deux heures jusqu’à son terme. Mais, comment ne pas se sentir concerné ?

Mark Ruffalo interprète avec un réalisme sidérant l’avocat Robert Bilott, parvenant à rendre toutes les étapes de ce combat au long cours contre la célèbre firme DuPont de Nemours, l’un des géants de l’industrie chimique, depuis ses illusions de brillant juriste reconnu par son équipe jusqu’au doute et à la maladie le gagnant… « Dark Waters » porte bien son titre et s’avère être en effet un film sombre, qui ne laisse guère d’espoir sur les combats menés pour l’écologie de la planète et surtout pour la survie de l’homme. Ce film laisse cependant une lueur d’espoir : par la prise de conscience de pratiques scandaleuses et encore d’actualité, les générations futures réagiront peut-être plus efficacement que leurs aînés, mais ne sera-t-il pas trop tard ?

 

« Garabandal, Dieu seul le sait » ; Un film de Brian Alexander Jackson avec Belén Garde García, Fernando García Linares et Rafael Samino Arjona ; Versions VF / VOSTFR, Saje Distribution, 2020.

18 juin 1961. Dans un petit village du nord de l'Espagne, San Sebastian de Garabandal, quatre jeunes filles affirment avoir vu l'archange Saint-Michel et la Vierge. Le curé Don Valentìn et le brigadier Don Juan se trouvent rapidement impliqués dans un événement qui les dépasse, cherchant à comprendre où se trouve la vérité, confrontés à une hiérarchie perplexe et à une foule de plus en plus nombreuse qui monte au village en quête de miracles...

Si les apparitions mariales sont nombreuses, seul un petit nombre d’entre elles ont été reconnues par l’Église. Prudence et précautions sont donc de mises, et ont en effet prévalu afin d’éviter tout excès dans les qualifications de ces évènements qui, souvent, relèvent plus de la ferveur mystique que d’une véritable manifestation religieuse. Mais les multiples apparitions à Garabandal, au nord de l’Espagne ont suscité – et continue de susciter – de nombreuses interrogations. C’est le point de départ de ce film sobre et documenté de Brian Alexander Jackson « Garabandal, Dieu seul le sait » qui livre avec pudeur et nuances un beau témoignage sur ces évènements. Le cadre somptueux des paysages montagneux de l’Espagne du Nord souligne la beauté sauvage de cet endroit préservé de la modernité, sans télévision ni moyens de communication. En ces lieux, la foi traditionnelle occupe encore une place essentielle pour la communauté villageoise en ce début des années 60.

Ce film sobre et où l’humour pointe parfois est loin d’être édifiant, il ne verse en aucune manière dans un mysticisme marial exacerbé et sombrant parfois dans une hystérie certaine. Le témoignage est limpide, invitant à la foi et à la prière. Rien d’extraordinaire, et pourtant si nécessaire à l’époque du Concile Vatican II en cette décennie qui allait tant bouleverser l’Église.
Une question demeure, cependant, encore : Quelle sera à l’avenir la position de l’Église sur ces apparitions ? Moins hostile ces derniers temps, rien ne fait obstacle – selon l’expression canonique officielle – à ce que ces apparitions soient un jour reconnues, le dossier reste ouvert…

Mais lorsque quatre jeunes filles affirment avoir eu des visions d’ange et de la Vierge Marie, tout bascule… Le réalisateur souligne par ses cadrages serrés et ses interrogatoires avec force champs-contrechamp le scepticisme, puis l’opposition radicale des autorités religieuses, voyant d’un « mauvais œil » ces manifestations. Face à ces critiques, la candeur de ces jeunes filles rayonne tout au long du film, témoignage manifeste de leur bonne foi, aucune n’ayant cherché à ajouter aux messages délivrés, parfaitement conformes aux canons de l’Église catholique.

 

"Le retour de Richard III … par le train de 9h24" ; Film réalisé par Éric Bu ; Scénario de Gilles Dyrek, avec Sophie Forte et Hervé Dubourjal, Jean-Gilles Barbier, Camille Bardery, Amandine Barbotte, Lauriane Escaffre, Ariane Gardel, Benjamin Alazraki, Yvonnick Muller… Stéphane Sansonetti (Atlan films) et Alexis Bougon ; Samsha Productions avec la participation de Jean-Baptiste Neyrac (Neyrac Films), VOD, 2020.

Condamné par la médecine, Pierre-Henri engage des comédiens pour jouer sa famille disparue pendant une semaine et l’aider à se réconcilier avec les siens. Entre réalité et fiction, cette relecture d’un passé familial mouvementé est un règlement de compte où on ne sait bientôt plus faire la part entre le vrai et le faux. Les comédiens étant tous au moins aussi névrosés que lui, voici Pierre-Henri bientôt débordé par les transferts des uns et des autres…

La comédie dramatique est art délicat. Comédie et drame font, en effet, difficilement bon ménage et souvent l’un l’emporte sur l’autre à moins d’un match nul. Le film réalisé par Éric Buc évite bien des écueils et noue un dialogue intime sur le sens de nos vies, nos réussites, mais surtout nos échecs lorsque le terme de ce parcours commence à poindre. Si le début du film transmet ces hésitations à se livrer avec une gêne manifeste à « jouer le jeu » pour les comédiens convoqués, tout comme pour l’ordonnateur de cette mise en scène, rapidement, le jeu s’engage et livre un témoignage ironique, grinçant et touchant sur ce qui importe dans la vie.
Les comédiens deviennent parties prenantes de ce « jeu » qui se métamorphose en « je », révélant leurs propres failles et témoignages sur leur sens de la vie. « La vie n'est pas trop courte, c'est nous qui la perdons », rappelle Sénèque, ce dont témoigne parfaitement cette comédie dramatique servie par un jeu d’acteurs convaincants.

Éric Bu, récompensé à Cannes par le prix France Télévision au Short Film Corner pour son court-métrage « Le soleil des Ternes », oscille, ici, entre grand écran et théâtre, aidé en cela par le scénario et les dialogues écrits par Gilles Dyrek (scénario & dialogues) qui interprète, par ailleurs, le personnage de William, en référence à Shakespeare…
Une comédie grave sur ce qui importe dans nos vies… à moins qu’il ne s’agisse de l’inverse, un drame comique sur « l’insoutenable légèreté » de nos existences…
LE RETOUR DE RICHARD 3 PAR LE TRAIN DE 9H24 d'Éric Bu, sera l'un des derniers films à sortir directement en VOD, le mercredi 17 juin 2020, sur la plateforme FilmoTV avant la réouverture des salles de cinéma le 22 juin 2020.

"Voyage au Congo" ; Documentaire ; Réalisation de Marc Allégret avec André Gide ; 1926, Noir & Blanc, Muet, 115 minutes ; Numérisation et restauration 2 K avec le soutien du CNC et de la Cinémathèque française ; Création musicale de Mauro Coceano, © Les films du Jeudi, Les Films du Panthéon – 2020.

En 1925, l’écrivain André Gide effectue un voyage en Afrique-Équatoriale française et au Congo belge avec son secrétaire, Marc Allégret, qui en tire un document filmé et en rapporte de nombreuses photographies…

« Voyage au Congo » ne relève pas vraiment de l’enquête ethnographique sur le modèle de celle qu’entreprendra quelques années plus tard Claude Lévi-Strauss au Brésil. Avec cette évocation filmée en 1926 par le secrétaire d’André Gide, Marc Allégret, appelé à un brillant avenir de cinéaste, il s’agit plutôt d’une digression poétique et esthétique. La quête de la beauté, celle de ces paysages encore vierges pour la plupart de toute dévastation coloniale, c’est « l’homme nu », celui encore préservé de toutes les entraves de l’occidentalisation qui transparaît dans ces plans certes naïfs mais d’une ineffable esthétique. Si, bien entendu, les commentaires laissent parfois percevoir quelques ethnocentrismes, il demeure cependant que « Voyage au Congo » jette un regard bienveillant sur ce monde où candeur et joie de vie transparaissent dans les scènes filmées en 1925.
Restauré à partir du négatif original par les Films du Panthéon et les Films du Jeudi en collaboration avec la Cinémathèque française, « Voyage au Congo » est le premier film de Marc Allégret. Le musicien Mauro Coceano en a composé la musique accompagnant ces images d’une époque aujourd’hui révolue, presque un siècle plus tard.
À la différence des jugements de Lévi-Strauss, ce ne sont pas de « Tristes Équateurs » qui sont, ici, dévoilés par la caméra d’Allégret mais plutôt une candeur de vie préservée, une certaine insouciance que ces corps encore indemnes de l’influence occidentale subliment. Danses, travaux des champs, pratiques sociales, palabres, c’est cette vie africaine que souhaitait faire découvrir l’écrivain André Gide alors chargé de mission par le Ministère des Colonies. L’homme blanc est étonnamment absent de cette réalisation au style libre, renforçant ainsi cette impression de contre-enquête ethnographique du « bon sauvage », un parti pris moderne pour l’époque.
C’est cette poésie préservée des affres de la modernité qui a été captée sur la pellicule et qui peut être, avec un plaisir certain de curiosité, redécouverte grâce à cette remarquable restauration. Un film qui vaut tout un voyage tant ces images restent longtemps gravées dans la mémoire.

 

https://www.filmsdocumentaires.com/films/6977-voyage-au-congo

 

 

"LA RUMEUR" réalisé par William Wyler (1961) avec Audrey Hepburn, Shirley MacLaine, James Garner, DVD et BRD, Wild Side, 2020.

Amies depuis les bancs de la faculté, Karen et Martha ont réalisé leur rêve en ouvrant un pensionnat de jeunes filles. Mais cette promesse de bonheur va être anéantie par le machiavélisme de Mary, une écolière tourmentée. Ses mensonges seront le début d’un engrenage funeste…

Le réalisateur William Wyler, bien connu pour ses films « Vacances romaines » et « Ben Hur », a également signé en 1961 un long-métrage original et à contre-courant « La Rumeur » réunissant deux talentueuses actrices, la rayonnante Audrey Hepburn et Shirley MacLaine. Si l’intrigue s’avère plus que sulfureuse en ce début des années 60, « La Rumeur » qui atteindra les deux jeunes femmes – Audrey Hepburn et Shirley MacLaine - dirigeant le pensionnat de jeunes filles parviendra cependant à contourner la censure implacable de l’époque en focalisant la caméra sur l’attitude et les valeurs intransigeante de la société américaine puritaine.
Le film débute par un cadre idyllique, une vie sans histoire où la candeur des jeunes filles de ce pensionnat se dispute à la bonne humeur dans ce qui ressemble à une antithèse des rigoristes collèges anglais.
Mais cette atmosphère hédoniste laisse poindre quelques nuages par un personnage inattendu, Mary, une écolière singulièrement méchante et prête à tout pour assouvir ses velléités de domination et manipulation. Et déjà, par son regard haineux et soupçonneux, l’univers immaculé de ce pensionnat change d’atmosphère…

Le réalisateur souligne en une fine analyse des caractères et une brillante direction du jeu d’acteurs les tensions des protagonistes jusqu’à l’éclatement du scandale né de cette fameuse rumeur quant aux mœurs des deux femmes dirigeant l’établissement… Ne pouvant centrer sa caméra sur ce qui est alors indicible et inavouable, « La Rumeur » fait le choix habile du traitement psychologique de l’opinion publique, cette société bourgeoisie et aisée qui préfère condamner plutôt que comprendre, briser des vies au lieu d’offrir un salut. C’est ce jeu de tensions qui est habilement rendu par « La Rumeur », sans oublier « l’aveu » de Martha d’une rare sensibilité à l’écran, une confession inoubliable qui souligne le chemin parcouru depuis cette époque, il y a soixante ans…
 

 

« Julietta » ; Un film de Marc Allégret avec Jean Marais, Dany Robin, Jeanne Moreau, Denise Grey, Nicole Berger, Bernard Lancret, Georges Chamarat ; Adaptation et dialogues de Françoise Giroud d'après l'œuvre de Louise de Vilmorin, Noir & blanc, restauré et numérisé en 2K avec le soutien du CNC, VOD, 97 mn, Les films du Jeudi / Les films du Panthéon – 1953.

Julietta est sur le point de faire un mariage de raison. Au cours d’un arrêt en gare de Poitiers, la jeune fille descend du train, qui repart sans elle. Audacieuse, elle accepte l’hospitalité de Maître Landrecourt, un beau jeune homme. La fausse ingénue s’installe dans la maison de l’avocat, s’immisce dans sa vie… Au grand dam de Rosie, sa fiancée.

Avec « Julietta », film de Marc Allégret réunissant de jeunes acteurs dans l’ascension de leur talent, c’est la saveur acidulée de la plume de Louise de Vilmorin qui transparaît dans cette réalisation soignée. Si l’histoire peut sembler un brin mièvre et typique de nombreuses réalisations édulcorées de cette époque, les dialogues adaptés de la romancière par Françoise Giroud génèrent, ici, une suite d’analyses cocasses où l’ironie se charge de battre en brèche les conventions de l’époque.
Dans un décor idyllique, Jean Marais, Dany Robin et Jeanne Moreau resplendissent avec facilité, alors que le rythme va crescendo en une tonalité vaudevillesque. La lumière posée sur les femmes par une femme transparaît grâce au jeu des comédiennes qui parviennent à ne pas être estompées par la présence écrasante de Jean Marais.
Plaisant et divertissant, « Julietta » s’avère être un film à redécouvrir pour se plonger dans cette époque du début des années 50 et ces mutations amorcées sur la place des femmes.

www.filmsdocumentaires.com/films/6964-julietta

 

 

« Avez-vous la Foi ? » ; Un film de Jon Gunn avec Mira Sorvino, Sean Astin, Alexa PenaVega, Ted McGinley ; Versions : VF / VOSTFR, Saje Distribution, 2020.

Remué par le questionnement troublant d’un prédicateur de rue, le pasteur Matthieu décide de mettre sa propre foi en acte. Cela va provoquer une réaction en chaîne sur 12 personnalités différentes, dont les destins vont s’entre croiser, toutes confrontés à la même question : Avez-vous la foi ?

Le film de Jon Gunn « Avez-vous la foi ? » s’aventure dans les méandres toujours risqués des croyances des individus et des fondements mêmes de leur vie. À l’heure de la laïcité exacerbée, ces questions peuvent donner l’impression de prosélytisme, comme si la foi devait s’arrêter aux frontières de nos convictions personnelles dans nos temples, églises, mosquées ou synagogues pour laisser place à l’esprit public en collectivité. Le réalisateur de « Avez-vous la foi ? » a choisi pour son film de traiter ces questions sur le plan des zones critiques de personnages que tout sépare et qui vont se trouver réunis en une transcendance, interrogée et vécue, commune.
 
Si le traitement est bien entendu « à l’américaine » en un esprit évangélisateur qui pourra exaspérer certains, il demeure que ce film pose de vraies questions, celles de la tolérance, du partage gratuit et du sens de nos vies. Rien que pour cela, et en ces temps difficiles qui s’annoncent, il mérite d’être découvert.

« Avez-vous la foi » offre de plus un scénario enlevé, mettant en évidence les fils ténus qui tissent nos vies, leur précarité, comme leur force, pour tendre à autre chose que le quotidien. Les protagonistes de ce film sont convaincants dans leur interprétation, qu’il s’agisse du jeune noir délinquant converti au moment ultime de sa chute ou de cette femme sans domicile fixe avec sa petite fille, désespérée et ayant perdu la foi jusqu’à ce que…
« Avez-vous la foi ? » devrait être vu en famille ou entre amis pour susciter un débat que l’on imagine fervent.

 

« Olivia » (1950) ; Un film de Jacqueline Audry avec Edwige Feuillère, Simone Simon, Marina De Berg, Yvonne De Bray, Suzanne Dehelly, Marie-Claire Olivia, Gabriel Sardet, Danièle Delorme ; durée 1h35mn, Noir & Blanc, Restauré et numérisé en 2K avec le soutien du CNC, Les Films du Jeudi, Les Films de la Pléiade, VOD Films et Documentaires, 2020.

Fin du XIXème siècle dans une pension de jeunes filles près de Fontainebleau, la directrice, la fascinante Mademoiselle Julie, sème le trouble dans le cœur de la nouvelle venue, Olivia…

Un brin suranné bien que très audacieux pour son époque, le film « Olivia » de Jacqueline Audry demeure encore aujourd’hui non dénué de charme et transporte immédiatement le spectateur dans un univers totalement féminin et révolu, celui de la fin du XIXe siècle, aux valeurs et ambiances encore attachées au paraître et aux convenances. Si les valeurs morales ont depuis été fort bouleversées après l’américanisation de la société et mai 1968, le film « Olivia » anticipe sur ces évolutions en évoquant à mot couvert, en 1950, des relations lesbiennes dans une pension de jeunes filles…
De manière très pudique mais non cachée, la réalisatrice Jacqueline Audry filme cet univers en vase clos sur toute la durée de cette réalisation soignée et esthétique. Château et parc, meubles de style et crinolines, les demoiselles se regroupent en un phalanstère coupé du monde entre deux clans et deux femmes charismatiques.

Assistante de Max Ophüls et de Jean Delannoy à ses débuts, Jacqueline Audry, grande admiratrice de Colette, pointe du doigt les multiples relations entre femmes, qu’elles soient nourries par l’amour, la haine, la jalousie ou la fascination. L’une des rares réalisatrices de l’après-guerre à avoir fait de la femme, et du désir, le vecteur de ses réalisations comme dans le film « La Garçonne » où le thème de l’homosexualité est également présent.
Avec « Olivia », c’est bien entendu Edwige Feuillère qui rayonne par sa présence face à la facétieuse et capricieuse Simone Simon et l’ingénue Marie-Claire Olivia. Un film de femmes, fait par des femmes, plus moderne qu’il n’y paraît de nos jours, à redécouvrir…

www.filmsdocumentaires.com/films/6998-olivia

 

 

« Un divan à Tunis », un film de Manele Labidi avec Golshifteh Farahani, Majd Mastoura, Aïcha Ben Miled, Feriel Chamari, Hichem Yacoubi ; Comédie, Durée 1h28, VOD, Diaphana, 2020.

Après avoir exercé en France, Selma, 35 ans, ouvre son cabinet de psychanalyse dans une banlieue populaire de Tunis…

Avec « Un divan à Tunis », la réalisatrice Manele Labidi signe un premier film alerte sur un thème original, celui de l’ouverture de son pays d’origine, la Tunisie, aux idées de la modernité, et notamment celles de la psychanalyse… Et, si en France, il est difficile d’ouvrir son cabinet de psychanalyse parce qu’il y en a déjà quatre dans l’immeuble et dix dans la même rue, en Tunisie, cela ne semble pas plus évident… Nul procès d’intention dans sa démarche, mais plutôt le souhait d’une prise de conscience - c’est peu dire en la matière – aux évolutions d’une société qui au lendemain de la révolution de jasmin ayant précipité le départ du président Ben Ali cherche encore ses repères.
Entre l’emprise croissante du fondamentaliste qui trouve rassurant ce barbu de Freud qui ressemble à l’un des leurs, et la superficialité consternante d’une patronne d’un salon de coiffure attachée aux seules apparences, c’est une métaphore plaisante d’une psychanalyse « sur le vif » de la société tunisienne à laquelle convie la réalisatrice Manele Labidi.

Entre ironie, constat parfois dépité d’une bureaucratie inexorablement enseveli dans les lourdeurs de son inefficacité, et soubresauts d’un semblant d’ordre avec le jeune policier, c’est tout un maillage complexe et délicat que ce film suggère sous l’apparence d’une légèreté masquant à peine les réalités. L’actrice d’origine iranienne Golshifteh Farahani rayonne dans ce rôle sur mesure, dévoilant ainsi la fragilité des certitudes de ses contemporains, à l’image des siennes. Un film dont l’humour ne doit pas masquer les questions de fond qu’il soulève.

« Voyage sans espoir » ; Un film de Christian-Jaque avec Simone Renant, Jean Marais, Paul Bernard, Jean Brochard, Louis Salou, Lucien Coedel, Frédéric Mariotti, Clary Monthal ; Comédie dramatique, 1943, Noir & Blanc, 86 minutes, Les Films du Jeudi, VOD, Restauration et numérisation 2 K avec le soutien du CNC.

Gohelle, évadé de prison, cherche à fuir en embarquant sur un cargo. Sans le sou, il demande à sa maîtresse, Marie-Ange, de charmer le riche Alain Ginestier, rencontré dans le train, qui semble le pigeon idéal. Mais Marie-Ange tombe amoureuse de Ginestier. Hélas pour elle, la fortune du jeune homme est en fait de l’argent volé. Elle le convainc de restituer l’argent et de s’enfuir avec elle, mais Gohelle ne l’entend pas de cette oreille…

« Voyage sans espoir » du réalisateur Christian-Jaque (« La Symphonie fantastique » ; « Nana » ; « La Tulipe noire » ) plonge le spectateur dans un univers crépusculaire qui tient pour beaucoup au contexte de l’époque de sa sortie en 1943. Dans une ambiance en effet sombre et où l’essentiel des scènes se déroule dans la pénombre de la nuit, c’est une impression de noirceurs percées de temps à autre d’espoirs qui domine.
Cette ambiance résulte bien entendu tout d’abord du scénario que l’on doit à l’écrivain Pierre Mac Orlan, qui avait déjà signé celui d’un autre grand film - le fameux « Quai des Brumes » - reposant également sur un Réalisme poétique. L’écrivain a puisé un grand nombre d’anecdotes dans la vie de bohème qu’il connut dans sa jeunesse dans le Montmartre du début du XXe siècle. Christian-Jaque s’est saisi de ce scénario pour proposer un film soigné, aux décors somptueux qu’il s’agisse des intérieurs ou des scènes d’extérieurs, lui qui avait commencé sa carrière en tant qu’architecte décorateur. Le choix des acteurs tient aussi à l’attrait de ce film plaisant, Jean Marais, bien sûr, même s’il ne développe pas tout le talent qui sera le sien quelques années plus tard dans « La Belle et la Bête », Simone Renant très juste dans son rôle de femme ballottée par la vie et ses amours, sans oublier Paul Bernard et Lucien Coëdel.
Un film qui se laisse regarder avec plaisir.

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« La dénonciation », 1962, un film de Jacques Doniol-Valcroze avec Maurice Ronet, Françoise Brion, Nicole Berger, Sacha Pitoeff, Raymond Gérome, Michel Lonsdale, Gisèle Hauchecorne ; Coquille d'argent au Festival de San Sebastian 1962, Noir & blanc, 105 mn, restauré et numérisé en 2K avec le soutien du CNC, VOD, Films & Documentaires, 2020.

Le producteur de cinéma Michel Jussieu passe un matin dans un cabaret où, la veille, il a oublié son chandail. Il est alors le témoin involontaire du meurtre d’un journaliste d’extrême droite…

Le film « La dénonciation » développe avec une acuité saisissante le thème de la culpabilité. Alors que tout semble aller pour le mieux pour ce personnage alerte qui possède un travail manifestement lucratif, une belle épouse, un cadre de vie luxuriant, un fait divers bouleverse ce quotidien sans histoires pour faire émerger une histoire, la sienne et les affres du passé. Coïncidence ? Rattrapé par son destin ? Le film de Jacques Doniol-Valcroze, réalisé dans les heures sombres de l’OAS et de la guerre d’Algérie au début des années 60, parvient à maintenir le suspense jusqu’à son terme à partir du personnage central de Michel Jussieu interprété avec finesse et réalisme par Maurice Ronet en un rôle qui lui sied à merveille. À l’image de ce sourire énigmatique entre ironie et malaise si emblématique de l’acteur, la distance vis-à-vis des choses et des êtres se trouve au cœur de ce film dont la photographie remarquable accentue les contrastes et les effets de noir et blanc.
Quelle part le déterminisme peut-il jouer dans la vie d’un homme ? Est-il condamné à répéter toujours les mêmes actes selon les mêmes failles ? « La dénonciation » apporte un élément de réponse, celle déjà évoquée par le psychiatre autrichien Viktor Frankl, à savoir qu’entre le stimulus d’une situation et la réponse de l’individu, il y a toujours un espace, une part de liberté de choisir qu’il convient de saisir…
 

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« Une vie cachée » (A Hidden Life), durée : 2h54, Réalisé par : Terrence Malick avec : August Diehl & Valérie Pachner, VOD, UGC DISTRIBUTION / ORANGE STUDIO, 2020.

Franz Jägerstätter, paysan autrichien, refuse de se battre aux côtés des nazis. Reconnu coupable de trahison par le régime hitlérien, il est passible de la peine capitale. Mais porté par sa foi inébranlable et son amour pour sa femme, Fani, et ses enfants, Franz reste un homme libre.

Le réalisateur Terrence Malick (« La balade sauvage », « Les moissons du ciel ») s’est attaqué à un thème inaccoutumé au cinéma avec le film « Une vie cachée ». Les personnages habituellement traités pendant la Seconde Guerre mondiale, qu’ils soient nazis ou victimes, ont jusqu’à ce film le plus souvent occulté les résistants internes au nouvel ordre imposé, sujet central retenu par le réalisateur. Le scénario s’est emparé d’une histoire véridique, celle de Franz Jägerstätter, paysan autrichien, qui refusera jusqu’au bout de servir le régime hitlérien. Ce film d’une durée de 3 heures plonge le spectateur dans un univers bien particulier, à la fois onirique et méditatif, recomposant la vie intérieure des protagonistes, celle du paysan et de sa famille, isolés du monde dans un petit village des Alpes autrichiennes.

Alors que la guerre semble à des milliers de kilomètres et que le quotidien des travaux des champs et de la ferme occupe l’essentiel, progressivement, les nuages s’amoncellent au-dessus du village, nuages annonciateurs d’orages irréversibles.

Quelle est la part de liberté face à un impératif aussi fort ? Quelle place la foi tient-elle dans ce combat des valeurs morales ? Nombreuses sont les questions surgissant de cette réalisation poétique et puissante, qui ne pourra laisser indifférent. Favorisant la puissance des éléments et l’importance des silences aux dialogues, les visages des acteurs composent à eux seuls une puissante narration grâce au talent d’August Diehl et Valérie Pachner, littéralement habités par leur rôle. La liberté transcende l’adversité et parvient à donner un sens à la vie, celui de préférer ses convictions les plus intimes aux conventions. Un témoignage rare et puissant, à découvrir avec ce très beau film.

 

"5 est le numéro parfait" Un film de Igort Avec : Toni Servillo, Valeria Golino, Carlo Buccirosso, VOD, M6 Video, 2020.

Peppino Lo Cicero, ex-tueur à gages de la Camorra est fier de son fils qui gravit les échelons du crime organisé. Mais quand celui-ci est froidement tué dans un guet-apens, il reprend du service accompagné de son ami Toto le boucher. Leur quête de vérité va déclencher une spirale de vengeances et de trahisons dans les clans mafieux du Naples des années 70.

Les premières scènes du film « 5 est le numéro parfait » laissent une curieuse impression, celle d’une réalisation plus proche d’un roman graphique mâtiné de jeu vidéo que celle d’un long-métrage classique. Rien d’étonnant à cela puisque son réalisateur n’est autre que Igort, et que derrière ce pseudo se cache Igor Tuveri, un brillant auteur de BD italien qui a décidé de porter à l’écran l’une de ses créations les plus célèbres du même nom sortie en 2002.
Aussi, « 5 est le numéro parfait » tire-t-il sa force de frappe d’un surprenant mélange des genres, film noir à l’américaine dans un cadre napolitain des années 70… Baignant dans une pénombre omniprésente – jusqu’aux scènes finales pourtant baignées de lumière - où les noirs cèdent parfois aux gris, ce film est rythmé en séquences dans lesquelles alternent dialogues et actions à l’image d’un roman graphique.

Des incrustations à l’écran de plusieurs plans en split screen comme cela fut pratiqué à une époque au cinéma dans les années 70, un découpage en chapitres, des...

... ralentis vertigineux frisant parfois la parodie comme cette chorégraphie d’un règlement de comptes au pistolet composent un genre nouveau dans lequel Toni Servillo déploie tous ses talents avec une aisance déconcertante, même avec ce nez busqué caricatural repris du héros de la célèbre BD.
Même si le spectateur peut parfois se trouver déconcerté par cette approche singulière, le charme opère grâce aux répliques souvent bien choisies, à ces scènes singulières tournées avec un sens esthétique certain, et une approche novatrice qui a pris le parti de sortir des sentiers battus !

 

"La Belle Époque" un film de Nicolas Bedos avec Daniel Auteuil, Guillaume Canet, Fanny Ardant, Dora Tillier, produit par Les Films du Kiosque, DVD & VOD, 2020.

Victor, un sexagénaire désabusé, voit sa vie bouleversée le jour où Antoine, un brillant entrepreneur, lui propose une attraction d’un genre nouveau : mélangeant artifices théâtraux et reconstitution historique, cette entreprise propose à ses clients de replonger dans l’époque de leur choix. Victor choisit alors de revivre la semaine la plus marquante de sa vie : celle où, 40 ans plus tôt, il rencontra le grand amour…
« La Belle Époque » est une expression encore quelque peu usitée chez les post-quinquas pour évoquer ces instants relevant d’un passé insouciant où tout semblait sourire à la vie. Le film de Nicolas Bedos invite le spectateur à ce travail de mémoire – sous le ton de la comédie – avec Victor, sexagénaire, quelque peu déphasé dans cette époque et modernité dans lesquelles il ne se reconnait plus, lui qui avait connu l’insouciance et la liberté des années 70, années également de son grand amour, aujourd’hui quelque peu tari par des années de conjugalité… À partir de ces lignes directrices, Nicolas Bedos a conçu un film alerte, qui débute de manière déroutante au rythme du zapping et des interruptions incessantes de notre quotidien pour, lentement, entamer un decrescendo sous la forme de la réminiscence – artificielle certes – mais suffisante pour replacer les priorités des protagonistes. « La Belle Époque » livre alors un film détonnant, imprévisible en une confrontation d’époques et de dialogues en jeu de quilles…
Le passé, la nostalgie, les ambitions échouées surgissent sur commande – ou presque – dans la virtualité d’une mémoire recomposée. Qu’advient-il lorsque le virtuel devient plus vrai que le réel, lorsque les choses s’entrechoquent et s’inversent ? Les acteurs prennent manifestement un certain plaisir à ce jeu, Daniel Auteuil et Fanny Ardant plus vrais que nature, Guillaume Canet brillamment empêtré dans ce jeu de reconstitution, sans oublier Dora Tillier qui livre dans ce film un jeu sensible à fleur de peau. De bonnes répliques, des scènes assez justes. Que reste-t-il lorsque tout est bidon ?
« La Belle Époque » convoque nos vies : Et si derrière les façades de nos fausses virtualités, nous redécouvrions ce qui est vrai ?

 

« Le Photographe » un film de Ritesh Batra avec Nawazuddin Siddiqui, Sanya Malhotra, Abdul Quadir Amin, Denzil Smith, VOD, Le Pacte, 2020.

Rafi, modeste photographe, fait la rencontre d'une muse improbable, Miloni, jeune femme issue de la classe moyenne de Bombay. Quand la grand-mère du garçon débarque, en pressant son petit-fils de se marier, Miloni accepte de se faire passer pour la petite amie de Rafi. Peu à peu, ce qui n'était jusque-là qu'un jeu se confond avec la réalité…
C’est à la découverte d’une Inde sensible à laquelle nous convie le réalisateur Ritesh Batra par ce film finement traité, et qui d’une certaine manière poursuit l’inspiration première de son film « The Lunchbox ».
Face à la modernité de la société indienne, les structures ancestrales demeurent et le système des castes reste pour la jeunesse contemporaine, soumise tout à la fois aux exigences économiques souvent dures et aux modèles internationaux, omniprésent dans les relations. Sans caricature, « Le Photographe » suggère une union possible entre deux êtres que tout sépare, reposant sur les affinités amoureuses et dépassant les clivages irréductibles. C’est un tableau de l’Inde moderne que propose le film « Le Photographe », sans concessions et pourtant empreint d’une poésie certaine et doublé d’une esthétique réussie. Les couleurs de l’Inde transpercent en effet de manière récurrente le quotidien, pourtant souvent sombre, des classes défavorisées. Ritesh Batra parvient même, spontanément, à rendre leur vie bien plus lumineuse que celle des classes moyennes, pâle reflet d’un occident artificiellement assimilé.
La truculence de la grand-mère de Rafi, les rires et complicités de ses compagnons d’infortune sont à mille lieues des impressions négatives éprouvées par le poète Pier Paolo Pasolini lors de sa découverte de ce continent. Le spectateur se trouve rapidement convié à cette sensible vitalité avec ce film touchant d’une pudeur manifeste non dénuée d’humour. Il ressentira alors l’étrange impression d’un voyage spontané dans une culture pourtant encore si différente de la nôtre, ainsi qu’en témoigne la conclusion bien pensée de cette belle histoire.

 

"Les siffleurs" un film de Corneliu Porumboiu avec Vlad Ivanov, Catrinel Marlon, Rodica Lazar, Antonio Buil, Agustí Villaronga, Sabin Tambrea, VOD, Diaphana Distribution, 2020.

Cristi est un inspecteur de police de Bucarest désabusé et corrompu. Embarqué malgré lui par la sulfureuse Gilda sur l’île de la Gomera, il doit apprendre le Silbo, une langue sifflée ancestrale dans le but d’aider un groupe mafieux à faire évader Zsolt. En effet, seul ce dernier sait où sont cachés 30 millions d’euros issus du trafic de drogue. Mais c’était sans compter sur la police, à la recherche de ce même butin. Et de l’amour qui va s’en mêler.

« Les siffleurs » s’avère être un thriller singulier et déroutant. Les dialogues laissent rapidement la place à une autre communication, celle héritée de la nature avec ce curieux langage des sifflements, propres aux oiseaux et imités par les hommes avec le Silbo. Nulle invention, là, du réalisateur Corneliu Porumboiu, mais une réelle pratique ancestrale existant sur l’une des sept îles des Canaries, La Gomera, depuis des milliers d’années.

Ce film aux contrastes saisissants entre pénombres et luminosité de la nature insulaire, retenant une violence des plus froides, place au centre de l’intrigue ce moyen atypique de communication utilisé par un groupe mafieux afin de protéger leurs malversations.

Corneliu Porumboiu suggère avec « Les siffleurs » une allégorie des années après Ceaușescu avec cet univers encore prégnant de caméras omniprésentes espionnant les protagonistes, les mafieux, mais aussi la police également corrompue, et que le spectateur a du mal parfois à distinguer…
Vlad Ivanov incarne idéalement ce policier désabusé, ballotté par les évènements qu’il pensait initialement contrôler, influencé par deux femmes, sa mère et une femme fatale mafieuse qui bouleverse sa vie. Mais, par-delà ce sombre paysage évoqué par un scénario volontairement découpé avec des plans serrés et des cadrages soignés, c’est la communication entre les êtres et l’amour qui peut en découler, dépassant les conventions classiques du langage – avec également cette omniprésence de la musique classique – et réunissant des êtres en souffrance.
La scène finale du film imprime en point d’orgue cette sensation absolue que rien ne peut séparer deux âmes qui s’aiment…

 

"La Passion du Christ", un film de Mel Gibson, avec Jim Caviezel, Monica Bellucci, Maia Morgenstern ; Langue : Araméen, Latin, Hébreux, sous-titres : Français / Anglais, VOD, du 5 au 12 avril, Saje Distribution 2020.

Les douze dernières heures de la vie du Christ. Rendu au Mont des Oliviers, Jésus prie après avoir partagé un dernier repas avec ses apôtres. Il résiste maintenant aux tentations de Satan. Trahi par Judas, Jésus est arrêté et emmené à Jérusalem, où les chefs des Pharisiens l'accusent de blasphème et lui font un procès qui a pour issue sa condamnation à mort...

"La Passion du Christ" a à maintes reprises été portée au cinéma par différents réalisateurs. Rares sont, cependant, celles qui ont suscité autant de polémiques que la version de Mel Gibson. Avec le recul – le film est sorti en 2004 - nous pouvons aujourd’hui retrouver plus au calme cette belle réalisation et découvrir le dramatique chemin de croix de Jésus, condamné par la haine des hommes, indépendamment des confessions ou appartenances politiques de l'époque.
La réalisation doloriste de Mel Gibson débute par une vision spectrale à Gethsémani, la brume dressant parmi les oliviers faiblement éclairés par la lune un paysage oppressant. Dans ce cadre, l’angoisse du Christ s’avère parfaitement rendue par la caméra du réalisateur, ces moments de peur du Fils de l’Homme qui, sur le front de Jim Caviezel, se traduisent par des gouttes de sang suivant le texte des Écritures. Puis surviennent la trahison de Judas et le déchaînement de la violence sur cet agneau sacrifié en victime expiatoire. C’est cette violence, cet angle volontairement retenu par Mel Gibson, qui a fait débat lors de sa sortie, la plupart des autres réalisations ayant préféré la suggérer plutôt que l’exposer.
Si dans nos sociétés occidentales, paradoxalement la violence s’affiche sans retenue, la mort en revanche a été largement mise à l’écart, et on peut légitimement se demander si le peintre allemand de la Renaissance Matthias Grünewald célèbre pour son retable d’Issenheim aurait pu aujourd’hui représenter une telle vision du Crucifié ? Les vives réactions suscitées lors de la sortie de « La Passion du Christ » n’imposent-elles pas la réponse ?
La version de Mel Gibson, à la différence de celle plus socialisante d’un Pasolini par exemple, met l’accent sur la condamnation aveugle des hommes, prêts à tout afin de préserver leurs privilèges. Mais, contrairement à ce qui a été souvent dit, nulle haine, ni condamnation, ne viennent poindre sur le visage et les mots du supplicié : si ces sentiments naissaient chez ceux qui verraient ce film, alors le message de l'homme porté à la Croix ne serait une fois de plus pas compris. Un très beau film dont certaines scènes sont peut-être à éviter aux jeunes enfants.


www.lapassionduchrist.com

 

"Les Eblouis", un film de Sarah Suco avec Camille Cottin, Jean-Pierre Darroussin, Eric Caravaca et Céleste Brunnquell, VOD, Pyramide Distribution, 2020.

Camille, 12 ans, passionnée de cirque, est l’aînée d’une famille nombreuse. Un jour, ses parents intègrent une communauté religieuse basée sur le partage et la solidarité dans laquelle ils s’investissent pleinement. La jeune fille doit accepter un mode de vie qui remet en question ses envies et ses propres tourments. Peu à peu, l’embrigadement devient sectaire. Camille va devoir se battre pour affirmer sa liberté et sauver ses frères et soeurs.

Sarah Suco livre avec son premier film « Les Éblouis » un témoignage à la fois fort, pudique et éloquent sur les dérives et l’emprise que certaines personnes et groupes peuvent exercer sous le prétexte de la foi ou d’une idéologie. À partir d’une expérience personnelle – celle qu’elle subit pendant une dizaine d’années avant sa majorité – la réalisatrice a fait choix de situer cette histoire sobre, mais néanmoins puissante, dans un cadre contemporain. Si cette mouvance est explicitement inscrite dans le cadre de l’Église catholique et d’une déviance charismatique comme ce fut le cas à de nombreuses reprises par le passé, il ne s’agit pas pour autant de faire des amalgames et condamner la religion dans son ensemble.
Le discours est fort heureusement plus subtil, celui qui souligne et démonte les rouages de l’emprise psychologique de quelques « meneurs » sur des hommes, des femmes et des enfants plus fragiles encore, et sur lesquels tout un réseau de dépendances fondées essentiellement sur la culpabilité et la séduction se tisse. Loin de tout manichéisme outrancier – la réalisatrice avoue d’ailleurs avoir laissé de côté bien des pratiques plus condamnables dans son film – « Les Éblouis » révèle combien, progressivement, les individus se trouvent dépossédés d’eux-mêmes, et pire encore, de leurs proches. Antithèse de l’amour et du partage officiellement avancés pour fonder ces communautés, ce sont les contraintes physiques et psychologiques, la manipulation et la dépendance, qui se trouvent érigées en code de conduite et duquel il est bien difficile de s’échapper. C’est pourtant ce combat que mènera la jeune Camille, brillamment interprétée par la jeune comédienne Céleste Brunnquell, entourée de comédiens adultes ou plus jeunes encore tout aussi éblouissants, et donnant au film un ton juste. Camille, étonnante de sincérité et de véracité, afin de rompre cette emprise infernale, emprise qui malheureusement se perpétue encore trop souvent de nos jours.

 

 

« It must be Heaven », un film de Elia Suleiman avec Elia Suleiman, Durée 1h42, Scénario Elia Suleiman, Directeur de la photographie Sofian El Fani, Montage Véronique Lange, Costumes Alexia Crisp Jones et Eric Hildenbrand. VOD à partir du 15 avril, Le Pacte, 2020.

Elia Suleiman fuit la Palestine à la recherche d'une nouvelle terre d'accueil, avant de réaliser que son pays d'origine le suit toujours comme une ombre. La promesse d'une vie nouvelle se transforme vite en comédie de l'absurde. Aussi loin qu'il voyage, de Paris à New York, quelque chose lui rappelle sa patrie.

Heureux qui comme Elia Suleiman a fait un beau voyage et puis… est retourné en Palestine, à Nazareth, sa ville natale qu’il pensait pourtant fuir pour trouver une autre terre promise. Mais le réalisateur n’est pas à un paradoxe prêt, lui qui n’hésite pas à se présenter comme Palestinien alors qu’il possède un passeport israélien. Après « Intervention divine » sur le quotidien en terres palestiniennes, « It must be Heaven » s’avère être un film tout aussi singulier que déroutant sur ce qui compose nos racines et les motifs de les interroger.

À l’image de ce petit citronnier que l’acteur-réalisateur soigne patiemment dans son appartement à Nazareth, l’homme est souvent plus ou moins transplanté hors de son substrat natif, la vie se chargeant d’infirmer ou de confirmer ce sentiment.

Pour Suleiman, le quotidien de Nazareth lui apparaît plein de contradictions, telle cette scène ouvrant ce film à la fois pudique – le réalisateur et comédien ne prononcera seulement que quelques mots – et burlesque : une procession de croyants arrive devant les portes fermées d’une église que ses occupants refusent d’ouvrir, rappel à peine voilé des situations aberrantes qui ont lieu au quotidien en Terre sainte sur les sites partagés entre les différentes confessions. L’identité est au cœur du long cheminement mené par Suleiman, qui transporte le spectateur de Nazareth à Paris, puis de Paris à New York, à chaque étape les aberrations de la vie moderne occupant tout l’espace couvert par la caméra. Le burlesque bouscule le non-sens, la satire alterne avec la quête identitaire. Sommes-nous condamnés à toujours mener une vie errante ? Le lien et la communauté seront au centre des espoirs de ce film étonnant qui conduira immanquablement le spectateur à s’interroger sur le sens de sa vie, ce qui n’est pas le moindre de ses mérites.

 

TEMPS SANS PITIÉ (Time Without Pity), Un film de Joseph LOSEY, avec Michael REDGRAVE, Ann TODD, Leo McKERN, Peter CUSHING, Alec McGOVERN, Lois MAXWELL, musique John MORRIS, directeur de la photographie Frederick FRANCIS, montage Alan OSBISTON, scénario Ben BARZMAN, musique Tristram CARY produit par John ARNOLD et Anthony SIMMONS, Drame, Royaume-Uni, 1957, 89mn, N&B, Carlotta distribution, version restaurée.

À sa sortie de cure de désintoxication, David Graham apprend la condamnation à mort de son fils Alec pour le meurtre de sa petite amie. Il ne reste plus que vingt-quatre heures avant que la sentence soit appliquée. Persuadé de son innocence, David débarque à Londres pour mener l’enquête et découvrir l’identité du véritable assassin. Au cours de cette journée cauchemardesque, il va aussi devoir lutter contre ses propres démons…

C’est une véritable course contre la montre qui est lancée sur ces 24 heures, des heures qui seront fatales à la vie d’un homme accusé d’un meurtre, alors que son père est persuadé de son innocence. Ce film plaidoyer contre la peine de mort débute pourtant mal, son avocat est convaincu qu’il n’y a plus rien à faire, les différents témoins entendus convergent vers la même conclusion : Alex est coupable de ce crime et rien ne pourra empêcher sa pendaison le lendemain…

Mais son père David, interprété avec une rare intensité par Michael Redgrave, va non seulement combattre contre cette issue fatale, mais également contre sa propre face sombre, l’alcool qui le ronge et le fait qu’il a été jusqu’alors un étranger éloigné pour son fils.

Le réalisateur d’origine américaine Joseph Losey (The Servant et Monsieur Klein) exilé au Royaume-Uni pour échapper au maccarthysme sait ce que signifient les condamnations sans appel.

En un rythme crescendo, le combat du père pour rétablir la vérité se transforme en spirale infernale emportant toutes les certitudes – y compris les siennes – sur son chemin. Les façades s’écroulent, les non-dits s’effondrent pour atteindre à son paroxysme lors de la scène finale opposant le tueur et le père sur la piste d’essai automobile.

Cette course contre la montre oppose en effet la froide logique d’un homme – et d’une société – épris de contrôle alors que le personnage interprété par Michael Redgrave démontre que de la fragilité la plus extrême peut surgir la vérité, aussi douloureuse soit-elle. Un film captivant, angoissant, particulièrement soigné dans sa réalisation et que cette restauration met en valeur !

 

« Le Mystère von Bülow » Barbet Schroeder réalisation, Titre original : Reversal of Fortune, avec Jeremy Irons, Glenn Close, Ron Silver, Annabella Sciorra, Sortie le 4 mars 2020, Oscar 1991 du Meilleur Acteur Distribution Acacias Films



Une des plus riches héritières des États-Unis, Sunny von Bülow, est retrouvée dans un coma profond provoqué par une surdose d’insuline. Son second mari, Claus, personnalité inquiétante et charismatique, est instantanément accusé d’avoir tenté de l’assassiner et est condamné à 30 ans de prison. Décidé à prouver son innocence, il obtient le concours du célèbre avocat Alan Dershowitz qui, aidé de ses étudiants, va mener une enquête riche en révélations pour le disculper. Le procès ultra-médiatisé qui va suivre sera la dernière chance d’éclaircir le mystère von Bülow.
 


Voici un film qui sort de nouveau en salle et qui avait à l’époque fait beaucoup parler de lui, à l’égal de l’affaire qui en est le thème principal. Le réalisateur Barbet Schroeder avoue avoir été passionné par le sujet, presque digne en lui-même d’un scénario de film. Le scénario du « Mystère von Bülow » sera, en fait, principalement bâti à partir du livre de l’avocat d’Alan Dershowitz traitant de cette pénible affaire et sur des centaines de dépositions de Claus von Bülow décrivant dans le détail leur vie quotidienne à Clarendon Court.

À partir de cette trame et de trois acteurs littéralement habités par leur rôle, le Mystère von Bülow peut se développer en une intensité crescendo.

Jeremy Irons apparaît comme le coupable idéal, un homme perverti par un milieu privilégié qui ne peut que nourrir des relations malsaines et intéressées. Mais au fil du temps, ces certitudes s’effritent, même chez l’intrépide avocat, spécialiste des causes perdues…

La victime ne semble plus si étrangère à ces malaises, son mari moins glacial qu’il n’y paraît.

 

Tout est affaire de nuances, d’impressions, ces choses du quotidien qui font et défont les vies. Le contraste entre l’équipe de l’avocat, véritable œuvre collective non dénuée d’ailleurs de tensions et rivalités, est saisissant avec cet univers glacé fait de conventions et de non-dits de la famille von Bülow.

 

Le Mystère von Bülow parvient ainsi à suggérer ces différences non seulement sociales mais également psychologiques des protagonistes en une palette d’émotions assez fine et variée. Qui est le vrai coupable, quelle vérité dans cette tragique et sombre histoire ? Qui peut trancher ?


Claus von Bülow est décédé l’année dernière en 2019, à l’âge de 92 ans, emportant avec lui dans la tombe probablement la clé de cette énigme, si tant est, qu’il la savait…

 

« Le réseau SHELBURN » un film de Nicolas Guillou avec : Alexandra Robert, Laurent Chandemerle, Thomas Blanchet, Brice Ormain, Éric Simonin, Boris Sirdey, Antoine Michel. FRANCE · 2019 · 2h03 · COULEUR · SCOPE · 5.1 Vent d’Ouest Distribution au cinéma le 22 janvier 2020.

 

 

Pendant la Seconde Guerre mondiale, plus de 10 000 avions alliés tombent sur le sol français. De 1943 à 1944, le Réseau Shelburn est mis en place par les alliés et la Résistance Française pour évacuer les aviateurs vers l’Angleterre. Dans les Côtes du Nord, à Plouha, Marie-Thérèse Le Calvez, résistante depuis les premiers jours de l’occupation, va mettre son courage au service de la liberté. Baignée entre incertitude et désespoir, quel prix devra-t-elle payer pour que l’opération soit une réussite ?

Le réalisateur Nicolas Guillou s’est saisi avec « Le réseau Shelburn » d’un thème puissant et jusqu’alors absent du grand écran, celui de la Résistance Française ayant permis l’évacuation des aviateurs alliés tombés sur le sol français alors occupé. Avec un budget réduit et de faibles moyens, ce long-métrage parvient à évoquer – souvent avec plus de force que plus d’une super production – le courage, la détermination, mais aussi les peurs et faiblesses de ces femmes et de ces hommes qui surent dire non à l’oppression nazie. C’est d’ailleurs une femme qui est l’héroïne principale de ce film qui se déroule essentiellement en Bretagne ; Marie-Thérèse Le Calvez a réellement existé ainsi que ce Réseau qui se mit rapidement en œuvre en 1943 afin d’évacuer, avec 8 missions qui tenaient quasiment du suicide, les aviateurs alliés sous la barbe des soldats allemands surveillant la côte. Bénéficiant de l’adhésion d’un grand nombre de personnes, anonymes et passionnés, par l’histoire de la Résistance, Nicolas Guillou est parvenu à évoquer de manière réaliste et néanmoins sensible ce quotidien fait d’hébergements clandestins, de transmissions au péril de leur vie et celle de leurs proches, et de convictions, mais aussi de dissimulations afin d’échapper aux terribles délations nombreuses en ces temps troublés… Les cadrages privilégient le quotidien de ces femmes et de ces hommes de courage, sans pour autant s’abstraire de la nature environnante qui rappelle que le cours de la vie se poursuit au gré des saisons, malgré l’adversité et ceux qui tombent. Un témoignage précieux et une mémoire à partager avec les plus jeunes…

 

 

 

HERBES FLOTTANTES (Ukigusa) un film de Yasujiro OZU avec Ganjiro NAKAMURA, Machiko KYO, Ayako WAKAO, Hiroshi KAWAGUCHI, Haruko SUGIMURA, scénario Kogo NODA et Yasujiro OZU, musique Takanobu SAITO, directeur de la photographie Kazuo MIYAGAWA, décors Tomoo SHIMOGAWARA, producteur Masaichi NAGATA , Drame, Japon, 1959, 119mn, Couleurs, 1.33:1, Carlotta, 2019.

 

Une petite troupe de théâtre kabuki débarque dans un village de pêcheurs au sud du Japon. Il y a des années, leur meneur, Komajuro, avait eu une aventure avec l’une des habitantes. De leur brève union est né un garçon, Kiyoshi, qui ignore tout de l’identité de son père. Mais ce dernier n’est pas le seul à qui Komajuro a caché la vérité. Lorsque Sumiko, sa maîtresse actuelle et comédienne de la troupe, découvre l’existence de Kiyoshi et de sa mère, elle décide de se venger…

 

Heureuse initiative de Carlotta de proposer de nouveau en salle le film de Yasujiro Ozu Herbes flottantes, qui n’avait pas été projeté au cinéma depuis plus de 25 ans. Avec cette version restaurée 4K, c’est une véritable ode à la couleur que le célèbre réalisateur japonais offre ainsi, aujourd’hui, à l’écran. Il s’agit en fait du remake d’un film antérieur d’Ozu, Histoire d’herbes flottantes (1934), qui était initialement en noir et blanc et muet.

 

Grâce au procédé Eastmancolor, la splendeur des paysages et des intérieurs rayonne à l’écran et sert d’écrin à cette histoire qui débute de manière bucolique et enlevée sur fond musical léger.


 

L’impression qui domine alors est celle de ces images du monde flottant de la fin du XIXe siècle japonais propres aux estampes. La troupe de kabuki déambulant en habits traditionnels, les gros plans avec caméra au sol en cette prise de vues si emblématique du grand réalisateur sont autant d’instantanés à forte impression graphique. Mais Herbes flottantes sait dépasser ce cadre esthétisant pour dessiner progressivement un autre tableau, celui des sentiments qui s’exacerbent avec la progression du film. Des dialogues savamment étudiés, entrecoupés de silences éloquents, l’humour scandant les scènes se transformant en violence morale et même physique ; c’est une tension plus inhabituelle des films d’Ozu qui s’instille alors dans la seconde partie d’Herbes flottantes.

 

 

Servi par un jeu d’acteur fort et puissant, ce long-métrage tourné loin de la Shochiku en faveur de la Daiei et de son puissant producteur Masaichi Nagata offre un nouveau visage dans la filmographie d’Ozu avec des scènes d’une grande tension psychologique comme celle de la violente querelle entre le directeur de la troupe et sa maîtresse séparés par une trombe de pluie. Herbes flottantes est une ode à la couleur et à la lumière comme pour mieux éclairer ce remarquable et sombre tableau des sentiments. A ne pas rater !

 

Attaque à Mumbai (2h 05min), un film de Anthony Maras avec Dev Patel, Armie Hammer, Jason Isaacs, sortie 4 juillet 2019 en E-Cinema VOD

Novembre 2008, une série d’attaques terroristes a lieu dans la ville de Mumbai. Durant trois jours, des hommes armés prennent d’assaut le légendaire Taj Mahal Palace Hôtel en retenant les clients et les employés qui s’y trouvent. L'histoire vraie des attaques terroristes qui se sont déroulées à Mumbai en novembre 2008.

 

C’est à une véritable enquête journalistique à laquelle s’est livré le réalisateur Anthony Maras pour cet impressionnant long-métrage consacré aux évènements qui se sont déroulés à Bombay en 2008. Prenant pour cadre le légendaire palace Taj Mahal Hotel, le film évoque en un huis clos éprouvant ce tragique évènement. À partir de points de vue des différents protagonistes, Antony Maras a opté pour des scènes fortes extrêmement bien maîtrisées, mais sans ajouter à l’horreur des faits.

Si la froideur et l’endoctrinement aveugle des terroristes ne surprennent pas vraiment, la surprise vient du comportement d’une grande partie du personnel de l’hôtel qui paya d’ailleurs chèrement de leur vie ce courage.  Refusant d’abandonner leurs clients terrorisés dans leur suite, ils eurent pourtant au même titre à subir la rage folle des assaillants.

 

Face à l’indigence des forces spéciales mettant trois jours à pouvoir intervenir, c’est une lutte pour la vie qui s’est engagée avec des moments forts tels ces longues pérégrinations dans d’interminables couloirs fuyant les terroristes. Parmi les personnages, le Chef et un serveur vont organiser cette survie avec courage pour leurs clients.

 

Il a fallu à Antony Maras de nombreuses heures pour écouter les conversations téléphoniques laissées par les téléphonies, relire les témoignages des clients otages de l’hôtel, et restituer avec ce réalisme certain ce drame qui laisse encore, plus de dix ans après, sans voix.

 

« BIANCA », un film de Nanni MORETTI avec Nanni MORETTI et Laura MORANTE, Comédie dramatique, Italie, 1984, 98mn, Couleurs Réalisation : Nanni MORETTI, Carlotta, en salle le 5 juin.

 

Michele Apicella, professeur de mathématiques, vient d’être muté au lycée Marilyn Monroe, établissement aux méthodes d’enseignement alternatives. Son passe-temps favori est d’observer la vie des gens, couples d’amis ou simples voisins, et de retranscrire leurs faits et gestes dans ses carnets. Doté d’une éthique ultraexigeante, croyant à la fidélité absolue, Michele cherche la femme idéale. Mais lorsqu’il croit l’avoir trouvée en la personne de Bianca, professeur de français dans son établissement, il se met à paniquer. Pendant ce temps, certaines personnes de son entourage meurent dans des conditions mystérieuses…

Nanni Moretti signe avec Bianca, en 1984, un film puissant et désopilant comme le réalisateur les affectionne. Son héros, Michele Apicella, est lui-même déroutant, séduisant ses amis comme des inconnus par son empathie et cette intelligence que l’on qualifierait d’émotionnelle de nos jours. Alors ce personnage interprété avec toute la verve de Nanni Moretti scrute, analyse et espionne son entourage pour traquer leurs failles et les exhorter à rester sur la voie de son éthique bien particulière.

Mais cette bienveillance cache un secret, un terrible gouffre qui engloutit tout sur son passage. Michele est, en effet, un idéaliste, en quête d’absolu inatteignable, cause de sa solitude.

Sa vie se compose de petites manies, notamment celle de noter dans ses carnets les faits et gestes tirés de ses observations incessantes, son acuité à l’observation des couples et des familles pouvant le faire passer pour un sociologue averti. Et pourtant, par-delà les scènes loufoques et farfelues, la névrose gagne, celle qui ronge le personnage et ceux qui l’approchent de trop près. Et alors, surgit un autre visage, nettement moins séduisant, celui de la Gorgone qui tue de son regard quiconque l’observe, un renversement des rapports entre observé et observateur qui conduira à la fatalité de ce film désopilent et néanmoins plaisant…

scénario : Nanni MORETTI et Sandro PETRAGLIA, Musique : Franco PIERSANTI, Montage : Mirco GARRONE, Directeur de la photographie : Luciano TOVOLI, Décors : Giorgio LUPPI et Marco LUPPI, Production : Achille Manzotti, Faso Film/Rete Italia, Au cinéma le 5 juin 2019 en version restaurée dans le cadre de la rétrospective VIVA NANNI qui propose également un autre grand film du réalisateur : « La messe est finie ».

 

L’Héritage des 500 000 (Gojumannin no isan), un film de Toshiro MIFUNE avec Toshiro MIFUNE, Tatsuya MIHASHI, Tsutomu YAMAZAKI, Mie HAMA, Yuriko HOSHI et Tatsuya NAKADAI, Japon, 1963, 98mn, N&B, 2.35 Scénario : Ryuzo KIKUSHIMA, Musique : Masaru SATO, Montage : Shuichi ANBARA, Directeur de la photographie : Takao SAITO, Production : Masumi FUJIMOTO et Tomoyuki TANAKA, En salle, Carlotta, 2019.

 

 

Durant la Seconde Guerre mondiale, le commandant Matsuo a participé à l’ensevelissement de plusieurs milliers de pièces d’or dans la jungle philippine. Alors qu’il pensait ce trésor enfoui à tout jamais, emportant avec lui le souvenir des cinq cent mille soldats japonais morts sur cette île, voilà qu’un riche homme d’affaires, Mitsura Gunji, lui propose de partir à la recherche du butin. Contraint d’accepter, Matsuo retourne aux Philippines accompagné de quatre hommes recrutés par Gunji…

 

Si Toshiro Mifune, l’acteur fétiche du grand réalisateur japonais Kurosawa, est bien connu du public occidental amateur de cinéma japonais, peu savent cependant qu’il passa de l’autre côté de la caméra pour réaliser un unique film en 1963, intitulé L’Héritage des 500 000, et aujourd’hui en salle pour la première fois en France. Un événement à ne pas manquer.

L’exercice d’un grand acteur se métamorphosant en réalisateur talentueux n’est guère fréquent, et n’est pas Clint Eastwood qui veut ! Cependant, force est de constater que le charme opère immédiatement pour cette réalisation signée Mifune, tout à la fois, ici, réalisateur et acteur. Dès les premières scènes de ce film en noir et blanc, l’amour que Mifune porta toujours à la photographie se manifeste avec des plans de toute beauté dans le cadre urbain du Japon tout comme dans la nature sauvage des Philippines.

 

Partant d’une légende – l’or de Yamashita - dont certains soutiennent la possible véracité d’un trésor de guerre composé de milliers pièces d’or enfoui aux Philippines pendant l’occupation japonaise lors de la Seconde Guerre mondiale, le film développe librement le récit de ces hommes à la recherche du butin enfoui dans le plus grand secret par les officiers en déroute. Plus que l’intrigue en elle-même, c’est le traitement opéré par le réalisateur - et l’acteur – Toshiro Mifune qui confère tout son intérêt à ce long-métrage. Offrant en effet un véritable voyage dans l’âme de chacun de ces protagonistes ayant pour la plupart connus les affres de la guerre, ce retour aux Philippines est aussi celui du sens de la vie pour chacun d’entre eux. Entre froids calculs de personnes désabusées par les souvenirs de la guerre et ayant sombré dans le banditisme et l'honneur maintenu jusqu’au bout, chaque acteur – à noter l’apparition du légendaire Tatsuya Nakadai en début de film - développe une palette de sentiments étendue qui donne toute sa saveur à ce film étonnant et assurément à découvrir en salle.

 

 

 

"Fukushima, le couvercle du soleil" Un film de Futoshi Sato, Japon, 1h30, Couleur, Flat, 5.1, 2018.

Le 11 mars 2011, le Japon est secoué par un séisme, suivi d’un tsunami et de la triple catastrophe nucléaire de Fukushima. L’équipe du Premier ministre, Naoto Kan, tente de faire face à cette situation. Que s’est-il passé réellement à la résidence du Premier ministre au moment de la pire crise de l’histoire du pays ? La vérité a-t-elle été entièrement révélée ?

 

Chronique...


Fukushima, littéralement l’île de la bonne fortune, a connu le triste sort d’un des séismes les plus importants de l’histoire du Japon. Un séisme ou plutôt des séismes successifs qui furent suivis d’un violent tsunami provoquant cette catastrophe nucléaire que personne n’a pu depuis oublier et portant tristement désormais son nom.

Vu de l’Occident, cet effroyable accident a été perçu comme un évènement catastrophique plus que regrettable mais venant après celui de Tchernobyl, un « on le savait bien »… Mais au Japon même, on s’en doute, cette tragédie nucléaire a été vécue avec angoisse et panique, un drame en écho avec cette hantise japonaise du nucléaire depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. C’est ce vécu ne pouvant recevoir que bien peu de mots dont témoigne ce passionnant film réalisé par Futoshi Sato et intitulé tout simplement « Fukushima, le couvercle du soleil ».

Menée comme une enquête journalistique, cette réalisation a fait le choix de la sobriété malgré la gravité des évènements. Futoshi Sato a privilégié l’analyse de la réaction des pouvoirs publics sur fond d’enquête journalistique face à la catastrophe, en contrepoint de l’action héroïque d’un certain nombre d’employés de la centrale, et d’une population apeurée évacuée toujours plus loin… Il a été reproché au Premier ministre de l’époque, Naoto Kan, de n’avoir pas réagi avec efficacité aux évènements, une inertie manipulée par les médias et l’opinion publique, et qu’entend justement réévaluer ce film engagé.

Si certains éléments relèvent de la fiction, l’essentiel des faits a, en effet, été retenu. Et si les responsables politiques apparaissent à l’écran consternés et atterrés par ce qui survient, il apparaît rapidement que le Premier ministre tente de prendre et d’imposer des mesures de protection pour la population civile afin de limiter les contaminations et établit une gestion de crise avec la société responsable de la gestion de la Centrale, un dernier élément plus que sensible.

 

Mené selon un rythme effréné, alternant angoisse et urgence, scènes intimistes, ambiance de cellules de crise et de conférences de presse, "Fukushima, le couvercle du soleil" souligne toute la perfectibilité des créations humaines lorsque la nature reprend ses droits (70 % de la population japonaise est aujourd’hui opposée au nucléaire), une toute-puissance pour des jours radieux qui apparaîtra bien fragile et consternante au terme de ce beau film à découvrir en salle.

« La chair de l’orchidée », un film de Patrice Chéreau, avec Charlotte Rampling, Bruno Cremer, Edwige Feuillère, en version restaurée, Pyramide Production  2018.

 


Lorsque Claire hérite d’une immense fortune, sa tante la fait interner dans un hôpital psychiatrique afin de récupérer ses biens. Claire s’évade bientôt et rencontre un éleveur de chevaux, dont elle s’éprend. Mais tous deux sont bientôt poursuivis par des tueurs.

Patrice Chéreau arrive avec La chair de l’orchidée sur la scène cinématographique après avoir connu la consécration au théâtre. Loin de distinguer les deux arts, c’est avec une esthétique commune qu’il aborde le long-métrage avec cette adaptation d’un roman de James Hadley Chase. Le résultat, s’il peut sembler de prime abord déroutant, laisse indubitablement une émotion et une sensation de flottement et de trouble. L’esthétique tout d’abord contribue grandement à cette impression, l’importance accordée aux décors n’étonnera personne connaissant le théâtre de Patrice Chéreau, qu’il s’agisse d’un vieux théâtre abandonné ou d’une villa elle aussi désertée… La couleur peine à surgir si ce n’est du bleu des yeux de l’insondable Charlotte Rampling, féline face à la placidité robuste de Bruno Cremer. Les thèmes chers au metteur en scène scandent ce film exigeant où la mort côtoie inlassablement le désir, la violence sourde, la folie et l’espoir d’évasion. Ces horizons viennent de loin, très loin même lorsque le cinéma se métamorphose en séquences oniriques venues de l’inconscient, chacun pourra y trouver une part de lui-même, et c’est déjà une bonne raison de redécouvrir ce film.
 

LOU ANDREAS-SALOMÉ de Cordula Kablitz-Post - durée : 01h53, Avec Nicole Heesters, Katharina Lorenz, Matthias Lier, Alexander Scheer, Julius Feldmeier, Merab Ninidze, Bodega Films, 2017.

 


« Lou Andreas-Salomé, égérie intellectuelle, romancière et psychanalyste, décide d’écrire ses mémoires… Elle retrace sa jeunesse parmi la communauté allemande de Saint-Pétersbourg, marquée par le vœu de poursuivre une vie intellectuelle et la certitude que le sexe, donc le mariage, place les femmes dans un rôle subordonné. Elle évoque ses relations mouvementées avec Nietzsche et Freud et la passion qui l’a unie à Rilke. Tous ses souvenirs révèlent une vie marquée par le conflit entre autonomie et intimité, et le désir de vivre sa liberté au lieu de seulement la prêcher comme ses confrères… »


Il semble plus que surprenant – pour ne pas dire révélateur – que ce très beau long-métrage de Cordula Kablitz-Post soit le premier consacré à Lou Andreas-Salomé (1861-1937), une figure intellectuelle pourtant non seulement singulière, mais essentielle pour appréhender et comprendre des personnalités aussi célèbres que Friedrich Nietzsche, Rainer Maria Rilke ou encore Sigmund Freud… Passé la surprise, le spectateur réalisera combien cette vie retracée, ici, avec finesse, teintée d’humour parfois, de cette femme que se voulait avant tout libre et passionnée s’avère captivante.
Prenant à la lettre cette fameuse phrase tirée de Ainsi Parlait Zarathoustra, « Deviens ce que tu es », Lou Andréas-Salomé s’est construite en effet au-delà des nombreux obstacles qui furent placés devant cette jeune femme de la noblesse russe qui aurait dû trouver un mari et se réaliser dans un « bonheur » familial tracé d’avance… Or, Lou ne veut pas de ce destin qu’elle sait d’avance voué à l’échec. Toute sa vie durant, elle cherchera à se dépasser, suivant en cela la voie prônée par le philosophe au marteau. Et pourtant le cœur de Lou n’est pas fait de métal ou de pierre, il bat, s’émeut, cherche l’absolu en une amitié philosophique et intellectuelle avec deux hommes qu’elle apprécie : le juriste et philosophe Paul Rée et son ami Friedrich Nietzsche. Cette relation n’aura qu’un temps, quelques orages, un baiser présumé sur fond de lac italien et une photo immortalisée qui fait encore sourire plus d’un siècle après… Lou Andréas-Salomé résiste aux hommes qui cherchent à la posséder, à l’enfermer. Elle trouve avec Rilke une âme blessée qui la touche et opère une brèche dans ses principes. Elle laisse parler son cœur, offre une écoute qui anticipe sa future passion pour la psychanalyse, une étape qui peut sembler paradoxale dans cette voie qu’elle poursuit malgré tout. Elle quittera Rilke, fera un mariage blanc qui la fera connaître sous le nom de Lou Andreas-Salomé, connaîtra Freud et aura une place importante dans le développement de la psychanalyse à ses côtés avant Marie Bonaparte. Elle s’éteindra avant le déchaînement nazi qui la menace, elle et ses écrits. Le casting de ce film est remarquable, les acteurs investis par leur rôle offrent chacun une interprétation juste et équilibrée même dans les excès, avec en point d’orgue les rôles tenus par Katharina Lorenz pour Lou de 21 à 50 ans, un jeu pétillant de vie et de liberté à fleur de peau, et par Nicole Heesters dans le rôle de Lou à la fin de sa vie, une interprétation subtile entre intériorité et malice irrésistible. Ces presque deux heures passent si vite que la vie de Lou semble à peine commencée, un témoignage précieux à découvrir au plus vite !
 


La Vague ("The Wave") de Roar Uthaug, 1h50/ Norvège/ VOSTFR, Panoramas Films, 2016.

 


Après plusieurs années à surveiller la montagne qui surplombe le fjord où il habite, Kristian, scientifique, s’apprête à quitter la région avec sa famille. Quand un pan de montagne se détache et provoque un Tsunami, il doit retrouver les membres de sa famille et échapper à la vague dévastatrice. Le compte à rebours est lancé...


Roar Uthaug a transposé avec audace le scénario catastrophe désormais classique du tsunami, ici, dans le cadre d’un fjord norvégien apparemment paisible… Rien, en effet, ne laisse présager d’une terrible épreuve si ce n’est une nature froide et minérale où les fêlures humaines se mesurent à celles de la roche qui surplombe des vies en questionnement. Kristian apparaît en effet dans ce film d’une belle sobriété, tout au moins jusqu’à l’arrivée de la fameuse vague, comme un être en proie au perfectionnisme et en même temps au doute, visiblement habité par cette montagne qu’il scrute tous les jours de sa vie, au point même de vivre au rythme de ses pulsations. Était-ce la raison de son départ ? Une nouvelle vie, un nouveau cadre… La réponse ne viendra pas car l’imminence de la catastrophe balaiera ses doutes. Pour « La Vague » Roar Uthaug est parti d’un risque réel pesant sur ces mêmes lieux, Geiranger, alors que l’activité touristique est la principale ressource de la région. Plusieurs niveaux se juxtaposent dans ce long métrage : les réactions humaines face au danger et à la menace de la mort, les résistances à prévenir un danger de catastrophe naturelle alors même qu’il apparaît inévitable, et de manière plus générale le rapport des êtres humains à la nature environnante. Kristoffer Joner (Murphy dans The Revenant) dans le rôle de Kristian est particulièrement convaincant alors que l’actrice norvégienne Ane Dahl Torp, connue pour son rôle de Bente Norum dans la série Occupied, contraste avec sa belle ténacité dans l’adversité. Ce film a été sélectionné comme entrée norvégienne pour l'Oscar du meilleur film en langue étrangère à la 88e cérémonie des Oscars qui aura lieu en 2016.

 

 "Mauvaise graine" (Non essere cattivo), un film de Claudio Caligari avec Luca Marinelli, Alessandro Borghi, Silvia d’Amico, Roberta Mattei BELLISSIMA FILMS Sortie le 11 mai 2016.

 

 

1995, près de Rome. Vittorio et Cesare qui se connaissent depuis 20 ans, sont comme des frères inséparables. Leur quotidien se résume aux discothèques, à l’alcool et aux trafics de drogues… Mais ils paient cher cette vie d’excès. Après avoir rencontré Linda, Vittorio semble vouloir changer de vie. Cesare lui, plonge inexorablement…

Avec Non essere cattivo, ce sont d’une certaine manière les « petits-enfants » de Mama Roma que nous découvrons de manière chaotique dans les faubourgs d’Ostie. Le réalisateur italien Claudio Caligari (disparu l'année dernière) s’inscrit en effet directement dans la filiation pasolinienne avec son ultime et dernier film Non essere cattivo (ne sois pas méchant), traduit de manière moins nuancée en « Mauvaise graine » en français. Celui qui aurait aimé travailler au dernier film de Pasolini Salo et dont le travail partira là où le cinéaste-poète avait laissé son analyse a une longue expérience du monde des laissés-pour-compte, des drogués échoués du système capitaliste. Résolument engagé dans une critique de ce système coupable à ses yeux notamment de l’extension des ravages de la drogue sur la jeunesse italienne, il avait déjà signé un film clé sur cette question qui marqua les années 80 - Amore Tossico- et l’épidémie causée par l’héroïne dans les bourgades pasoliniennes. Que reste-t-il encore du lien social dans une Italie ravagée par la crise, une culture de masse abrutissante et une absence d’espoir en des jours meilleurs ? La solidarité de la cellule familiale est encore visible mais souvent impuissante (l’équivalent de Mama Roma, la mère de Cesare ne se bat plus vraiment, ébranlée par la mort de sa fille, la descente aux enfers de son fils, et l’argent qui manque pour les soins de sa petite-fille malade), seule demeure la fraternité des « mauvais garçons » prêts à tout pour réussir un bon coup, une arnaque de plus, ou cet éternel trafic de stupéfiants qui paie, mais qui détruit tout sur son passage. Dans cet univers sombre de la banlieue romaine, une amitié perdure au-delà des vicissitudes des jours sans soleil sur le rivage d’Ostie, deux jeunes dont les voies se séparent lorsque l’un d’entre eux, magnifique Vittorio, se met à espérer en une vie plus digne alors que son ami de toujours, émouvant Cesare, est soumis à un déterminisme effrayant même lorsqu’il se met à espérer à un amour durable. Le constat opéré par Pasolini dès les années 60 est implacable avec la caméra de Caligari, ce ne sont plus des navires qui s’échouent sur les plages d’Ostie mais bien des vies humaines…

Hotel Salvation réalisation : Shubhashish BHUTIANI avec Adil HUSSAIN, Lalit BEHL, Geetanjali KULKARNI, Palomi GHOSH, Navnindra BEHL, Anil K RASTOGI, Jupiter Films, 2018.

 


Daya, un vieil homme, sent que son heure est venue et souhaite se rendre à Varanasi (Bénarès), au bord du Gange, dans l’espoir d’y mourir et atteindre le salut.
À contrecoeur, son fils Rajiv l’accompagne, laissant derrière lui son travail, sa femme et sa fille.

Hôtel Salvation est un film à la fois sensible et tendre réalisé par Shubhashish Bhutiani. La première surprise est de réaliser que l’Inde connaît aussi ces fractures entre générations, mais plus abruptes encore, les traditions y ayant persisté plus encore. La fin de la vie et l’annonce de la mort sont appréhendées spontanément par les anciennes générations concernées alors que leurs enfants apparaissent gênés, empêtrés dans leurs obligations familiales et professionnelles, le lien existe encore - contrairement à l’occident qui le dissout à vitesse de la lumière – mais ne laisse plus de place pour se préparer à la mort. Or, c’est dans la ville sainte de Bénarès où tout commence et tout doit finir pour briser le cycle des réincarnations, ville dédiée au dieu hindou Shiva représenté avec son trident, que le père souhaite se rendre pour y attendre cette mort qu’il pressent. C’est cette tension subtile du fils admirablement interprété par Adil Hussain qui accepte à contrecoeur de sacrifier son travail pour exaucer le vœu de son père, joué avec humour et sensibilité par Lalit Behi, qui sert de contrepoint au progressif détachement des choses terrestres. Arrivés dans la ville sainte, les deux hommes découvrent l’Hôtel Salvation, un lieu singulier réservé pour les personnes en fin de vie et pour une période ne devant pas excéder deux semaines. Or, après quelques signes alarmants, le père retrouve une vitalité inattendue, rendue possible par cette préparation et cette légèreté des lieux oscillant entre mort omniprésente des crémations environnantes et parallèlement la vie baignant les éléments subtilement choisis et mis en valeur par la caméra du réalisateur. Progressivement, les tensions se libèrent, chacun apprend à mieux connaître l’autre jusqu’à l’aboutissement prévisible. Tout est dans les subtilités des non-dits, de la lumière et de la pénombre qui se conjuguent si bien en Inde, l’impermanence des vies et l’enracinement dans un quotidien magnifié par un chant religieux, une salutation au soleil ou une immersion dans le Gange. Hôtel Salvation offre un beau voyage, non seulement en Inde, une Inde lointaine, mais surtout dans les secrets de l’âme humaine trop souvent niés ou oubliés.
 

"Trahisons" Un film de David Leveaux Avec Lily James, Christopher Plummer, Jai Courtney
2017 / Langue de tournage : Anglais / Couleur / 2.40 / 2.0-5.1 / disponible en E-Cinema, TF1 Studio distribution.

 


 

Hollande, 1940. Brandt, un jeune officier allemand ambitieux et patriote, est envoyé malgré lui en Hollande auprès de Guillaume II, Kaiser en exil, pour assurer sa protection. Il se laisse séduire et tombe amoureux de Mieke une jeune juive hollandaise au service du Kaiser. Les SS découvrent que la résistance a réussi à infiltrer un agent dans le repaire du kaiser pour l’assassiner et déstabiliser le régime d’Hitler Brandt doit découvrir son identité. Entre trahison et jeu d’espion, très vite, il va découvrir qu’il devra lui aussi choisir entre amour et devoir.

 

 David Leveaux, directeur de théâtres britanniques, signe avec « Trahisons » son premier long-métrage, un essai pour le coup séduisant et palpitant tant au regard de l’intrigue, du jeu des acteurs que de la réalisation elle-même. Inspiré visiblement par sa culture théâtrale, le réalisateur offre avec ce film une fiction des derniers jours de la vie du Kaiser Guillaume II, admirablement interprété par le grand acteur Christopher Plummer. Guillaume II, après son abdication en 1919, s’est exilé avec son épouse aux Pays-Bas. Mais, en 1940, dans ces heures décisives où la machine nazie cherche inexorablement et par tous les moyens à abattre toutes les résistances à ce nouvel ordre, l’empereur déchu et son épouse passent leur vie en exil aux Pays-Bas entre souvenirs et espoirs de temps révolus. Connu pour son caractère intempestif, mettant plus d’une fois la diplomatie en difficulté, l’empereur demeure encore attaché, malgré son grand âge, à son rang d’Altesse Royale, à sa fameuse collection de costumes militaires, à sa femme, à ses conquêtes militaires et féminines et à ses mémoires… Fatigué, las, il laisse tendrement sa femme entretenir ses ou leurs illusions, celles qu’un Duc de Windsor entretiendra également au même moment de l’histoire de l’autre côté des Ardennes… Mais aussi colérique qu’autoritaire, il sait encore imposer à son entourage cette ténacité inflexible désespérée qui l’a fait un jour Altesse Royale. Face à eux, un jeune capitaine allemand interprété avec nuances par Jai Courtney (Terminator Genisys) chargé de leur sécurité tombant amoureux d’une jeune espionne juive œuvrant pour le compte de l’Angleterre… Bien mené et en un rythme effréné, entre Gestapo, SS, résistance, hypocrisie et ruses diplomatiques, entre devoir, amour et loyauté, le film progresse avec finesse en montrant combien chaque personnage parvient à une situation à laquelle il n’était pas préparé, destin qui rattrape chaque être à un moment donné de sa vie. L’actrice britannique Lily James, en jeune espionne, offre également une belle interprétation tout en fraicheur et en nuances dans cette réalisation qui sera à découvrir en E-Cinéma.
 

"Un lion en hiver" un film de Anthony Harvey avec Katharine Hepburn, Peter O'Toole, Anthony Hopkins. 1968 - Grande-Bretagne - Durée : 2h14 version restaurée au cinéma le 22 mars 2017, oscars 1969, oscar de la meilleure actrice, oscar du meilleur scénario adapté, oscar de la meilleure musique de film, Les Acacias distribution. 2017.

 


Touraine, 1183. Le Roi d'Henri II d'Angleterre séjourne pour Noël dans le Château de Chinon avec sa maîtresse Alix, demi-sœur de Philippe II Auguste Roi de France et fiancée promise pour des raisons politiques... à l'un de ses fils. Cinquantenaire, il doit résoudre le problème de sa succession.

Cette très belle réalisation d’Anthony Harvey récompensée par de nombreux oscars lors de sa sortie étonne et surprend encore aujourd’hui. Tourné avec minimalisme et loin des grandes fresques épiques du cinéma hollywoodien (le film est adapté de la pièce de théâtre jouée à Broadway de James Goldman), Un lion en hiver est bien plus proche du souffle shakespearien avec ces décors tournés en France sans emphase, un moyen-âge certainement plus proche de la réalité. C’est au cœur de l’âme des puissants de cette époque que plonge ce film évoquant librement l’Histoire d’Angleterre et de France avec pour angle la succession envisagée du roi Henri II. Aliénor, son épouse recluse dans le château de Salisbury, est aussi convaincante dans ses passions amoureuses que dans sa haine, les deux se confondants souvent sous la caméra grâce à l’interprétation convaincante de Katharine Hepburn. Il ne fallait pas moins que Peter O’Toole pour tenir tête à pareil caractère et son interprétation du roi Henri II force également l’admiration. Film à l’accent théâtral, Un lion en hiver traite avec nuances des affres du pouvoir, celui que l’on détient, celui dont la dévolution est envisagée avec peine et souffrance lorsque la puissance même de vivre coule encore à pleins flots dans les veines d’un monarque ayant atteint la cinquantaine. Face à ce tableau nietzschéen, la progéniture est le reflet de ces parents, calculatrice, sournoise, ambitieuse, ou fragile, cette descendance fourbit ses armes sur la pente du pouvoir espéré, une expérience où seuls les plus forts gagnent. C’est Katharine Hepburn qui a introduit le jeune Anthony Hopkins, convaincant dans le rôle de Richard bientôt Cœur-de-Lion pour son premier rôle au cinéma. Véritable partie d’échecs, ce film séduit et tient en haleine tout au long de cette journée de Noël passée entre les murs du château de Chinon en 1183…
 

« Silence » un film de Martin Scorsese, scénario de Jay Cocks avec Liam Neeson, Andrew Garfield, Adam Driver, Tadanobu Asano, Sociétés de production Cappa Defina Productions, Cecchi Gori Pictures, Fábrica de Cine, SharpSword Films, Sikelia Productions, Verdi Productions, Waypoint Entertainment, durée 161 minutes, 2017.

 


Au XVIIe siècle, deux prêtres jésuites se rendent au Japon pour retrouver la trace du père Ferreira, leur maître en théologie, disparu alors qu’il était parti en mission dans ce pays. Arrivant dans un pays hostile à une religion assimilée aux puissances occidentales, ils découvrent des communautés de villageois qui ont gardé l’héritage laissé par les premiers missionnaires…


C’est une longue quête personnelle qui a conduit à Silence, le dernier film du réalisateur Martin Scorsese, qui fit tant parler de lui lors de la sortie de La Dernière Tentation du Christ adaptée librement du roman Nikos Kazantzakis. Avec ce film plus discret en apparence, le réalisateur poursuit son interrogation sur la foi, celle ici transmise au-delà des frontières de l’occident avec les missions. Le cadre est celui du Japon du XVIIe siècle et la narration est inspirée du roman Silence du célèbre écrivain catholique japonais Shūsaku Endō paru en 1966. Manifestement inspiré également par le cinéma japonais, Scorsese offre des plans de toute beauté explorant une nature sombre et perdue dans les brumes qui n’est pas sans faire penser à certaines des dernières réalisations d’Akira Kurosawa. Avec ce film, Scorsese explore les tréfonds de nos croyances et de leur envers, le doute. Ces croyances et cette foi qui poussèrent des prêtres à tout quitter pour évangéliser femmes et hommes dans des contrées qui n’avaient jamais entendu parler du Christ et de la foi chrétienne. Le long cheminement de cette mission lancée par Jésus : « il les envoya deux par deux, en avant de lui, en toute ville et localité où lui-même allait se rendre. Il leur dit : La moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux. Priez donc le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour sa moisson. Allez ! Voici que je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups ». Et c’est bien de loups dont il est question dans le traitement de ce film d’un raffinement de cruautés à la hauteur de la foi de ces jeunes missionnaires. Mais, l’exaltation laisse place au doute, doute lorsque les premières persécutions commencent à pleuvoir sur les villageois et bientôt sur les deux jeunes prêtres interprétés brillamment par Andrew Garfield et Adam Driver. Après le doute vient le silence, bien connu des plus grands mystiques, ce silence redoutable qui renforça le courage de nombreux martyrs, mais en perdit aussi. Le miroir renvoyé par les protagonistes japonais est assez subtil notamment avec le personnage incarné par Tadanobu Asano (acteur bien connu des cinéphiles japonais : Nagisa Oshima, Takashi Miike, Kiyoshi Kurosawa...), avec cette ironie à l’égard de ces missionnaires ne connaissant souvent ni la langue, ni la culture de ceux qu’ils allaient convertir. Mais c’est surtout l’orgueil qui pointe subrepticement, orgueil pour un prêtre d’associer sa mission à celle du Christ et d’endurer ou de faire endurer les mêmes souffrances aux convertis de fraîche date. Et là réside le hiatus de ce film, Martin Scorsese évoque la chute, celle de Judas qui fut définitive avec la trahison mais aussi celle rédemptrice de Pierre qui renia par trois fois le Christ avant de donner sa vie pour lui. Or, c’est peut-être ce qui interpelle dans ce film réalisé avec puissance, émotion et subtilité : Le silence de Dieu ne conduit pas inexorablement à l’abandon de ce à quoi l’on croit et qui a souvent permis de dépasser le bruit de l’oppression, de la loi tyrannique et des pires tortures. Le dernier plan de ce film retenu et différent de la fin du livre de Shūsaku Endō sans écarter toute transcendance, laisse place cependant encore à ce questionnement caractéristique de Martin Scorsese qui pourra nourrir bien des débats, on l’espère, plus apaisés.

 

A découvrir parallèlement le roman de Shûsaku Endô "Silence" paru en collection Folio Gallimard

 

Film vu au cinéma C2L Saint Germain

www.cinema-saintgermain.com

 

Le Mystère Jérôme Bosch, un documentaire de José Luis López-Linares, 2016 - Espagne/France - 84 min - VO - Numérique - Couleur - 1.85 - Son 5.1, epicentre films.

 


500 ans après sa disparition, Jérôme Bosch, l’un des plus grands peintres flamands continue à intriguer avec une œuvre aussi fascinante qu’énigmatique, aux interprétations multiples. A travers « Le Jardin des Délices », historiens de l’art, philosophes, psychanalystes en cherchent le sens et rendent un hommage vibrant à un artiste qui défie le temps.

Avec « Le Mystère Jérôme Bosch » de José Luis López-Linares, voici une des rares occasions de voir au cinéma un documentaire consacré à l’art et à un artiste énigmatique qui n’a pas fini d’interroger nos consciences. André Breton avait qualifié le peintre primitif flamand Jérôme Bosch (v. 1450-1516) de « visionnaire intégral », un sentiment partagé par tous ceux qui découvrent l’art de cet homme en avance sur ses contemporains.

 

 

À partir du fameux triptyque « Le Jardin des délices » réalisé à la toute fin du XV° siècle et conservé au musée du Prado en Espagne, le réalisateur a développé tout un maillage de regards croisés sur l’œuvre, ceux de spécialistes de tout horizon ainsi que ceux du public captés par la talentueuse caméra du réalisateur espagnol. Nous ne savons pas grand-chose sur le peintre mais ses œuvres ont depuis leur création parlé pour lui. « Le Jardin des délices » s’avère également complexe, le panneau de gauche représentant Adam et Ève, celui central un jardin aux délices terrestres exubérants et celui de droite une évocation de l’Enfer. Par la diversité des regards et témoignages de psychanalystes, historiens de l’art, philosophes, artistes, écrivains (Orhan Pamuk, Miquel Barceló, William Christie, Salman Rushdie, Cees Nooteboom, Michel Onfray, Renée Fleming…), le spectateur élargit sa propre perception de l’œuvre, interroge la toile et réalise que plus qu’un message, l’œuvre renvoie le miroir de son public. Où se trouve la séparation du bien et du mal, pour quelle vie l’homme a-t-il été créé ? Le Jardin des délices est-il une déviance de celui de l’Éden ? L’Enfer n’est-il qu’après la vie ? Toutes ces interrogations fusent et assaillent – avec plus ou moins de force – l’esprit de qui observe attentivement cette toile qui n’a pas fini de faire parler d’elle… et de nous !
 

"L'Académie des muses" un film de José Luis Guerín, avec Raffaele Pinto, Emanuela Forgetta, Rosa Delor Muns.Zugma Films 2016.

 

 

L’amphithéâtre d’une université des Lettres. Un professeur de philologie distille des cours de poésie à une assistance étudiante composée principalement de visages féminins. A ce projet pédagogique qui convoque les muses de l’antiquité pour dresser une éthique poétique et amoureuse, les étudiantes se prêtent petit à petit, avec vertige et passion, au jeu d’une académie des muses bel et bien incarnée.

C’est une réalisation inattendue et attirante que nous livre le réalisateur José Luis Guerin avec ce phalanstère poétique unissant un professeur d’université à ses étudiantes autour de la renaissance du mythe de la muse. Qu’en est-il des muses aujourd’hui, des muses contemporaines ? L’idée, séduisante, est née de la rencontre pragmatique du réalisateur José Luis Guerin (Dans la ville de Sylvia, En construccion) assistant à l’un des cours de Raffaele Pinto, italien d’origine, et véritable professeur de philologie à l’université de Barcelone et qui accepta d’incarner son rôle dans cette réalisation atypique. Le film est réalisé et monté au fur et à mesure de sa progression, avec une équipe technique des plus réduites (José Luis Guerín tournera ce film avec sa seule preneuse de son Amanda Villavieja) afin de favoriser le réalisme des questions abordées. La poésie, l’inspiration, l’amour, la passion, la transmission mais aussi la séduction, voire la manipulation, la jalousie, le cynisme interviennent tour à tour dans ce maelstrom des émotions. Les jeux de miroir sont réels, tout autant que figurés, avec la réitération de plans où miroirs et vitres révèlent ou effacent les vérités. Le réalisateur aime à cadrer ses plans sur les visages ou une partie des visages de ses acteurs, non pour en violer l’intimité mais pour mieux en révéler le discours intérieur en contrepoint du projet poétique. Les acteurs non professionnels jouant leur propre rôle sont tellement happés par la puissance de ce projet pédagogique qu’ils en deviennent plus vrais que nature. En épilogue du film, le professeur cite Dante en relevant une nouvelle fois que « L’authentique objet du désir est au-delà de toute hypothèse de satisfaction ». Une manière de rappeler qu’avec L’académie des muses les émotions ne sont pas jouées mais bien vécues sous la lumière de Dante, de Béatrice, mais aussi d’Eloïse et Abélard, d’Orphée et d’Eurydice.

"La Macchinazione"

Interview David Grieco

Rome, 05/01/17

 

 

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David Grieco est un talentueux réalisateur italien (Evilenko 2004) qui a connu dans sa jeunesse Pier Paolo Pasolini dont il a été l'assistant pour ses films et l'ami jusqu'à sa disparition tragique. Convaincu que le grand intellectuel italien pourfendeur de la société de son temps n'est pas mort d'un simple assassinat crapuleux, il a réalisé un film sensible et engagé, La Macchinazione, dans lequel il évoque sa vision de cette disparition. Rencontre avec David Grieco autour de ce film et de son témoignage personnel.


 

ous avez connu Pier Paolo Pasolini et avez travaillé pour lui très tôt dans votre carrière cinématographique. Quel souvenir gardez-vous de lui ?

David Grieco : J’ai connu Pasolini alors que j’étais âgé d’une dizaine d’années. Pasolini fréquentait ma famille notamment mon père et sa seconde épouse, Lorenza Mazzetti, réalisatrice anglaise. Alors qu’elle réalisait son premier film sans aucun budget, Pasolini qui souhaitait entreprendre lui-même Accatone venait souvent à la maison lui demander conseil. Le lieu était ouvert à un grand nombre de personnes du cinéma de tous horizons et très tôt on m’a proposé d’être comédien, ce que j’ai accepté. Je me suis, cependant, vite rendu compte que je n’étais pas fait pour cela. Lorsque j’ai eu 15-16 ans, Pasolini a écrit un rôle pour moi dans le film Théorème. Malgré un certain nombre de réalisations derrière moi, je me sentais toujours gêné, mal à l’aise devant la caméra. Lors du tournage, j’ai dit à Pasolini que je ne souhaitais plus être acteur et qu’il fallait qu’il coupe les scènes où je figurais. Il fut surpris et même s’il fut certainement déçu, il accepta cependant de supprimer les scènes précédentes, mais me demanda instamment d’en réaliser encore une dernière qui autrement l’aurait bloqué dans la réalisation de son film. J’ai alors accepté et j’ai tourné cette dernière scène, mais je ne veux toujours pas, même encore aujourd’hui, revoir ce film ! Après cela, j’ai demandé à Pasolini d’être son assistant sur ce même film et il a accepté.

 


Je l’ai également déçu à une autre reprise lorsqu’il m’a demandé de m’occuper de Maria Callas pendant le tournage de Médée. C’était une tâche très délicate car il appréciait beaucoup cette femme, peut-être la seule femme qu’il ait vraiment aimée. Il savait que j’étais un petit voyou des rues mais qu’en même temps j’étais issu d’un milieu bourgeois et intellectuel. De plus, je parlais plusieurs langues, et pour lui, j’étais dès lors l’interlocuteur idéal pour m’occuper d’elle. Au bout de trois semaines, j’ai finalement décidé d’arrêter car Maria Callas était la diva que l’on connaît et méritait bien sa réputation ! Elle faisait par exemple tomber un objet par terre en me demandant de le ramasser, m’appelait au beau milieu de la nuit pour me demander une bouteille d’eau minérale alors qu’elle se trouvait dans le meilleur hôtel de Rome… Pasolini ne s’est pas fâché mais j’ai bien senti, qu’une nouvelle fois, il était déçu par mon attitude, et nous ne nous sommes plus vus pendant un an.
À l’âge de 18 ans, je suis devenu journaliste ; c’est à cette époque que nous avons repris contact. Nous avions un rapport beaucoup plus adulte, différent aussi parce qu’il était également journaliste et qu’il aimait beaucoup ce métier. On parle souvent de Pasolini en tant que poète, écrivain, réalisateur mais rarement en qualité de journaliste ; or, c’est une activité qui l’a non seulement beaucoup occupé, mais qui lui a aussi énormément apporté et qu’il a aimée. Il a fait plus de 800 articles dans sa vie en commençant par la presse clandestine pendant la guerre. Il a toujours gardé sur lui sa carte de journaliste, qui n’était pas, certes, la carte professionnelle mais une carte secondaire qu’il affectionnait tout de même. Pour l’anecdote, elle était encore dans ses papiers avec lui le jour de sa mort. Pour mener des enquêtes pour ses articles, il me demandait souvent des sources que je pouvais lui procurer dans les archives de L’Unita, le journal du PCI pour lequel je travaillais. J’étais d’ailleurs un peu l’intermédiaire entre lui et Enrico Berlinguer qu’il appréciait beaucoup. J’avais avec Pasolini un rapport quotidien très banal fait de conversations lors des nombreux repas dans les trattorias romaines pris avec Ninetto Davoli, Franco Citti et bien d’autres encore. Nous étions comme une bande de gamins en passant nos soirées ensemble, souvent dans la rue, on faisait les idiots. On ne le sait pas assez mais Pasolini avait un grand sens de l’humour. Je le considérais comme un ami d’enfance alors même qu’il avait exactement l’âge de mon père à cette époque !

L’image de Pasolini dans votre film laisse l’impression de quelqu’un à la fois résolu dans son combat mené depuis ses jeunes années, et en même temps une certaine érosion, fatigue, voire découragement ? Est-ce ainsi que vous avez pu le percevoir dans les derniers mois de sa vie ?

David Grieco : Le Pasolini que je décris dans mon film La Macchinazione est celui des quatre derniers mois de sa vie. À cette époque, je le voyais moins, car il fréquentait Pino Pelosi. La personnalité de Pasolini durant cette période, un Pasolini fatigué, usé - et je suis heureux que vous l’ayez souligné - est effectivement pour moi un élément très important du film. Dans ses derniers mois, il avait une fièvre, la fièvre d’aller jusqu’au bout, il avait mis son nez partout, il avait un grand nombre d’informateurs qui lui donnaient des tuyaux incroyables, mais parallèlement Pasolini était épuisé car il avait vraiment l’impression que personne ne le comprenait. Moi-même, avec le recul, je me souviens lui avoir fait le reproche qu’il était trop pessimiste, que sa vision apocalyptique de la société n’était pas forcément justifiée. Il n’acceptait pas ces remarques et estimait que nous ne comprenions pas ce que lui pourtant savait. C’est d’ailleurs un peu mon chagrin aujourd’hui avec le recul. Il a voulu aller jusqu’au bout, il savait probablement qu’il risquait sa vie, mais il a pensé qu’avec sa mort tout exploserait. Malheureusement…

 



Cet héritage a justifié ce long-métrage que vous venez de réaliser La Macchinazione. Le titre indique très clairement le parti que vous avez pris pour expliquer la mort du célèbre poète, écrivain et cinéaste, allant au-delà d’un crime crapuleux.

David Grieco : Oui, bien au-delà. Le film d’Abel Ferrara qui est sorti en 2014 sur cette même thématique est un peu la raison d’être de mon propre film. À l’époque, les producteurs m’avaient proposé de faire le scénario pour le film de Ferrara. Même si j’étais sceptique quant à l’approche qui y serait retenue, j’ai malgré tout commencé à travailler sur le scénario et Ferrara m’a indiqué qu’il ne souhaitait évoquer seulement que le dernier jour de la vie de Pasolini. J’ai insisté, cependant, qu’il fallait bien néanmoins rappeler comment et pourquoi il avait été tué, ce à quoi Ferrara m’a répondu : "Je ne veux pas faire une histoire d’espionnage !" Notre histoire s’est dès lors arrêtée là, et j’ai quitté cette réalisation. Les semaines qui ont suivi, je n’arrivais plus à dormir, j’avais pourtant un autre film à faire à Prague, mais j’ai tout arrêté en me disant que je devais réaliser ce film en souvenir de Pasolini, les autres personnes ayant connu Pasolini étant presque toutes mortes. Nous nous sommes très endettés pour réaliser ce film.

 


La Macchinazione, un film réalisé par David Grieco avec Massimo Ranieri, Libero De Rienzo, Matteo Taranto, François Xavier Demaison et avec Milena Vukotic, Roberto Citran, Tony Laudadio et Alessandro Sardelli et l’amicale participation de Paolo Bonacelli, Catrinel Marlon. Scénario de David Grieco et Guido Bulla. Produit par Marina Marzotto, Alice Buttafava, Dominique Marzotto, Lionel Guedj, Vincent Brançon. Musique PINK FLOYD. Produit par Propaganda Italia en association avec Moutfluor Films, MIBACT en coproduction avec To Be Continued Productions, 2016.

 

 

 

 

 

 

Des sources très précises sont évoquées dans votre film qui jettent un éclairage différent sur ce qui est habituellement présenté.

David Grieco : 50 % des sources m’appartiennent puisque ce sont des choses que j’ai vécues personnellement lors des derniers mois précédant sa mort. J’ai également suivi de très près le premier procès de Pelosi puisque j’en ai écrit le mémoire pour la famille Pasolini avec pour juge le frère d’Aldo Moro qui sera d’ailleurs kidnappé et tué deux ans après. Ce juge qui s’appelle Carlo Alfredo Moro condamne Pelosi à neuf ans de prison pour le meurtre de Pasolini avec des inconnus. À partir de là, ma conviction était confirmée. Et cela m’a rappelé une anecdote que j’avais vécue chez Laura Betti en février 1975. Alors que nous dînions avec elle, elle s’est mise à m’interpeller vivement en me disant : « Il faut que tu l’arrêtes ! ». Surpris, je lui ai demandé « Comment cela ? » Elle a poursuivi : « Oui, il (Pasolini) est fou, il est en train d’écrire un livre sur Eugenio Cefis, le président de ENI et de Montedison, il ne comprend pas, ils vont le tuer ! Toi qui es un journaliste professionnel, il faut que tu l’arrêtes ». Abasourdi, j’ai demandé à Pasolini " Pourquoi ? Tu as décidé d’écrire un livre sur Eugenio Cefis ? " Il m’a répondu amusé par métaphore : « Tu sais le pétrole est plus important que l’eau… », mais il ne m’en a pas dit plus et ne m’a pas laissé entrer dans ce qui le retenait déjà à cette époque. Les mois qui ont suivi, j’ai compris qu’il me demandait régulièrement des sources journalistiques qui m’ont donné une idée de son parcours et de ce qu’il recherchait. À chaque fois que j’ai essayé d’entrer dans le vif du sujet, il s’est esquivé. C’était un homme très méfiant, ce qui était plus que justifié avec, il faut le rappeler, plus d’une trentaine de procès dans sa vie… Il a vraiment été persécuté tout au long de sa carrière, ce qui l’incitait à ne faire confiance qu’à un très petit nombre de personnes dont je faisais partie. Dans les dernières années, il avait un peu ce syndrome d’être trahi, ce qui a fait qu’il a été trahi par presque tout le monde. Je ne saurai jamais si c’est lui qui a en quelque sorte provoqué cela ou si c’était son destin et qu’il le connaissait en tout état de cause.

Vous citez en exergue de votre film cette phrase de Pasolini : « Le courage intellectuel de la vérité et la pratique politique sont deux choses inconciliables en Italie ». Comment la réouverture de son procès et l’instruction récente se déroulent-elles dans votre pays récemment secoué politiquement par la chute du gouvernement Renzi et le non au référendum?

David Grieco : J’estime que cette phrase prononcée par Pasolini il y a plus de 40 ans est toujours valable. On est absolument dans la même situation, c’est d’ailleurs un phénomène mondial que nous avions devancé en Italie ! Je pense en effet que ce que Pasolini affirmait à une époque où certains individus avaient encore une réelle profondeur et désintéressement personnel est encore plus d’actualité aujourd’hui. Il m’est arrivé plein de difficultés et d’obstacles avec le tournage de ce film et qui sont le signe de ce que nous évoquons, j’ai d’ailleurs du mal à ne pas faire le parallèle dans une moindre mesure en ce qui me concerne avec ce qu’a pu connaître Pasolini à son époque. Si je peux citer un exemple, il est évocateur de ces petits tracas que l’on peut semer sur le chemin d’un réalisateur dénonçant un complot politique dans son film. 48 heures avant la sortie en salle du film en Italie, j’ai reçu une interdiction de le voir aux mineurs de moins de 14 ans alors même que j’ai bien pris soin d’éviter tout ce qui pourrait entrer dans ce type de censure. J’ai d’ailleurs obtenu depuis la levée de cette censure. J’aurais plein d’autres exemples de cet ordre à citer…

 



Peut-on dire de Pasolini qu’il a lui-même été la victime expiatoire de ce qu’il dénonçait ? Et avez-vous l’impression que cette image est encore présente dans la conscience collective italienne ou bien qu’elle a cédé au chant du relativisme et du consumérisme international ?

David Grieco : Pasolini a été non seulement la victime expiatoire de ce qu’il a dénoncé mais il l’a en plus, selon moi, souhaité. Dans ce film, je montre combien il est allé sur le lieu du crime en sachant, je pense, ce qui allait survenir. Ceux qui le connaissaient avaient remarqué avant sa mort combien il pouvait parfois abandonner une conversation, être très irritable et même laisser apparaître une peur, ce qu’il ne voulait jamais admettre pour autant. Le courage était son drapeau. Il était persuadé en agissant ainsi d’abattre tout le complot qu’il avait démasqué, ce en quoi il s’est trompé. J’ai souvent eu l’occasion lors de manifestations de constater combien Pasolini, bien qu’agressé verbalement par des jeunes, était capable d’engager une conversation avec eux et que ces derniers repartaient en s’excusant. Il a peut-être pensé pouvoir se rendre sur la plage d’Ostie et les convaincre.
Je pense que la raison principale et intime est qu’il s’est rendu sur place à cause de la mort de son frère. Pasolini a clairement annoncé dans une réponse à un courrier de lecteur que l’exemple de son frère le mènerait jusqu’à la fin de sa vie. J’ai interprété cela comme une vision prophétique. Pasolini a toujours mis une certaine distance entre lui-même et les autres intellectuels. Il a toujours critiqué ces intellectuels comme des penseurs de salon avec leurs beaux intérieurs et leur maison protégée, sans qu’ils sachent quoi que ce soit de l’extérieur et de la rue. Il a eu la même attitude parfois dans le cercle restreint de ses amis intellectuels. J’ai quelques anecdotes à l’esprit : par exemple, lorsque nous sortions manger une pizza, il nous emmenait dix minutes chez Moravia ou Calvino en prétextant une question à leur poser, mais j’ai vite compris qu’il le faisait exprès car nous débarquions à l’improviste avec des cheveux très longs, habillés comme des voyous et nous avions bien remarqué que les personnes présentes étaient sidérées ; C’était, selon moi, une provocation manifeste. Il était clair que c’était une manière de se stigmatiser, lui écrivain bourgeois vivant dans un intérieur confortable et parlant néanmoins de révolution avec le souvenir de son frère mort au combat. Ce sens de la culpabilité est essentiel selon moi pour comprendre Pasolini.

 

 

 

Pouvez-vous nous dire vos raisons pour le choix de la musique des Pink Floyd et plus précisément Atom Heart Mother qui rythme et donne un fil directeur à votre réalisation ? Comment avez-vous pu en obtenir les droits ?

David Grieco : Je travaille habituellement avec un compositeur italo-américain extraordinaire qui s’appelle Angelo Badalamenti ("Twin Peaks") qui est un de mes meilleurs amis et qui a composé la bande sonore de mon film précédent, "Evilenko". Mais cette fois je voulais faire ce que Pasolini faisait d’habitude, c’est-à-dire utiliser une musique qui existait déjà. J’ai tout de suite pensé à "Atom Heart Mother" qui est le disque qui a marqué davantage mes goûts musicaux quand j’étais jeune. J’ai donc envoyé aux Pink Floyd une lettre et le scénario du film traduit en anglais.
Tout le monde se foutait de ma gueule, bien évidemment, car ils l’avaient refusé à l’époque à Stanley Kubrick pour "Orange mécanique". Mais un mois après les Pink Floyd m’ont permis de l’utiliser en dépensant un minimum parce qu’ils voulaient soutenir ce film qui raconte la vérité sur la mort de Pasolini. J’en ai fait donc une sorte de requiem, et tout d’un coup je me suis aperçu qu’il s’agissait en quelque sorte d’un véritable requiem.

 

 

Cher David Grieco, merci pour ce précieux témoignage et nous ne pouvons que souhaiter que votre film soit très bientôt dans les salles françaises !

 

 

propos recueillis par Philippe-Emmanuel Krautter

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